LES BLOGS DE L'OBS

Comme c'était prévisible et prédit depuis un certain temps, voici le message que tous les blogueurs de l'Obs viennent de trouver dans leur interface de gestion ce 16 mai 2017 :


     Fermeture de la plateforme des blogs

    Cher blogueur, - Vous recevez ce message car vous êtes actuellement utilisateur de la plateforme des blogs de l’Obs. Certains d’entre vous y écrivent depuis plusieurs années et nous vous remercions de votre fidélité. - Pour des raisons à la fois éditoriales et techniques, l’Obs a décidé de fermer cette plateforme à compter du 30 juin 2017. [...] Merci à tous pour avoir fait vivre cet espace participatif ! -  La direction de la rédaction de l'Obs

 Il me semble que cette plate-forme ne sera pas tellement regrettée, sauf peut-être par ceux qui l'ont connue à la belle époque, mais ces regrets-là ont été maintes et maintes fois exprimés.

Vu son état présent, je pense que la rédac de L'Obs a bien fait de fermer cet espace librement accessible. D'ailleurs, cette mesure nous pendait au nez depuis longtemps, bien avant le récent "bug". Si elle était prévisible - ou peut-être prévue - dès la reprise du Journal par Le Monde, nous n'avons plus aujourd'hui aucun argument sérieux pour adresser une lettre à la rédac qui plaiderait - au moins pro forma - notre cause.

En effet, nous avons une certaine responsabilité dans cette suppression - aussi infime soit-elle, "technique" ou "éditoriale" - car, si nous ne l'avons peut-être pas "mis à mort", nous n'avons plus vraiment "fait vivre cet espace participatif". Et de ce côté-là, nous sommes absolument dans la tendance globale où la libre expression ressemble de plus en plus à une coquille vide servant d'alibi au système libéral. J'ai d'ailleurs essayé de développer ce point important dès mon arrivée sur ce site (> note).

Avec la suppression de la "blogosphère" de L'Obs, les harcèlements. personnalisations, querelles intestines cesseront, en tout cas sous leur forme présente, puisque les uns et les autres, auteurs et victimes, seront forcés de quitter le terrain des affrontements et que, s'ils continuent les hostilités ailleurs, ils ne pourront plus prendre les autres contributeurs à témoin ou en otage. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle puisqu'un certain nombre, dont moi-même, n'a pas résisté - en dépit de ce malaise - à la tentation de revenir périodiquement s'exprimer sur la dernière grande plate-forme nationale librement accessible ou peut-être simplement donner un signe de vie aux copains.

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Voici quelque temps j'avais publié une série d'observations sur cette plate-forme pour expliquer aux contributeurs pourquoi je préférais la quitter. Je vous livre ces réflexions en vrac  :


LES BLOGS DE L'OBS


Les billets aux dates comprises entre l'été 2013 et l'automne 2015 ont d'abord été publiées sur la plateforme hébergée par L'OBS, où je viens de suspendre mes activités. - À la bonne centaine de posts importés ici, je joins également les interventions des blogueurs/gueuses de L'OBS qui me sont parvenues. En les remerciant vivement, j'espère que la discussion continue...

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Migration ? - Mais où va-t-on ?
(9 septembre 2015)

Comme le signale un collègue, Le Monde (Pigasse, Niel, Bergé) détient à présent 100% de L'Obs. Vu la place réservée à notre blogosphère après le récent ravalement de façade du site, il y a fort à parier qu'elle est à terme condamnée sous la forme libre et gratuite que nous connaissons. On peut également interpréter dans ce sens la modification surprenante des classements, dont les "invités de la rédaction" et les "journalistes" sont pratiquement absents, ainsi que l'inflation actuelle des mises au rebut, qui semble indiquer que nos activités n'ont plus d'intérêt pour les gestionnaires du site. - C'est un premier argument en faveur d'une migration.

