vendredi 13 juin 2014

Le peuple ? - En v'là du peuple !

Je regarde le match Espagne – Pays-Bas. 1:0 sur penalty de Xabi Alonso pour l'instant. Deux des meilleures équipes de la planète, l'une championne en titre qui a battu l'autre sur le score de 1:0 après prolongation lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. - Un parfum de revanche, dit le commentateur.

Égalisation juste avant la mi-temps sur une magnifique tête lobée de Van Persie.

À l'adresse de tous les idéologues du monde qui nous rebattent les oreilles avec cette grande inconnue quasi métaphysique qu'est le « peuple » : il paraît que le football est un sport « populaire » ; alors si vous n'appréciez pas ce qui se passe sur le terrain, regardez donc les gens sur les gradins : ce sera, par écran interposé, une petite rencontre avec ce « peuple » que vous dites connaître et dont vous vous réclamez sans cesse.





- Il n'y a pas de Français ! 

- Dimanche soir, il y en aura...

- Ce sont des riches qui ont pu se payer le billet !

- Je crois au contraire que bon nombre ont économisé toute une année pour aller au Brésil.




Dialogue de sourds ? - En tout cas, si vous acceptez que les gradins des stades sont peuplés de gens du « peuple », vous verrez aussi, pour autant que vous ne soyez pas aveugles, que tous les peuples dans l'arène se ressemblent : ils sont fous de joie quand leur équipe gagne, tristes à mourir lorsqu'elle perd, et ils s’ennuient quand le match est nul. C'est aussi simple que ça.


Tandis que ce diable de Robben marque le deuxième but des Néerlandais. Et que la pluie fait son apparition. Peu après, De Vrij tue le match avec la complicité de l'arbitre. Puis cette faute monumentale du grand Iker Casillas et la revanche de 2010 est parfaite : 4:1 pour les Oranje ! Pourtant, avec un numéro extraordinaire devant le but espagnol, Arjen Robben n'est pas homme à se reposer sur ses lauriers. Score final : 5:1 voor Nederland !



Il paraît que le football abrutit les masses. Il paraît que le football est pourri par l'argent. Oui, mais... croyez-vous vraiment les gens bêtes au point de se laisser abrutir depuis au moins quatre générations ? - D'ailleurs - Salut à lui, chaque fois, Que chante le coq gaulois la coupe du monde est une création française sur initiative de Jules Rimet, alors président de la FIFA : première édition en Uruguay (1930), gagnée par le pays organisateur...


Je n'ai pas pour l'instant lu une réflexion en profondeur sur ce sport bien particulier et la fascination qu'il exerce depuis si longtemps sur les foules, adultes et gamins, européens, latino-américains, africains...


Je vous rassure : vous ne trouverez pas non plus un début de théorie ici, mais je pense que ça vaudrait le coup d'y réfléchir, histoire de ne pas balayer d'un revers de la main ce bon milliard de personnes qui suivent la compétition actuelle.





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Commentaires


 
Bonsoir sk..le journaliste Pierre Louis Basse a commis un excellent livre-analyse sur le "foutchebaowl"
ce qu'il représente au sein des sociétés, sa psychologie singulière parmi les autres sports, le ciment
particulier de la "nation", l'Espoir - Plaisir, pourquoi pas "l'opium du Peuple" quand il est élevé à l'égal
d'une Religion, sans oublier sa fonction "politico-utilitaire" quand besoin stratégique s'en fait sentir..et
même, pourquoi pas, médicinale pour soigner les grandes douleurs cachées et les plaies à l'âme..

La question méritait d'être posée..

Écrit par : hubert41 | 14/06/2014
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Merci pour la référence, Hub... je me creuse le ciboulot depuis longtemps sur ce sport et l'attrait qu'il peut exercer sur les "masses populaires" sans jamais réussir à dépasser le stade des lieux communs... je viens de mettre une nouvelle vidéo pour ceux qui s'intéresseraient à l'histoire de la coupe du monde (un document que je découvre moi-même)...

