dimanche 24 septembre 2017

Bundestag 2017 - Nouvelle donne

 

Les milieux autorisés parlent d'une catastrophe au pays de la bière et de la viande en sauce : les populistes de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) font une entrée fracassante au parlement avec plus de 90 sièges et 13% des voix exprimées (env. 75% des inscrits sont allés voter ce dimanche). - En prenant au sérieux la déclaration surprenante du nouveau patron du SPD, Martin Schulz (149 sièges / 20,6%), la GroKo entre l'Union chrétienne-démocrate de la chancelière et les sociaux-démocrates a vécu : le SPD serait alors la première force d'opposition au Bundestag et Martin Schulz espère ainsi redorer le blason du SPD en vue des élections de 2021, où il serait à nouveau candidat. - Dès lors, une seule option reste à Angela Merkel : la fameuse Jamaika-Koalition (noir / vert / jaune) entre la CDU/CSU, les libéraux du FDP et les Verts (Die Grünen) - une sorte de grand écart entre diesel et moteur électrique, éolienne et charbon, saucisse industrielle et cochon heureux - grand écart entre les exigences d'une économie hyper-libérale exclusivement basée sur le profit et celles d'une écologie plus ou moins malthusienne avec une touche d'anti-capitalisme bon chic bon genre ...

Ce qui est assez surréaliste, comme on aime à dire chez les réalistes forcenés, c'est que la coalition jamaïcaine, qui hier encore relevait de l'utopie, est aujourd'hui la seule échappatoire qui reste à Maman Merkel pour rester au pouvoir. Si elle n'y parvenait pas parce que les leaders de ses deux partenaires de coalition potentiels, Christian Lindner (FDP) et Katrin Göring-Eckardt (Die Grünen), sourient trop jaune ou s'expliquent trop vertement, ce serait à Papa Schulz de constituer une coalition majoritaire, autrement dit : mission impossible !

On attend donc de voir avec curiosité pour les uns et nervosité pour les autres ce que les négociations des semaines à venir vont donner. Mais une chose est déjà sure : l'entrée au parlement d'une formation politique qui ne renie pas les discours d'extrême-droite tenus par certains de ses responsables et militants est une très mauvaise nouvelle pour un pays qui n'a pas remisé la schlague, les bottes et les uniformes depuis si longtemps ...

[suite]

[*]  Rectificatif (26/9/17) - Contrairement à ce que j'ai affirmé au soir de l'élection, une coalition Union (CDU/CSU) + AfD - d'ailleurs refusée d'office par Angela Merkel -  ne serait pas majoritaire. - Il faut ajouter que le Bundestag 2017 ne comptera plus 690 mais 709 Sièges. Voici le nouveau tableau de répartition :


11 commentaires:

  1. Salut SK,

    ce résultat me parait assez logique pour un pays appartenant à cette partie occidentale de l'UE qui a subordonné la politique à l'économie et ignoré qu'elle devait être là avant tout pour protéger, non seulement tous les citoyens, mais aussi une civilisation.
    Les partis de gouvernement paient cet oubli majeur, en Allemagne, en France et ailleurs. Sans notre système électoral particulier qui fait que le premier, même s'il l'est de très peu, empoche la mise, nous aurions été dans une configuration assez proche.
    C'est quand le vote protestataire se transformera en vote d'adhésion que les dirigeants actuels comprendront peut-être, mais trop tard, qu'une démocratie purement formelle, ne fonctionnant que sur cette peur qu'on alimente des partis dits extrêmes, ou fachos (le tour du bolcho viendra aussi d'autant plus que la mouvance naz-bol -rouge/brune- a sans doute un avenir face aux dégâts sociaux et culturels cumulés), ne pouvait pas fonctionner éternellement. La démocratie sans le peuple a, reconnaissez-le, quelques limites et surtout inconvénients, le premier d'entre eux étant que finalement l'idée pourrait germer qu'on pourrait se passer de la première, vu son état, pour préserver le peuple. Quand il s'agira de mettre de façon explicite dans la balance un simulacre de liberté (rappelez-vous nos discussions sur ce monde de surveillance et de contrôle qui est le nôtre), et la survie physique des laissés pour compte (ceux qui ne sont rien dirait Macron) ainsi que notre survie collective en tant que civilisation, elle penchera forcément du mauvais côté. Chacun en son âme et conscience choisira le moins mauvais. Ou ne choisira pas

    Vlad

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    1. Je pense que tous deux nous avons les régimes totalitaires en horreur. . Le problème de la démocratie libérale actuelle est que le pouvoir économique est entre les mains de gens pour qui personne n'a jamais voté. - Et le problème avec les politiciens est de faire croire qu'ils ont tous les pouvoirs, alors qu'ils n'en ont que très peu. - Les extrêmes utilisent à fond cette ficelle en rajoutant une couche : les politiciens au "pouvoir" ne font rien pour toi, le peuple, mais nous allons les bouter dehors et prendre les choses en main ... Bien sûr, à gauche toute, on les désigne, tous ces financiers, milliardaires, grands groupes, spéculateurs ... mais on fait croire, comme à droite toute, qu'on va tout résoudre avec le balai brosse : Wolf Biermann disait sur Berlin / la RDA que le cul brun a été brossé avec le balai à Staline jusqu'à ce qu'il devienne rouge ... > https://www.youtube.com/watch?v=F5M819SXYJ0 - fin du poème...