En deux ans de participation active à cette plate-forme, j'en suis venu à considérer qu'il est illusoire ou vain de rechercher un dialogue avec les tenants d'opinions ou de convictions différentes qui s'y expriment, bien au contraire : je constate un durcissement des positions et une tendance à s'enfermer dans un extrémisme de plus en plus manichéen, cynique, sans gêne, qui m'indispose profondément parce qu'il me semble venir de personnes qui ne sont probablement plus dans la vie active et qui ne se posent à aucun moment la question du message aux générations futures. - C'est un deuxième argument en faveur d'une migration.

N'ayant rien - ou si peu - à cacher, j'aurais voulu signer mes notes de mon vrai nom car, contrairement à un adage qui court sur ce site, je ne suis pas personne et j'assume ce que j'écris. Or, devant le risque de harcèlement, autrement dit de l'association de nos identités réelles à des concepts - des tags - peu ragoutants ou diffamatoires, propres à effrayer certains contacts professionnels ou simplement amicaux, j'ai dû y renoncer. - C'est un troisième argument en faveur d'une migration.

N'oublions pas l'invasion désagréable et en constante progression des messages publicitaires sur notre plate-forme, qui tendent à imposer un contexte résolument commercial à nos contributions gratuites avec pour effet de concurrencer et finalement de détourner, de dénaturer tout effort critique ou toute forme d'expression différente. - C'est un quatrième argument - de taille ! - en faveur d'une migration.

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Si tant est que l'idée d'une migration s'impose, encore faut-il trouver un nouvel hébergement. La solution couramment choisie est d'ouvrir un blog sur Google ou Wordpress. Mais la plupart des utilisateurs s’aperçoivent rapidement que la fréquentation et la "visibilité" ne sont pas les mêmes, à moins de tenir un blog très spécialisé qui, à la longue, permet peut-être de fédérer un lectorat conséquent autour d'un centre d'intérêt bien précis. Par contre, les blogs "généralistes" sont noyés dans la masse, si l'on a pour objectif de toucher des lecteurs au-delà d'un cercle restreint d'habitués ou d'amis.

Une autre solution est d'opter pour un hébergement payant, comme il est proposé par exemple aux abonnés du Monde ou de Médiapart. Or, pour moi, c'est une question de principe : si, par la force des choses, je me suis résigné à écrire sans être payé, ce n'est pas pour autant que j'accepte de raquer pour le faire.

Il est également possible de créer un blog gratuit - et qui plus est : avec moins de pub, voire sans - sur les sites de certains journaux régionaux, comme le Midi Libre par exemple, mais les intérêts des rédacteurs et des lecteurs se concentrent essentiellement sur des sujets locaux : il semble donc difficile d'intéresser ce public pour des articles comme ceux que nous proposons ici. Mais avec un peu de constance et d'originalité, on peut tout-de-même essayer de s'y faire une place. Ainsi, parmi les solutions envisageables actuellement, celle-là me paraît encore la moins mauvaise.


post-scriptum

Idéalement, je considère que l'intérêt d'un blog réside dans le rapport de l'écriture à l'actualité et notamment dans les retours - positifs ou critiques - que nos articles peuvent susciter chez les lecteurs, qui doivent avoir la possibilité d'y réagir rapidement et librement. Sans haine et sans crainte.  - Les confrontations de perspectives différentes devraient avoir pour effet que les parties évoluent, nuancent, élaborent leurs positions : pour cela, des recherches sérieuses, de constantes vérifications et actualisations seraient requises de part et d'autre. Et surtout des esprits ouverts qui, contrairement à ce que l'on pense parfois, ne sont jamais donnés d'office mais naissent de l'envie, de la volonté affirmée d'échanges constructifs avec autrui. -  J'ai bien dit : idéalement !


