mardi 17 juillet 2018

[Billet d'humeur] Le gêne de la connerie


Les absents ont toujours tort. C’est bien connu. Et ceux qui parlent de connerie la mettent en général sur le dos des autres. Or, en pratiquant l'introspection, on s’aperçoit bien vite qu'on dispose soi-même de réserves plus ou moins importantes en la matière. Du moins lorsqu'on est honnête. Ce qui n’est pas toujours le cas. Notamment à un niveau « sérieux » de connerie.

Dans ce contexte, la découverte récente d'une parenté inattendue peut donner à penser : Quand l’homme soi-disant « moderne » passa du Nord-Est de l'Afrique au Moyen-Orient et en Europe pour ensuite coloniser toute la planète, il croisa Néandertal et depuis peu nous savons que le sexe agrémentait ces rencontres. Car il est désormais établi que l’homme présumé « moderne » possède des gênes de Néandertal (Svante Pääbo, Université de Leipzig).


dimanche 8 juillet 2018

Note sur le Mondial 2018

Je n'ai pas vu la cérémonie d'ouverture de la Coupe du Monde de Football 2018...


...ni ce doigt d'honneur que Robbie Williams, venu pousser la chansonnette ce 14 juin au stade Loujniki de Moscou, adresse à la caméra et donc aux centaines de millions de fans devant leurs écrans (un milliard de téléspectateurs estimés pour la finale du Mondial 2014). - Message incertain, du style "quand je montre ma gueule, les imbéciles regardent le doigt".

Mais j'ai suivi le match d'ouverture Russie - Arabie Saoudite (5:0) et ce geste apparemment désolé que Vladimir Poutine adresse - à deux reprises : après le premier et le deuxième but russe - au Prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane...


... et je ne peux m'empêcher d'imaginer cette réponse du tac au tac, tout aussi "bon prince"  :
- Pas de problème, mon frère, nous on est là pour encaisser !

***

Le spectacle mondial de l'affrontement fraternel des nations sportives est donc reparti, alors que les batailles - militaires, économiques, politiques - incendient la planète : un mois de divertissement, de détournement, de communication à propos du "plus bel inessentiel du monde" (qui traduit la définition allemande du foot : die schönste Nebensache der Welt) - éphémère donc... pour oublier l'essentiel...

lundi 21 mai 2018

FAUX DÉPART

J'ai annoncé un peu vite que je fermais le blog "SK EN LIGNE" (361 posts entre 2003 et 2018), notamment pour me consacrer à MEDIALECTIQUES, un projet collectif qui est toujours en phase d'élaboration  Or, je m'aperçois qu'il est préférable de continuer à publier ici certaines de mes réflexions plus personnelles, spontanées ou décalées, dans un souci de préserver la cohérence de ce nouveau projet et de ne pas y prendre trop de place...

À bientôt donc.
Ici ou là.
SK

https://medialectiques.blogspot.com/

mardi 27 mars 2018

Un billet pour rien (fin mars 2018)

J'ai déjà utilisé ce titre pour un blog sur L'Obs ("bad good old times"). Ce désenchantement tient à la fois de l'entropie et donc de l'invisibilité croissantes sur les réseaux et - conséquence ultime de l'entropie - du tarissement de la parole. Or, j'écris : à force de la pratiquer, l'écriture est devenue un moyen d'expression per se, qui réclame son dû même si l'on a rien à dire, ce qui d'ailleurs se constate un peu partout. Ce n'est pas qu'on n'a pas envie de parler de l'essentiel, c'est l'existentiel qui nous accapare entièrement.

