vendredi 30 mai 2014

Assez !

Le « raciste » ne se contente pas de croire en l'existence de « races humaines ». Il est surtout convaincu de sa propre supériorité. Or :


Les études scientifiques, fondées depuis le milieu du XXe siècle sur la génétique, ont montré que le concept de « race » n'est pas pertinent pour caractériser les différents sous-groupes géographiques de l'espèce humaine car la variabilité génétique entre individus d'un même sous-groupe est plus importante que la variabilité génétique moyenne entre sous-groupes géographiques. [Wikipédia]


Le problème est que l'on se situe ici dans le domaine des croyances, des convictions, qu'aucune démonstration scientifique n'a jamais pu entamer.


Cette prétendue supériorité de certaines cultures ou civilisations sur d'autres – puisque c'est de cela, et non de génétique, qu'il s'agit – a de tout temps servi d'argument à la conquête de territoires et la soumission, voire la mise en esclavage de populations entières par les envahisseurs.


Les temps modernes ont vu apparaître le phénomène du « colonialisme ». On peut dire que l'un de ses principaux idéologues fut l'auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853/55). Mais déjà le philosophe Kant (1724-1804) n'y allait pas par quatre chemins. Ou plutôt si. Je traduis :


« Dans les pays chauds, l'Homme arrive à maturité plus tôt dans toutes ses parties, sans cependant atteindre la perfection des zones tempérées. L'humanité dans sa plus grande perfection se rencontre dans la 'race' des Blancs. Les Indiens jaunes ont déjà un talent moindre. Les Nègres sont plus bas, et une partie des populations américaines se situe au niveau le plus bas. » (Immanuel Kant, Des différentes races humaines, 1775)


J'en viens au fait. Très peu de gens aujourd'hui contestent que la théorie raciale et les procédures d'extermination massive qui l'accompagnent ont connu une apogée sans précédent dans l'Allemagne (et l'Europe) sous la botte des fascistes entre 1933 et 1945. Plus qu'aucun autre, ce pays a dû faire son mea culpa – n'en déplaise à certains : en français, on traduit par « repentance » - et un travail considérable pour analyser et digérer ce funeste passé, qui n'en est pas moins terriblement récent.

Qu'en est-il des pays qui ont pratiqué le colonialisme ? J'ai l'impression qu'en France, aucun travail sérieux n'a été fait à une large échelle depuis la perte des colonies dans les années 1960/62. Il y a pourtant eu des crimes massifs contre les populations, des injustices flagrantes, des citoyens de seconde zone, de facto privés de droits.


Ce sont les anciens « maîtres » qui continuent d'avoir la voix au chapitre, qui présentent le fait colonial comme une période idyllique, correspondant à certains souvenirs d'enfance dorée parmi ces « indigènes » invisibles, si l'on excepte les « domestiques ». Ce sont encore eux qui justifient le fait colonial avec les « apports culturels », voire la « civilisation » qu'ils auraient dispensés à des populations « incultes ». Mais ils ne perdent pas un mot sur l'exploitation unilatérale des hommes et des richesses naturelles.


Bien. C'est ce qui s'appelle se tailler une réputation. Mais il se trouve que tout ce discours dédaigneux sur les « immigrés » commence à me fatiguer. Cela a commencé avec Lampedusa. Personne, mais vraiment personne ne s'est demandé pourquoi des parents en viennent à embarquer leurs propres enfants sur de méchants rafiots. Et pourtant la raison est connue : à force de spéculations sur les denrées alimentaires, ces parents ne peuvent même plus leur acheter un bout de pain avec la monnaie de singe mise à leur disposition par la nouvelle forme de colonialisme globaliste dont nous profitons – les uns moins, les autres beaucoup, beaucoup plus – dans les pays dits « riches ».


Dans ce contexte, c'est surtout le vote Front National qui est choquant. Il procède – en partie seulement, bien sûr – de cette idéologie aveugle – ou en tout cas borgne – de la recherche d'un bouc émissaire, alors que tout, presque tout est affaire d'économie et de finances. J'en reste convaincu : sans les « réparations » de Versailles et les « crises » de 1923, puis de 1929, il n'y aurait peut-être jamais eu de fascisme en Allemagne. Bien sûr, à l'époque, la propagande raciste avait le vent en poupe. Et pas seulement outre-Rhin. On avait choisi un autre bouc émissaire, ce qui tend à prouver, avec la campagne de haine actuelle, que la « cible » importe peu.

Le pire : certains de ceux dont les familles furent persécutées naguère hurlent aujourd'hui avec les loups, totalement inconscients des risques auxquels eux-mêmes s'exposent en mettant les doigts dans l'engrenage de la haine et du mépris d'autrui. Fort heureusement, ils sont rares. Mais, à les voir ainsi stigmatiser des populations entières pour des raisons qui ne résistent pas à l'analyse, leurs ancêtres, s'ils avaient toujours été de ce monde, n'auraient eu besoin que d'un seul regard pour leur rappeler que la souffrance humaine n'a pas de patrie.








