dimanche 10 décembre 2017

Johnny d'O

Je prends le train en retard. Johnny d'O est mort. Les nécros sont faites, les hommages rendus, les larmes séchées. Le week-end se termine...

Je me souviendrai de Johnny d'O comme d'un personnage hautement médiatique : il était ce bon client qui fédérait les audiences, assurait le spectacle, savait le fin mot...

Johnny d'O était un phénomène transgénérationnel, omniprésent, sur tous les écrans, terrains et scènes, entre le mots, entre les lignes, et sous le fard d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit...

Johnny d'O était devenu immortel bien avant de mourir : grâce à lui, nous avons nous aussi été délivrés de notre condition de mortels, nous aussi trouvé refuge sous la Coupole, nous aussi gravi l'Olympe...

Et pourtant c'était un gars bien de chez nous, Johnny d'O, un peu bourge, un peu prolo, un peu sélect, un peu populo : un savant mélange où tout le monde se retrouvait, où il y avait à boire et à manger, à lire et à chanter...

Mais qu'allons-nous devenir désormais ? Qui nous donnera nos variétés quotidiennes ? Qui, tel un grand frère renommé, nous divertira de notre petite histoire anonyme ?

Certes, pour être le nouveau Johnny d'O, ça se bouscule déjà au portillon : il y a les vieux briscards et les jeunes loups, les prétendants au trône qui cherchent eux aussi à reconcilier une nation déchirée, à réunir la foule des petites gens et les grands de ce monde ; mais savent-ils que pour être immortel, il faut que l'artiste soit mort bien avant de recevoir les hommages présidentiels aux Invalides et de défiler sur les Champs-Élysées dans un cercueil doré ?




vendredi 24 novembre 2017

GroKo-Deal ?



Après le "non" catégorique de Martin Schulz (SPD) à une réédition de la Grande Coalition (GroKo) avec l'Union (CDU/CSU) d'Angela Merkel et celui de Christian Lindner (FDP) à une Jamaika-Koalition avec l'Union et les Verts, l'Allemagne fédérale se voit confrontée à l'une de ces situations inattendues qui se sont multipliées ces derniers temps : Brexit, Trump, Macron...

Si le Nein de M. Lindner reste à ce jour difficile à comprendre, M. Schulz ne pouvait qu'opter pour l'opposition devant la chute libre des sociaux-démocrates en septembre 2017 après quatre ans de "collaboration" avec Mme Merkel...

Or, l'entretien de ce jeudi avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a apparemment "fait bouger les lignes", comme dirait l'autre : Papa Schulz est désormais prêt à discuter avec Maman Merkel pour une éventuelle annulation du divorce annoncé...

En effet, les deux autres solutions pour sortir de l'impasse semblent peu convaincantes : d'un côté, un gouvernement Merkel minoritaire, qui resterait très instable et peu efficace ; de l'autre, de nouvelles élections, qui risqueraient de confirmer le résultat de septembre ou en tout cas de ne pas dégager une majorité claire de droite (CDU/CSU/FDP) ou de gauche (SPD/Les Verts/Die Linke)...

Alors il faudra bien - je suppose que les camarades Schulz et Steinmeier se seront mis d'accord sur ce point - mettre un mouchoir sur ses convictions profondes et faire le meilleur deal possible avec la chancelière - tant pis si le SPD y laisse encore des plumes : l'important, dit-on, c'est la stabilité du futur gouvernement allemand, mais aussi la nécessaire réforme européenne, défendue, semble-t-il, par le nouveau président français, qui se retrouve actuellement un peu seul avec ses belles déclarations d'intention...

Pourtant, le tour n'est pas joué, et les négociations s'annoncent longues et ardues : d'abord - Martin Schulz l'a déclaré - la base du SPD sera appelée à voter pour ou contre une nouvelle participation sociale-démocrate au gouvernement, et à ce jeu-là on ne gagne plus à tous les coups ; et puis - si négociations il y a - elles ne commenceront sans doute qu'après les assises du parti prévues le 7 décembre 2017 où - tous les camarades interrogés s'accordent à le dire - M. Schulz sera confirmé à la tête du SPD, même si le doute a pu subsister à ce sujet...

***

Pour expliquer la situation présente, il y a un paramètre que les uns et les autres préfèrent apparemment ignorer au possible : le surprenant résultat des populistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui, au Bundestag, occupent actuellement 94 sièges sur 709 (avec 12,6% des voix contre 4,7% en 2013). - Si, pour simplifier les calculs, on enlevait ces sièges en supposant que les populistes n'aient pas, comme en 2013, franchi la barre des 5% des voix nécessaires pour entrer au parlement, la majorité serait à 308 sièges : assez pour une coalition Union / Libéraux (326), mais également pour une alliance Union / Les Verts (316).

