jeudi 1 décembre 2005

Mondes virtuels (2005-2006)

I. - Blog

 (note rédigée les 11/14 février 2005)

Selon une information donnée hier à la télévision française, 2000 nouveaux blogs seraient mis en ligne tous les mois. Cette estimation ne précise pas s'il s'agit de la France ou du monde. De la France, sans doute. Car le moteur de recherche Google indique 173 millions d'entrées pour le mot "blog" sur le World Wide Web. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il y ait le même nombre de carnets personnels en ligne. Dans la foulée, le magazine Tracks (Arte) de cette semaine a diffusé l'interview d'une blogueuse parisienne. Sa tasse de café à la main, elle dit que si, par le passé, on ne documentait que la vie des grands, rois et reines, le public d'aujourd'hui s'intéresse plutôt à la vie quotidienne des - petites - gens. Et de publier la liste de ses courses.

Le phénomène des blogs m'était apparu lors de la guerre en Irak avec le journal d'un certain Salam Pax à Bagdad, qui mettait en ligne ses observations dans la perspective d'une attaque massive des Américains sur sa ville. Je tenais à l'époque (printemps 2003), un mois durant, un "journal de guerre" : c'était le compte rendu de ce que j'entendais à la télévision et à la radio françaises sur les événements en Irak, assorti de réflexions et de sentiments personnels. Dans ce cadre, j'avais publié des extraits de Dear Raed alors que les journaux doutaient encore de l'identité du rédacteur. Quelque temps plus tard, Salam Pax est (ré-)apparu sur la scène médiatique avec son journal sous la forme d'un livre, levant ainsi les doutes grâce à "l'autorité de la chose publiée".

Aujourd'hui, et même au printemps 2003 déjà, le phénomène des blogs a pris de l'ampleur. J'ai l'impression que cette nouvelle forme de "libre expression", pour bénéfique qu'elle soit, n'échappe pas à la critique émise naguère, quand le "bloc de l'Est" existait encore : dans nos contrées, on peut en effet dire ce que l'on veut, mais dans la cacophonie ambiante on ne s'entend plus parler. - En août 2003, le Monde Diplomatique a publié un papier assez instructif sur le phénomène. L'article de Francis Pisani (journaliste à San Francisco) commence par un historique :

jeudi 27 janvier 2005

Auschwitz, live


jeudi 27 janvier
- 14:00 - 17:00 -



Après la diffusion intégrale sur la chaîne publique France 3 de Shoah (France 1985, Claude Lanzmann, 9h30) dans la soirée et la nuit du lundi 24 janvier; la programmation sur la chaîne culturelle franco-allemande Arte du téléfilm Holocaust (USA 1978, Marvin Chomsky, 7h) en quatre parties, ce même lundi (jusqu’au jeudi 27) à 20:45, suivi mardi 25 par le documentaire Hollywood et la Shoah (USA/GB/RFA 2004, Daniel Anker, Sidney Lumet, Steven Spielberg, Branko Lustig, Rod Steiger, 90 mn), mercredi 26 par le surprenant document Falkenau (Samuel Fuller/Emil Weiss, 1945/2004, 40 mn) et jeudi 27 par les souvenirs poignants du déporté Joseph Bialot, auteur du livre C’est en hiver que les jours rallongent (Seuil, film au titre éponyme, France 2004, François Chayé, 55mn); la diffusion sur la chaîne commerciale TF1 de la version courte du documentaire Auschwitz, la solution finale (BBC, 2005, sous la direction de l’éminent spécialiste anglais Ian Kershaw, 2 x 90 mn sur les 6h de la version intégrale) mardi 25 et mercredi 26 en deuxième partie de soirée vers 23:00, précédé mercredi soir par la présentation en direct du journal de 20 heures depuis Oswiecim, conclu par le très surréaliste sourire navré de Patrick Poivre d’Arvor qui apparait sous la très cynique inscription „Arbeit macht frei" (le travail rend libre) surplombant l’entrée du camp d’extermination, les téléspectateurs en France, comme dans tous les autres pays d’Europe, probablement, sont invités à assister ce jeudi après-midi entre 14:00 et 17:00 à la cérémonie commémorative du soixantenaire de la libération des camps d’Auschwitz et de Birkenau par l’armée soviétique, retransmis simultanément sur TF1 et France 2 : Auschwitz, live.