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Commentaires des blogueurs/gueses de l'Obs


Merci SK

Écrit par : Max | 30/05/2014
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Oui, merci SK.
Je n'ai pas le temps aujourd'hui pour commenter mieux ; ce que votre note mériterait pourtant.

Écrit par : plumeplume | 31/05/2014
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quand le FN argumente les 200000 migrants régularisés et en fait le malheur français que répond l'exécutif pédagogiquement? rien ou presque, voter FN est un défouloir ça permet de faire semblant de lutter contre pour récupérer des voix

qui s'est précipité sur l'heure pour rejoindre la maire de Lampedusa qui sanglotait sur ce quai jonché de cadavres, en différé, une délégation UE en costar cravate, depuis, ça continue

votre développement est brillant, juste je sais pas, pour ceux qui sont tombés en Algérie, pour les dividendes coloniaux dont nous avons tous bénéficié dans nos généalogies que l'on soit raciste ou pas, la majorité des PN peut être moins à partir de 62

aujourd'hui en Afrique c'est un peu plus compliqué, le Nigéria, riche en ses terres précieuses n'assure pas de redistribution équitable entre le nord et le sud, et bien sur nous en restons au niveau des massacres spectaculaires dirigés pour menacer l'occident coupable, double difficulté, ne pas pouvoir faire cesser l'hécatombe au nom d'Allah et ne pas pouvoir agir contre les dirigeants, évidemment , ce serait pire, c'est au peuple de le faire, nous regardons les hommes tomber, et en plus chaque minute nous en rend responsable

Écrit par : PARKER | 31/05/2014
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Une note qui fait du bien et qui remet un peu les pendules à l’heure. On en a besoin !

Ben oui, la souffrance humaine est la même partout…

« Si tu vois un Chinois qui chiale
Tu causes chinois à ton tour »
(Henri Tachan le dit joliment).

Bonne soirée SK.

Écrit par : Annick | 31/05/2014
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Merci d'avoir pris le temps de vous arrêter...

Écrit par : sk | 31/05/2014
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Bonjour SK,
Lire cet article argumenté est, pour moi, une réelle bouffée d'oxygène. Dans mon milieu professionnel (Dont le maître mot est égalité) j'entends souvent des discours qui stigmatisent des populations minoritaires en notre pays. Manouches, gitans, roms, maghrébins, africains et asiatiques sont les cibles favorites de mes collègues en blanc. Moi qui m'étais imaginé, en entrant dans la fonction publique hospitalière, que je serais entouré d'êtres humains dévoués à l'autre, après 20 ans de carrière je fais ce triste constat: je suis cerné par des bas-de-plafond...
En tous cas, ravi de voir qu'il existe encore des personnes réfléchies, en France.

Écrit par : inKulte | 01/06/2014
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Bonjour SK,

J'ai lu votre billet avec attention, du moins avec celle dont je suis capable ce qui explique peut-être que je ne partagerai pas l'enthousiasme de certains de vos commentateurs.

Vous abordez finalement dans un seul billet, pas très long, plusieurs thèmes qui me paraissent assez distincts pour que le lien fait entre eux soit discutable. L'articulation que vous faites entre eux ne me parait effectivement pas très logique même si les thèmes que vous développez peuvent vous valoir les louanges de ceux qui ne cessent de chanter la même ritournelle (le raismcépabien, a coonisation nonplu, on est tous pareils…). En fait, si je ne me trompe pas, vous voulez marquer une continuité dans le temps et l'espace mais sans que les sous-bassements qui fondent cette continuité soient restés stables.

Vous passez brutalement du racisme réfuté par la science à l'inégalité des cultures entre les cultures et civilisations que vous réfutez vous.
Le racisme peut ou a pu servir de fondement à la croyance en l'inégalité des cultures et civilisations. Reste que sa réfutation par la science, mais de ça on peut aussi parler, n'a pas entamé cette croyance. Parce que même l'argument racialiste démenti, il s'est trouvé quand même que les civilisations et les cultures de par le monde restaient différentes. Et que dès lors on pouvait s'appuyer sur d'autres éléments pour les comparer, et notamment, au niveau de chacun, un système de valeurs. Le problème est que ce système de valeurs n'est pas tombé du ciel, n'est pas universel, et que donc, sauf à vivre hors monde, ou à se réfugier dans "les bons sentiments" (idéologie également fondée sur des valeurs qui amèneront donc à juger), chacun est amené en comparant à juger et à hiérarchiser, cela à partir d'un corpus de valeurs associées à sa civilisation et sa culture d'appartenance. Refuser de comparer et donc de hiérarchiser c'est vouloir s'abstraire de son monde. Et c'est impossible. Donc, et pardonnez-moi de le dire aussi crûment, tout cela n'est que posture. Une posture qui d'ailleurs ne résiste pas à cette attitude qu'ont ceux qui sont dans ce système de pensée de critiquer, c'est un doux euphémisme, ceux qui ne sont pas dans la même optique qu'eux. Et voilà donc l'impasse: ceux qui veulent "unifier" le monde sont contraints de le diviser entre ceux qui sont comme eux et les autres. Dans l'histoire certains ont résolu ce problème en éliminant les autres. La belle idée de l'égalité est à l'origine de bien des malheurs et de nombreux crimes de masse. Donc méfiance.