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L’ambiguïté de mon titre - Migration ? -  Mais où va-t-on ? - n'a pas été commentée, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu'elle n'a pas été relevée. Mais, dans le cadre du drame présent, personne n'a cru utile d'intervenir à ce propos. Ce qui montre l'importance du contexte pour la compréhension correcte des messages, mais aussi leur côté subliminal qui souvent passe comme une lettre à la poste.


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"Le mot de la fin"
(5 octobre 2015)


En considérant l'état actuel de la blogosphère de L'OBS, je ne me sens plus vraiment motivé pour y ajouter mon espèce de grain de sel. Je sais bien qu'il nous arrive de faire de telles annonces pour ensuite revenir sur la décision de partir. Et c'est vrai que je me suis déjà permis un ou deux "faux départs".


Voici donc mes raisons :


D'abord la publicité, que l'on peut certes bloquer, mais qui ne cesse pour autant d'exister : agressions permanentes, recontextualisations pernicieuses, célébration indécente, outrancière du monde de la consommation. Un harcèlement chronique, mû par une idéologie strictement commerciale, dont l'effet pervers est d'aliéner la  "gratuité" de nos contributions avec un parasitage étudié.


Ensuite la mise au rebut, l'abandon de cette plate-forme par notre hébergeur : ou bien elle mènera une existence fantôme pendant quelque temps encore ou bien elle sera "restructurée", comme disent les gestionnaires politiquement corrects (!), ce qui n'augure rien de bon après la reprise de L'Obs par le groupe Le Monde, où les blogs sont réservés aux abonnés.


Enfin - et sans vouloir nullement mettre en cause la qualité de l'écriture que je trouve par moments excellente - je n'arrive pas à me départir de la crainte que mes propres billets soient associés à l'esprit de certaines contributions (notes et interventions) publiées ici  : parfois - je dis bien parfois - elles me paraissent bien viscérales, pleines de ressentiment et de revanchardise, inutilement polémiques et personnelles, parfois même - je répète : parfois - complètement irresponsables et irréfléchies eu égard à l'âge présumé ou affiché des rédacteurs, qui devrait leur apporter un peu de sérénité et de distance réflexive face aux angoisses et aux catastrophes transmises à longueur de temps par les médias, officiels ou conspirateurs. - J'ai comme l'impression - ici et ailleurs - qu'il n'est plus vraiment possible de penser sous une autre forme que celle du discours dogmatique, qu'il n'est plus permis d'analyser, de chercher à comprendre, de s'ouvrir au dialogue : il faut donner l'impression d'avoir tout compris, annoncer la couleur d'office, maintenir un genre de cohérence opiniâtre, de conviction apriorique envers et contre tout bon sens. Alors que l'expérience nous montre à tout instant que rien n'est figé, que le monde évolue en permanence. Or, par le truchement des lucarnes cybernétiques dont nos cavernes high-tech ont été religieusement équipées, nous oublions que nous n'apercevons jamais qu'une infime parcelle d'espace et de temps de cette réalité humaine qui doit à juste titre nous préoccuper.


Ces trois raisons me paraissent suffisantes pour quitter le navire, tout au moins temporairement, en continuant d'observant l'évolution de la plateforme.


Déception
(6 mai 2016)



Nous disposons ici d'un espace de libre expression qui donne à nos contributions ou interventions une certaine visibilité. Or, à présent, il convient de mettre cette phrase au passé : puisque pour publier ici, on doit craindre des coups en-dessous de la ceinture, voir nos noms de famille associés à nos publications faites sous couvert d'anonymat, ce qui peut alors nous discréditer, par exemple, auprès de relations professionnelles ou de clients potentiels, qui exigent à raison une certaine neutralité de notre part et ne voudraient pas être à leur tour associés à certaines recontextualisations et réinterprétations délirantes de nos propos (*). - Quant à la visibilité, déjà fortement réduite par notre hébergeur, elle concerne prioritairement les clashes entre utilisateurs et un certain nombre de publications partisanes qui ne souffrent aucune contradiction...