Mais pourquoi cette ascension fulgurante des populistes dans un pays qui a connu douze ans de dictature barbare et meurtrière ? - Est-ce parce que les partis dits "de gouvernement" se ressemblent trop ? Est-ce donc la conséquence d'alliances "contre nature", comme cette coalition entre sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates ? Et puis la politique d'immigration d'Angela Merkel en 2015 - avec sa fameuse déclaration : "Nous y arriverons" ("Wir schaffen das") - n'a-t-elle pas contribué à cet essor formidable du repli sur soi, de la xénophobie, de l'hostilité au projet européen, savamment alimentés par les harangues d'idéologues surgis du passé le plus sombre de l'Allemagne ? - Car, de l'autre côté de la barrière, les problèmes des pauvres - "les plus démunis", comme on aime à dire - et des travailleurs précaires ne sont pas - loin s'en faut - résolus par l'introduction du salaire minimum, imposé par le SPD au 1er janvier 2015 en République fédérale. Beaucoup d'autres mesures seraient nécessaires pour sortir les gens de la précarité, et elles seraient réalisables car, dans l'Allemagne actuelle, le chômage est au plus bas et les caisses de l'État sont pleines...

Devant ce genre de problèmes purement économiques et sociaux - qui réclameraient donc la réduction de la précarité, c'est-à-dire entre autres : des logements abordables, l'amélioration des conditions de travail et le renforcement de la protection sociale pour redonner confiance aux "couches laborieuses" qui, en fin de compte, produisent "nos" richesses ou, au choix, font "tourner la baraque" - les histoires d'intégration et d'insécurité fonctionnent comme un paravent, un "écran total" : de faux problèmes appelés à masquer le démantèlement progressif de l'État social qui, seul, serait à même d'assurer et de maintenir la cohésion de nos sociétés. - Le reste n'est que de la très mauvaise littérature à l'intention de pauvres gens abrutis par un travail stupide, des minima sociaux honteux, des bonimenteurs sans vergogne et une industrie du divertissement à la limite de l'analphabétisme...

Dans cette perspective sociale-démocrate esquissée à l'instant, une nouvelle grande coalition n'est en effet souhaitable qu'avec beaucoup de réserves. Car jusqu'où Angela Merkel pourra-t-elle "aller trop loin" pour se maintenir au pouvoir, et jusqu'à quel point Martin Schulz devra-t-il céder en risquant que le SPD se fasse définitivement broyer pour finir par ressembler au PS français après le passage du rouleau-compresseur Macron ?

C'est ce que les JuSos - les comités de travail des jeunes du SPD qui comptent 70.000 membres et représentent "l'avenir du parti" - ont dû se dire ce vendredi soir à Sarrebruck, où Martin Schulz est venu tenir un discours difficile : "No more GroKo", ont-ils scandé, tandis que le patron avait tout le mal du monde à contenir leur fougue, qui n'était pas seulement le fait de la jeunesse...


[à suivre]

mardi 21 novembre 2017

Jamaïque, c'est fini (et dire que c'était l'île de mon premier amour)


Jamaika - Nein ! - Et apparemment, les nouvelles élections ne sont pas non plus pour demain ! Du coup, l'Allemagne n'a plus de gouvernement capable d'agir et de participer aux débats européens ou climatiques, par exemple : entourée des ministres de la grande coalition  (CDU/SPD) désormais révolue, Angela Merkel reste certes chancelière "par intérim" pour administrer, gérer ou expédier les affaires courantes, mais sans majorité au Bundestag, elle ne dispose plus du pouvoir décisionnel et législatif nécessaire pour effectivement gouverner le pays.

Une situation inédite en Allemagne fédérale...

La balle est maintenant dans le camp du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, qui - malgré son appartenance au SPD - est tenu à une stricte neutralité. En effet, sa fonction cesse aujourd'hui d'être simplement "honorifique" ou "représentative", car il lui appartient de dissoudre le parlement et de convoquer de nouvelles élections. Mais, selon un sondage récent qui ne tient pas encore compte de l'échec de Jamaika, celles-ci donneraient actuellement un résultat proche de celui de septembre 2017, même si les choses risquent de changer au cours des prochaines semaines. - Or, le président vient d'annoncer clairement qu'il n'est pas partisan d'un nouveau vote et qu'il va donc réunir cette semaine les chefs des partis pour les sommer de respecter le choix des électeurs. Ce n'est pas gagné car, après l'échec des consultations "jamaïcaines", Martin Schulz déclare de son côté que le "SPD n'est (toujours) pas disponible pour une (réédition de la) grande coalition" et qu'il "ne craint pas de nouvelles élections".