News

L'Allemagne a donc un gouvernement. La belle affaire. On a passé des semaines, des mois, des tonneaux d'encre sur le sujet. Qu'est-ce qui reste à dire dans la logorrhée ambiante : que Merkel succède à Merkel ? - Et l'affaire de Trèbes au carrefour du Minervois ? Honneur au représentant de l'ordre : un héros contemporain. Mais les héros sont légion dans l'histoire humaine, ce qui n'enlève rien, bien sûr, à l'acte héroïque de cet officier. Or, paradoxalement, l'autre aussi est considéré comme un héros : par les "siens", ceux qui l'ont embrigadé, ce Carcassonnais paumé entre les quartiers pourris du centre ville et la belle Cité. - Et la guerre commerciale qui apparemment s'annonce : est-ce encore l'un des emberlificotages chers au "real Trump" ? - Sans oublier que Poutine succède à Poutine. Et Sissi à Sissi... 

Les news nous harcèlent de toutes parts, font parler, "couler de l'encre". Et il n'y a pas que la politique et l'économie. Il y a aussi les faits divers et les sports. J'aurais dû être pigiste pour L'Équipe, journal extrêmement bien écrit, j'aurais au moins appris quelque chose. Mais je n'écris pas seulement dans l'anonymat, j'aigris dans les regrets aussi. La pire des choses qui puisse arriver au scribaillon : l'aigriture !

Le Salon du Livre

Soyons donc optimistes et allons de l'avant puisque le futur nous appelle, à en croire ingénieurs, chercheurs, développeurs et publicitaires. Mais je me souviens maintenant : je voulais parler du Salon du Livre de Paris. Comparé à Francfort, il périclite sérieusement. Les Russes étaient à l'honneur cette année. Mais le groupe Hachette (Fayard, Grasset, Stock...) ou L'Archipel et d'autres n'exposent plus, et les indépendants ne sont pas regroupés comme à Francfort, ils sont d'ailleurs les premiers à s'en plaindre, même si certains n'ont pas encore pris conscience des avantages pour le visiteur et donc pour l'exposant. En plus ce serait peut-être moins cher au prix de groupe...

Le marché du livre est une énorme machine, extrêmement sophistiquée, à multiples niveaux et plate-formes, dont à Francfort le salon des agents fermé au public. Et les rendez-vous des responsables des Foreign Rights y sont pris à l'avance et d'une durée maximale de 15 minutes pour le tout-venant. Il y a également les stars qui, comme dans les autres disciplines, ne méritent pas forcément leur place. Sur le plan strictement littéraire, s'entend. D'autres y excellent incontestablement. Et il y a les spécialistes qui présentent en direct les bouquins aux médias et en particulier à la TV, comme Denis Scheck en Allemagne.


La partie émergée de cette affaire ce sont les listes de best-sellers, les hit-parades des bouquins. Parfois ce ne sont pas les plus connus qui vendent le mieux : le marché des thrillers par exemple est énorme. Et gore à souhait : ça vous amène dans les profondeurs cauchemardesques de l'esprit humain, et il paraît que les meufs plus encore que les mecs sont fanas de ce genre...

La démocratie sous influence

Mais pour revenir aux "informations" :  le scandale des Big Data de Facebook via Cambridge Analytica semble également s'étendre à l'influence considérable sur le vote du Brexit que l'utilisation frauduleuse (sans consentement) des données personnelles a pu exercer en faveur du leave, selon un certain Christopher Wylie, whistleblower de son état. Il s'agit - aux USA et en UK - du contraire de l'information : la fameuse "fake news" chère à Trump, ou la "désinformation" en termes plus classiques. Or ce n'est que la moitié du menu : l'autre est servie par les "influenceurs", créateurs de tendances et d'opinions (publiques), qui travaillent ici sur la politique comme on travaille la pub d'une marque : à coups de "préparation de cervelle" (P. LeLay 2004) ! - Si les informations de Christopher Wylie, ancien Directeur de Recherches à Cambridge Analytica, données le 26 mars 2018 dans une interview à Libération (*), puis ce 27 mars 2018 devant les Législateurs du Royaume-Uni (UK Lawmakers - vidéo ci-dessous en anglais) correspondent aux faits, les conséquences seraient extrêmement graves pour la crédibilité et la pertinence d'un référendum populaire comme le vote du Brexit, qui se jouait à 2 pourcents avec une participation de 72,2% ...