Ce qui devrait inquiéter les uns et peut-être réjouir les autres, c'est l'effet prévisible : La clôture pure et simple de cet espace, qui finit par être dommageable pour l'hébergeur. Ou bien le prolongement indéfini de ce qu'il faut désormais appeler notre "ghetto" dans le seul but d'engranger quelques centaines ou milliers de visiteurs uniques supplémentaires, appelés à mater la pub et grossir les stats du journal.


Cet effet - dont les responsables s'accuseraient mutuellement s'ils pouvaient squatter un nouvel espace pour le dire ! - est proprement effrayant à mes yeux : plus besoin de censure - je veux dire la vraie, du genre : tu fermes ta gueule ou tu meurs ! - car nous arrivons sans le concours d'un quelconque système répressif à couler des espaces de libre-expression comme celui-ci de la même manière que d'autres détériorent les espaces publics, puisque tout nous est dû, comme si les quelque 5000 ans documentés de l'histoire humaine n'étaient que liberté de pensée et d'expression, État-Providence et démocratie...


Nous écrivons effectivement pour être lus - plutôt que "vus" ! - et si possible commentés, approuvés ou critiqués de manière constructive. Cette forme d'émulation est indissociable de l'inspiration, d'une dynamique positive qui grandit les contributeurs et les intervenants au lieu de les rabaisser, de les infantiliser sans cesse. Sinon un site comme celui-ci ne peut vivre et représenter un intérêt pour les rédacteurs et les lecteurs, mais aussi pour L'OBS, notre hébergeur. Et je nous vois mal lui réclamer un peu plus de visibilité dans l'état actuel des choses. Après les multiples réclamations qui parviennent à la rédaction, elle risque au contraire de fermer notre plate-forme sans autre forme de procès ou, alternativement, d'en réserver l'accès aux seuls abonnés.

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(*) En effet, notre anonymat est tout relatif et peut facilement être "tracé", non seulement par les services compétents, mais aussi par les "amateurs éclairés". Or, en publiant nos articles sous couvert d'anonymat tout en maintenant par exemple une page professionnelle qui, comme telle, doit conserver une forme de neutralité et dont dépend d'une façon ou d'une autre notre existence, si donc nous ne voulons pas mélanger nos deux présences sur internet puisque la nature des relations sociales et professionnelles nous contraint de procéder à ce cloisonnement, il est assez terrible de voir que l'on puisse créer ce lien contre notre volonté au risque de mettre en péril notre existence et celle des nôtres. L'effet d'une telle attaque contre notre vie est double : d'une part, elle transpose l'univers virtuel sur la scène réelle qui - dois-je le rappeler ? - est "à la vie à la mort", et de l'autre elle constitue une censure insidieuse puisque nous sommes désormais obligés de nous exprimer "à découvert" et donc veiller à satisfaire aux codes professionnels et sociaux pour ne pas risquer de nous retrouver sur le carreau. Ainsi, l'idée n'est pas d'avoir "quelque chose à cacher", mais de choisir les personnes de la vie réelle avec qui l'on peut partager ses convictions profondes ou ses engagements politiques, par exemple. Argumenter pour essayer de réfuter cet état de fait - les risques et les effets réels d'un décloisonnement contre notre volonté et la censure insidieuse qu'il implique - c'est montrer qu'on méconnaît totalement la réalité dans laquelle nous sommes tenus d'exister. Mais c'est aussi faire preuve d'une vision de la personnalité qui se borne aux principes poussiéreux d'identité et de "non-contradiction", ignorant - ou feignant d'ignorer - toute évolution, temporalité, altérité : l'essence - ou le sel - de la vie, en somme. Et puis c'est surtout se rassurer qu'on se trouve du bon côté de la rambarde. - Quant à la "liberté d'expression", elle n'a jamais été donnée qu'à un nombre restreint de personnes qui se sont "faits un nom", parfois au prix - paradoxe ! - de reniements importants. Aujourd'hui, des millions et des millions d'anonymes - autrefois réduits au silence - s'expriment librement, certes noyés dans un océan d'indifférence, de désinformation, de vulgarité et de "bruit", mais ils s'expriment librement parce que, justement, ils n'ont pas de nom...



