jeudi 5 juin 2014

Dans la tourmente

En vrac



On parle d'une Europe politique à construire. Il faut sans doute, n'en déplaise aux nationalistes, commencer par déconstruire les nations européennes, ou plutôt : renforcer le pouvoir des régions, les échanges inter-régionaux par delà les frontières nationales, supprimer certains ministères nationaux comme les coûteuses Affaires Étrangères qui entretiennent 28 ambassades européennes dans chaque capitale du monde - et 27 représentations des États membres dans chaque pays d'Europe ! - sans compter un nombre plus important encore de consulats et de résidences diplomatiques...


Pendant ce temps, le gouvernement français réduit le nombre des régions. Va-t-il également réduire le centralisme dont le couronnement est ce régime présidentiel où un seul homme gouverne tout un pays ? - Paris et le désert français  : la longue litanie des Parisiens de Province, des Provinciaux de Paris, comme dirait le poète.


Paris ne revendique-t-il pas le rang de capitale mondiale des Arts, alors que la ville est devenue un haut-lieu du tourisme et de la muséalisation (*) ? Or, si on veut de la créativité, il faudrait des ateliers, des logements à prix modique pour les artistes en devenir, en lieu et place des appartements de vacances !


Soit redit en passant : l'Europe doit parler une seule et même langue. Concession à la Grande Nation : je répète ma préférence pour le français, l'allemand n'étant pas assez parlé, l'anglais et l'espagnol déjà pris, et puis ce candidat n'a-t-il pas une longue expérience, philosophique, diplomatique, olympique et même postale ?


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Je sais, tout cela est un peu décousu, mais je suis dans la tourmente : peut-être que je prends mon cas pour une généralité mais j'ai l'impression que le monde entier est dans la tourmente. Comme pour se venger de ce que l'on ait proclamé sa fin, l'Histoire ne cesse de se rappeler à nos plus mauvais souvenirs !


Ce n'est pas seulement la « crise » qui frise la quarantaine. Les religions, les querelles théologico-politiques qui ont empoisonné ces deux derniers millénaires, reviennent au galop : trois monothéismes se disputent la faveur d'un seul Dieu, et même les athéistes sont sommés de choisir leur camp !


Je crois que la démilitarisation du globe est définitivement programmée pour la fin du monde. Avec la collaboration lucrative de l'industrie de l'armement, la planète est un stand de tir permanent. Et on se dispute les richesses naturelles, on détruit au passage des biotopes entiers, des espèces animales et végétales disparaissent irrémédiablement tous les jours. L'hégémonie de la version « civilisée » de l'espèce humaine commence à être ingérable pour la planète, mais bon : qu'est donc le pouvoir d'une pauvre petite planète bleue face au génie humain autoproclamé « maître et possesseur de la Nature » (Descartes 1637) ?


J'ai lu un jour : « Il ne faut croire au pire que lorsque le pire est arrivé. » C'est ce que je suggère d'inscrire sur la sépulture de l'Homme si tant est que ses improbables successeurs sachent encore lire et écrire.



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(*) Le mot existe bel et bien : « muséaliser » les choses, c'est les enfermer dans un musée. La tendance de notre époque à la « muséalisation » sert d'argument dans la théorie de la fin de l'histoire.




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Commentaires des blogueurs/gueses de l'Obs


bonsoir, je suis dans la tourmente aussi et cette Europe performante, politique, capable de cesser de faire du nombrilisme autour d'un ersatz démocratique, 700 et plus pingouins autour de la banquise qu'est la commission, et se mêler des hécatombes pour vraiment les faire cesser, cette Europe est mort née
elle ne prend pas sa mesure de locomotive et d'arbitre bienveillant, les lumières me direz vous ont eu des envolées néfastes, là nous sommes dans le repli depuis la fin coloniale!

je n'ai pas la solution, sauf qu'à vous lire, me suis sentie apatride, il faut en tenir compte sk, je suis un échantillon de cette populace chère à Voltaire, sans elle que faire? sans son accord

l'Europe sécrète elle même son venin intérieur et ne sait pas se prémunir se faire valoir parce qu'en son sein s'érige toujours cette emblêmatique tour de Babel

Écrit par : PARKER | 06/06/2014

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Votre rejet de la nation sera peut-être considéré avec bienveillance par certains, pas moi bien sûr. Mais peut-être ce vœu est-il déjà en train de se réaliser. Il faudra encore un peu de temps, mais ça me semble bien parti. Chez nous du moins, et peut-être même en Europe occidentale avec des nuances. Mais la question que je me pose, c'est par quoi on remplace ça.

En vous lisant me vient l'image d'une Europe dont les structures ressembleraient un peu, vaguement peut-être, à ce que fut le Saint-Empire Romain Germanique, héritier diminué et boiteux de l'empire carolingien. A savoir donc un pouvoir mou, voire juste symbolique et un nombre important de petit royaumes, duchés, comté, etc.. En fait les régions désormais. Mais le Saint-Empire c'est un truc qui ne marche pas très bien et qui à force de ne pas être dirigé perd tout son sens, laissant la place à d'autres entités en conflit permanent, alliées un jour, ennemies le lendemain en fonction d'intérêts ponctuels.
Alors vous voyez, je préfère l'empire carolingien. Déjà il me parait plus apte à exaucer votre vœu d'une langue commune, chose qui me parait effectivement fondamentale pour qu'une vraie Europe politique puisse exister. Du mois c'est une des conditions de base pour que les habitants de l'Europe puissent se sentir européens autant ou davantage que français, allemands, roumains ou hongrois. Charlemagne c'était quand même un modèle séduisant: on ne peut lui attribuer de nationalité. Français? Allemand? Charles le Grand ou Karl der Grosse? En fait aucun des deux pays ne peut le revendiquer. Pas vraiment de capitale. La capitale se trouve là où est l'empereur, à Aix la Chapelle, à Vouziers ou ailleurs. Un millénaire plus tard, Napoléon se casse les dents sur les nations, disons pour rester dans la symbole à la bataille de Leipzig nommée bataille des Nations; C'est déjà trop tard pour espérer fonder l'Europe. Le drame de l'Europe serait-il le traité de Verdun de 843?