Je remarque d'ailleurs que votre vision du monde vous amène à émettre des jugements anhistoriques, négligeant les courants de pensée dominants d'une époque et surtout les connaissances. Et voilà donc notre pauvre Kant rhabillé pour les siècles.
Pourtant en lisant l'extrait que vous publiez, je le trouve déjà s'éloignant du racisme basique, s'extrayant de la notion de race puisque la hiérarchie qu'il fait s'appuie sur les milieux climatiques. Il parle même d'humanité, n niant donc pas aux non-blancs la qualité d'humains. Certes on a évolué depuis. Reste que dès cette époque, la notion de race commençait à être effacé par celle de milieu. Peut-être que Kant d'ailleurs avait entendu parler, puisqu'il fut son contemporain de Abraham Petrovitch Hannibal qui fut d'ailleurs voisin puisque gouverneur de Talinn. Vous connaissez peut-être l'histoire de cet Hannibal que je résume ici. Pierre le Grand fit venir (kidnappé, acheté) un jeune enfant noir de Constantinople. Ce garçon avait été razzié en Afrique noire, réduit en esclavage et avait dont fini à Constantinople (pour une fois que l'esclavage ne sera pas imputable aux occidentaux!!!). Pierre 1er voulait faire une expérience, voir si quelqu'un sorti de son milieu d'origine dès son plus jeune âge pouvait dépasser des différences généralement imputées à la race. Il réussit au-delà de ses espérances sans doute car Hannibal devint un personnage important de l'Empire, le Vauban du coin, fit une brillante carrière militaire puis politique, fut anobli et comme ses condisciples nobles pratiqua le servage. Faut dire que Pierre le Grand n'avait pas lésiné sur les moyens, lui offrant la meilleure éducation dont une parie de fit à Paris où il se lia d'amitié avec Voltaire qui le qualifiait d'étoile noire des Lumières. Et en outre, Hannibal eut comme arrière-petit-fils le célèbre Pouchkine. Une histoire à la Dumas avant l'heure et en davantage prestigieux.

Ce que je veux signifier avec cette histoire, c'est qu'en fait l'existence de la race ou sa non-existence fondée sur la science n'a aucun sens. En fait on s'en fout car ce n'est pas la science qui importe dans ce genre d'affaires mais une vision du monde. On peut la voir idéale avec des gens égaux, des cultures égales, des milieux sans incidence. Ou on peut la voir autrement, tout en restant aussi "humains" que les précédents, et donc sans avoir besoin qu'un scientifique nous exhibe une formule chimique pour nous montrer qu'un noir, un blanc, un arabe, un jaune font partie de la même humanité, en pensant que le milieu, le climat pour Kant, la culture, la civilisation, la religion (et tout ça se recoupe évidemment) sont structurants et déterminent la marche du monde davantage par leurs frictions que par une absence de hiérarchie entre elle qui n'est pas moins une construction de l'esprit que la hiérarchie que d'autres font. Abraham Petrovitch Hannibal a vécu en tant que "fils de Pierre", et pas en tant que fils d'un notable noir. Il en aurait été incapable dès ses 15 ou 20 ans sans doute. Et lui l'esclave affranchi puis anobli s'est satisfait des centaines de serfs offerts par la tsarine Elizabeth, fille de Pierre et donc un peu sa sœur.

Votre billet m'invite à d'autres remarques. Mais j'ai déjà été bien long. Je reviendrai peut-être.

Écrit par : Vlad | 01/06/2014
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Bonsoir Vlad,

j'écris moi aussi que l'argument cité de la recherche génétique n'est d'aucun secours dans cette problématique, ce qui n'empêche pas que les gens ont pu être chauffés pendant des lustres par des théories fausses dont les motifs ne sont que trop évidents. Mais ce que je ne comprends pas dans votre raisonnement, c'est que vous n'envisagez, comme alternative à l'hiérarchisation des cultures, que leur égalité par vous condamnée. Ne seriez-vous pas d'accord pour dire que deux cultures peuvent être simplement différentes sans pour autant que l'une soit jugée supérieure à l'autre (tertium datur) ? - Bien sûr, pour ce faire, il faut distinguer entre culture et civilisation, cette dernière s'illustrant surtout par ce qu'on appelle aujourd'hui les « technologies », où bien évidemment – notamment dans le domaine où vous avez exercé – tout retard se paie comptant. Ce que nous vivons actuellement, c'est une « civilisation » globale comme course mercantile à la dernière prouesse technique permettant la domination de l'autre et rendant « obsolète » tout « passé » : c'est le degré zéro permanent de l'histoire !

Mon texte est court pour deux raisons : je veux laisser l'ouverture car, ne reniant pas la subjectivité de mon approche, je considère mes lecteurs comme suffisamment intelligents pour penser par eux-mêmes et je sais qu'il est illusoire de vouloir convaincre ceux qui ont d'autres opinions, mais je considère qu'il est de mon devoir de faire valoir sur ce site un contre-point à certaines publications auxquelles je n'adhère pas ; ma deuxième raison : si j'avais d'autres prétentions, je creuserais en effet davantage le sujet, y consacrerais beaucoup plus de temps, adopterais une autre forme d'écriture, plus scientifique, et proposerais le résultat à une revue.

