lundi 13 novembre 2017

D'Allemagne


Bundestag 2017 - Est-ce que la Jamaika-Koalition va libérer la marie-jeanne ? - Plus sérieusement : s'ils n'arrivaient pas à s'entendre, la CDU de Frau Mutti, la CSU choucroute-saucisse, le FDP beau gosse et les Verts gentrifiés, il y aurait de nouvelles élections. Du coup, on affiche le sourire sur le balcon exposé en permanence aux caméras de la TV publique qui suit les consultations quadripartites, mais ça doit discuter sec - avec quelques épisodes de soupe à la grimace - à l'intérieur, dans les salons particuliers, où l'on devine les canapés, les berlinoiseries à volonté, et peut-être un fumoir pour ces messieurs du cigare ? - Plus sérieusement (deuxième tentative) : la Bundesrepublik est actuellement sans réel gouvernement, Frau Mutti est certes encore chancelière, mais le trône vacille un brin... Et une chose est sûre : personne ne peut plus prévoir grand-chose en politique, avec les totally imprévus Mr. Trump et Mrs. Brexit, pour ne citer que ceux-là. - Mais si vous tenez quand-même à faire des paris, Madame Maman a encore toutes ses chances (et de beaux restes, comme qui dirait). Quant à Papa Schulz, le Rhénan bourru, bouquiniste comme Wilsberg à Münster, ou libraire comme on dit à Paris, il profiterait certainement de nouvelles élections en cas d'échec jamaïcain car, en dépit des sempiternels sondages médiatisés à donf, cet homme est quand même ce que le SPD a fait de mieux, ces derniers années ou décennies, quand on considère les Ziggy Gabriel et autres Peer "Gros-Doigt" Steinbrück. Beaucoup d'anciens du SPD ne restent d'ailleurs au parti qu'en mémoire de Willy "Le Rouge" Brandt ou peut-être encore de Schmidt-Schnauze, mais certainement pas de Gasprom Schröder. 

Ah ! la politique au pays du polar et des polit-talks, ce n'est pas une mince affaire. Surtout vue de France où, habituellement, on a le droit de se tromper avec Sartre et d'avoir raison avec Aron. En même temps ou à tour de rôle, c'est au choix ! - Faut dire que les Allemands, après des débuts longs et douloureux, sont également devenus des experts en politique, avec une affection particulière pour la correction : si, en France, on se rentre dedans comme le taureau fonçant sur la muleta rouge, en Allemagne on laisse dire - même le politiquement pas du tout correct du nouveau parti à droite toute de Papi Gauland et de son roquet Höcke. On laisse dire parce qu'on est persuadé que ce n'est que du bruit avec la bouche, même si ça prend par moments des proportions inquiétantes au pays du foot et des bagnoles - comme au pays des huîtres et du champagne, d'ailleurs.  Et puis vue de France, la politique allemande comporte toujours ce petit reste de refoulé, que l'on peut étudier à merveille par l'absurde dans des films comme "La 7e Compagnie" avec son prodigieux non-dit (comme qui dirait). Eh oui ! ces années de peste brune et de têtes de mort, ça marque son époque, et apparemment ça n'en finit pas de marquer la nôtre aussi.

En parlant de polars : je pense que les problèmes de communication entre les filles de Charlemagne proviennent d'abord d'un grand manque d'information - ce qui laisse beaucoup de place à la désinformation et la manipulation. Les polars allemands actuels par exemple sont pratiquement inconnus en France, tout comme un certain cinéma d'auteur à tendance "multi-culturelle" (attention, muleta !), sans oublier une littérature et une pensée contemporaines tout de même assez riches et variées. Or, l'inverse n'est pas vrai puisque la création française actuelle s'exporte plutôt bien en Allemagne. C'est donc ici qu'il conviendrait de rétablir l'équilibre en programmant par exemple les derniers Tatort, Wilsberg ou Spreewaldkrimis - dans une bonne adaptation de post-synchro, s'il vous plaît, en évitant de s'asseoir sur le job comme pour Derrick, paradoxalement rediffusé ad nauseam à la TV française (en ce moment on s'acharne sur Rex). De leur côté, les profs d'université et les directeurs littéraires, les fameux "germanistes professionnels", qui sévissent depuis des lustres avec leurs programmes éditoriaux et leurs traductions dilettantes, devraient peut-être laisser la place à la nouvelle génération, plus à même de transmettre au public francophone le côté laboratoire de l'Allemagne contemporaine et de Berlin en particulier - de ce point de vue, ARTE est un vrai bienfait, malheureusement beaucoup trop élitiste aux yeux du grand public..