Alors est-ce que casser l'idée de nation peut aider à fonder une Europe. Une Europe qui n'en serait pas une non plus de nation, parce que la nation c'est pas bien, mais juste un agrégat de régions. Mais quelles régions. En France il y a deux types de régions : celles purement administratives et celles aussi historiques, même si la révolution dans sa volonté de promouvoir la centralisation a bien tenté de les casser en modifiant les limites des anciennes provinces. Du coup on a quelques régions amputées. Mais pour l'essentiel on a des trucs administratifs sans grande âme. Peut-on se sentir "pacaïen" ou bientôt "champenois-ardennais-picard". Bof. Tout ça risque de devenir bien abstrait, ennuyeux et technocratique, réduisant l'individu au rôle de consommateur en général et de défenseur de ses petits intérêts en particulier, notamment quand on lui permettra de s'exprimer dans les urnes. Ce sera peut-être d'ailleurs juste le simulacre de la démocratie puisque nos élites, de gauche, de droite, technocratiques n'ont de cesse de nous démontrer depuis des années qu'elles savent bien mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Et ensuite on s'étonne qu'il se rebiffe en votant "mal".

Moi, l'Europe je n'y crois pas. Ou plutôt je n'y crois plus. Disons que son évolution m'a fortement déplu. J'y vois juste une prise de contrôle par une oligarchie qui est parvenue par des dispositifs institutionnels à priver les peuples de l'Europe de toute influence sur leur avenir. Ils n'ont même plus ce choix entre la nation et un truc plus ou moins fédéral. Ils iront là où on leur dira d'aller. Certains y trouvent un intérêt immédiat puisque l'Europe les a sortis de leur misère. D'autres deviennent plus rétifs. Mais la peur de l'inconnu, de perdre encore davantage les empêche d'aller trop loin dans leur contestation du système. Certains votent FN en espérant que ce parti n'arrive pas au pouvoir (quelle contradiction entre ce vote et des électeurs qui en majorité ne veulent pas sortir de l'euro!).

Vous mettez en cause la nation dans la non-réalisation de l'Europe politique. Mais on la remplace par quoi? Quel est le projet politique européen? Quel est le projet européen simplement? Qu'est-ce qui est capable de fédérer des peuples si différents? Je crois qu'il faut d'abord répondre à ces questions. Les réponses apportées actuellement, mais sont-ce des réponses?, deviennent de vraies promotrices de l'idée nationale. C'est donc de ce côté qu'il fait opérer si vous voulez voir vos vœux se réaliser un jour. Séduisez les peuples et autrement que par le pouvoir d'achat et des normes à n'en plus finir. Ça peut marcher un moment mais pas davantage.
Moi j'ai cessé d'y croire.

Écrit par : Vlad | 06/06/2014

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Je prendrai le temps de revenir plus en détail ce soir (demain pour vous) sur vos développements très intéressants, notamment la comparaison de l'Europe avec le St. Empire et la réflexion sur Charlemagne. - Votre question : "Par quoi remplacer la (les 28) nation(s)" est de la plus haute importance. Mais j'anticipe déjà : je n'ai pas la réponse !

__________________________22h_____________

Un peu plus en détail donc.

Comme vous savez « l'idée de Nation » est dès le départ très ambiguë : idée d'abord généreuse, appelée à être portée chez tous les peuples, « idéalement » destinés à la « liberté », au fond une idée « inter-nationale » et, presque dans le même temps, un courant de repli sur soi et finalement le conflit permanent avec les autres nations, considérées dès lors comme « ennemies ». Comme le dit talweg plus bas, cette seconde acception du concept et surtout sa mise en œuvre avec les paroxysmes que l'on connaît a été un puissant vecteur de guerres, notamment entre les enfants de Charlemagne que vous citez, depuis les manigances de Bismarck en 1870 (« Dépêche d'Ems »), l'esprit revanchard de 1914 et enfin l'apocalypse de 1939.

Vous mentionnez la « bataille des nations », « Völkerschlacht » en allemand, erreur de traduction donc (d'un côté ou de l'autre, peu importe, c'est la confusion qui est révélatrice) puisque « Volk » veut bien dire « peuple ».

C'est ici que les lumières d'un historien spécialiste de cette époque (1789-1815, notamment) seraient requises pour expliciter le sens de ces trois termes parfois amalgamés, mais certainement pas synonymes : Peuple, Nation, État.

Je partage votre admiration pour Carolus Magnus, et peut-être pourrions-nous tomber d'accord sur le caractère artificiel des nations française et allemande, ou en tout cas sur l'artifice de leur rivalité chronique en se demandant à qui le crime profite.

L'idée de comparer l'Europe actuelle à la « coquille vide » du St. Empire est intéressante. Il faudrait la creuser, je n'ai pas assez de compétences pour le faire...

L'Europe des régions. Il faudrait évidemment un pouvoir politique fédéral qui, aujourd'hui, brille par son absence. Remarque très juste sur le caractère artificiel (bis) d'un grand nombre de « régions » ou encore l'omniprésence de ce que l'historien Hobsbawm a appelé « Invention of Tradition », comme on peut le voir en pays d'Oc avec la résurrection impossible de feu les Cathares ou des Celtes en Bretagne. Cela me fait un peu penser au réchauffement d'un archaïsme religieux propre à toute idéologie fondamentaliste, alors que les Lumières arabes, Cordoue, la Renaissance sont passés par là. L'horreur absolue en la matière fut atteinte avec ces mythes germaniques que l'on essayait de rattacher à l'époque moderne « sans solution de continuité ». Tout cela c'est du bricolage idéologique aux conséquences meurtrières.

Les questions restent donc posées, nous, grains de sable, ne les résoudrons pas et quand bien même nous aurions la bonne réponse : serait-elle entendue ou même audible ?

