mardi 24 septembre 2013

Bundestag 2013 (3) | L'amer triomphe

A l'heure où j’écris (24/9), le problème (déjà signalé) reste entier :

Le parti qui soutient Mme Merkel au Bundestag - la fraction CDU/CSU - est minoritaire, à quelques sièges près certes, mais cela ne change rien à la galère !

En revanche, la coalition rouge-rouge-verte - SPD/Les Verts/Die Linke - est majoritaire même si une telle alliance semble difficile voire impossible à mettre en oeuvre.

Pourtant le chef du SPD - Sigmar Gabriel - vient de la mettre sur la table des négociations comme une solution de repli.

Ce serait d'ailleurs la seule façon de faire élire un chancelier SPD pour la législature qui s'annonce. Et ça, Mme Merkel en est parfaitement consciente, comme elle sait qu'un accord rouge-rouge-vert peut être trouvé ultérieurement, n'importe quand, ce qui entraînerait sa destitution immédiate. Sa position est donc bien plus fragile que ce qui a été annoncé dans le monde entier avec son triomphe "historique".

Dès lors, quelles options la chancelière sortante a-t-elle pour conserver le pouvoir ?

- Une Grande Coalition CDU/SPD

- Une coalition avec les Verts.

- Un gouvernement minoritaire.




Quant à Sigmar Gabriel et les camarades du SPD, ils ont deux alternatives :

- Accepter ou refuser la coalition avec la CDU, en négociant par exemple la mise sur la touche de la CSU, l'introduction d'un salaire minimum  etc. etc.

- Négocier une alliance avec Die Linke pour laquelle il faut convaincre et les Verts (partenaire traditionnel du SPD, mais hostile à une coalition avec l'extrême-gauche) et un certain nombre de sociaux-démocrates. Cette négociation pourrait être avantagée par le refus de personnalités du SPD comme l'emblématique ministre-présidente de Rhénanie du Nord/Westphalie, Hannelore Kraft, de participer à un gouvernement Merkel, l'argument étant que le SPD y perdrait toutes ses spécificités (le gouvernement Schröder ayant déjà suffisamment dénaturé le parti).


Cette élection a fait des dégâts au sein des partis : Le chef du FDP, Philip Rösler, jette l'éponge. Chez les Verts, c'est l'hécatombe : Jürgen Trittin, Renate Künast et la militante de la première heure, Claudia Roth, s'en vont. Au SPD, l'avenir de Peer Steinbrück reste incertain : ancien ministre des Finances d'Angela Merkel lors de la dernière Grande Coalition (2005-2009), il a déclaré en amont qu'il ne participerait pas à un nouveau gouvernement de coalition avec la CDU.


On peut également affirmer que le succès de la CDU, comme d'ailleurs le score du SPD, doivent beaucoup à la personnalité des deux candidats : la grande popularité d'Angela Merkel n'a laissé aucune chance - sur ce plan personnel en tout cas - à un
Peer Steinbrück qui n'a pas su gagner la sympathie des électeurs. Mais cette proposition peut également se lire en sens inverse : ceux qui ont voté SPD l'ont fait par conviction et non par amour pour le candidat quand les suffrages pour la CDU sont, en partie du moins, à porter au crédit de la popularité de la chancelière, avec son expérience du poste, sa "bonhomie", son côté rassurant, son côté "Mutti", "Maman". Ainsi, après sa retraite qui forcément interviendra un jour ou l'autre, la CDU risque de voir se volatiliser une partie de son électorat.


"Wir können deutsch diskutieren, wir haben Verbandszeug im Hause."(Wolfgang Neuss, 1966)

Bien sûr - en revenant à nos moutons - le plus probable est que Sigmar Gabriel (à gauche) et Angela Merkel (forcément à droite) parviennent à s'entendre. Le SPD placera le salaire minimum et la chancelière restera chancelière. Alles kommt wie es bleiben soll, comme on dit en allemand.



Traduction au prochain numéro !



PS.: Ce soir (26/9), en écoutant un talk politique, on a l'impression que le débat électoral, dont l'Allemagne a été frustrée pendant toute la campagne, vient enfin de commencer !

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Commentaires

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Ce que vous racontez n est en effet pas impossible...A t- elle une personnalité capable de négocier avec les verts?(= aller à CANOSSA?)

Écrit par : olivier | 24 septembre 2013
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Elle a quand même cet énorme atout: les suffrages qui sont allés à la CDU-CSU lui reviennent donc elle a une vraie légitimité (à près de 42%)
... et cependant elle n'est pas "majoritaire". Un paradoxe à résoudre.
Je ne suis pas sûr que Mme Merkel puisse , sans créer des remous ds son électirat qui se sent victorieux et légitime, renoncer à la chancellerie. Sacré dilemne.
Il y a un proverbe juif, que je réentendais ce matin justement, qui pourrait lui servir même s'il ne répond à rien, comme toujours les proverbes juifs: "si tu n'as le choix qu'entre deux solutions, choisis la troisième" . A elle de l'inventer...
Les Allemands voulaient de la stabilité et de la sécurité, ils sont dans l'incertitude.

Écrit par : talweg | 24 septembre 2013
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Guten Morgen Talweg,

comme je le disais à Caquedrole sur le quasi-clone au Midi Libre : si à un moment de la législature les 3 gauchos trouvent un accord - "historique" au niveau national, déjà pratiqué en région - alors on dira : Tschüss Mutti !

Le proverbe cité est génial car il résiste à la logique binaire, au tiers exclu : Tertium datur !

Bis dann !

Écrit par : sk | 26 septembre 2013
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