PS. - Après passage en revue : il s'agit des "grands moments" des coupes du monde de 1954 à 1998... Sympa pour les aficionados, mais décevant pour qui y chercherait la clé du mystère (quelques beaux plans sur les spectateurs, cependant)...

Écrit par : sk | 14/06/2014
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Au risque de, rien à secouer de la balle au pied ....

Écrit par : Marc | 14/06/2014
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Aucun risque, Marc, pas ici en tout cas...

J'en profite pour confesser ma relation ambivalente au foot : une passion de gamin et aujourd'hui une distance critique, voire un certain écœurement vis-à-vis du business et des magouilles... mais bon, comme je le dis plus bas : parfois je replonge (je redeviens un gamin)...

Écrit par : sk | 14/06/2014
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« Le sport c’est la guerre, les fusils en moins » (G. Orwell, 1945)"

Florian Delorme pour présenter son émission "cultures du monde" sur France culture décrivait ainsi son sujet:
(extrait): (...)A première vue, « guerre » et « sport » paraissent parfaitement opposés, définitivement irréconciliables. Le sport est synonyme de valeurs, de règles, d’éthique, de justice, d’égalité, de paix; alors que la guerre, elle, est le théâtre de toutes les violences, de la barbarie, le lieu où s’expriment l’inhumanité dans toute sa terreur. Et pourtant, à y regarder de plus près, il se pourrait que, ce qui se joue sur les champs de batailles et dans les affrontements sportifs ne soient pas si éloignés.

De nombreuses analogies permettent de rapprocher la pratique sportive et la pratique guerrière, tant au plan individuel qu’au niveau collectif. D’ailleurs les commentaires sportifs regorgent de métaphores guerrières. « A un certain niveau, le sport n'a plus rien à voir avec le fair-play. Il met en jeu la haine, la jalousie, la forfanterie, le mépris de toutes les règles et le plaisir sadique que procure le spectacle de la violence : en d'autres termes, ce n'est plus qu'une guerre sans coups de feu. » écrivait George Orwell, en décembre 1945, dans le journal britannique Tibune à propos de la tournée du Dynamo de Moscou en Grande-Bretagne qui permit aux joueurs soviétiques de se mesurer aux sportifs britannique.
Le sport est-il une guerre? La guerre est-elle un sport? En quoi les deux activités – guerrière et sportive – sont-elles comparables? Que partagent-elles? Et quelles sont les limites de la comparaison?(...)

Des questionnements indispensables pour tenter de comprendre ce qui se joue là.
Une autre référence de document:
Le sport et la guerre. XIXe et XXe siècle
Luc Robène
PUR, 2013

De même que les rituels de certains groupes de supporters ne sont pas sans rappeler ceux des danses et comportements des guerriers en préparation.
Il y a quelques années un reportage sur Arte en témoignait : les attitudes des corps en mouvement, les slogans des supporters sont finalement les mêmes...

Écrit par : Martin | 14/06/2014
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Il y aurait beaucoup à écrite et il y a eu beaucoup de choses écrites sans doute sur ce phénomène planétaire qu'est le foot.
Je suis assez d'accord avec les propos d'Orwell rapportés par Martin tout en notant que le foot a cependant une dimension particulière, assez particulière d'ailleurs pour avoir la capacité de provoquer de vraies guerres. En 1969 le Honduras et le Salvador se sont fait la guerre suite à un match de foot opposant les deux équipes nationales (cela est très bien rapporté parle journaliste, un vrai, un bon, polonais Ryszard Kapuscinski dans son livre" la guerre du foot et autres guerres et aventures").