Je dois interrompre là.

Écrit par : sk | 06/06/2014

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Bonjour Parker et Vlad,

ne prenez pas ces petits textes trop au sérieux (je suis néanmoins touché que vous sembliez le faire) : ils expriment davantage un état d'esprit qu'une argumentation fondée.

Cependant je dois reconnaître que je ne suis pas un grand fan de la nation en général. Malheureusement le cadre présent ne me permet pas d'exposer ces fameuses raisons dites "personnelles" qui sont à l'origine de ce point de vue certainement influencé par mon histoire familiale, c'est-à-dire les histoires de ceux qui ont connu les champs de bataille européens. Et pour ces mêmes raisons, je reste un Européen convaincu, certes tendance idéaliste incorrigible.

Je constate comme vous les réalités européennes, et les déplore sans doute autant. Ce qui me fait encore espérer, c'est que les bases de l'Europe politique sont à portée de main et qu'il faut maintenant une nouvelle génération de citoyens pour s'en saisir. Je ne dis pas "politiciens" mais bien "citoyens". C'est l'idéaliste qui parle : je rêve que les jeunes gens sillonnent l'Europe, où ils sont partout chez eux, qu'un sentiment d'appartenance commune finisse par se créer, dont découlera une véritable volonté politique.

Je dois m'arrêter là et ne reviendrai en ligne que tard ce soir.

Écrit par : sk | 06/06/2014

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Hello sk,
permettez un avis en vrac aussi et un peu "extérieur":
Les nationalismes sont des facteurs de guerre, depuis le XIXème siècle, les chocs frontaux des nations jeunes et vieilles de l'Europe ont payé le prix.
Votre "rêve d'Europe" est la réponse plausible à ces nationalismes, avec des régions cohérentes (si possible) qui coopéreraient entre elles à un destin commun fondé sur l'héritage des Lumières.
Sur le papier, je vois très bien, ce modèle de grande fédération respectueux des identités régionales mais apte à les transcender . Dans le réel, je vois exactement l'inverse se dessiner: réactivation des identités nationales, repli, concurrence de leadership et méfiance réciproque ; je ne le vois pas que chez les extrêmes.
Je partage avec vous ce sentiment transnational, car on a bien vu (d'où mon introduction) où conduisaient et conduisent les concepts identitaires.
Cette Europe n'a jamais existé, pas plus le Saint Empire qu'autre chose n'ont formé une entité réelle, jamais. Et l'Europe actuelle est surtout celle de l'économie mais pas des peuples, si peu. Trop peu.
Pourtant, quand on a pu voyager, comme j'ai fait, on mesure combien c'est dommage: tous ces points communs et si peu de volonté; une culture qui fait qu'on reconnaît si bien un européen d'un américain , ces références communes: la notion de romanité, celle de "moyen âge" avec ses architectures, ses structures sociales et politiques (féodalité), le même héritage de la renaissance visible partout, et puis le tissu urbain moderne combiné à la préservation sur de vastes milieux de pays ruraux, les racines linguistiques saxonnes, germaniques et latines, croisées, le concept politique de "cité", de "bien commun", ............la liste est très longue des points qui vous font vous ressembler.

Oui mais voilà: l'héritage des mouvements nationaux, leur fierté, les peuples libérés par eux, ce sont des facteurs inverses qui lient les concepts de valeurs nationales à ceux d'acquis sociaux et politiques (le modèle français, le modèle danois, le modèle allemand...). Le XIXème siècle a ancré l'idée qu'il y a un lien entre nation et progrès dans chacun des pays. Lâcher la nation, c'est comme lâcher les valeurs "nationales", que peu de gens imaginent solubles dans un vaste ensemble.
Ce lien entre nation et acquis spécifiques (on le croit en tout cas) est encore plus fort que le lien entre nation et potentiel conflictuel, tel est ce que je constate.

Voilà, en vrac.

Écrit par : talweg | 06/06/2014

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talweg for president !

Oui, le mot est juste : dommage !

Je crois, pour compléter les quelques bribes à Vlad, que l'Europe porte lourdement les conflits centenaires qui l'ont traversée. - Je suis un peu obsédé par cette guerre de Trente Ans (1618-1648) qui est sans doute l'une des catastrophes "originaires" du continent avec ses innombrables victimes civiles, notamment sur le territoire de la future Allemagne, mortes pour rien, vraiment rien.

Et puis l'autre catastrophe : la Première guerre mondiale où de braves types, chauffés par les discours haineux des idéologues, croyaient défendre une patrie en danger dans une guerre traditionnelle, et se voyaient confrontés à l'horreur absolue de la première guerre industrielle de l'histoire...

Difficile aussi de porter l'héritage du fascisme européen (d'abord allemand bien sûr)...

Pour ces seules raisons, j'estime que l'Europe comme territoire pacifié est une bonne chose comme c'est une bonne chose pour les citoyens européens (in spe) de pouvoir s'établir un peu partout sur le continent...

Le reste, j'en conviens, est un sacré sac de nœuds.

Au plaisir de vous lire, talweg (si vous cherchez un second pseudo, je suggère gratwanderer)

Écrit par : sk | 06/06/2014

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Salut SK !
Les sanglots longs des violons... c'est ce qui a dominé ce vendredi 6 juin 2014 (à quoi, loin dans le pays répondait "Ami entends-tu...").

L'occasion de clarifier un truc : nationalisme/patriotisme. La Nation doit exalter ce dernier, mais surtout pas le nationalisme. D'ailleurs notre pays recouvre bien des nationalismes réels et/ou potentiels, outre-mer, en corse et dans l'hexagone. La Nation serait bien embarrassée d'avoir à dire adieu à la Bretagne, au Pays basque, aux Savoies et à Nice, à l'Alsace... Ce qui me conduit à un autre point de votre post : le centralisme, le jacobinisme.

