dimanche 23 janvier 2011

[Algérie] Dernières nouvelles d'Alger

Suite : Les journées du [12 février 2011] et du [19 février 2011]

Le journal El Watan l'annonce ce matin (22-01-2011) : Un dispositif policier impressionnant a été déployé dès les premières heures de la matinée du samedi 22 janvier sur toutes les rues de la capitale du pays, Alger. - Objectif : empêcher la marche à la quelle a appelé le rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) pour aujourd’hui de la place du Premier mai au siège de l’APN.- Il faut dire que les services de police n’ont lésiné sur aucun moyen. Le pouvoir a fait sortir tout son arsenal répressif pour ne laisser aucune chance à tout mouvement de protestation. Camions à jet d’eau, forces antiémeute, policiers en civil… sont visibles dans beaucoup d’endroits de la capitale. -  Les accès menant vers la place du Premier Mai, que veulent atteindre les manifestants de Kabylie, sont hermétiquement filtrés par de nombreux barrages, à l’est d’Alger.  Le pouvoir a, même, suspendu les navettes des trains de banlieue. - Des hélicoptères survolent le ciel d'Alger. Les deux sièges du RCD, celui d’El Biar et celui de Didouche Mourad sont également encerclés par la police. - Selon le parti de Said Sadi, le député Athmane Mazouz a été arrêté ce samedi matin à Alger. On apprend en outre que des affrontements ont éclaté aux Isser dans la wilaya de Boumerdès entre les forces de sécurité et des manifestants qui se rendaient à Alger.

 [actualisation d'El Watan]

 A 11h, la place du 1er Mai est entre les mains de la police, qui contrôle tous les accès. De nombreux manifestants sont bloqués à la rue Didouche Mourad. Des affrontements sont signalés au niveau du siège du parti à Didouche Mourad. - On nous signale deux blessés parmi les militants du RCD qui se trouvent au siège du parti, dont un blessé à la tête. - Le président du RCD et des dizaines de militants et de sympathisants sont bloqués au siège du parti à la rue Didouche Mourad, encerclé par des centaines de policiers anti-émeutes.

[13:00]

La situation reste tendue devant le siège du RCD à la [rue] Didouche Mourad, où la police est présente en force. les militants et sympathisants du parti sont retranché à l'intérieur du siège, alors qu'à l'exterieur les présents se sont dispersés. - On nous signale une dizaine de blessés, dont [un] à la tête, parmi les militants du RCD qui se trouvent au siège du parti. Le chef du groupe parlementaire Athmane Mazouz a été évacué à l'hôpital. - De nombreux manifestants ont été blessés par les coups de matraques, d'autres ont été interpellés et conduits dans les différents commissariats d'Alger.





[Actualisations du site DNA (Dernières Nouvelles d'Algérie)]

14h40 : Sept policiers ont été blessés dans des heurts avec des partisans du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie devant leur siège a rapporté l'agence officielle algérienne de presse (APS)

14h30 : Le site Internet du parti [www.rcd-algerie.net] n'est plus accessible depuis 14 heures. [Il l'est à nouveau, mais il n'y a rien sur les manifestations à la Une]

13h23 : Le siège du RCD, sis à la rue Didouche Mourad, est toujours encerclé par la police anti-émeute. Un député affirme à DNA que la direction dénombre déjà une quarantaine de blessés qui ont été évacués à l'hôpital ou soignés sur place. Une tentative de marche vers la Place du 1er mai a été aussitôt réprimée par les forces de l'ordre.

Le site rapporte également les propos de Saïd Sadi, le président du RCD, ce matin : « Nous sommes encerclés au siège du parti. Ils veulent étouffer cette marche. La police nous empêche de rejoindre la foule qui nous attend. Tous les accès à la capitale ont été fermés. La police a procédé à plusieurs arrestations dans la nuit du vendredi ainsi que dans la matinée du samedi. Des bus ont été bloqués à l’entrée de la ville. Il y a plus de 3000 policiers qui ont été déployés uniquement à la place du 1er mai. C’est une véritable bataille d’Alger. »

[Extraits du compte-rendu d'El Watan publié à 15:00]