Ce n'était donc qu'un court essai, mais je crois pouvoir dire que je connais bien l'histoire des idées et ma citation de Kant, dont le modèle de l'esprit développé dans la première partie de la « Critique de la Raison Pure » (1781/7) garde tout son intérêt, n'est pas innocente : elle préfigure les théories beaucoup plus radicales qui allaient suivre, motivant, « rationalisant » les conquêtes occidentales que l'on appellera ensuite « colonialisme ». Mais je ne veux pas développer ici ce point que vous n'abordez pas.

L'histoire d'Hannibal est bien sûr exemplaire. Et le point que vous expédiez un peu est déterminant : c'est le « milieu » qui façonne l'homme, milieu social surtout, car Hannibal n'aurait pas été le même s'il avait été élevé parmi les paysans russes. C'est cela qui est souvent nié : on s'empresse de pointer les différences culturelles et on oublie les différences économiques, sociales qui traversent un même peuple.

Je dois m'arrêter là pour l'heure, mais je ne voulais pas laisser votre intervention critique sans une première réponse...

Écrit par : sk | 01/06/2014
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Je vous remercie pour votre réponse. Je continuerai demain (j'espère en avoir le temps) à développer certains points qui m'intéressent particulièrement. Là il se fait un peu tard pour que je commence (H+2 par rapport à vous).

PS: ma remarque sur la longueur de votre billet n'est pas une critique en soi. Je voulais simplement signaler la difficulté de traite tant de thèmes en quelques paragraphes. Mais je comprends votre intention, que je devinais d'ailleurs, d'inviter par ce biais à une discussion plus approfondie, comme cela s'est déjà produit. Et puis je ne voulais pas quand même que cette note ne donne lieu qu'à un concert de louanges;-)
Bonne soirée

Écrit par : Vlad | 01/06/2014
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SK,

Vous êtes accusé sur mon blog d'avoir uniquement voulu pointer l'extrême-droite dans la récente fusillade au musée juif de Bruxelles.
Je vous invite donc à lire ce qu'écrit Momo, et mes réponses.

Écrit par : plumeplume | 01/06/2014
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Je n'ai rien compris à cette histoire : en effet, les notes de mon blog précédent ont été effacées de ce site, mais je ne crois pas avoir effacé quoi que ce soit (notes et commentaires) sur ce nouveau blog...

Écrit par : sk | 01/06/2014
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SK

c'est bien dit , pour mémoire , des petits films qui nous retracent l'histoire de l'immigration en France
c'est fait par le Musée de la Porte Dorée

www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/le-film

Écrit par : kulturam | 01/06/2014
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Très intéressant et instructif !

Écrit par : sk | 03/06/2014
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Bonjour SK,

Je reprends donc.
Tout d'abord une réponse à votre commentaire.
Je commence par la fin. Vous avez parfaitement raison. Hannibal élevé par des moujiks serait devenu un moujik. Je le suggérais d'ailleurs en filigrane en écrivant qu'il avait vécu en tant que "fils de Pierre".

Je me permets cependant de vous soumettre deux idées à ce propos.
Je pense qu'Hannibal adulte, moujik à la peau sombre se serait senti plus proche de Pierre, le tsar à la peau blanche que de son hypothétique frère resté en Afrique et vivant comme lui du travail de la terre. Ce que je veux dire c'est que les rapports entre cultures et civilisations sont davantage structurants pour la marche du monde que les rapports de classe. Les guerres qui ont ponctué les siècles le prouvent, ce qui se passe en Ukraine actuellement le prouve. Il suffit de regarder autour de soi pour s'en persuader.
La seconde, c'est peut-être une digression par rapport au sujet, c'est que rapporté à notre époque votre propos a, non pas a, devrait avoir moins de sens. Le démocratisation, l'accès à la culture aurait dû dépasser ou aider à dépasser les inégalités de classes et permettre à tous les Hannibal, fussent-ils le fruit quel que soit le milieu où ils ont évolué de devenir ce qu'ils méritaient de devenir. J'ai lâché le mot "mérite", cette chose qui devrait permettre aux enfants des classes les plus défavorisés à accéder aux plus hauts niveaux dès lorsqu'ils en ont les compétences. Nous étions sur cette voie en France, jusque dans les années 70. Mais l'enseignement de masse ou plutôt ce qu'on en a fait en transformant le noble concept d'égalité en égalitarisme, en refusant les hiérarchies, en refusant de classer, en refusant de sélectionner, en refusant de refuser, nous ont ramené des décennies en arrière, laissant définitivement les Hannibal sur le bord du chemin. Le "Hannibal" figure l'immigré, mais il n'est qu'une des victimes de ce système qu'on continue à entretenir à grands frais. En ce sens vos propos sur les classes sociales prennent tout leur sens. Mais pas sûr que nous soyons d'accord sur les causes et donc les remèdes. Excusez-moi pour cette digression.