Vous écrivez " Va-t-il également réduire le centralisme dont le couronnement est ce régime présidentiel où un seul homme gouverne tout un pays ? "

La Révolution française a poursuivi le dessein national de la monarchie mais avec des citoyens et non plus des sujets : une Patrie, une Nation, un État. Elle a établi neuf dizaines de "préfectures" déconcentrant ainsi l'Administration étatique. Je ne vais pas revenir sur Jacobins, Montagnards et Girondins sinon pour en arriver à l'après 1981 où la République entame sa décentralisation et la régionalisation... tout en gardant au pouvoir central, à l'exécutif, la conduite des affaires intérieures et extérieures, la sécurité, l'ordre, la santé publique, l'instruction publique, etc. Je n'ai pas inclus le pouvoir de battre monnaie puisque là, effectivement, nous nous sommes départis de ce pouvoir au bénéfice de la BCE et d'une gouvernance de "zone euro" (au sein de l'UE).

Régionalisation imparfaite, délégation aux Régions de pouvoirs et de moyens financiers insuffisants pour rivaliser avec bien d'autres régions européennes (lander, provinces, etc). Mais centralisme suffisant, avec tout l'héritage social du CNR et de 1945 qui nous ont permis de bien mieux amortir la crise de 2008-2009 (et encore aujourd'hui) que d'autres pays en difficulté en Europe.

L'instauration du quinquennat a visiblement renforcé la "présence" (voire l'omnipotence) du Chef de l'État, lequel est en outre presque tout le temps en "campagne". On (Jospin) a adossé le législatif à l'exécutif en faisant suivre la présidentielle par les législatives (Vlad me l'avait d'ailleurs fait remarquer en 2012) et ce que vous reprochez au "centralisme" tient plus de cette modification institutionnelle que du seul jacobinisme.

Écrit par : BL | 07/06/2014

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Salut à vous, BL !

Je ne reproche pas, l'idée suit celle de la "déconstruction" des nations (qui ne veut pas forcément dire leur suppression, je ne crois d'ailleurs pas que ce soit possible)...

L'Éducation Nationale par exemple est éminemment centralisée, ce n'est pas une bonne chose : même si les diplômes doivent être harmonisés (il faut bien qu'avec un bac français je puisse intégrer n'importe quelle université européenne, dans la limite des places disponibles bien sûr, le numerus clausus étant pratiqué par endroits), on ne peut pas pour autant imposer une décennie de banc d'école suivant des normes abstraites et des Instructions Officielles rédigées par quelques didacticiens à Paris, loin des besoins et préoccupations régionales. Il s'agit d'enfants tout de même, pas de petits robots...

D'autres exemples : il y a eu trois référendums initiés par la ville de Berlin et une décision supplémentaire prise d'autorité par le Sénat. Le premier concernait la "remunicipalisation" (déprivatisation) de l'eau. Il fallait 25% de votes positifs sur la totalité des inscrits. Ce fut le cas, l'eau est á nouveau gérée par la ville de Berlin. Le second concernait l'électricité: avec 24,1% il manquait 21.000 voix, l'électricité reste donc (pour le moment) aux mains de compagnies privées (notamment Vattenfall). Le troisième, très récent, concernait le très grand espace de l'ancien aéroport de Tempelhof : une grande majorité a voté contre le projet du Sénat d'y construire des immeubles d'habitation, l'endroit reste donc ce grand espace libre pour les loisirs, très affectionné des habitants. Enfin, la décision du Sénat concernait l'interdiction de louer des logements comme appartements de vacances, ce qui a pour effet positif d'agrandir le parc de logements pour les habitants et donc de lutter efficacement conte la hausse des loyers.

De telles décisions peuvent-elles être prises à un niveau régional en France ? - Je pose la question, je n'ai pas la réponse...

Pour le régime présidentiel, et le mode de scrutin qui s'y rapporte : je rappelle la catastrophe de 2002 où les 82% de M. Chirac ne sont dépassés que par Bachar al-Assad ou le général Sissi. Il est évident qu'avec le score actuel du FN, on commence à magouiller (et à baliser) dur pour 2017. - Mais où est la volonté des citoyens ?

Quand on critique cette 5e République en France, l'argument massue est le chaos de la 4e, comme s'il n'y avait que cette alternative : au pays de Fermat et de Poincaré, il est pourtant impensable que l'on ne sache compter jusqu'à six...

Meilleures pensées,

Écrit par : sk | 07/06/2014

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les landers sont compétents, sk, je crois, pas nos régioneux qui inventent l'eau tiède chaque jour et ne savent même pas décider le destin d'un pot de yaourt vide sans que celà ne déclenche des émeutes en réunions innombrables et moi en bas, avec mon pot de yaourt je demande et j'exige qu'il en soit décidé une bonne fois pour toutes au sommet central

je vous le fais en région, en département en communauté d'aglo, en métropole je sais pas c'est nouveau

nous avons un découpage typiquement français, courtelinesque mais je doute que le fédéralisme inter régional UE nous porte secours il faut d'abord ranger nos billes et en plus il me semble que la seule chose efficace que nous ayons est le département qui tourne autour de sa préfecture
revenez dans plusieurs siècles l'UE moderne que vous nous proposez ne ferait que nous chambouler

je suis réac, je sais, mais je commence à me méfier des incompétences élues je serai plus à l'aise quand en central on jouera un vrai arbitrage européen

Écrit par : PARKER | 07/06/2014

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Je ne vous ressens pas comme "réac", je trouve que vous avez une manière peu conformiste, qui ne permet pas vraiment de vous ranger dans un tiroir. Que vos opinions politiques tendent vers telle "famille" plutôt que vers telle autre, cela n'enlève rien à la valeur de certaines de vos interventions (il m'arrive également de lire votre "anti-blog")...

Je ne sais pas si vous vous rappelez : à un moment, j'ai taxé un de vos coms de surréaliste, vous n'avez pas été enchantée, alors que je vous faisais une sorte de compliment (j'apprécie beaucoup ce courant artistique, tout comme le dadaïsme)...