Trois solutions :

1. - Frank-Walter Steinmeier réussit à convaincre les chefs des partis concernés par la Jamaika-Koalition - CDU/CSU/FDP/Les Verts - de reprendre les négociations - et notamment Christian Lindner (FDP) qui, contre toute attente, vient de claquer la porte, alors que Les Verts et l'Union (CDU/CSU) déclarent avoir été "proches d'un accord" après quelque sept semaines (!) de consultations - ou bien il parvient à décider son ex-camarade Martin Schulz de prendre ses responsabilités en revenant sur sa décision et en négociant un nouveau contrat de coalition avec la CDU/CSU.

2. - Si lors de l'élection du chancelier / de la chancelière, Angela Merkel n'obtient qu'une majorité "relative" au Bundestag, le président peut tout de même la nommer chancelière : elle a alors la possibilité de former un gouvernement minoritaire - une option qu'elle refuse actuellement, arguant que "l'Allemagne a besoin d'un gouvernement stable".

3. - Le président dissout le parlement et convoque de nouvelles élections (ce qu'il est seul habilité à faire) en suivant une procédure fixée par la Constitution. Si cette décision est prise, un délai de soixante jours suivant l'annonce doit être respecté avant un nouveau passage aux urnes, qui aurait alors lieu en février ou mars 2018.


D'ici là, le bruit avec la bouche, les harangues et les reproches vont s'amplifier au parlement - dont les séances ont repris ce mardi 21 novembre 2017 sous la direction de Wolfgang Schäuble (CDU), le nouveau président du Bundestag - jusqu'à ce que les "messages" et les "discours" deviennent inaudibles pour les citoyens "ordinaires", ce qui risque une fois encore de favoriser le vote des extrêmes, alors que de toute évidence il s'agit pour les uns et les autres de faire des compromis et de travailler ensemble pour tenter de résoudre les problèmes importants et de plus en plus urgents, non seulement en Allemagne, mais en Europe et en dernier ressort dans le monde entier (guerres et conflits interminables, pauvreté, inégalités des termes de l'échange, paradis fiscaux, changement climatique ...).

[suite]


De g. à dr. : Lindner (FDP) - Merkel (CDU) - Seehofer (CSU) - Özdemir (Les Verts) - Schulz (SPD)

lundi 13 novembre 2017

D'Allemagne


Bundestag 2017 - Est-ce que la Jamaika-Koalition va libérer la marie-jeanne ? - Plus sérieusement : s'ils n'arrivaient pas à s'entendre, la CDU de Frau Mutti, la CSU choucroute-saucisse, le FDP beau gosse et les Verts gentrifiés, il y aurait de nouvelles élections. Du coup, on affiche le sourire sur le balcon exposé en permanence aux caméras de la TV publique qui suit les consultations quadripartites, mais ça doit discuter sec - avec quelques épisodes de soupe à la grimace - à l'intérieur, dans les salons particuliers, où l'on devine les canapés, les berlinoiseries à volonté, et peut-être un fumoir pour ces messieurs du cigare ? - Plus sérieusement (deuxième tentative) : la Bundesrepublik est actuellement sans réel gouvernement, Frau Mutti est certes encore chancelière, mais le trône vacille un brin... Et une chose est sûre : personne ne peut plus prévoir grand-chose en politique, avec les totally imprévus Mr. Trump et Mrs. Brexit, pour ne citer que ceux-là. - Mais si vous tenez quand-même à faire des paris, Madame Maman a encore toutes ses chances (et de beaux restes, comme qui dirait). Quant à Papa Schulz, le Rhénan bourru, bouquiniste comme Wilsberg à Münster, ou libraire comme on dit à Paris, il profiterait certainement de nouvelles élections en cas d'échec jamaïcain car, en dépit des sempiternels sondages médiatisés à donf, cet homme est quand même ce que le SPD a fait de mieux, ces derniers années ou décennies, quand on considère les Ziggy Gabriel et autres Peer "Gros-Doigt" Steinbrück. Beaucoup d'anciens du SPD ne restent d'ailleurs au parti qu'en mémoire de Willy "Le Rouge" Brandt ou peut-être encore de Schmidt-Schnauze, mais certainement pas de Gasprom Schröder. 