S'agissant de la hiérarchisation des cultures, je dois apporter des précisions à mes précédents propos.
La hiérarchisation, dans mon esprit ne consiste pas à faire un classement ( 1) occidentale, 2)chinoise…) mais à émettre des préférences et éventuellement des rejets. Nous sommes d'accord pour dire qu'elles sont différentes. Et je pense que nous pourrions être d'accord pour dire que dans certaines nous aurions du mal à vivre, tandis que d'autres nous paraissent davantage séduisantes. De fait nous opérons, même si nous prétendons le contraire, des discriminations, au moins par la pensée. Nous sommes certes de mauvais juges, étant nous-mêmes les produits d'une culture, mais nous ne pouvons échapper à cela. C'est bien là la grande difficulté des ethnologues qui doivent ou devraient être capable de mesurer l'incidence de leur appartenance culturelle simplement dans leur manière de décrire une culture différente. C'est le même problème pour les sociologues qui devraient faire abstraction de leurs origines sociales, de leurs opinions politiques, pour décrire leur propre société. Mais ça ils ne le font plus pour la plupart.
Mais revenons au sujet. Pour que vous compreniez mieux peut-être mes idées il faut peut-être que je vous précise ma vision de l'histoire, que vous qualifierez peut-être de fondamentalement pessimiste. Pour moi le seul vrai moteur de l'histoire est le conflit, plus ou moins intense, armé ou non. Et dans le conflit la friction entre les cultures et les civilisations tient un rôle essentiel, voir principal. Dès lors qu'on refuse de l'admettre, on se condamne à disparaitre. Parce que ne pas l'admettre c'est refuser de se défendre. Et c'est le cas de la civilisation européenne qui est vouée à s'observer disparaitre.
N'allez pas chercher plus loin les causes de ces votes que vous déplorez, de cette poussée dans toute l'Europe et même dans des pays dont on aurait pu croire que leur niveau élevé de tolérance à l'autre les aurait épargné (je pense en particulier aux pays nordiques), de ce qu'on appelle les mouvements populistes de droite. C'est le refus de sortir de l'histoire qui explique cela. Bien davantage que la crise, le chômage, la précarité, celle qu'on subit ou celle dont on a peur et qui ne sont que des accélérateurs.

S'agissant de l'esclavagisme et de la décolonisation, je ne prendrai pas le temps de développer maintenant. Sans vouloir en nier les conséquences (après on peut mettre en balance selon où on se situe et selon l'angle envisagé les positives et les négatives – il me souvient par exemple cet Américain noir qui louait le négrier qui avaient emporté ses ancêtres de l'autre côté de l'Atlantique, ce qui lui avait permis d'être ce qu'il était devenu plutôt qu'un Africain – celui-là avait choisi et hiérarchisé), ce sont des épisodes qui sont associés à cette histoire-conflit. Les occidentaux ont pratiqué l'esclavage, les noirs, les arabes, les ottomans, etc. La liste serait longue. Les occidentaux ont colonisé. Les Arabes aussi, les ottomans également et on pourrait continuer. Or, à vous lire, je ne vois pas cette universalité de pratiques qui témoignent d'un rapport de force ponctuel.
Se repentir, c'est se sentir coupable. Laissez-vous nos propres fautes pour cela. Il n'en manque pas. Mais ne nous accablez pas de celles qui ont accompagné l'histoire dans sa marche. On pourra éventuellement les condamner en faisant l'erreur du sociologue évoquée plus haut, c'est-à-dire en projetant des valeurs datées dans le passé. Mais le mieux serait sans doute de comprendre. Ce serait même essentiel pour "domestiquer" les conflits présents et à venir.

Écrit par : Vlad | 02/06/2014
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Merci pour vos précisions, mais pris par le temps je ne pourrai répondre que demain.

Écrit par : sk | 02/06/2014
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Je crois que nous sommes d'accord pour dire que si un « Hannibal » est placé dans de bonnes conditions pour apprendre la culture et les codes occidentaux, il n'aura aucun problème pour réussir. Reste sa couleur de peau, peut-être le dessin de son visage qui, même si ses capacités sont exactement les mêmes que celles d'un autre, seront un handicap dans le moule du racisme ordinaire où toute différence est invariablement interprétée en défaveur de celui qui s'écarte d'une « norme », pourtant bien fictive. C'est alors que nous parlons de racisme : juger quelqu'un sur ses apparences physiques, ses « origines », éventuellement ses codes culturels etc.

Dans l'Allemagne d'avant le fascisme, beaucoup de Juifs dits occidentaux avaient abandonné la religion de leurs ancêtres, se sont convertis au protestantisme ou, pour certains artistes et penseurs, ont ouvertement fait état de leur athéisme. Au nom d'une « race aryenne » bricolée de toutes pièces (cf. ci-dessus Gobineau 1853/55), des idéologues les ont ensuite confrontés à une « origine », qui dans l'esprit des concernés n'avait plus vraiment cours, au nom de laquelle toutes les exactions, des crimes uniques dans l'histoire humaine par leur organisation méticuleuse, leur massive inhumanité et le nombre exorbitant de victimes innocentes ont été perpétrés. C'est de cela qu'il s'agit d'abord dans mon petit texte car ces événements semblent appartenir à un passé lointain pour les esprits les plus faibles et mal informés, d'autres reprochant à ceux qui osent encore en parler de faire du « chantage victimaire », ou que sais-je encore.