Quand je parlais de régionalisation, je pensais au genre d'exemples que j'ai donnés à BL. L'interdiction des appartements de vacances ferait beaucoup de bien à la ville de Paris. J'en parle dans la note : si pour accéder à un logement décent, on vous demande des fiches de paye de 3000 ou 4000 €, comment voulez-vous ouvrir une ville à la créativité ou à l'artisanat et d'autres professions qui réclament une phase de démarrage peu lucrative, pour ne pas limiter l'argument à ceux que le citoyen "normal" considère comme des oisifs, des profiteurs ou que sais-je encore...

Je n'en suis pas sûr (d'où ma question à BL) mais je crains qu'une telle décision (qui serait préjudiciable pour d'autres villes) ne puisse s'appliquer qu'à un niveau national. Idem pour la plupart des décisions qui concernent l'Éducation Nationale, même si un effort est fait sur les langues régionales et sans doute aussi sur celles des pays "frontaliers" (!). Or, les concours du CAPES et de l'Agreg imposent toujours comme critère de sélection impitoyable une maîtrise parfaite du français pour les candidats à l'enseignement des langues vivantes. Et il faut voir le résultat : des profs de langue maternelle française qui sont de braves soldats passés par le moule de l'Éduc. Nat. et qui n'ont qu'un seul petit défaut, ils ne maîtrisent qu'imparfaitement la langue "étrangère" qu'ils enseignent...

Je pense que ce n'est pas mieux dans d'autres pays : ici l'Europe devrait pouvoir intervenir, dans le cadre d'échanges croissants d'enseignants. Et quoi de plus fascinant qu'un prof de LV qui non seulement vous apprend "sa" langue, mais vous parle des pays où elle est parlée, vous y amène en voyage de classe, vous montre des documents dont seul un natif peut avoir connaissance. Si, de plus, ce prof dispose d'une certaine autorité naturelle, je vous promets que même dans le 93 la classe reste calme, tout simplement parce qu'elle est intéressée par ce qui se passe en cours...

Mais bon : peut-être encore des spéculations de rêveur...

En écrivant ceci, je me rends compte qu'il y aurait tellement de trucs à dire, à échanger en ce qui concerne l'Europe et même - pourquoi pas ? - à propos de l'utopie, du rêve européens : il n'y a simplement aucune Agora pour nous rencontrer (tout est fermé pour cause d'inventaire)...

Bien à vous, PARKER

Écrit par : sk | 07/06/2014

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je suis abrupte , je vous sais gré de me répondre, toujours, et j'aime bien que vous passiez me lire dans mon bric à brac blog

vous envisagez du long terme, je reste campée dans un quotidien peu amène à nous lever la tête du guidon, intrinsèque à nos turpitudes propres, un exemple vibrant, le rail........

Écrit par : PARKER | 07/06/2014

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Bonjour SK,

Je reviens sur quelques point, en vrac aussi, comme y invite un sujet aussi vaste.

Tout d'abord la nation. Je rejoins BL quant à la distinction qu'il fait faire entre nationalisme et patriotisme. Je crois que nous manquons de vocabulaire pour distinguer deux formes deux nationalismes distincts. Le premier est un projet, une volonté de vivre ensemble (peu importe au nom de quoi, l'ethnie, la culture, les valeurs…) qui trouve sa réalisation dans la constitution d'un Etat. Le second est une maladie, une hypertrophie d'un "ego" collectif qui mène effectivement au conflit. Pour résumer, d'un côté un combat pour et de l'autre une combat contre. Vous me direz qu'il y a le combat dans les deux, mais ça ne signifie pas toujours conflit armé, même si l'histoire n'est pas avare de ces conflits au nom de la nation ou de son institutionnalisation en tant qu'Etat. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes devrait ou aurait dû dès lors qu'admis comme principe international empêcher cela. Sauf qu'il se heurte au principe de l'intangibilité des frontières, également principe international. Ce qui permet hypocritement de se référer à l'un ou à l'autre en fonction de ses propres intérêts, partis pris, haines, proximités… (Kosovo ou Crimée – ou la preuve que l'ONU ne sert à rien).
De fait a nation peut apparaitre soit comme le problème soit comme la solution; cela dépend commet on envisage les choses. Je pense que nier la nation (dans les sens d'entraver le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes) est davantage une source de conflits que le monde vu comme agrégat de nations. Il n'est pas question pour moi de faire l'apologie de la nation, mais juste de faire ce constat que à mesure que les Hommes s'affranchissent d'un principe supérieur (ça peut être par exemple la religion ou une idéologie comme le communisme), ils ont du mal à trouver un sens autre que la nation pour pouvoir vivre dans un ensemble commun administratif (Etat). En ce sens la nation est une réponse à l'effondrement des empires ou autres ensembles artificiels comme par exemple des fédérations (Yougoslavie par exemple). La Réforme, la sécularisation, la chute de communisme, le droit des vainqueurs, etc., au fil des siècles nous ont dessiné une carte de l'Europe dont la principale caractéristique est le morcellement. Pour aller de Saint-Pétersbourg en France en 1900 il n'y avait qu'un pays à traverser. Désormais il y en a 5. Et ce n'est pas fini car les frontières paraissent encore insatisfaisantes à beaucoup. En fait quand on regarde du côté de ce qu'on appelait les PECO, il n'y a guère que la Pologne qui semble épargnée du fait de l'épuration ethnique consécutive à la guerre.