Ah ! la politique au pays du polar et des polit-talks, ce n'est pas une mince affaire. Surtout vue de France où, habituellement, on a le droit de se tromper avec Sartre et d'avoir raison avec Aron. En même temps ou à tour de rôle, c'est au choix ! - Faut dire que les Allemands, après des débuts longs et douloureux, sont également devenus des experts en politique, avec une affection particulière pour la correction : si, en France, on se rentre dedans comme le taureau fonçant sur la muleta rouge, en Allemagne on laisse dire - même le politiquement pas du tout correct du nouveau parti à droite toute de Papi Gauland et de son roquet Höcke. On laisse dire parce qu'on est persuadé que ce n'est que du bruit avec la bouche, même si ça prend par moments des proportions inquiétantes au pays du foot et des bagnoles - comme au pays des huîtres et du champagne, d'ailleurs.  Et puis vue de France, la politique allemande comporte toujours ce petit reste de refoulé, que l'on peut étudier à merveille par l'absurde dans des films comme "La 7e Compagnie" avec son prodigieux non-dit (comme qui dirait). Eh oui ! ces années de peste brune et de têtes de mort, ça marque son époque, et apparemment ça n'en finit pas de marquer la nôtre aussi.

En parlant de polars : je pense que les problèmes de communication entre les filles de Charlemagne proviennent d'abord d'un grand manque d'information - ce qui laisse beaucoup de place à la désinformation et la manipulation. Les polars allemands actuels par exemple sont pratiquement inconnus en France, tout comme un certain cinéma d'auteur à tendance "multi-culturelle" (attention, muleta !), sans oublier une littérature et une pensée contemporaines tout de même assez riches et variées. Or, l'inverse n'est pas vrai puisque la création française actuelle s'exporte plutôt bien en Allemagne. C'est donc ici qu'il conviendrait de rétablir l'équilibre en programmant par exemple les derniers Tatort, Wilsberg ou Spreewaldkrimis - dans une bonne adaptation de post-synchro, s'il vous plaît, en évitant de s'asseoir sur le job comme pour Derrick, paradoxalement rediffusé ad nauseam à la TV française (en ce moment on s'acharne sur Rex). De leur côté, les profs d'université et les directeurs littéraires, les fameux "germanistes professionnels", qui sévissent depuis des lustres avec leurs programmes éditoriaux et leurs traductions dilettantes, devraient peut-être laisser la place à la nouvelle génération, plus à même de transmettre au public francophone le côté laboratoire de l'Allemagne contemporaine et de Berlin en particulier - de ce point de vue, ARTE est un vrai bienfait, malheureusement beaucoup trop élitiste aux yeux du grand public..

Et en parlant de polit-talk, les débatteurs français pourraient apprendre de leurs collègues allemands comment on arrive à dire les choses sans se rentrer dans le lard : en effet, quand on laisse parler les autres et qu'on les traite avec courtoisie, on réussit à imposer un certain niveau au débat, un peu d'argumentation sérieuse, d'attachement à un certain caractère objectif des faits et de la vérité, ce qu'un philosophe avait appelé, voici plus d'un siècle déjà, le "retour aux choses-mêmes"...




dimanche 24 septembre 2017

Bundestag 2017 - Nouvelle donne

 

Les milieux autorisés parlent d'une catastrophe au pays de la bière et de la viande en sauce : les populistes de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) font une entrée fracassante au parlement avec plus de 90 sièges et 13% des voix exprimées (env. 75% des inscrits sont allés voter ce dimanche). - En prenant au sérieux la déclaration surprenante du nouveau patron du SPD, Martin Schulz (149 sièges / 20,6%), la GroKo entre l'Union chrétienne-démocrate de la chancelière et les sociaux-démocrates a vécu : le SPD serait alors la première force d'opposition au Bundestag et Martin Schulz espère ainsi redorer le blason du SPD en vue des élections de 2021, où il serait à nouveau candidat. - Dès lors, une seule option reste à Angela Merkel : la fameuse Jamaika-Koalition (noir / vert / jaune) entre la CDU/CSU, les libéraux du FDP et les Verts (Die Grünen) - une sorte de grand écart entre diesel et moteur électrique, éolienne et charbon, saucisse industrielle et cochon heureux - grand écart entre les exigences d'une économie hyper-libérale exclusivement basée sur le profit et celles d'une écologie plus ou moins malthusienne avec une touche d'anti-capitalisme bon chic bon genre ...

Ce qui est assez surréaliste, comme on aime à dire chez les réalistes forcenés, c'est que la coalition jamaïcaine, qui hier encore relevait de l'utopie, est aujourd'hui la seule échappatoire qui reste à Maman Merkel pour rester au pouvoir. Si elle n'y parvenait pas parce que les leaders de ses deux partenaires de coalition potentiels, Christian Lindner (FDP) et Katrin Göring-Eckardt (Die Grünen), sourient trop jaune ou s'expliquent trop vertement, ce serait à Papa Schulz de constituer une coalition majoritaire, autrement dit : mission impossible !