Je pense que nous ne serons jamais d'accord sur l'importance d'un « débriefing » (en allemand, on dit « Aufarbeitung ») du colonialisme. Or, l'histoire ne s'est pas arrêtée au début des années 1960. Beaucoup de gens ont été laissés sur le carreau, et je ne parle pas que des pieds noirs ou des harkis par exemple. Les « immigrés » qui sont alors venus faire le « gros œuvre » en France ont subi un traitement extrêmement dévalorisant, dégradant, condescendent, comme si on voulait se venger sur eux des pertes de la "Grande Nation". Vous savez, ce sont toujours les petits, les sans grade qui trinquent : à la guerre comme en temps de paix. Mais je ne m'étendrai pas non plus sur le sujet. En tout cas, vous avez parfaitement raison de dire que le colonialisme n'est pas une pratique exclusivement occidentale, mais aussi que l'Histoire procède par conflits, comme on continue en effet de le voir actuellement. Or, ce n'est pas un argument pour refuser de faire « amende honorable ». Et pour ne pas chercher à apaiser, à désamorcer les conflits.

Quant à la « globalisation », elle semble être en marche depuis 1492 au moins et ne s'arrêtera pas en si bon chemin. On peut la comparer à l'Europe actuelle : tout pour le commerce, rien pour les gens !

Mais ne soyez donc pas inquiet pour la culture occidentale. Elle a encore de beaux restes, même si les artistes et les penseurs commencent à faire montre d'une sacrée baisse de niveau. Phénomène très récent, d'ailleurs.

Quant à la « civilisation » - j'insiste sur la différence d'avec la notion de « culture » – de facture occidentale, elle a déjà réussi la globalisation avec tous les gadgets et les contenus mercantiles qu'elle fourgue partout dans le monde, à la manière de la pacotille que l'on offrait aux « primitifs » pour leur soutirer les matières précieuses.

En tout cas, merci encore pour vos interventions critiques. Il n'y a que de cette manière-là que l'on peut avancer un brin.

PS. - J'oublie d'insister - un peu lourdement peut-être - sur les préoccupations matérielles qui motivent les gens avant tout et qui sont bien souvent occultées par le genre de considérations dont nous discutons ici. La stratégie du bouc émissaire - ou de l'ennemi, intérieur ou bien extérieur - continue de fonctionner à merveille pour masquer des intérêts purement économiques.

Écrit par : sk | 03/06/2014
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Bonjour SK,

Juste quelques mots car je manque de temps.

Il et possible que Hannibal soit handicapé par la couleur de sa peau. Mais il le sera d'autant plus que lui-même en fera un trait majeur de son identité. Or c'est quelque chose qui existe et est même encouragé, cette volonté de se distinguer par son origine ethnique. On pourrait étendre ça à religieux et d'autres traits culturels. Je pense toujours avec horreur au fait qu'une association puisse s'appeler le CRAN. Imaginez le CRAB! Ben non ça on n'imagine pas.
Mais là on tombe dans les problèmes d'intégration.

Je connais assez bien l'Allemagne pour y avoir vécu moi-même. Je suis aussi germanophone, pas de votre niveau sans doute, mais d'un assez bon niveau pour avoir pu m'intégrer en milieu allemand. Et j'ai effectivement pu mesurer le travail effectué par ce peuple en regard de son passé et des crimes commis.
Reste que ça n'a rien à voir avec la colonisation qu'on ne peu associer à une génocide et dont le caractère continu dans l'histoire et transcendant les civilisations l'éloignent de ce tragique événement de l'histoire. On pourra, et ce fut tenté au plus haut niveau politique chez nous, parler d'aspects positifs de la colonisation, par contre je ne pense pas qu'on s'aventure à parler des effets positifs du nazisme.
Mais je ne voudrais pas m'étendre, faite de temps, sur le sujet, mais je voudrais juste vous poser une question : que signifie pour vous faire amende honorable?
A ce titre pensez-vous que les enfants de communistes, nés après 1990 doivent faire amende honorable, tandis que leurs parents ne l'ont pas fait?
Personnellement je suis contre toute repentance, surtout collective, dès lors que ceux qui sont inviter à s'y plier n'ont rien à voir avec les faits commis et qu'on leur reproche. Même Staline disait que les enfants ne sont pas coupables de crimes de leurs pères. Ce qui ne l'empêchait pas souvent de les éliminer également.
Par contre comprendre me parait bien plus important. A condition que l'enseignement, la pédagogie ne soient pas une leçon de morale.