Ajout
(20 août 2016)


L'état présent de cette plate-forme dépasse nos petites querelles de clocher car il est en quelque sorte symptomatique pour l'évolution actuelle de la fameuse "liberté d'expression", en principe garantie par nos constitutions : on constate qu'elle nécessite, pour s'exercer pleinement, à la fois le respect d'autrui, de l'interlocuteur, autrement dit de la "liberté de l'autre", et une certaine forme de modération dans le propos. Lorsque les intervenants sur cette plate-forme se plaignent de la "censure", ils semblent en premier lieu oublier ce qu'une véritable censure signifie et surtout implique dans les faits. Ils semblent ensuite ignorer que l'on peut dire la même chose, faire passer le même message de différentes façons, par exemple sans heurter ou blesser les gens, sans recourir à la polémique gratuite, sans personnaliser à outrance ses propos.


Un autre problème lié à la liberté d'expression est ce que l'on appelle communément le "bruit" et que j'avais désigné dans mes premières billets sur ce site (2013) par le terme d'entropie. J'avais écrit ceci :


La Nature a horreur du vide, comme le veut l'adage bien connu. - Prenez un espace de libre expression comme celui-ci. Appliquez la formule en substituant au mot Nature le mot Communication (Parole, Toile, Télévision). Et vous avez le problème du remplissage, de l'occupation de l'espace par une parole vide, une communication pour la communication qui ne dit plus rien d'autre que : J'occupe le terrain ! Je suis visible !

[...] L'effet pervers du remplissage est au moins double :


1/ L'espace à remplir n'est jamais vraiment vide, comme le silence n'équivaut pas à une parole absente, bien au contraire : une parole pleine a besoin du silence comme nous avons besoin d'air pour respirer. - Le remplissage occupe donc cet espace apparemment vacant, à la manière de spots publicitaires qui viendraient se glisser dans les pauses d'une conversation à longue haleine.


2/ En utilisant tous les ressorts rhétoriques, le remplissage vient bétonner les ouvertures : il faut à tout prix murer les fenêtres, condamner les portes, en mettant à mal au passage toute discussion véritable, toute possibilité d'échange, toute ouverture sur autrui. En effet, pour laisser un telle ouverture, il conviendrait - et tout le problème est là ! - de laisser du champ libre.



L'entropie est d'abord un phénomène physique qui, en tant que tel, est peut-être difficilement transposable sur le plan des sciences de l'information et de la communication. Mais il me semble que l'on peut tout de même s'y risquer : en quelque sorte, le remplissage est déjà un effet, il constitue déjà de l'énergie "dissipée", désormais inutilisable, il se situe par-delà le message pour former le bruit dans lequel tout message, toute information finiront par se noyer. C'est une vue pessimiste qui se rapproche de celle des physiciens qui parlent de la "mort thermique" de l'Univers  (expression mal choisie puisque l'Univers tendrait alors vers le zéro absolu), cet état final redouté et redoutable où aucune énergie n'est plus disponible.


Internet s'étend également indéfiniment puisque l'espace virtuel est virtuellement infini : or, on a du mal à croire que cette croissance exponentielle de la Toile est due à l'ajout d'un grand nombre de nouvelles informations ("contenus"). On constate au contraire que les déformations, réinterprétations, personnalisations, subjectivations constituent la grande majorité des nouvelles "contributions". Il conviendrait alors d'analyser en profondeur le fait que ces digitalisations, mixages, montages, transformations incessantes de contenus existants ne sont pas la cause mais l'effet de l'extension indéfinie d'Internet. Car celle-ci est quasi "automatique", créant toujours de nouveaux "espaces" (vacants) qui demandent à être "remplis".