(*) Voici un extrait significatif de l'interview donné entre autres à Libération (ainsi qu'à Die Welt, Der Spiegel, El País, NRC, Polska, le Monde) > "Sans Cambridge Analytica, il n'y aurait pas eu de Brexit"
Q. - Est-ce que le vote en faveur du Brexit aurait eu lieu sans Cambridge Analytica ?

C.W. - Non, ils ont joué un rôle crucial, j’en suis sûr. Il y a deux aspects dans le scandale. D’une part, Cambridge Analytica a admis la semaine dernière avoir effectivement travaillé avec le groupe de campagne «Leave.EU». L’autre aspect, c’est que AggregateIQ [une entreprise canadienne issue de Cambridge Analytica, ndlr] a aussi travaillé avec Cambridge Analytica sur un système qui a permis à Leave.EU de dépasser son plafond de dépenses, et d’utiliser près d’un million de livres pour cibler la population. Sans AggregateIQ, le camp du «Leave» n’aurait pas pu gagner le référendum, qui s’est joué à moins de 2% des votes. Or, 40% du budget de «Vote Leave» est allé à AggregateIQ, c’est beaucoup. Cette entreprise a joué un rôle pivot dans le référendum. Elle a travaillé main dans la main avec Cambridge Analytica. Si vous ciblez un petit nombre spécifique de personnes avec des milliards de publicité, cela peut suffire à gagner suffisamment d’électeurs.

Q. - Cela pourrait, mais ce n’est pas sûr ? Qui peut dire que cela a vraiment fait basculer le vote sur le Brexit ?

C.W. - Mais tout est là. Ce vote est terriblement important pour ce pays, pour l’Europe. Les électeurs doivent avoir confiance dans leurs institutions démocratiques. Tricher, c’est tricher. C’est comme avec un médaillé d’or aux Jeux olympiques qui perd son titre après un contrôle antidopage positif : qui peut dire qu’il n’aurait pas gagné la médaille d’or sans se doper ? Personne. Mais la médaille lui est retirée, parce qu’il a triché. Parce que cela remet en question l’intégrité de tout le processus. Ce que je dis, c’est qu’il s’agit ici de l’intégrité du processus. Il doit y avoir une enquête sur tout le processus du référendum. Il ne s’agit pas d’une petite élection locale, il s’agit de l’avenir du pays.


[à suivre]


mercredi 7 février 2018

Les grocolis


 Les grocolis

Depuis l'élection fédérale du 24 septembre 2017, quatre mois et deux semaines se sont écoulés sans que les partis soient à même de constituer un gouvernement, mais ce 7 février 2018 un accord entre l'Union de Maman Merkel (CDU/CSU) et le SPD de Papa Schulz est enfin intervenu. On est prêt à signer le contrat de coalition lorsqu'un dernier détail sera réglé : le vote de la base social-démocrate - c'est-à-dire des 463.723 adhérents du SPD - dont l'organisation réclame trois semaines supplémentaires. - C'est donc vers la fin février que l'Allemagne passera du pareil au même - d'une GroKo à l'autre - après cinq mois de flottement et de "gouvernement par intérim"...

En Allemagne, on ne se demande plus pour qui mais pourquoi voter et surtout : pourquoi tout ce tremblement, flottement, toutes ces incertitudes, turpitudes, ce "gouvernement par intérim" qui traduit cette belle expression iconoclaste de "geschäftsführende Regierung", simple "gestion intérimaire" où le ministre "sortant" de l'Agriculture (CSU) se permet tout de même de voter en faveur du glyphosate au parlement européen sans consulter le Bundestag fraîchement élu - oui, pourquoi tout ce remue-ménage, cette excitation, cette exaltation pour finalement faire du sur-place ou, comme qui dirait, pédaler dans la semoule ?