Néanmoins on peut s'étonner de cet engouement pour le foot s'il symbolise effectivement la guerre à cause de l'évolution de ce sport. Si on excepte les compétitions opposant les équipes nationales, et pour reprendre l'analogie guerrière, les combattants sont devenus des mercenaires se mettant au service du plus offrant, défendant les couleurs d'une équipe qu'ils combattront sans aucun état d'âme la saison suivante éventuellement. La projection est donc difficile, voire impossible, pourtant elle semble exister. Donc mystère! Enfin peut-être pas. La clef est peut-être dans les confrontations entre pays.
Car s'agissant des équipes nationales, on est plus regardant. Chantent-ils l'hymne national? La "diversité" observable dans l'équipe nationale est-elle à l'image de celle de la nation? Je n'invente rien, tout cela a fait l'objet de polémiques, et ce n'est sans doute pas fini. Et même à l'inverse on a projeté sur le pays une équipe de foot nationale en fonction de ses caractéristiques ethniques. En 1998, la France devenait black-banc-beur. Et en 2010 cette équipe devenait honnie sans doute parce qu'elle représentait objectivement mieux la France réelle : les analyse de l'échec se sont attachées à l'origine "banlieusarde" de beaucoup de joueurs, à la religion, à l'origine ethnique. Les conflits internes qui tiraillent la France se trouvaient brutalement rassemblés dans un bus en Afrique du Sud. La relation est donc ambigüe et c'est davantage une représentation idéalisée qui est recherchée qu'une image fidèle. Mais l'ambigüité est encore pus grande quand on comprend que ce sont les résultats qui permettent de plébisciter ou de rejeter la représentation. C'est l'équipe qui se projette sur le pays et non le pays dans l'équipe. Si elle gagne on devient black-blanc-beur, si elle perd on contemple nos maux.
C'est donc sans doute pour cela que le mercenariat, ce phénomène qui marque les clubs, est accepté, c'est sans doute pour cela qu'on accepte de voir des joueurs, quelles que soient leurs qualités humaines, intellectuelles, gagner des sommes faramineuses tandis que le petit chef d'entreprise se verra reprocher un salaire bien moindre. Parce que c'est devenu un investissement collectif, la recherche d'une projection sur un ensemble, une ville, un groupe auxquels on s'identifie.

S'agissant de l'événement "coupe du monde" proprement dit je vous renvoie à cet article de Redeker
www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/06/12/31003-20140612ARTFIG00210-coupe-du-monde-obligatoire-liberez-nous-du-football.php

La coupe du monde restera autant que possible transparente pour moi.

Écrit par : Vlad | 14/06/2014
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A l'époque de l'empire byzantin, le sport roi était les courses de char, il y avait des "écuries" désignées par leur couleur, et les factions de supporters se livraient à des batailles de rues, je crois que les partis politiques dépendaient de ces factions, puisque Justinien a failli y perdre le trône.
Donc de tout temps il y a eu "un sport" roi, le foot est celui de notre époque de par son côté simple à comprendre et fluide (action en continue), et par ailleurs praticable quasiment partout et par tous.

Je ne sais pas à quoi fait référence la phrase "cette grande inconnue quasi métaphysique qu'est le «peuple»", le texte porte davantage sur les foules. Quoiqu'il en soit, il est vrai que la compétition "entre les nations" conduit à une forme d'unité nationale autour de l'équipe du pays, au delà des classes, origines, âges et opinions. fraternisation un peu factice et éphémère, mais bon enfant. Non, cela n'a rien à voir avec la guerre - hormis quelques hooligans, mais on en trouve aussi lors d'un match PSG-OM -

Écrit par : nolats | 14/06/2014
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Cette phrase fait ironiquement référence au "peuple" des populistes...

Écrit par : sk | 14/06/2014
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les populistes n'ont pas du "peuple" une vision métaphysique, mais électoraliste.