On attend donc de voir avec curiosité pour les uns et nervosité pour les autres ce que les négociations des semaines à venir vont donner. Mais une chose est déjà sure : l'entrée au parlement d'une formation politique qui ne renie pas les discours d'extrême-droite tenus par certains de ses responsables et militants est une très mauvaise nouvelle pour un pays qui n'a pas remisé la schlague, les bottes et les uniformes depuis si longtemps ...

[suite]

[*]  Rectificatif (26/9/17) - Contrairement à ce que j'ai affirmé au soir de l'élection, une coalition Union (CDU/CSU) + AfD - d'ailleurs refusée d'office par Angela Merkel -  ne serait pas majoritaire. - Il faut ajouter que le Bundestag 2017 ne comptera plus 690 mais 709 Sièges. Voici le nouveau tableau de répartition :


samedi 9 septembre 2017

GroKo, dernière

D'un côté, les hardliners du Brexit et l'outrecuidant Donald Trump sont passés comme une lettre à la poste, de l'autre la débandade des partis traditionnels et le dégonflement télévisé de la baudruche walkyrienne en France ont fait élire Macron les doigts dans le nez, et voilà que nous assistons à une non-campagne électorale en Allemagne : le "duel TV" entre Maman Merkel et son "challenger" Papa Schulz s'est fait à coups de "là, je donne raison à Mme Merkel" et de "comme l'a dit M. Schulz", pour se terminer en rafales de sourires couillemollesques ...

Sur les bords, nous avons à la gauche de Martin Schulz (SPD) les révolutionnaires de salon de Die Linke et les écologistes gentrifiés de Die Grünen, à la droite de Mme Merkel (CDU) les réactionnaires bavarois tendance bière-saucisse de la CSU et les fafs en voie de dédiabolisation de l'AfD. Au centre, le néo-libéral Christian Lindner (FDP) fait son beau gosse, mais comme il vient de déclarer qu'il n'a "pas assez d'imagination" pour une coalition avec Les Verts (CDU/FDP/Die Grünen, la "Jamaika-Koalition" : noir, jaune, vert) et comme par ailleurs la cheftaine de Die Linke, Sahra Wagenknecht, Mme Oskar Lafontaine à la ville, est en train de nécrophiliser une possible coalition rouge-rouge-verte (Die Linke/SPD/Les Verts), la seule perspective réaliste pour la législature 2017/2021 reste le replay de la GroKo sortante (la Große Koalition CDU/SPD), même si Martin Schulz s'y est expressément refusé, mais comment pourrait-il dès à présent accepter de passer ces quatre prochaines années à comater comme junior partner de Mutti Merkel quand la campagne électorale bat encore son plein en brassant déjà du vide ?



"Heute Show" (8/9/2017), la satire politique hebdomadaire du ZDF
Appréciez la chanson, qui souligne le "Duel Câlin" de dimanche dernier
Toute l'émission (45 min. / Deutsch) sur la page FB de skenligne

lundi 28 août 2017

Danger de guerre

 PENSÉES EN VRAC

Il ne faut pas être un expert des affaires militaires pour comprendre que l'achat d'armement inclut la possibilité de s'en servir en cas de conflit armé. Ce que, soit dit en passant, les fabricants et vendeurs d'armes ne sont pas non plus censés ignorer.

Cette vérité aussi triviale que fatale énoncée, qu'en est-il de l'armement nucléaire ?

Après le largage des deux bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945, les bons prophètes se voulaient rassurants : cette funeste action aurait réveillé les consciences et considérablement réduit le risque d'un conflit atomique entre les deux superpuissances qui allaient s'affronter pendant plus de quarante ans dans le cadre pétrifié de la "guerre froide".

Les historiens des temps futurs analyseront la suite : l'effondrement du bloc de l'Est, l’émergence économique de la Chine, autre grande puissance nucléaire, ou celle des pays producteurs d'énergies fossiles, les crises financières ou les grandes migrations des populations frappées par la misère et les conflits interminables.

Lors du démembrement de l'Union Soviétique, les experts se sont déjà demandé si les armes nucléaires stockées dans les anciens pays membres désormais indépendants ne risquaient pas de se retrouver aux mains des terroristes. Mais l'équilibre entre les puissances détenant la bombe ne semblait pas menacé. - Les choses ont changé avec les joutes verbales actuellement échangées entre le nouveau président américain et le junior dictator de Corée du Nord. Les deux autres géants atomiques - Chine et Russie - semblent pour l'instant vouloir se retenir. Mais cela aussi peut changer ...