Conclusion : la liberté d'expression, en devenant compulsive, prend alors l'allure d'une contrainte et s'annule donc elle-même. Comprenons simplement, nous qui crions à la censure au premier pet de mouche, que nous sommes de simples marionnettes dans un  processus qui nous dépasse entièrement, nous qui naguère n'avions que les lettres à Libé ou Allô Macha pour nous exprimer. - Et ce n'est qu'en comprenant cela que nous pourrions nous ressaisir, par exemple en respectant et en cherchant à préserver un espace de liberté comme celui-ci.

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Cf. aussi la suite d'articles datant de l'été 2013 > À propos d'un changement de paradigme
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Fin de Partie
(22 mai 2017)

J'aurais dû intituler cette note - en contrepoint de la tragicomédie de Beckett - la Sérénité de la Vieillesse, formule optimiste devant l'inéluctable fin des choses. Car en effet l'âge présumé de la plupart des contributeurs de cette plateforme aurait pu les amener vers un peu d'apaisement, formule d'une sortie intelligente de ce bas monde, fût-il virtuel. Mais tel ne semble pas être le cas.

La vision scénique que propose Bob Wilson de ladite pièce est proprement hallucinante : dans une succession de gestes figés, minutieusement chorégraphiés et interprétés, l'éternel retour du même affronte la compulsion de répétition, et le moment absurde est d'autant plus prenant que la présence du réel est avérée. C'est le cas au Berliner Ensemble.




Les querelles intestines, qui cherchent à mettre fin aux relations de dépendance que la pièce représente, sont proprement effrayantes : figée dans le discours, la parole n'a plus aucune chance d'être entendue par l'autre puisque - corollaire essentiel - le silence n'exprime désormais que l'indifférence, la volonté de rupture, l'interruption quasi définitive du dialogue.

Ce non-dialogue, que Beckett transcrit magistralement dans son français irlandais des années cinquante, n'a rien perdu de son actualité, de son caractère symptomatique à l’ère de la "communication" où, comme disait l'énigmatique Hegel, l'apparition du concept signe la disparition de la chose.

Or, le dialogue réussi, fût-il idéal ou réel, théâtral ou philosophique, illustre l'apogée de la parole communicative, à l'image d'un contrepoint de Bach qui conduit le flux harmonique à travers des éléments disparates sur lesquels il a l'heur de ne jamais s'arrêter.



Si, au sein de la virtualité ambiante, nous sommes réellement coincés entre les like et les beurk sans avoir à justifier ce qui relève avant tout du ressenti/ment personnel, il se peut que nous ayons perdu l'idéal communicationnel du dialogue raisonnable entre perspectives différentes, à l'image de la dialectique qui assume la tension - et sous sa forme la plus accomplie : la synthèse - entre positions et négations de l'objet du discours afin d'y œuvrer à la "manifestation de la vérité". Il se peut même que nous ayons perdu l'idéal de vérité.

À propos de formules optimistes, Baudelaire s'était déjà exclamé, après son fameux coup de pied au derrière d'un vitrier coupable de trop de transparence dans un monde criant de laideur : "La vie en beau !" - Avec la fausse lucidité qui nous caractérise, nous ne manquerons pas de prendre parti pour ce pauvre vitrier qui, du haut de la mansarde poétique, dévale l'escalier avec ses verres brisés : il n'offrira plus aucun bouclier contre le réel, fût-il transparent !


Je tiens à rassurer ceux qui n'ont rien compris à cette note car je suis dans le même cas. Et pourtant mon intention première était de "sauver les apparences d'un congé normal", comme le recommande un illustre personnage que je préfère ne pas embarquer dans cette galère.