[Des] dizaines de barrages fixes de la Police ont quadrillé, dès les premières lueurs du matin de samedi, Alger et ses environs pour filtrer les véhicules et leurs passagers. Les automobilistes ont subi les uns après les autres des fouilles minutieuses et les plus jeunes d’entre eux ont été interrogés pendant de longues minutes.  - "Où est-ce que vous partez ?", "Qu’allez vous faire à Alger ?", lancent des agents de l’ordre aux jeunes qui s’apprêtaient à prendre le bus pour aller à Alger-centre. - Ainsi, dès 9 H du matin, les forces de l’ordre ont étouffé la capitale avec un dispositif sécuritaire soigneusement étudié pour empêcher tout mouvement de foule sur les rues et les artères d’Alger.  Des transporteurs privés nous ont même confié que des "civils" sont venus aux gares routières de Blida et de Boufarik pour leur expliquer qu’il n’était pas de leur intérêt de rôder encore l’après-midi à la gare routière de Tafourah et de Kharrouba !  - Au niveau des gares ferroviaires, les portes et les guichets ont été fermés. Et les quelques agents présents sur les lieux ont reconnu que des directives précises leur ont été transmises. "Aujourd’hui, pas de train pour que personne ne puisse aller à la marche !", confie tout de go un fonctionnaire à la gare de Birtouta.  - Sur les routes, au niveau de chaque barrage policier, des bouchons monstres ont bloqué des centaines de véhicules et de bus. Les manifestants en provenance de Boumerdès ou de Tizi-Ouzou ont été donc retenus durant des heures au milieu des embouteillages. - Dans les airs, un hélicoptère survolait en permanence Alger et ses environs pour passer au crible tout mouvement "suspect". Pris de panique, et apeurés par cette atmosphère policière inhabituelle, de nombreux Algérois n’ont même pas pu sortir de chez eux...

Tôt le matin, pas moins de 35 camions de police ont "squatté" l’avenue Didouche Mourad, qui abrite le siège du RCD, en coupant toute circulation routière. Pas moins de 300 policiers équipés de boucliers et de bâtons ont bouclé l’entrée du siège du parti de Saïd Sadi.  Impossible donc de sortir dans la rue sans entrer en affrontement avec ces légionnaires impassibles à qui on a intimé l’ordre de réprimer toute tentative d’occuper la rue. - Une centaine d’étudiants, de militants, de journalistes et des syndicalistes sont, dès lors, retenus en «otages» par des policiers. Ces derniers n’ont pas hésité à proférer des menaces et à brandir leurs boucliers pour signifier aux manifestants qu’ils subiront tous un passage à tabac s’ils entêtent à vouloir marcher à Alger. - Mais les "otages" n’ont pas cédé pour autant à la résignation et à la peur. Des chaises, des pierres et des bouteilles ont été balancées sur les policiers du haut de l’immeuble qui a servi de forteresse aux militants du RCD. Quelques-uns ont même bravé les forces de l’ordre en tentant de sortir avec leurs banderoles dans la rue. Mais l’accueil musclé de la brigade anti-émeutes a vite tourné en affrontement général. - Une dizaine de personnes ont été arrêtées et d’autres ont subi des coups et des blessures. Au moins deux manifestants ont été grièvement blessés dont un sera transféré, sur une civière, à un hôpital Algérois. A ce moment-là des cris de colère fusent de partout : "Pouvoir assassin", "Jazaïr Hourra, Jazaïr Democratiya". - Des drapeaux tunisiens sont aussi brandis et des chants patriotiques entonnés à haute voix. "Vous êtes des Algériens comme nous. Pourquoi vous nous maltraitez !", "Jusqu’à quand allez-vous défendre ce régime pourri ?", lâchent des jeunes manifestants en colère contre cette répression menée tambour battant par des autorités qui ne reculent devant rien pour brimer la société civile...


***


Pendant ce temps-là, on s'extasie sur la "Révolution du Jasmin" dans cette belle Tunisie, que tous les vacanciers français (et non des moindres) apprécient, et l'on partage l'émotion du Premier ministre sortant, M. Ghannouchi, qui déclare n'avoir été qu'un maillon exécutif du système Ben Ali (ci-dessous). - L'adage se confirme : En insistant sur une chose, on en passe une autre sous silence.  -  En effet, l'Algérie fait l'objet d'un black-out médiatique assez formidable en France. Or, si jamais les choses devaient changer dans ce pays, on entendrait la scène médiatique française applaudir d'autant plus fort que le silence, qui précédait, fut intense.

[Nota] On peut exclure de ce silence la journaliste Caroline Fourest qui demandait hier aux deux politiques présents sur le plateau de la Semaine Critique (France 2, modérée par Franz-Olivier Giesbert) s'ils allaient soutenir "l'opposition démocrate et laïque qui manifeste demain dans les rues d'Alger contre l'avis du régime, qui fait déjà tout pour l'empêcher..." Réponse d'Henri Guaino, conseiller spécial du président Sarkozy : "Je n'imagine pas un instant que la France, ancienne puissance coloniale, puisse, à chaque fois qu'il y a une manifestation ou une opposition dans un pays, se ranger délibérément aux côtés de cette opposition..." - Ça va mieux en le disant ! - Quant à la réponse de Jean-Pierre Chevènement, elle est noyée sous la charge du chroniqueur David Abiker qui interpelle à nouveau Henri Guaino sur la question tunisienne. - Exit Jazaïr !


[update, 23-01-2011] - Un autre résumé de la journée est paru à 3h du matin sur le site d'El Watan.


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