***


L'immense capacité de nuisance de l'être humain risque à nouveau de devenir ingérable. Ce qui tient aussi à l'absence d'une haute autorité internationale de contrôle qui aurait les moyens d'intervenir dans des situations "explosives" comme celles que Donald Trump et Kim Jong-un imposent actuellement à la planète. L'ONU a certes le mérite d'exister, mais dans la plupart des conflits récents - dits "conventionnels" avec un prodigieux cynisme involontaire - cette institution a montré son impuissance à mener des actions de pacification, empêcher les escalades et mettre fin aux guerres qui ont engendré et engendrent encore des catastrophes de grande ampleur.

On sait pourtant - et les militaires sont les premiers à le dire - que les guerres n'ont jamais rien résolu. Elles déplacent les frontières et les pouvoirs, redistribuent les zones d'influence et les richesses, mais ne résolvent aucun problème majeur de façon durable : les destructions se poursuivent de plus belle, les haines ancestrales semblent vouloir se perpétuer au-delà de toute argumentation raisonnable, les progrès de l'humanité sont invariablement flanqués de régressions dans des sphères "primitives" que l'on croyait à jamais dépassées par les mouvements "éclectiques" de l'histoire moderne.

Or, il n'en est rien et ce sont les mouvements guerriers - fondées sur une agressivité que l'on doit probablement appeler "génétique" ou "phylogénétique", une barbarie irrationnelle venant sans cesse s'immiscer dans les essais de civilisation humaine - qui témoignent de cette régression apparemment inexpugnable ...


***


Sans transition : j'ai entendu ces jours-ci la procureure (ou sa porte-parole) en charge du procès actuellement mené contre le jeune homme, réputé d'extrême-droite, qui a vendu l'arme à un autre jeune homme, réputé de même et responsable, lui, de l'assassinat en masse de neuf jeunes gens à Munich en juillet 2016. Elle disait à propos du vendeur, qui risque une lourde peine pour commerce illégal d'armes apparemment aggravé par une inculpation pour "homicide involontaire", que l'on peut partir du principe que toute arme vendue va servir. À tuer par exemple, ce qu'elle n'a pas explicitement dit mais fortement sous-entendu. - Cette histoire m'a fait penser à l'industrie de l'armement qui a un intérêt tout à fait commercial à ce que les armes servent, afin de pouvoir en vendre d'autres. Sans parler de l'obsolescence toujours plus rapide... Et je me suis demandé s'il n'y avait pas là aussi matière à inculpation, manière d'échanger un peu les sempiternels problèmes éthiques des belles âmes contre un bon procès pour homicide involontaire en masse. Mais la procureure qui devrait l'instruire attend encore la constitution d'un collectif dont elle défendrait les intérêts. Si elle possède déjà un tribunal (La Haye) et une instance supranationale (l'ONU), en principe dévoués à la cause humanitaire, ces institutions auront vite fait de se déclarer incompétentes devant l'ampleur d'une telle affaire.

Sans transition encore : l'autre jour, en repensant au film M le maudit (Fritz Lang, 1931), où l'organisation des voleurs menée par un chef impitoyable (Gustaf Gründgens) finit par coincer et juger le tueur en série (Peter Lorre) dont les agissements étaient mauvais pour les affaires des malfrats gênés par les descentes de police et les razzias, je me suis dit qu'il suffirait de demander les services des différentes mafias pour éradiquer à coup sûr les tueries en masse et en série du terrorisme international. Mais l'ami à qui je faisais part de cette idée saugrenue a rétorqué que ce genre d'agissements n'étaient pas compatibles avec l’État de droit. Ce qui n'est sans doute pas faux.


