dimanche 22 septembre 2013

Bundestag 2013 (2) | A voté

Premières estimations (ARD) à la fermeture des bureaux de vote (22/9 - 18:00)



A la vue de ces premiers chiffres, la CDU peut obtenir la majorité absolue (300 sièges sur 598 - à 18:00, elle en comptait 297, à 19:00 on parle déjà de 302 sièges). Son partenaire de coalition libéral (FDP) risque de ne pas entrer au parlement (moins de 5%).




Et voilà des estimations déjà plus précises données vers 21:00. Les libéraux du FDP risquent fort d'être exclus du Bundestag. On note également que "L'Alternative pour l'Allemagne" (AfD) - ce nouveau parti qui prône la sortie de l'euro - connaît un franc succès, sans pour autant dépasser la barre des 5%, condition sine qua non pour siéger au parlement. Quant à la CDU de Mme Merkel, elle totaliserait actuellement 298 sièges sur les 300 nécessaires pour disposer de la majorité absolue.




Chiffres stabilisés vers 22:00. - 296 mandats pour la CDU. Si les choses en restent là et que le FDP n'entre pas au Bundestag, Mme Merkel devra faire alliance ou bien avec le SPD ou bien avec les Verts. La politique allemande ne serait alors plus la même...



Pour l'instant (news.google.fr 22/9 - 23:55), les commentateurs français (hors AFP) n'ont pas encore intégré la forte probabilité d'une Grande Coalition CDU/SPD qui changerait tout de même sacrément la donne, en Allemagne et en Europe.

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C'est à présent (23/9 - 03:00) une certitude : Mme Merkel sera réélue chancelière par le nouveau Bundestag et devra négocier une coalition avec un parti de la gauche modérée, très probablement les sociaux-démocrates qui fourniraient alors le vice-chancelier.

Et tout le monde parle d'un triomphe. Or le seul véritable triomphe chrétien-démocrate eût été une majorité absolue au parlement, ratée de justesse, mais ratée tout de même. Un autre triomphe, moins glorieux, mais triomphe tout de même, eût été la reconduction de la coalition sortante. Mais avec 4,8% (contre 14,6% en 2009), les libéraux du FDP sont en train de vivre - en parlant de triomphe - l'une des plus grandes débâcles de leur histoire : Auf Wiedersehen Bundestag !

A gauche toute, Die Linke perd également trois points avec 8,6% contre 11,9% en 2009. Plus modérés, les Verts sont eux aussi en baisse avec 8,4% (contre 10,1%). Seul le SPD remonte un peu : 25,6% (contre 23% en 2009). La grande gagnante est bien sûr la CDU/CSU avec un score immédiatement qualifié d'historique : 41,5% (33,8% en 2009).

Mais, au fait... si les député/e/s CDU/CSU sont minoritaires au sein du nouveau Bundestag et que les seuls autres partis appelés à y siéger sont de gauche, comment se fait-il que...?

Oui, comment se fait-il que personne ne parle d'une coalition SPD/Verts/Die Lìnke qui serait logiquement majoritaire ?

Je ne dis pas que cette coalition est faisable, quoique... voilà qui serait véritablement historique, pour une fois, et moucherait pas mal de gens, experts et chroniqueurs en tête ! Non, je demande simplement : pourquoi personne n'en parle ? - Warum ?

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Avec qui Merkel peut à présent gouverner, titre la Süddeutsche ce 23 septembre au matin, jour de gueule de bois pour l'électorat deçu par les résultats, journée triomphale pour Mutti (à droite sur la photo), où Steinbrück (forcément à gauche sur la photo) et Trittin (le grand Vert au centre) réitèrent leur niet catégorique à la Linke pour former une coalition rouge-rouge-verte, qui serait majoritaire au Bundestag.

On n'en parle plus,  OK !

D'ailleurs le président Gauck demandera d'abord au parti arrivé en tête de constituer une majorité. Le Bundestag s'étant miraculeusement agrandi à 630 sièges ("32 sièges de plus que prévu"), la CDU/CSU en totalise maintenant 311, contre 192 au SPD, 64 à die Linke et 63 aux Verts (=319). Le partenaire de coalition qui part favori est bien sûr le SPD, or... passer 4 ans à gouverner avec les camarades, et les Länder qui sont majoritairement dirigés par des alliances rouges et vertes : Mme Merkel risque à son tour d'avoir des lendemains de fête difficiles.