Mais que s'est-il passé au juste ? 3/4 des inscrits sont allés voter le 24 septembre pour accorder sur les 709 sièges du Bundestag  [entre crochets les résultats de 2013, le parlement comptant alors 631 sièges] :  246 [311] à l'Union - 153 [193] au SPD - 69 [64] à Die Linke - 67 [63] aux Verts - 80 [0] au FDP - 94[0] à l'AfD. - On voit que les électeurs ont sanctionné la GroKo sortante, le SPD obtient son plus mauvais résultat d'après-guerre, l'Union baisse également, les partis de gauche (Linke/Verts) gagnent quelques sièges et les autres entrent - à nouveau (FDP) ou pour la première fois (AfD) - en fanfare au parlement. - Pour les analystes politiques, le message est clair, même si l'on peut y déceler un sfumato fondamental, car si l'entrée des populistes au Bundestag constitue une nouveauté et pour beaucoup un scandale, elle ne participe finalement que d'un mouvement général venu d'Europe de l'Est, et en effet l'AfD est beaucoup plus forte dans les anciennes régions de RDA, avec une mention spéciale pour la Saxe, l'ancienne "vallée des ignorants" (parce qu'on n'y recevait pas la télé de l'Ouest). Mais le mouvement commence à essaimer, et avec les évolutions en Pologne, en Tchéquie et en Hongrie, la nouvelle coalition ÖVP/FPÖ en Autriche et le score du FN en France (tout de même 33,9% il y a moins d'un an) montrent qu'à l'ère de la mondialisation et d'une "construction européenne" sans fin et sans volonté politique, le nationalisme "pur et dur" fait un remarquable come-back sur la scène inter-nationale. -  L'autre versant de cette affaire, qui la rend encore plus floue, c'est le consensus mou qui règne au centre avec les Grocolis allemands et les - hum ! - Macarons français, que personne n'aime vraiment mais que la majorité -  par son "vote utile" ou "anti-extrémiste" - ne cesse de confirmer au pouvoir...

10 février

Le vote des  adhérents du SPD aura donc lieu du 26 février au 2 mars, et le résultat sera connu le dimanche 4 mars. En attendant, Papa Schulz jette l'éponge : après avoir renoncé à la présidence du SPD au bénéfice d'Andrea Nahles ("Martin s'est sacrifié"), il renonce à présent à un poste ministériel dans un nouveau gouvernement Merkel, en affirmant que "le débat autour de ma personne" ne devait pas influencer négativement le vote des adhérents.  C'est donc ainsi que se conclut apparemment l'incursion de l'Européen Schulz en politique nationale. - Pourtant, en janvier 2017, sa désignation à l'unanimité comme candidat SPD à la chancellerie puis, en mars, son élection comme chef du parti social-démocrate allemand avec 100% (!) des suffrages ont  permis tous les espoirs : le libraire rhénan de condition modeste qui avait fait son chemin jusqu'à la présidence de la Commission UE faisait le poids face à une Maman Merkel affaiblie par sa "politique de bienvenue" de 2015 ("Nous y arriverons !"). Du coup, le baromètre des sondages taquinait les 30%, voire plus, et la chute ne pouvait être que plus dure : après les trois élections "régionales" ("Landtagswahlen") perdues, la météo politique prévoyait du gros temps, et en effet, avec environ 1/5 des voix exprimées en septembre 2018, le SPD - ce grand parti qui avait contraint Bismarck a introduire les premières lois de protection sociale au monde, puis fourni, avec Friedrich Ebert, le premier président de la république de Weimar et, avec Willy Brandt, l'un des chanceliers les plus charismatiques de l'après-guerre - était réduit au rang de second couteau. Et comme si ce n'était pas suffisant, Martin Schulz commet sa plus grande erreur en déclarant qu'il choisit l'opposition et qu'il n'est pas question de former une nouvelle grande coalition sous la direction de la chancelière sortante. La suite est connue...