***

À propos de "terrorisme" : dans son numéro de la semaine (35/2017), l'hebdomadaire d'information Der Spiegel revient sur l'"Automne Allemand", dont on commémore actuellement le quarantenaire et qui s'est soldé - après l'enlèvement de Hanns-Martin Schleyer, patron des patrons allemand, par la "Fraction Armée Rouge" (RAF) et le détournement de l'avion de ligne "Landshut" ralliant Palma à Francfort par un commando palestinien (PLFP), qui fut ensuite neutralisé par la troupe d'élite allemande du GSG 9 à Mogadiscio - par le suicide collectif des leaders historiques de la RAF, Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe dans leur prison de Stuttgart-Stammheim, suivi en guise de "représailles" par l'assassinat de Schleyer, retrouvé mort dans un coffre de voiture en Alsace (1). - Quarante ans plus tard, le monde occidental est de plus belle en proie aux actions terroristes, conduites cette fois par le groupe auto-proclamé "État Islamique" (IS). Comme un grand nombre d'observateurs, les rédacteurs du Spiegel ne voient pas vraiment de lien entre les deux "guerres". Or, la cible est la même : le monde libéral, démocratique, capitaliste. Et la RAF comme l'IS ont été ou sont soutenus par de puissants groupes d'intérêt, et ce n'est pas un hasard que cette première cesse définitivement ses activités peu après la chute du mur de Berlin rendu possible par l'effondrement de l'Union soviétique (2). Quasi simultanément, on assiste à la fondation du groupe terroriste Al-Qaïda : une idéologie anti-occidentale remplace l'autre et le fonctionnement sectaire est le même. En effet, dans le numéro cité du Spiegel, l'interview de l'ancien membre de la RAF, Peter-Jürgen Boock qui a participé à l'enlèvement meurtrier de Schleyer au cours duquel quatre policiers ont été tués, est éloquent sur ce point : arrogance, folie des grandeurs, endoctrinement, absence de pensée critique etc. Comme pour Al-Qaïda, ces qualificatifs restent pertinents pour l'IS, son successeur incontestable. - Il ne fait plus de doute que l'effondrement du bloc de l'Est a laissé un vide idéologique considérable : en conséquence, tout mouvement de contestation résolument "anti-capitaliste" devient orphelin, puisque non seulement les soutiens financiers mais également l'image ou le modèle de ce que l'on appelait à l'Est le "socialisme réellement existant" ont disparu.- Il y aurait ici beaucoup à dire, mais la question est ailleurs : après les catastrophes et traumatismes majeurs des deux guerres mondiales, que l'on a tendance à oublier dans ce contexte, notre "monde occidental" n'utilise-t-il pas cette "nouvelle guerre" dite "non conventionnelle" pour parfaire un système de surveillance planétaire dont la tendance totalitaire n'est que trop évidente ? L'opportunité et le prétexte viennent à point nommé pour la mise en place d'un tel système orwellien grâce notamment à la prolifération des "nouvelles technologies" où l'homme contemporain est appelé à surveiller son prochain comme soi-même ! Cette critique a d'ailleurs été adressée dès la fin des années 1960 aux mouvements terroristes d'extrême-gauche, puisqu'ils ont contribué au renforcement de l'État policier qu'ils prétendaient combattre.


[en cours]

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(1) L'action réussie du GSG 9, puis le suicide collectif des chefs de la RAF et enfin l'assassinat de Schleyer se sont tous trois produits le 18 octobre 1977 (Ulrike Meinhof ayant été retrouvée pendue le 9 mai 1976 dans sa cellule du même quartier de haute sécurité de Stuttgart-Stammheim). -  L’Allemagne en automne (Deutschland im Herbst) est le titre d'un film à épisodes, qui thématise cette "nuit sanglante" de Stammheim, ses antécédents et ses conséquences immédiates, à partir des différentes perspectives des contributeurs, dont l'écrivain Heinrich Böll, les réalisateurs Rainer Werner Fassbinder, Edgar Reitz, Alexander Kluge, Volker Schlöndorff et bien d'autres. Le film, tantôt documentaire tantôt scénarisé, est sorti en mars 1978. - Voici la version originale :


(sous-titres portugais [Brésil] en cliquant sur cc en bas à droite après la mise en route de la vidéo)

(2) Entre 1980 et 1982, dix membres de la RAF se sont réfugiés en RDA. On suppose ou on sait qu'avant et après ces dates, d'autres soutiens ont été apportés aux terroristes allemands : l'aéroport de Schönefeld à Berlin-Est était à leur disposition pour rejoindre le Liban ou l'Irak, tout comme certains renseignements très utiles et confidentiels de la police politique (Stasi) et des services secrets est-allemands, à quoi l'on peut ajouter des fausses pièces d'identité, des logements provisoires et des subsides matériels. - On suppose ou on sait aussi que l'IS dispose d'un soutien matériel et logistique similaire dans certaines monarchies ou émirats du Golfe, mais sans doute aussi dans deux ou trois pays d'Asie. La question est de savoir quels sont les intérêts réels de ces puissants soutiens : sont-ils économiques, idéologiques, géopolitiques... ? - Dans ce contexte, on pourrait se demander pourquoi la Turquie d'Erdoğan cherche aujourd'hui à exercer une telle influence sur l'Occident, notamment par l'intermédiaire de ses ressortissants résidant en Europe et surtout en Allemagne, mais aussi en jouant sur la bombe à retardement de la "crise des migrants" qui met en péril la "construction européenne" et qui est en partie à l'origine du vote britannique en faveur du "leave". Par ailleurs, la situation irako-syrienne semble insoluble : avec les factions qui s'affrontent - sunnites et chiites, Russes et Américains, partisans de Bachar al Assad et anciens de Saddam Hussein, Kurdes et Turcs, Iraniens et Saoudiens etc. - la guerre qui y est menée ressemble de plus en plus à la guerre de Trente Ans (1618/48) qui a mis l'Europe centrale à feu et à sang. À l'époque déjà, la majorité des victimes était constituée de civils, notamment de ruraux. Et si les différends confessionnels entre protestants et catholiques avaient déjà joué un rôle important dans cette longue guerre meurtrière, les véritables motifs des puissances impliquées sont - comme aujourd'hui ! - à chercher ailleurs ...