Écrit par : Vlad | 03/06/2014
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Bonjour Vlad,

"faire amende honorable" dans ce contexte, je dirais que c'est reconnaître ses erreurs, non pas se flageller sur la place publique. En impliquant les jeunes gens - bien sûr non responsables des crimes de leurs ancêtres - on travaille du côté de la compréhension, comme vous l'écrivez aussi, de la réflexion avec cette fin idéale - je partage votre pessimisme : elle risque de ne jamais être atteinte ! - que les faits incriminés ne se reproduisent pas, à la manière de cette "compulsion de répétition" ("Wiederholungszwang") chère aux psychiatres.

Si, comme vous dites, le colonialisme "transcende les civilisations" (*), il est tout aussi vrai que les instincts guerriers, agressifs, territoriaux et d'autres "pulsions animales" habitent dans les "profondeurs inconscientes de l'âme" (l'expression est de Kant, cité, 1781/7, qui l'applique cependant à "l'imagination productive") : si la prise de conscience de notre "nature profonde" est loin d'être suffisante, si le vernis civilisationnel s'effrite très vite dans les situations extrêmes, faut-il pour autant abandonner la partie ?

Ce serait la question que je vous poserais à mon tour.

(*) Je dirais que dans la nature de toute civilisation, il y a la volonté de soumettre d'autres peuples, de conquérir des territoires. Elle y parvient pour la plupart au moyen d'une supériorité technologique et sans doute aussi idéologique. - Au contraire, une culture tient avant tout à sa symbolisation plutôt unique, "originale" du monde, notamment dans et par le langage. Comme traducteur, je sais que les éléments culturels d'un texte sont très difficiles, voire impossibles à traduire : cela tient à l'unicité de certaines expressions qui transportent sans le verbaliser un contexte bien précis qu'il faudrait détailler pour faire comprendre l'ensemble. Ainsi, l'humour est carrément intraduisible : si vous devez expliquer une vanne qui se rapporte bien souvent à un "contexte culturel", vous lui enlevez toute sa saveur. Sans parler des double, triple sens des mots qui ne correspondent à rien dans une autre langue, révélant ainsi la spécificité d'une "pensée collective" qui mérite bien l'appellation de culture...

PS. - J'ajouterais encore dans ce contexte que "L'Occident chrétien" est né des cendres de l'Empire romain, placé sous le signe de la figure divinisée de Caesar, mais polythéiste, où l'on pouvait - dans certaines conditions et en affrontant nombre de difficultés - devenir "citoyen romain". - La Révolution Française et les idées de démocratie, de Nation. de laïcité, des Droits de l'Homme ont chamboulé pas mal de choses dans cet Occident chrétien. Et il semble que nous sommes loin d'être sortis de l'auberge...

Écrit par : sk | 03/06/2014
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Vous employez l'expression "reconnaitre ses erreurs". Si nous ne sommes pas encore dans la flagellation, on s'en approche parce que j'imagine que par erreur vous ciblez davantage des comportements que des erreurs stratégiques, commerciales ou financières par exemple.
Quand Bugeaud intervient en Algérie, c'est quasiment contre sa volonté. Il est opposé à la colonisation de ce pays parce que les moyens humains et financiers qu'elle exigeait étaient bien trop élevés. En outre, il disait que seule la violence pourrait permettre de garder cette colonie dans le giron de la France du fait de la haine des autochtones. Il ne s'était guère trompé ou même pas du tout. Reste qu'en tant que militaire obéissant et efficace il a été un artisan majeur de la conquête selon des méthodes particulièrement brutales. Je cite cet exemple de Bugeaud pour démontrer la complexité d'un problème. Bugeaud le colonisateur est opposé à la colonisation. En outre il comprend que celle-ci ne sera possible dans la durée que par la violence et le fait savoir. Comment doit-on le juger? Un homme bien parce qu'opposé à la colonisation, un salaud parce qu'il en est la bras armé, un homme lucide parce qu'il prévoit finalement un conflit plus ou moins permanent et un conflit doit bien cesser un jour; or sauf à supprimer tous les indigènes il est clair que finalement nous partirons tôt ou tard? Et ce départ est d'autant plus inéluctable que les colonisés sont considérés comme inférieurs, comme non civilisés.
Mais de ce dernier point on peut aussi discuter. On peut se poser la question sur quelle est la moins pire des colonisations : celle des Arabes qui colonisent bien plus tôt la même région et réduisent les identités locales par une islamisation forcée ou bien celle des occidentaux qui, malgré des tentatives de christianisation, maintiennent l'autre à distance en lui refusant l'égalité? Je te contrains à devenir moi, ou jamais tu ne deviendras moi?
Après on pourrait disserter, mais je vous épargnerai ça, sur les apports, j'ajoute éventuels pour vous faire plaisir, de la colonisation, juste histoire de ne pas se faire recouvrir la tête de cendres ceux qui en furent les témoins et les acteurs.
En fait ce que je veux vous signifier, mais vous n'êtes pas en cause car j'imagine bien que vous dépassez ce simple cadre binaire et réducteur, c'est que la question coloniale, comme celle de l'esclavage aussi, mais la liste n'est pas exhaustive , est suffisamment complexe pour ne pas se contenter d'en dire, c'est bien ou c'est pas bien. Mais c'est hélas le discours qui prédomine, comme nous l'ont prouvé ces débats qui n'en étaient pas sur "les apports positifs de la colonisation" à l'époque de Chirac. C'est notre drame actuel d'être incapables de débattre sur un fait historique sans l'observer sous un prisme moral. Même l'enseignement de l'histoire dans nos écoles souffre de ça.