Et en parlant de polit-talk, les débatteurs français pourraient apprendre de leurs collègues allemands comment on arrive à dire les choses sans se rentrer dans le lard : en effet, quand on laisse parler les autres et qu'on les traite avec courtoisie, on réussit à imposer un certain niveau au débat, un peu d'argumentation sérieuse, d'attachement à un certain caractère objectif des faits et de la vérité, ce qu'un philosophe avait appelé, voici plus d'un siècle déjà, le "retour aux choses-mêmes"...




7 commentaires:

  1. Salut SK,
    ça faisait une paille

    vous nous faites dans la première partie de ce texte un plaidoyer pour notre 5ème République qui nous épargne, contrairement à certains de nos voisins, allemands, espagnols, belges, etc., une quasi-vacance de gouvernement pendant de longues périodes. Même si on peut faire la tronche du fait d'une représentativité pouvant sembler peu démocratique, on peut aussi y trouver certains avantages... et aussi de vrai coupables quand l'état du pays empire ou ne s'améliore pas. D'un autre côté les coalitions et les compromis qu'elles imposent, et encore quand on ne tombe pas dans le problème des coalitions de circonstance, celles qui ont miné nos 3ème et 4ème Républiques, auraient tendance à jeter le discrédit sur l'efficacité de la démocratie dès lors qu'on tente de la respecter au mieux, c'est-à-dire d'assez loin quand même. Le choix est donc difficile, sinon impossible.

    Je suis d'accord avec vous sur cette impossibilité qu'il y a en France de pouvoir débattre, non pas seulement à cause des invectives qui deviennent tellement habituelles, mais à cause de la faiblesse des arguments remplacés par des injonctions morales ou catégorisations arbitraires "camp du bien, camp du mal" ou "du progrès vs de la réaction", etc., dont passent leur temps à s'extraire ceux qui d'office sont placés dans les catégories maudites, tandis que leurs contradicteurs n'ont aucune raison de s'expliquer puisqu'ils font partie "des bons".

    J'ai noté la justesse de vos remarques sur la méconnaissance de notre côté du Rhin de la littérature allemande, contemporaine du moins. Moi qui lis beaucoup dispose effectivement assez peu d’œuvres allemandes, comparativement à ce que je possède en livres d'origine anglo-saxonne, russe, scandinave, asiatique (Japon, Chine essentiellement), ou africaine. je ne m'étais jamais interrogé sur le pourquoi. Problème d'offre?

    Vlad

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    1. Hallo Vlad,

      c'est vrai que c'est là un avantage de la 5e - mais est-ce qu'il compense la sous-représentation de certaines formations / courants d'opinion à l'Assemblée Nationale ? - C'est sûr que le système parlementaire allemand contraint les responsables à des coalitions a priori contre nature, comme la Jamaïcaine (actuellement expérimentée en Schleswig-Holstein), mais également la GroKo, qui correspond plus ou moins à ce que fait Macron en France.