vendredi 2 juin 2017

Bien-pensance (correct thinking)




Il y a quelque chose dans cette expression qui la rend éminemment suspecte quand on considère la sanction qui fut appliquée aux écrivains indésirables sous le régime nazi : il arrivait quelquefois qu’on les laisse vivre, mais on les frappait alors de « Schreibverbot », littéralement : d’« interdiction d’écrire ». Or, il s’agissait bien d’une mise à l’index et donc d’une interdiction de publier. En effet, personne ne peut raisonnablement empêcher un écrivain d’écrire : sans papier, encre et plume, il continuera d’écrire dans sa tête. Il en va de même pour la « bien-pensance » : en fait, il s’agit de « correct talking », de « parler correctement ». En principe, ce ne sont donc pas les « pensées » mais bien leurs expressions publiques, leurs publications qui sont mis en cause. Mais alors, les adversaires déclarés de la « bien-pensance » pensent-ils sérieusement que le « discours correct » des uns et des autres exprime le « fond » de leur pensée ? Ou bien veulent-ils réellement frapper de Denkverbot, d’« interdiction de penser » les cibles de leur vindicte ?

lundi 15 mai 2017

Ephémère effet Schulz

 
Martin Schulz, photo : Reuters

3:0 s’exclame la presse au pays du football, puisque les sociaux-démocrates allemands (SPD) ont perdu les trois élections « régionales » (Landtagswahlen) de l’année en cours dans la Sarre, le Schleswig-Holstein et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW), cette dernière ayant eu lieu ce dimanche 14 mai 2017 dans le Land le plus peuplé du pays (quelque 18 millions d’habitants sur un peu plus de 82 millions, soit environ 22 % de la population de RFA) qui, surtout, a été le bastion quasi imprenable du SPD depuis les années 1960.

Pourtant, voici quelques mois encore, l’arrivée de Martin Schulz à la tête de la social-démocratie allemande a provoqué un sursaut dans les sondages qui a propulsé l’homme de Bruxelles au rang de vrai challenger de Mme Merkel : « Der Schulz-Effekt », s’exclame la presse au pays de la bière et du « Polit-Talk ». - En effet, et contrairement à ce que l’on pouvait croire ou craindre, le président du Parlement européen (2012-2017) a fait place à un authentique social-démocrate, ancré dans sa Rhénanie natale et son milieu populaire d’origine. De surcroît, le prestige de sa fonction précédente lui apporte une forme de crédibilité grâce à son expérience et sa notoriété à l'échelle de l’Europe, qui n’a rien à envier à celle de Mme Merkel.

Et voilà que Hannelore Kraft (SPD), la ministre-présidente sortante de NRW, qui gouvernait le Land en coalition avec Les Verts depuis 2010, y encaisse une sévère défaite en dépit du « Schulz-Effekt », faisant sérieusement revoir à la baisse des pronostics plutôt optimistes pour l’élection du Bundestag en septembre 2017.

Mais le Rhénan bourru en costume bruxellois n’a peut-être pas dit son dernier mot. En éclaireur dévoué, Sigmar Gabriel (SPD), l’actuel vice-chancelier « GroKo »* et ministre des Affaires Étrangères, s'est d'ailleurs précipité à l’aéroport ce lundi 15 mai 2017 pour accueillir le nouveau président français et – à ce qu’il paraît – l’entretenir d’une Europe plus politique et sociale, ou en tout cas un peu moins « merkelisée ». Plus tard, la conférence de presse des deux chefs d’État après le sempiternel passage en revue des troupes suivi d’une heure de « causerie », s’en est un brin – un brin seulement – ressentie. À la séance de pose pour les photographes, il y eut un bref flottement dû à la déconcentration momentanée du nouveau président français où le spectateur averti a pu se souvenir du récent denied handshake à la Maison Blanche. Puis, avec un sourire résolument photogénique, Emmanuel Macron a accepté la main tendue de Mutti pour la serrer chaleureusement dans la plus pure tradition de « l'amitié franco-allemande ». Cependant, on aura peut-être également perçu l'ombre d'un doute dans son regard : éphémère, l'effet Schulz ? - Et, dans la perspective des élections de juin en France, ce doute a très certainement été partagé.



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* GroKo = Große Koalition : la Grande Coalition CDU/SPD dirigée par Angela Merkel