Je vous rejoins totalement sur le constat que vous faites de cette capacité de l'homme de gommer totalement son vernis civilisationnel pour n'être plus que l'objet de ses pulsions. Nous ne manquons pas de témoignages sur ce sujet notamment à l'occasion du centenaire de la première guerre mondiale. Est-ce que le savoir peut permettre de maitriser cela, d'empêcher le basculement ou e retarder dès lors que les éléments déclencheurs sont là. Même les variables interindividuelles semblent assez minces dans cette manifestation du pire. C'est donc sur les déclencheurs qu'il faut agir pour les empêcher. Et j'en reviens à ce que je disais dans un précédent commentaire : il faut rester lucide sur l'état de conflit qui régit le monde et plutôt que le nier ou le refuser ou encore de croire qu'il peut cesser, tenter de le maitriser.

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Bonsoir Vlad, ma réponse vient d'être rejetée. J'abandonne pour aujourd'hui....

Écrit par : Vlad / sk | 03/06/2014
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Cher SK,

Après un petit temps de recul par rapport à notre blogosphère (qui me déprime tellement souvent), je voulais revenir sur votre note à propos d'un détail dans un de vos paragraphes, non pour le contester mais pour le nuancer, sans doute longuement. Mais voilà, - et je trouve cela fort bien - vous retravaillez vos notes et ce passage me semble avoir été retiré par vous.
Vous et moi serons sans doute bien d'accord que penser est tâche difficile, et qu'elle exige d'être capable de penser contre soi-même parfois. C'est ainsi que j'imagine que vous avez dû retirer le seul passage qui m'avait chiffonnée dans votre note.
Je ne souhaite pas reproduire ce passage puisque vous l'avez précisément retiré (il y était question d'un possible accident fascisme en Allemagne), mais vous partager seulement mon intime conviction que l'idéologie nationaliste, avec ou sans Hitler, ne me paraît pas pouvoir se "comprendre" uniquement sur base par exemple du seul Traité profondément inique de Versailles. Non, la tendance fasciste me paraît une donne à envisager dans toutes sortes de circonstances, et surtout quand le taux de chômage atteint un seuil critique.
Nous n'en sommes pas encore tout à fait là en Europe aujourd'hui, mais hélas on s'en rapproche. Notre vigilance se doit donc d'être forte.

Notre Occident a cru jusqu'à la veille de la première Guerre Mondiale, que la civilisation constituait le meilleur barrage contre la barbarie, mais en fait nous sommes ainsi entrés dans des guerres inouïes, avec une efficacité technologique et industrielle (particulièrement en 40-45) à tuer à une échelle monstrueuse. Et surtout, nous avons ainsi fini l'ère des guerres militaires, entre armées, et qui ne touchaient qu'en dégâts collatéraux raisonnables les populations civiles. Le basculement des proportions entre victimes militaires et civiles dans les guerres "modernes" du 20 ème siècle est terriblement criant. Je me demande parfois si un tabou de plus n'est pas tombé alors, et si le "tu ne tueras point" levé exceptionnellement par des armées en guerre et entre soldats seulement, n'a pas en quelque sorte facilité la voie terroriste, et qui presque par définition, s'en prend à d'innocents civils...

Pardon, j'ai brouillonné une réflexion comme on le fait parfois, à une table d'amis, en fin de soirée. je veux dire que ma petite réflexion ne prétend évidemment à aucun statut d'étude, ni bien sûr à celui, impossible, de vérité.

Amicalement.

Écrit par : plumeplume | 10/06/2014
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"sans les « réparations » de Versailles et les « crises » de 1923, puis de 1929, il n'y aurait peut-être jamais eu de fascisme en Allemagne." --- Cette phrase est restée... c'est vrai que je retravaille mes notes, surtout après la mise en ligne, parfois plusieurs heures durant, mais ensuite il me semble que je ne change plus rien, surtout lorsqu'il y a des commentaires...

Cette phrase est surement discutable, mais ce sont surtout des considérations économiques (6 millions de chômeurs, État en faillite) qui ont précipité les électeurs dans les bras du NSDAP. Il faut étudier en profondeur les résultats des élections de Weimar (notamment de 1930 à nov. 1932) pour comprendre comment un pays qui a connu la Révolution de 1918 (cause partielle de la fin de la Première guerre mondiale) et un Président socialiste (F. Ebert, 1919-1925) pouvait basculer ainsi (aux Présidentielles de 1932, A.H. obtient 30,2% au premier, 36,7% au second tour, c'est beaucoup, mais loin de l'unanimité).

Mais je comprends bien votre intervention et loin de moi l'idée de justifier quoi que ce soit dans cette funeste histoire...

A bientôt

Écrit par : sk | 10/06/2014
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