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QUELQUES EX-BLOGUEURS/GUEUSES DE L'OBS

C'est Nabum > http://www.chroniques-ovales.com/
Olivier > http://olivierhartmanshenn.blogspot.com/

1 commentaire:

  1. Ayant republié ces textes sur la plate-forme désormais moribonde ce 8 juillet 2017, j'ai reçu ces deux commentaires et je profite de l'occasion pour envoyer un salut amical à ces deux excellents "confrères" :

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    Bonjour SK,

    Que voici un texte conclusif suivi des dernières étapes qui en ont introduit le sens... Je ne suis pas aussi sévère que vous concernant les positions arrêtées ici et là faisant que toute discussion est alors vaine... Et, à côté de blogs entrant dans ce schéma, il en est qui restent très ouverts, notamment au dialogue. Je pense entre autres à celui de jean Matouk, également à celui d'Usbek. Nous avons eu aussi des blogs approfondissant quelque discipline (vous-même avez mis en ligne des notes poussant à la réflexion d'ordre philosophique...) comme par exemple, en matière de physique des particules celui d'Olivier Hartmanshenn. Nous avons également apprécié des blogs sur lesquels pesaient de temps à autre l'émission d'idées et opinions bien arrêtées mais dont l'objet principal pouvait être le conte (ou le boniment affirme son auteur), le conte ligérien généralement, et nous saluons C'est Nabum en l'écrivant, ou encore l'association truculente de recettes méridionales et de versification, avec des pointes coquines, chez Victor...

    Certes, il y a des blogs, des auteurs de blogs chez qui je n'allais plus depuis longtemps tant il me semblait inutile, et même contre-productif, d'y mettre mon grain de sel (d'autant qu'alors le retour de bâton se faisait en meute)... Pleins d'autres blogs encore, plus ou moins personnalisés, plus ou moins intéressants, plus ou moins contraints compte tenu de critiques et attaques internes systématiques...

    À ce sujet, le harcèlement et ses succédanés ne s'arrêtent pas obligatoirement à cette plate-forme. À la limite, faute de pouvoir s'épanouir ici, ces écrits plus ou moins diffamatoires s'épanouiront ailleurs... où ils sont susceptibles d'entraîner plus de conséquences, de faire plus de dégâts.

    Voilà, cher SK, en quelques mots un presque "au-revoir".

    Écrit par : BL le samedi 08 juillet 2017 à 17h33

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    Cher sk..Il fallait que ce fût dit..et avec la manière..je souscris amplement.; sauf que la blogosphère n'eut jamais pour ambition que de rapprocher et confronter les analyses des uns et les témoignages des autres, parfois même un mix des deux,de l'affirmation sensible à la démonstration philosophique
    Démontrer est ambitieux car il faut bien poser le problème, en prédéfinir la conclusion( de façon intime) et se lancer dans des développement empruntant quelques lignes droites et infiniment de chemins forestiers où il est loisible de perdre l'interlocuteur..sauf s'il sème des petits cailloux blancs..Donc, seule la dialectique mérite crédit..Personne ici bas, n'est jamais parvenu à convaincre quiconque mais la tentative est toujours estimable..
    Lorsque la dialectique disparaît pour donner place à des assauts parfois indignes, il est temps de clore la belle récréation.;et siffler la fin de la partie.. (ne serait ce qu'en observant les péripéties de la politique..)

    Une personne estimable, ayant fréquenté longtemps ce site, que j'ai eu l'avantage de connaître de façon "intime" m'a dit, voilà quelques années : quand c'est fini, c'est fini et il faut passer à autre chose..avec un stoÎcisme que n'aurait pas désavoué Montaigne.;Eh bien, elle avait raison..

    Cher sk, je pense pouvoir dire que vous et moi (sans doute d'autres) partageons la musique dans ce qu'elle a d'universelle, de lien incomparable pour les âmes sensibles et d'exemplaire par le talent de ses interprètes..Personne n'y résiste et parfois, aucune justification n'est utile..

    Bien à vous..

    Écrit par : hubert41 le samedi 08 juillet 2017 à 18h02

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