Andrea Nahles (*1970), photo : FAZ


[en cours]

dimanche 10 décembre 2017

Johnny d'O

Je prends le train en retard. Johnny d'O est mort. Les nécros sont faites, les hommages rendus, les larmes séchées. Le week-end se termine...

Je me souviendrai de Johnny d'O comme d'un personnage hautement médiatique : il était ce bon client qui fédérait les audiences, assurait le spectacle, savait le fin mot...

Johnny d'O était un phénomène transgénérationnel, omniprésent, sur tous les écrans, terrains et scènes, entre le mots, entre les lignes, et sous le fard d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit...

Johnny d'O était devenu immortel bien avant de mourir : grâce à lui, nous avons nous aussi été délivrés de notre condition de mortels, nous aussi trouvé refuge sous la Coupole, nous aussi gravi l'Olympe...

Et pourtant c'était un gars bien de chez nous, Johnny d'O, un peu bourge, un peu prolo, un peu sélect, un peu populo : un savant mélange où tout le monde se retrouvait, où il y avait à boire et à manger, à lire et à chanter...

Mais qu'allons-nous devenir désormais ? Qui nous donnera nos variétés quotidiennes ? Qui, tel un grand frère renommé, nous divertira de notre petite histoire anonyme ?

Certes, pour être le nouveau Johnny d'O, ça se bouscule déjà au portillon : il y a les vieux briscards et les jeunes loups, les prétendants au trône qui cherchent eux aussi à reconcilier une nation déchirée, à réunir la foule des petites gens et les grands de ce monde ; mais savent-ils que pour être immortel, il faut que l'artiste soit mort bien avant de recevoir les hommages présidentiels aux Invalides et de défiler sur les Champs-Élysées dans un cercueil doré ?




vendredi 24 novembre 2017

GroKo-Deal ?



Après le "non" catégorique de Martin Schulz (SPD) à une réédition de la Grande Coalition (GroKo) avec l'Union (CDU/CSU) d'Angela Merkel et celui de Christian Lindner (FDP) à une Jamaika-Koalition avec l'Union et les Verts, l'Allemagne fédérale se voit confrontée à l'une de ces situations inattendues qui se sont multipliées ces derniers temps : Brexit, Trump, Macron...

Si le Nein de M. Lindner reste à ce jour difficile à comprendre, M. Schulz ne pouvait qu'opter pour l'opposition devant la chute libre des sociaux-démocrates en septembre 2017 après quatre ans de "collaboration" avec Mme Merkel...

Or, l'entretien de ce jeudi avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a apparemment "fait bouger les lignes", comme dirait l'autre : Papa Schulz est désormais prêt à discuter avec Maman Merkel pour une éventuelle annulation du divorce annoncé...

En effet, les deux autres solutions pour sortir de l'impasse semblent peu convaincantes : d'un côté, un gouvernement Merkel minoritaire, qui resterait très instable et peu efficace ; de l'autre, de nouvelles élections, qui risqueraient de confirmer le résultat de septembre ou en tout cas de ne pas dégager une majorité claire de droite (CDU/CSU/FDP) ou de gauche (SPD/Les Verts/Die Linke)...

Alors il faudra bien - je suppose que les camarades Schulz et Steinmeier se seront mis d'accord sur ce point - mettre un mouchoir sur ses convictions profondes et faire le meilleur deal possible avec la chancelière - tant pis si le SPD y laisse encore des plumes : l'important, dit-on, c'est la stabilité du futur gouvernement allemand, mais aussi la nécessaire réforme européenne, défendue, semble-t-il, par le nouveau président français, qui se retrouve actuellement un peu seul avec ses belles déclarations d'intention...