Et voilà donc que vous mais bien d'autres tentent de nous construire une nouvelle entité à 28 aujourd'hui (combien demain?). L'idée peut paraitre séduisante, mais elle a les limites que lui impose la nation, pas en tant que construction politique concurrente, mais en tant que fait, en tant que réalité, quels que soient ses fondements, réels ou imaginaires, historiques ou mythifiés. Il 'y a ni peuple, ni nation européens. Il faut donc les créer. Mas on n'en a pas pris le chemin, bien un contraire. Alors que pourtant existent des éléments objectifs qui pourraient fonder ce sentiment d'appartenance commune. J'ai quand même un peu voyagé, mais en Europe je me suis toujours senti chez moi, malgré les différences de langue (même si par ailleurs la connaissance de l'allemand constitue souvent une aide –sauf en Pologne). Il y a quelque chose qui nous unit. Et d'emblée je pense à l'architecture (du moins à celle qui a résisté aux siècles et aux guerres)et en particulier aux cathédrales. Peut-être que ce qui nous unit c'est ça, nos racines chrétiennes et le corpus de valeurs associées dont la laïcité. Je précise pour qu'il n'y ait pas de malentendu que je n'émarge à aucune église ou confession. Et si on commençait par ça, en se fixant aussi des frontières une fois pour toutes. Mais ça l'Europe s'y refuse. Peur de rejeter peut-être? Peur d'exister sans doute ou du moins d'affirmer une identité qui lui soit propre. Et c'est ainsi que les quelques atouts dont dispose l'Europe pour exister en tant qu'entité politique (cad avec le soutien des peuples qui la composent) sont négligés, voire méprisés. Aucun espoir donc à attendre.

Écrit par : Vlad | 07/06/2014

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Je vais donner l'impression de faire du "hollandisme" et de rechercher la synthèse ou... le compromis. En fait Vlad réagit avec la sensibilité du présent et de l'immédiat avenir ; vous SK, vous êtes parti dans la construction de ce qui sera peut-être devenu une nation dans... euh... dans "un certain temps, long !

Je repense aux Bretons, ou aux Gascons, aux Bourguignons (j'entends par là aux sujets et aux vassaux du Duc de Bourgogne), avant eux aux tribus ou populations franques, avant : celtiques, etc, face à la constitution en quelque mille cinq cents ans d'une entité appelée france, Nation et encore État...

Ou à ce qui m'avait frappé lors de mon premier voyage aux USA il y a 29 ans, surtout dans le sud, de ce sentiment d'appartenance au sud, avec son histoire, sa guerre contre les Yankees, ses traditions, ses valeurs... et la Star Banner un peu partout avec un sentiment patriotique très fort et la fierté d'être "américain" (au sens étatsunien).

Il se peut que dans quatre ou cinq générations, il y ait un sentiment d'appartenance à une entité européenne (continentale, et occidentale), latins devenus les "méridionaux de l'Europe, scandinaves devenus les ch'tis de l'Europe, etc... Et ce sentiment d'appartenance, cet accord de vivre ensemble, cette délimitation de frontières maritimes au nord, à l'ouest et au sud, et d'existence à l'est d'une autre entité (tsariste ?) deviendront... une nation, la Nation.

Inimaginable aujourd'hui autrement que sur le papier.

Écrit par : BL | 07/06/2014

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Bonjour BL,

vous avez sans doute raison sur les deux perspectives respectives de SK et moi-même.
Mais à votre comparaison entre l'édification de la France qui fut effectivement très lente et s'acheva pour sa partie métropolitaine, me semble-t-il, par l'annexion (en fait le don fait par le tout jeune royaume d'Italie) de la Savoie et de Nice sous Napoléon III a cette limite que les peuples n'étaient pas vraiment dans le coup. On se battait, on se mariait aussi beaucoup entre familles régnantes, les liens de vassalité changeaient, le domaine royal s'agrandissait, mais sans que les peuples aient leur mot à dire et sans qu'ils aient souvent envie de le dire. Je crois que la première vraie grande révolte populaire, donc émanant du peuple (je laisse de côté les jacqueries de l'ancien régime) fut la révolte de l'ouest à l'époque révolutionnaire. Certes elle fut menée par des nobles mais qu'on était allé chercher chez eux pour être menés par eux.
On est désormais dans une autre perspective. On ne fera rien sans les peuples, même si on les néglige actuellement ou ne prend pas on compte ses vœux ou même ses rejets (cela expliquant aussi pour partie certains comportements électoraux). Il va bien falloir donc trouver quelque chose qui leur donne l'envie de se sentir européens.

Écrit par : Vlad | 07/06/2014

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D'accord avec vous, Vlad, sur le fait que ce ne peut se faire qu'avec, que par, les peuples... C'est d'ailleurs ce en quoi la construction actuelle de cette UE a dérapé et a des ratés (sérieux !). Mais cela implique bien que les peuples dépassent, ne serait-ce que par nécessité dans ce monde où quelques géants territoriaux, démographiques, économiques et... militaires vont constituer des pôles de gouvernance et de partage de la croissance, dépassent disais-je leur propre matrice Nation pour aller vers une nouvelle, l'Europe. Sous quelle forme ? C'est une autre affaire : fédéralisme par rapport aux États membres, confédération ou fédération des "Régions" d'Europe, autre cas de figure ?...

Écrit par : BL | 07/06/2014

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Ce que vous mentionnez en premier, Vlad, ce sont je crois les deux acceptions de l'idée de Nation, l'une issue de la Révolution Française et propagée en Europe par Napoléon, l'autre plus tardive et "réactionnaire" au sens qu'elle se constitue "en réaction à" l'ouverture et un certain "inter-nationalisme" de la première, c'est notamment le cas de la "nation" allemande qui comme vous savez s'est constituée dans l'affrontement avec la France (unir en désignant un ennemi commun) sans doute en partie justement en réaction aux guerres napoléoniennes. Beaucoup d'intellectuels et artistes (Beethoven) ont d'ailleurs commencé par admirer Napoléon et bien sûr l'élan de la Révolution pour ensuite maudire le "conquérant", le "dictateur" (Beethoven a déchiré sa dédicace de la 3e - "Eroica" - à Napoléon).