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Commentaires

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j'ai habité ce pays plusieurs années, avant 90 et après : les Allemands ont eu envie de ne pas choisir on dirait. Ils n'ont pas envie d'aventurisme (ça se dit en français?); ils ont beaucoup dit que la réunification leur avait coûté cher, puis maintenant c'est la faute des Grecs... alors que l'opération réunification leur a rapporté une place privilégiée dans le commerce en Europe et que le coût de la crise grecque est un moyen facile d'expliquer les rancunes en temps de crise.
J'ajouterai que finalement les anti-euro n'ont pas tant fait que ce que je croyais, et que ce qui gagne, quand on regarde la dégringolade du parti libéral, ce sont les partis de l'interventionnisme étatique (le spectre qui va du centre à la gauche).
Les Allemands ne veulent pas autre chose que de la modération et de la protection. Ce n'est pas l'image que les Français ont d'eux, mais c'est bien cela qu'ils sont depuis assez longtemps. En cela ils st très différents des Anglais par exemple, mais assez proches des ... Français.
(ceci dit par quelqu'un qui vit en France à l'heure actuelle)
Merci de vos éclairages, sk.

Écrit par : talweg | 23 septembre 2013
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Bonsoir talweg. Merci à vous de passer par ici !

Écrit par : sk | 23 septembre 2013
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Ce que dit Talweg recoupe un peu le point de vue de la jeune étudiante berlinoise en sciences politiques que j'ai passé sur mon propre blog, notamment au sujet de cette référence faite par nos politiques (en particulier de droite) au "modèle allemand" (entrepreneurial, conquérant, bosseur, productif, etc).

Écrit par : Caquedrole | 23 septembre 2013
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Les choses changent. Elles changent en France, également. Entre ces deux peuples réunis sous l'empereur Charlemagne, le plus grand problème a toujours été la communication, la différence linguistique qui fait que l'on ne peut pas s'échanger à un niveau relevé, nuancé, subtil : on comprendrait alors que les différences sont minimes, artificielles, imaginaires...

Mais à voir les conflits entre Wallons et Flamands, ou les éternelles piques entre Wallons et Français, on se demande si les gens n'ont pas besoin de ces conflits, de ces différences artificielles pour requinquer un esprit collectif malade.

J'avais lu un jour cette parole sur un T-shirt : Pourquoi apprendre l'espéranto si je ne parle même pas à mon voisin...

Tschüss !

Écrit par : sk | 24 septembre 2013
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Or on sait que le fantasme, l'imaginaire sont moteurs en termes de rapport à l'autre et entres les peuples. Ils nourrissent les préjugés et sont aussi difficiles à éroder que la roche.
Il faut dire aussi que les nationalismes, bien relayés dans les manuels scolaires, sont toujours à l'oeuvre. Vous avez vu comment on parle de l'Allemagne aux jeunes Français? Rien ou presque sur le moyen-âge et la Renaissance, quand les peuples étaient "germaniques" de Lyon à la Flandre et de la Flandre à la Saxen ni sur l'apport immense des Allemands aux Lumières ... tout sur le XIXè et ses élaborations nationales, la puissance et l'expansionisme des Allemands... les affreuses guerres du XXè, le génocide... la puissance économique "hégémonique" en Europe enfin.
Tout ça ne vous construit pas une vision réelle des voisins (le main dans la main de Mitterrand/Kohl est tellement mis en avant qu'il en devient l'emblême même de l'exception!...)

Écrit par : talweg | 24 septembre 2013
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Il faut continuer d'en discuter. Les choses ont commencé à s'envenimer lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648) : massacres sans fin de la population civile, chaos sans nom, misères etc. etc.

Dans le même temps (un peu plus tard, 1685), la révocation de l'édit de tolérance religieuse (Nantes 1598) a donné lieu à une "invasion" protestante sur les territoires allemands et notamment à Berlin avec des effets très positifs pour cette ville : on parlait français à la cour du Vieux Fritz (Frédéric II, "Le Grand")...

Ca s'est vraiment corsé avec la fausse dépêche d'Ems (1870) qui a permis à Bismarck de déclencher sans en avoir l'air la guerre entre la France et la Prusse qui - c'était l'objectif - a donné lieu à la constitution tardive de la "nation" allemande. La suite, on la connait...