Pourtant, le tour n'est pas joué, et les négociations s'annoncent longues et ardues : d'abord - Martin Schulz l'a déclaré - la base du SPD sera appelée à voter pour ou contre une nouvelle participation sociale-démocrate au gouvernement, et à ce jeu-là on ne gagne plus à tous les coups ; et puis - si négociations il y a - elles ne commenceront sans doute qu'après les assises du parti prévues le 7 décembre 2017 où - tous les camarades interrogés s'accordent à le dire - M. Schulz sera confirmé à la tête du SPD, même si le doute a pu subsister à ce sujet...

***

Pour expliquer la situation présente, il y a un paramètre que les uns et les autres préfèrent apparemment ignorer au possible : le surprenant résultat des populistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui, au Bundestag, occupent actuellement 94 sièges sur 709 (avec 12,6% des voix contre 4,7% en 2013). - Si, pour simplifier les calculs, on enlevait ces sièges en supposant que les populistes n'aient pas, comme en 2013, franchi la barre des 5% des voix nécessaires pour entrer au parlement, la majorité serait à 308 sièges : assez pour une coalition Union / Libéraux (326), mais également pour une alliance Union / Les Verts (316).

Mais pourquoi cette ascension fulgurante des populistes dans un pays qui a connu douze ans de dictature barbare et meurtrière ? - Est-ce parce que les partis dits "de gouvernement" se ressemblent trop ? Est-ce donc la conséquence d'alliances "contre nature", comme cette coalition entre sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates ? Et puis la politique d'immigration d'Angela Merkel en 2015 - avec sa fameuse déclaration : "Nous y arriverons" ("Wir schaffen das") - n'a-t-elle pas contribué à cet essor formidable du repli sur soi, de la xénophobie, de l'hostilité au projet européen, savamment alimentés par les harangues d'idéologues surgis du passé le plus sombre de l'Allemagne ? - Car, de l'autre côté de la barrière, les problèmes des pauvres - "les plus démunis", comme on aime à dire - et des travailleurs précaires ne sont pas - loin s'en faut - résolus par l'introduction du salaire minimum, imposé par le SPD au 1er janvier 2015 en République fédérale. Beaucoup d'autres mesures seraient nécessaires pour sortir les gens de la précarité, et elles seraient réalisables car, dans l'Allemagne actuelle, le chômage est au plus bas et les caisses de l'État sont pleines...

Devant ce genre de problèmes purement économiques et sociaux - qui réclameraient donc la réduction de la précarité, c'est-à-dire entre autres : des logements abordables, l'amélioration des conditions de travail et le renforcement de la protection sociale pour redonner confiance aux "couches laborieuses" qui, en fin de compte, produisent "nos" richesses ou, au choix, font "tourner la baraque" - les histoires d'intégration et d'insécurité fonctionnent comme un paravent, un "écran total" : de faux problèmes appelés à masquer le démantèlement progressif de l'État social qui, seul, serait à même d'assurer et de maintenir la cohésion de nos sociétés. - Le reste n'est que de la très mauvaise littérature à l'intention de pauvres gens abrutis par un travail stupide, des minima sociaux honteux, des bonimenteurs sans vergogne et une industrie du divertissement à la limite de l'analphabétisme...

Dans cette perspective sociale-démocrate esquissée à l'instant, une nouvelle grande coalition n'est en effet souhaitable qu'avec beaucoup de réserves. Car jusqu'où Angela Merkel pourra-t-elle "aller trop loin" pour se maintenir au pouvoir, et jusqu'à quel point Martin Schulz devra-t-il céder en risquant que le SPD se fasse définitivement broyer pour finir par ressembler au PS français après le passage du rouleau-compresseur Macron ?

C'est ce que les JuSos - les comités de travail des jeunes du SPD qui comptent 70.000 membres et représentent "l'avenir du parti" - ont dû se dire ce vendredi soir à Sarrebruck, où Martin Schulz est venu tenir un discours difficile : "No more GroKo", ont-ils scandé, tandis que le patron avait tout le mal du monde à contenir leur fougue, qui n'était pas seulement le fait de la jeunesse...