Vous mentionnez également le cas de la Yougoslavie dont le démantèlement a donné lieu à une guerre terrible. Je ne connais pas bien les anciennes républiques soviétiques, mais je crois que de ce côté-là aussi nous avons vu des situations de conflit assez inquiétantes, comme c'est encore le cas actuellement. D'ailleurs je vais vous étonner et, ne connaissant pas votre lien avec la Russie, ce n'est pas pour vous faire, ou non, plaisir, je l'ai toujours pensé : La Russie devrait faire partie de l'Europe, non seulement bien sûr pour des questions économiques mais également "culturelles" : que serait la littérature européenne sans Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Gogol, le théâtre sans Tchekhov, Stanislavski, le cinéma sans Eisenstein, Vertov, Tarkovski, la musique sans Tchaïkovski, Rachmaninov, Scriabine, Stravinsky etc. (*) - Le grand problème - vous ne me suivrez peut-être pas - c'est l'absence ou si vous préférez l'inexpérience de la démocratie : sans transition on passe du régime des Tsars à celui de la nomenclatura dite communiste, et ce n'est qu'avec l'étonnant Gorbatchov que ce territoire immense fait pour la première fois l'expérience d'une espèce de démocratie dont à vrai dire je n'entrave que bahnhof ! Vous vous en doutez surement : je n'ai pas une grande sympathie pour le dirigeant actuel, je trouve - vu de l'extérieur bien sûr - qu'il verrouille le pays, empêche d'autres courants de s'exprimer de façon équitable comme c'est le cas en France ou en Allemagne, s'accroche de façon outrancière (quasi-tsariste) au pouvoir. Mais vous allez peut-être en dire un mot...

Je poste maintenant vu l'heure ("+2") en saluant également BL

(*) La mention de ces noms prestigieux veut surtout souligner une appartenance indéniable des créateurs russes à ce qu'on peut en toute légitimité appeler "l'art européen"...

_________________________23h_______________

APARTÉ

J'ajoute : mon propre pessimisme ne concerne pas la construction européenne, qui se fera ou ne se fera pas. Cela dit : si l'Europe est « défaite », les conséquences risquent d'être funestes pour tous les « Européens », je crois que les gens responsables et quelque peu informés en ont pleinement conscience, c'est d'ailleurs ce qui motive souvent cette impression de « contrainte » ressentie par beaucoup de citoyens. Mon pessimisme toucherait plutôt à ce qui est vaguement abordé dans la deuxième partie de ma note (écrite spontanément comme la plupart) : après le siècle le plus meurtrier de l'histoire humaine, le dévoiement des idées de partage et de justice sociale par une caste bureaucratique qui pratiquait l'assassinat en masse, j'ai du mal à fonder quelque espoir dans une évolution positive de l'espèce humaine. Pour cette raison, je crois à la nécessité d'élaborer une « anthropologie critique », je n'en ai personnellement ni la compétence (qu'avec des études soutenues je pourrais peut-être encore acquérir) ni surtout la renommée, le « statut » qui seuls confèrent à une voix, et notamment à une étude critique, une certaine portée (aussi restreinte qu'elle puisse être par rapport à l'audience de la chorale – médiatiquement – établie).

Quelqu'un (je ne sais plus qui) a dit qu'il faudrait non seulement honorer ceux qui, au cours de l'histoire, ont réalisé des belles choses, mais aussi (et surtout) ceux qui ont empêché des événements néfastes, des catastrophes de se produire. Pour inférer qu'il serait temps d'accorder du crédit au « non-agir » (comme disent les bouddhistes zen). On peut ajouter qu'il faudrait que notre espèce se « reprenne », dans le double sens de s'amender et de restreindre ses champs d'activité. Mais bien sûr ce ne sont là que des pensées : avec la détestation actuelle des intellectuels, à laquelle la section médiatique de ceux-ci contribue prodigieusement, on peut partir du principe que ce genre de considérations – où malheureusement aucune réduction de complexité ne me semble possible pour satisfaire à la « vulgarisation » ambiante - resteront inaudibles, même relayées par des penseurs respectés. « Pas intéressé », ajoutera l'une de ces voix off omniprésentes, qui vous commentent tout aussi bien un match de foot qu'une scène de guerre « embedded » ou une télé-réalité !

J'ai donc cette conviction qui ne me lâche pas mais que je ne peux fonder sur aucun fait scientifiquement établi : à savoir que notre espèce pourrait être une « erreur de la Nature ». Que sa prolifération planétaire la fasse ressembler à ces animaux que les paysans appellent des « nuisibles » : je suppose que c'est aujourd'hui difficilement contestable. Mais qu'elle « extermine » non seulement ses semblables, mais toutes les espèces animales et végétales qui ne lui sont pas « utiles », sans toujours le vouloir sans doute, avec une persévérance et un succès pourtant étonnants : voilà qui ressemble tout de même à quelque chose comme une réalité tangible et pourtant largement ignorée par les apologistes du « génie humain ». A leur adresse : L'Homme est incontestablement l'être le plus intelligent de la planète. Malheureusement il est également le plus stupide !

Bonne nuit... Bonne journée...

Écrit par : sk | 07/06/2014

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L'Europe des régions, c'est la conjonction des intellectuels utopistes et des technocrates. Mais il se trouve que ce n'est pas dans la nature des peuples, et qu'on comprend que ceux-ci se méfient de cette Europe qui se construit dans leur dos. Ce n'est pas par hostilité à la détente et la coopération, mais par le constat qu'avec un aussi grand nombre de pays de niveau de développement, culture et intérêts aussi disparates, on ne peut aboutir qu'à un conglomérat hétérogène, où règnent le dumping et la concurrence dérégulée, et non pas la synergie organisée.
Ceci étant, la balkanisation de tout le continent qu'a mentionné Vlad a été poussée trop loin, il est dommage que les fédérations régionales aient éclaté. On a un nombre de langues qui dépasse le nombre d'états, et nul ne veut céder. Le français ne sera jamais langue unique européenne, probablement l'anglais le deviendra de facto, parce que ce sera la langue mondiale.

L'Europe n'a rien à voir avec les USA qui se sont fabriqués quasiment ex nihilo, et où la langue de ceux qui étaient le plus nombreux a été utilisée par tous.