Écrit par : nolats | 15/06/2014
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Bonsoir Martin et Vlad,

il paraît assez évident que l'analogie entre la guerre et un sport d'équipe comme le foot possède une certaine pertinence. Mais dans ce cas ce serait une variante ludique - non "sanglante", sans "mise a mort" - de l'affrontement entre deux "armées", et donc finalement le contraire d'une bataille réelle : une sorte de sublimation d'une tendance guerrière manifeste de l'Homme à travers le jeu. Peut-être un petit côté "thérapeutique". L'uniforme et le maillot peuvent constituer un autre indice allant dans ce sens, et bien sûr également les hymnes et insignes nationaux. Cela dit les compétitions engageant des équipes nationales n'ont lieu que tous les deux ans (championnats d'Europe et du Monde), le plus clair du temps et de la passion d'un fan est consacré à l'équipe de sa ville (pas forcément celle où il habite d'ailleurs)...

Mais ce qui m'intéresserait surtout, c'est cette "fascination globale" (quasi "universelle") qu'exerce le foot en particulier, en partant d'une analyse plus spécifique de ce sport d'équipe, par différence avec d'autres (hand, basket, hockey etc.). Je serais personnellement enclin à préférer le rugby pour un tas de raisons, surtout sportives (fair play, pas trop pourri par le fric, "3e mi-temps" etc.) - Mais je m'aperçois qu'à chaque grande compétition, et notamment lors de matchs comme celui dont je dis quelques mots dans la note, je replonge !

PS. - Je connais Redeker. Ce fut un petit gars bien sympathique dans le temps, mais ses provocations ne m'intéressent pas : trop de retournements de veste et de recherche des spotlights, pas assez de pensée en profondeur. À son adresse, je dirais qu'en philosophie il y a deux traductions grecques du concept de "sagesse" : SOPHIA, bien sûr, mais aussi PHRONESIS, la prudence...

Écrit par : sk | 14/06/2014
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du Hezel en 85 en passant par l'affaire de Valencienne, la violence et l'argent qui firent désastres ne demandent qu'à déborder de l'arène où se joue sans cesse le simulacre guerrier depuis l'antique
mais sans cesse reviennent les gardiens de ce temple exutoire, le peuple en ces gradins, une alchimie , un Mystère

il en va de même du roller ball américain, je vous conseille ce spectacle

avez vous vu la liesse à Toulon récemment

le jeu n'est que ça, une guerre d'enfants qui simule des batailles , défense, attaque,stratégie,tir , le projectile est inoffensif ..... en principe
le foot est ce phare qui emporte la planète grâce à cette machine financière qui le porte sur statut ancien professionnel, il me semble pourtant qu'il va se fracasser dans le sable en 2016, mauvaise idée, ce déport 50 à l'ombre

Écrit par : PARKER | 15/06/2014
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Hello Parker !

ce qu'on a appelé le "drame du Heysel" reste en effet une sorte d'apogée du hooliganisme qui est, il faut bien le reconnaître, le problème majeur du foot, avec certains relents racistes que l'on y constate également parfois > fr.wikipedia.org/wiki/Racisme_dans_le_football

mais cela se passe plutôt au niveau des supporters de (certains) clubs, les championnats impliquant des équipes nationales et notamment les mondiaux sont des fêtes où les gens fraternisent, l'intérêt étant de voir de beaux matchs, de boire des coups ensemble et tutti quanti : d'ailleurs ce genre de matchs, si on n'est pas au stade, il faut les voir dans un bistrot sympa ou dehors sur écran géant...

l'attribution du Mondial 2022 au Qatar est une saloperie, le quasi-esclavage de certains ouvriers qui y construisent les stades et les infrastructures une plus grosse encore : c'est ici que la plus grande critique adressée à ce sport - l'énorme importance, le rôle primordial du fric, du business, les magouilles de la FIFA etc. etc. - s'illustre de façon exemplaire

tandis que tous les gamins du monde continuent à courir après le ballon, pieds nus ou en chaussures de marque...

Bon dimanche !

Écrit par : sk | 15/06/2014
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