Remarquons que beaucoup de ces programmes passent à des heures de plus faible écoute, plutôt inaccessibles à ceux qui travaillent ou étudient, comme la cérémonie de cet après-midi et tous les documents, dont notamment les 400 dernières minutes de Shoah programmées entre minuit et six heures du matin. On eût préféré voir l’enquête indispensable de Lanzmann sur trois ou quatre soirées, à la place du feuilleton assez médiocre Holocaust, auquel on peut reprocher un conventionnalisme inapproprié face à une „expérience" comme celle-ci dont beaucoup de rescapés ont souligné le caractère indicible (*), voire „immontrable", ce qui exigerait l’élaboration de formes narratives, visuelles, sonores adéquates. De plus, tout est fait, dans le découpage de cet épos dont l’action se déroule sur plusieurs scènes à la fois selon les standards télévisuels d’aujourd’hui, inaugurés entre autres par les interminables feuilletons Dallas ou Dynastie (tournés à la même époque), pour préparer aux coupures publicitaires qui, s’ils n’existent pas sur Arte, avaient donné lieu, lors de la première diffusion américaine, à de vives critiques évoquant une „commercialisation de la Shoah", quand bien même ce programme aurait fait „prendre conscience au peuple américain de la barbarie nazie"; on pense alors à cet autre film américain avec Rod Steiger sponsorisé par une compagnie de gaz : lors de sa diffusion, on avait éliminé de la bouche des acteurs le mot „gaz" associé aux chambres d’extermination. Dans ce contexte, il convient de souligner que l’excellent documentaire de la BBC sur TF1 n’a pas été interrompu, à titre sans doute très exceptionnel, par des „pages de publicité", même si les spectateurs n’ont pu voir qu’une version courte (3h sur les 6h diffusées par la chaîne câblée Histoire) de cette oeuvre dont l’élaboration a, dit-on, pris une quinzaine d’années.


Mais venons-en à la cérémonie de cet après-midi : il s’agit d’une longue suite de discours, retransmis en direct de Birkenau (le principal lieu des assassinats, sis à 3 km du camp de base - Stammlager - d’Auschwitz), tenus par d’illustres orateurs dans un décor résolument glauque et enneigé, par un froid peu propice à ce genre d’exercice, devant un parterre de personnalités, dont le visage par moments étrangement crispé du président français Jacques Chirac qui n’interviendra pas ici.


TF1 fait précéder le direct par un historique musclé : l’un de ces speakers contemporains, dont la diction professionnelle peut indifféremment faire état du parcours d’un serial killer, résumer une rencontre sportive ou vanter les mérites d’une nouvelle technologie, nous raconte en condensé la „solution finale" sur les images récurrentes de corps décharnés qu’une pelle mécanique roule dans la fosse.

lundi 10 janvier 2005

Tsunami World (2005)

lundi 10 janvier 2005

Le parcours médiatique de la vague d'enfer du 26 décembre, dimanche de Noël 2004, a débuté avec l'annonce minimaliste de quelques centaines de morts, qui se sont rapidement transformés en milliers, puis en dizaines de milliers, pour dépasser les cent cinquante mille décès aujourd'hui (165.000 annoncés le 8 janvier 2005 à midi), un nombre qui va sans doute croître encore (ajout: quelques semaines plus tard, le chiffre "définitif" serait de plus de 300.000 tués), telle une cotation boursière macabre en proie à l'inflation. C'est vrai, la manie des chiffres, en particulier celles des décès, caractérise notre époque, avide de quantifier les choses et les êtres. Et les montants des dons, dans la foulée des Noëls occidentaux, - qui ne sont encore que des sommes annoncées ou, dans le jargon des téléthons, des "promesses de dons", - auront bientôt "crevé" tous les plafonds et tous les écrans : plus de 4 milliards de dollars promis aujourd'hui (ad.: après la conférence des donateurs à Genève, les médias parlent de 10 milliards) ! Mais ici aussi, des décalages sont à craindre entre les nombres réels et imaginaires. Et puis, la reconstruction des palaces en bord de mer sera probablement prioritaire sur celle des huttes, même si l'on s'en défend aujourd'hui ; car dans la vie réelle, et contrairement à nos univers virtuels, fantasmagoriques, chacun reste à sa place, comme ces "Intouchables" qui, en Inde, rendent un dernier service aux cadavres en souffrance…

Chez nous, tout le monde finit par s'interroger : pourquoi une telle avalanche de dons ? est-ce l'implication d'Occidentaux dans cette catastrophe ? la brusque métamorphose de leur paradis touristique en un Tsunamiworld infernal ? le raz-de-marée d'images, et notamment les "films de vacances"? est-ce la réverbération de Noël et des semaines d'appels obscènes à la surconsommation, qui auront précédé ? ou encore l'innocence des victimes, le caractère "naturel", intempestif, surprenant de cette catastrophe ? voire un sentiment de faute vis-à-vis des populations "sinistrées" ?