Aber nicht weil es bekannt ist, ist es auch erkannt (Hegel, citation libre et intraduisible)

Salut cordial à vous

Écrit par : sk | 24 septembre 2013
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...l'idée serait :
ce qui est le mieux connu (explique) aussi ce pour quoi c'est inconnu.
Quelque chose comme ça. En français approximatif.
:)

C'est vrai que le tumulte des guerres de religion et les conflits et exils qui ont suivis ont laissé des goûts durables. Et Bismarck reste un grand méchant , vu de France, le père du deutscland über alles. Comme Napoléon vu d'Allemagne, un affreux, les deux (Bismarck et Napoléon) avec des justifications. On ne peut cependant pas pas vivre sur des idées héritées, alors qu'on a tant de choses en commun. Mais c'est très partagé dans le monde, les préjugés.
A l'heure actuelle, les Allemands sont encore trop vus comme des "dominants", rien que dans le foot on désigne des "kaiser" -ce n'est pas qu'anecdotique. Leur industrie est forcément "lourde" et "conquérante", leur économie "une machine de guerre". l'onomastique des discours sur l'Allemagne est très révélatrice, comme toujours.
Bis bald.

Écrit par : talweg | 24 septembre 2013
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L'idée c'est : ce n'est pas parce qu'une chose est connue (bekannt) qu'elle est comprise (erkannt).

En français, dans les deux cas, on utilise le verbe connaître, d'où la difficulté de traduction.

Le pire c'est le fameux concept d'Aufhebung, substantif créé par Hegel pour énoncer un paradoxe : supprimer tout en conservant (le refoulement de Freud cent ans plus tôt !)

Dans le contexte de sa philosophie, Hegel affirme : "Der Begriff hebt die Sache auf".
(Le concept annule/conserve la chose)

Bonjour le boulot de traducteur : à 10 ou même 20 cents le mot, je ne vous dis pas la fiche de paye à la fin du mois !

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Napoléon avait été très bien accueilli par l'intelligentsia allemande, même Beethoven lui avait dédié une symphonie (Eroica, je crois) pour ensuite déchirer cette dédicace lorsque sa soif de pouvoir (pour le pouvoir) était devenue évidente.

Bismarck était un des plus habiles politiciens qui soient. Pour couper l'herbe sous les pieds des socialistes dans le régime semi-parlementaire où il exerçait (l'une des sources de l'inexpérience allemande en matière de démocratie), il a introduit - avant toutes les autres nations - la première législation sur le travail, création d'une assurance maladie etc., des mesures dignes d'un vrai syndicaliste !

Les choses sont ambigues, parfois floues : lutter contre les clichés, les Verdinglichungen (comme dirait H., chosification, instrumentalisation) me parait essentiel par les temps qui courent... le reste viendra tout seul.

Écrit par : sk | 24 septembre 2013
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Merci pour l'élairage de la traduction!

C'est vrai, l'intelligentsia avait bien reçu Napoléon, le code civil dans ses valises, oui; moi je me souviens de lettres (était-ce des frères Grimm? je ne sais plus) qui montraient l'horreur des villages de Franconie ravagés par la soldatesque et le poids des impôts que les villes devaient supporter.

Certes Bismarck a inventé (en l'empruntant à des socialistes) ce moyen de soutien aux ouvriers qui a permis ensuite la négociation régulière patronat/ salariat, fixant les règles du travail et des salaires année par année -limitant le recours à la grève. Une grande sagesse réformiste et collaborative entre classes qui fait l'économie du coût de la frustration ouvrière et soutient l'embauche, donc la consommatrion. Encore un "modèle" que la France envie à l'Allemagne. récemment on l'a entendu... à propos de la "conférence sociale".

Vous avez raison évidemment pour ce qui est des clichés; il faudrait ne pas être armé de certitudes. Apprendre à se déprendre de ses héritages, ou alors à les fouiller mieux pour y trouver les traces des points communs entre les cultures voisines. Le reste viendra tout seul.
Vaste programme.

Écrit par : talweg | 24 septembre 2013
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Nous y travaillons à notre modeste niveau, n'est-ce pas, talweg ?

Und herzlichen Dank pour vos interventions.

Écrit par : sk | 24 septembre 2013
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on essaie, sk, on essaie chaque jour.

Ebenfalls!

Écrit par : talweg | 24 septembre 2013
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