[à suivre]

mardi 21 novembre 2017

Jamaïque, c'est fini (et dire que c'était l'île de mon premier amour)


Jamaika - Nein ! - Et apparemment, les nouvelles élections ne sont pas non plus pour demain ! Du coup, l'Allemagne n'a plus de gouvernement capable d'agir et de participer aux débats européens ou climatiques, par exemple : entourée des ministres de la grande coalition  (CDU/SPD) désormais révolue, Angela Merkel reste certes chancelière "par intérim" pour administrer, gérer ou expédier les affaires courantes, mais sans majorité au Bundestag, elle ne dispose plus du pouvoir décisionnel et législatif nécessaire pour effectivement gouverner le pays.

Une situation inédite en Allemagne fédérale...

La balle est maintenant dans le camp du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, qui - malgré son appartenance au SPD - est tenu à une stricte neutralité. En effet, sa fonction cesse aujourd'hui d'être simplement "honorifique" ou "représentative", car il lui appartient de dissoudre le parlement et de convoquer de nouvelles élections. Mais, selon un sondage récent qui ne tient pas encore compte de l'échec de Jamaika, celles-ci donneraient actuellement un résultat proche de celui de septembre 2017, même si les choses risquent de changer au cours des prochaines semaines. - Or, le président vient d'annoncer clairement qu'il n'est pas partisan d'un nouveau vote et qu'il va donc réunir cette semaine les chefs des partis pour les sommer de respecter le choix des électeurs. Ce n'est pas gagné car, après l'échec des consultations "jamaïcaines", Martin Schulz déclare de son côté que le "SPD n'est (toujours) pas disponible pour une (réédition de la) grande coalition" et qu'il "ne craint pas de nouvelles élections".

Trois solutions :

1. - Frank-Walter Steinmeier réussit à convaincre les chefs des partis concernés par la Jamaika-Koalition - CDU/CSU/FDP/Les Verts - de reprendre les négociations - et notamment Christian Lindner (FDP) qui, contre toute attente, vient de claquer la porte, alors que Les Verts et l'Union (CDU/CSU) déclarent avoir été "proches d'un accord" après quelque sept semaines (!) de consultations - ou bien il parvient à décider son ex-camarade Martin Schulz de prendre ses responsabilités en revenant sur sa décision et en négociant un nouveau contrat de coalition avec la CDU/CSU.

2. - Si lors de l'élection du chancelier / de la chancelière, Angela Merkel n'obtient qu'une majorité "relative" au Bundestag, le président peut tout de même la nommer chancelière : elle a alors la possibilité de former un gouvernement minoritaire - une option qu'elle refuse actuellement, arguant que "l'Allemagne a besoin d'un gouvernement stable".

3. - Le président dissout le parlement et convoque de nouvelles élections (ce qu'il est seul habilité à faire) en suivant une procédure fixée par la Constitution. Si cette décision est prise, un délai de soixante jours suivant l'annonce doit être respecté avant un nouveau passage aux urnes, qui aurait alors lieu en février ou mars 2018.


D'ici là, le bruit avec la bouche, les harangues et les reproches vont s'amplifier au parlement - dont les séances ont repris ce mardi 21 novembre 2017 sous la direction de Wolfgang Schäuble (CDU), le nouveau président du Bundestag - jusqu'à ce que les "messages" et les "discours" deviennent inaudibles pour les citoyens "ordinaires", ce qui risque une fois encore de favoriser le vote des extrêmes, alors que de toute évidence il s'agit pour les uns et les autres de faire des compromis et de travailler ensemble pour tenter de résoudre les problèmes importants et de plus en plus urgents, non seulement en Allemagne, mais en Europe et en dernier ressort dans le monde entier (guerres et conflits interminables, pauvreté, inégalités des termes de l'échange, paradis fiscaux, changement climatique ...).

[suite]


De g. à dr. : Lindner (FDP) - Merkel (CDU) - Seehofer (CSU) - Özdemir (Les Verts) - Schulz (SPD)