      Les habitués aux prestations des politiques français peuvent en effet être très surpris en suivant les débats télévisés en Allemagne. Et surtout : lorsque les uns ou les autres n'ont pas de pression, voire un couteau médiatique sous la gorge, ils peuvent émettre des opinions bien moins catégoriques ou attendues, parfois complètement atypiques voire "anti-conformistes". - Mais évidemment la rhétorique est ici aussi l'une des pièces maîtresses de ce qui se dit : la fameuse dialectique entre la théorie et la pratique soulignée par qui vous savez et si honteusement pervertie par les ex-fonctionnaires de l'Est...

      Pour la littérature et la pensée contemporaines en Allemagne, le manque d'information tient à la frilosité des éditeurs ("les bouquins allemands ne se vendent pas", disent-ils) et le relatif "archaïsme" des profs (secondaire et université) qui préfèrent s'en remettre à ce qu'ils pensent être des "valeurs sûres", artisans qu'ils sont de l'allemand comme langue des "bons élèves", longtemps enseignée comme une langue morte !

      Gruß, SK

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  2. Bonjour SK et Vlad.
    Je pense qu'il s'agit à Berlin d'un "faux suspens", les protagonistes de la coalition en instance savent que s'ils échouent, ils risquent de perdre une opportunité de gouverner (sauf les Verts, car la salade fait partie de tous les plats de la carte).
    Concernant les questions de constitution, je rappelle qu'en France le mode de scrutin est du ressort de la loi et non de la constitution, nous avons eu en 86 un système proportionnel départemental à un tour, ma fois assez cohérent, le problème de déséquilibre actuel tient plus dans la présidentialisation suite au "quinquennat" que Jospin et Chirac s'étaient entendu pour promouvoir, chacun pensant en profiter. Du coup, le partage président/premier ministre en a pris un coup, au point que le premier ministre de l'actuel gouvernement est juste un dissident de son propre parti, non pas le "coordonnateur" de la majorité comme avant cette réforme. Jamais auparavant, y compris sous Sarko, le parlement français n'était devenu à ce point une chambre d'enregistrement (rappelons qu'elle ne l'était pas sous de Gaulle puisqu'une motion de censure avait été voté en 62 contre le gouvernement Pompidou). On compare parfois les politiciens aux personnages de BD, Macron fait penser à Gontran Bonheur à qui tout réussit ...jusqu'ici

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    1. Salut nolats,

      c'est au contraire un vrai suspense : on joue actuellement les prolongations des "entretiens préliminaires", la nouvelle "deadline" étant fixée à dimanche soir. S'il y a entente (et c'est pas gagné), on commencera la rédaction d'un contrat de coalition, qui est encore une fois affaire de négociation. - Ce qu'on veut, c'est un gouvernement capable de gouverner ces quatre prochaines années, qui ne va pas se disloquer au premier accroc. - De toute façon, de nouvelles élections sont toujours possibles - aujourd'hui ou plus tard.

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    2. La coalition jamaïcaine (CDU/CSU/FDP/Les VERTS) est mise en échec : les libéraux du FDP se retirent des négociations. Que va faire Mutti Merkel ? - Et Papa Schulz va-t-il revenir sur sa décision de ne pas participer à une coalition avec la droite ? Solution ultime : de nouvelles élections ! ---- Le polar continue... > https://www.facebook.com/skenligne/posts/128773667794247

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    3. En effet, c'était donc du vrai suspense puisqu'il y a eu échec. Pourtant, vu de France, tous les partis allemands (hors die Linke et les populistes) sont de la même veine eurolibérale que celle que Macron pratique, et qui attire au râtelier des ex Verts (comme le président de l'assemblée), des ex-LR (comme le premier ministre) et des ex-PS-hollandistes (comme le nouveau chef du parti En Marche). Certes, surtout des seconds couteaux qui se font une place inespérée.

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    4. Le suspense continue avec les trois possibilités évoqués dans ma note suivante : Grande Coalition, Gouvernement Merkel minoritaire et nouvelles élections... en tout cas l'Allemagne n'est pas près d'avoir un nouveau gouvernement (et moi qui croyais m'en sortir avec un ou deux articles !)

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