Écrit par : nolats | 13/06/2014

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"intellectuels utopistes" - "la nature des peuples" : voilà de bien grands mots... j'avoue que je ne sais pas trop de quoi (de qui) vous voulez parler...

C'est surtout "la nature des peuples" qui me surprend de la part d'un esprit critique comme le vôtre... parlez-vous métaphysique ou couch potato en train de regarder le Mundial ?


All the best, nolats !


PS, - Pour le français comme langue européenne - nous en avons déjà parlé - je ne dis pas - comme les liseuses de marc de café - qu'il le sera mais que personnellement - quantité négligeable - j'aimerais beaucoup qu'il le soit. De là à prendre mes désirs pour des réalités... À la réflexion, je subodore que votre label de "l'intellectuel utopiste" s'applique également à de modestes scribouillards comme moi, non ?

Écrit par : sk | 13/06/2014

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"intellectuels utopistes", il faut bien trouver un terme pour les théoriciens et think tanks qui développent de superbes et généreuses idées (telles que l'internationalisme, le continentalisme, l'égalitarisme absolu) ...qui se révèlent inapplicables, et dont les tentatives de mise en œuvre n'aboutissent absolument pas à l'objectif affiché (mais cependant à certains objectifs non affichés de groupes d'intérêt, parfois). Mon cher, il se trouve qu'en l'occurrence vous semblez entrer sans cette noble corporation :-)

la "nature des peuples", il s'agit d'un simple constat sociologique (ou ethnologique), basé sur l'observation de l'histoire et de l'actualité, il n'y a vraiment rien de métaphysique ou essentialiste là dessous. J'en déplore parfois les excès, et je suis notamment sidéré de voir, après trois génération de cohabitation intégrée, chaque micropeuple balkanique ou soviétunionique retrouver les divisions de leurs aïeux.
Toujours est-il que les Français pas plus que les Néerlandais ou autres ne souhaitent perdre leur état/nation/peuple/culture etc. dans un melting-pot paneuropéen.
Je comprends que des expatriés très bien intégrés aient une vison plus cosmopolite, mais c'est une élite limitée, tout comme elle l'était à l'époque où les Lumières tutoyaient les despotes éclairés [je ne suis pas mécontent de la formule :-) ]

Écrit par : nolats | 13/06/2014

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Au moins vous dites ce que vous pensez... Mais je suppose que vous connaissez vos classiques, et si les mots ont un sens "la nature des peuples" veut bien dire ce que vous vous défendez de dire...

"Think tank", par contre, n'est surement pas à assimiler à "intellectuels utopistes". Je vous renvoie à ce lien que vous connaissez sans doute : http://fr.wikipedia.org/wiki/Think_tank

Personnellement, je ne philosophe pas au char d'assaut et je ne suis à la solde de personne : l'utopie, pour un romancier ou un "penseur", permet de faire ressortir le réel, bien davantage en tout cas que chez tous ces "réalistes" qui ne cessent d'être surpris par ce qui les dépasse entièrement...

Sacré nolats !

Écrit par : sk | 13/06/2014

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Pour un romancier ou penseur, en effet, je suppose que l'utopie est un domaine familier, mais je ne suis qu'un matheux pragmatique. Ceci étant, un peu d'utopie est forcément nécessaire pour faire avancer les sociétés, mais l'abus en est dangereux ou contre-productif.
L'"idée européenne" est une belle chose, coopérer plutôt que combattre est bénéfique, mais on voit que la construction extensive s'est faite au détriment de l'harmonisation, donnant une jungle concurrentielle pire qu'elle était auparavant. Vouloir passer à un grand empire fédérant de petits duchés, je ne vois pas ce que ça peut donner.

Les groupes de réflexion (ou laboratoires d'idées) sont parfois composés d'utopistes, souvent réunis par une commune vision idéologique, mais bon, si vous voulez un bémol, caractérisons les en tant que "petits intellectuels un peu utopistes" :-)

Enfin, lorsque j'ai écrit "ce n'est pas dans la nature des peuples...", je n'ai pas utilisé l'expression avec guillemets ou majuscules, mais dans le sens commun et général. Tout peuple est attaché à certaines de ses spécificités (langue, coutumes, solidarités...), dont il n'est pas enclin à se laisser déposséder.

Écrit par : nolats | 14/06/2014

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Je vous taquinais un peu, nolats !

L'idée européenne est une idée, donc une "res non extensa", comme dirait l'autre, et par conséquent un U-TOPOS (mot à mot : un "non-lieu")...

Mais vous le savez bien : que serait l'humanité sans vision (une autre traduction du grec IDEA) !

Que le réel européen nous échappe entièrement, eh bien ! je dirais que cela tient davantage à la "nature" du réel qu'à celle de l'Europe...

On verra, mais il importe de maintenir la paix (sociale, également, bien sûr)...

PS. - Ce que je disais sur les "think tanks" et autres "brain stormings", c'est qu'il y a toujours un donneur d'ordre : entrave pour une pensée libre et indépendante...

PS 2. - J'ai beaucoup de respect pour les "matheux". Les philosophes Husserl (élève de Weierstrass) et Jean-Toussaint Desanti, chez qui j'ai appris beaucoup de choses, ont développé leurs pensées à partir des "idéalités mathématiques"...

Écrit par : sk | 14/06/2014

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Je joue le jeu du débat sans acception de taquinerie ou tentative d'intimidation ou autre :-)

En fait l'idée d'unité Européenne est vielle comme l'Europe ou presque, mais elle finit toujours par buter sur le même dilemme: intensif ou extensif. Alors au fil des siècles, se sont constituées des entités visant une certaine homogénéité et cohésion, et maintenant elles s'efforcent de coopérer "volontairement" et non sous la contrainte des armes. C'est bien. Ma critique porte sur la structure, les priorités, les institutions, le fonctionnement.

Les "matheux" étant parfois de purs esprits abstraits, disons que je devrai plutôt me définir comme physicien.

Écrit par : nolats | 15/06/2014

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