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  2. Comment un tel cocktail majoritaire est-il possible, c'est pire que notre quatrième république! En tout cas Mutti n'aura pas les coudés franches au niveau intérieur vus les compromis contradictoires à opérer, et affaiblie au niveau international, alors que Macron comptait sur elle pour la défense des intérêts des pays fondateurs de l'UE. Plus que la montée de la droite dure, c'est la défection du SPD qui est l'élément clé par rapport à la mandature précédente.
    Ceci dit, le SPD finissait pas ne plus "exister" du fait de son rôle d'éternel supplétif, on comprend qu'il veuille se refaire une santé dans l'opposition, mais pour quelle alternative?

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    1. Ah non Nolats, il faut arrêter avec la 4e --- au Bundestag, un contrat de coalition signé par tous les partis est contraignant et promis à une certaine stabilité --- je vous dis ça aussi parce qu'on utilise en général la 4e pour défendre la 5e qui de toute évidence a fait son temps ...

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    2. Je ne voulais pas vous froisser, en fait j'évoquais surtout les combinaisons improbables de partis peu "miscibles" dans une majorité cohérente. Il est vrai que les écarts entre CDU et Grüne est moindre qu'entre LR-canal-historique et EELV.

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    3. Vous ne me froissez pas, cher nolats, c'est simplement que cette comparaison revient souvent sur le tapis un peu partout et notamment, comme je le disais, pour défendre la 5e qui est devenue indéfendable parce que le parlement ne reflète pas / plus l'opinion publique ---- à propos de l'AfD au parlement : justement ! ils vont devoir montrer patte blanche : ont-ils - oui ou non des propositions concrètes / réalisables dans le cadre d'un État de droit ? ou ce mouvement n'est-il qu'une vaste supercherie, le vote sanction leur ayant énormément profité (comme au FN en France) ?

      On se tient au courant : cette histoire est loin d'être finie !

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    4. Bonjour SK. Ne confondons pas les institutions et le mode de scrutin, qui fait l'objet de lois spécifiques. Ainsi, en 1986, l'Assemblée Nationale avait été élue au scrutin proportionnel à un tour de niveau départemental, système qui a sa cohérence. Il se trouve que dans le contexte politique d'alors, la droite parlementaire avait eu la majorité, mais vu aujourd'hui le morcellement politique, on ne sait trop ce que cela donnerait. En tout cas rien ne s'oppose à reconsidérer l'actuel mode de scrutin, et d'autre part à adapter certains points de la constitution, ainsi déjà en 1969 un referendum avait proposé de fusionner le Sénat et le Conseil Economique et Social (rejeté par les électeurs pour d'autres raisons). Par contre, il est peu probable que les Français souhaitent renoncer à l'élection du Président au suffrage universel et à sa prépondérance, Mélenchon est à côté de la plaque en voulant faire une priorité de convoquer une "constituante", du reste il avait donné l'Amérique du Sud en modèle, or les déboires vénézuéliens lui reviennent en boomerang.
      Y aura-t-il "instillation d'un dose de proportionnelle" pour les législatives?, mais le président ayant parlé de réduire (à juste titre) le nombre de députés, cela nécessiterait une refonde complète des circonscriptions, certains départements n'en n'auraient qu'une seule -à moins de fusionner les étages "département" et "région", réforme qui serait d'aune ampleur bien plus considérable et qui est devenue encore plus difficile du fait des "grandes" régions-

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    5. A propos de "régions", l'UE a incité à un essor des régions au détriment des états, le problème catalan en est une résultante, car si le "sentiment national" s'érode, il est fatalement remplacé par un sentiment communautaire ou un sentiment régional.
      En France, on a de manière assez inattendue assisté dans les derniers temps de la présidence Hollande à une forme de retour au patriotisme, le "drapeau" et l'"hymne" ont été réappropriés par l'ensemble de la population, on l'a vu lors des évènements politiques t sur les stades

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  3. Bonjour SK

    Je me doutais bien que je trouverais des infos pertinentes sur les élections en Allemagne sur votre blog.
    Je ne vois pas comment Angela Merkel va s’en sortir.
    La poussée de l’extrême droite était hélas prévisible depuis qu’elle a ouvert si gans ses portes aux migrants dans une Allemagne qui ne va pas si bien que ce que les économistes français essaient de nous faire croire pour nous inviter à suivre cet exemple. J’ai vu sur Arte un documentaire sur la pauvreté en Allemagne qui n’a vraiment rien d’enviable sur ce plan mais si l’on fait abstraction des laissés-pour -compte, tout va très bien (dans les statistiques ).

    D’autre part lorsque droite et gauche s’allient comme ce fut le cas lors de la dernière coalition, les extrêmes progressent. En France, les extrêmes servent Emmanuel Macron qui peut aisément les diaboliser ( parfois ils le font très bien tout seuls comme le prouve l’idiotie proférée par Mélenchon sur la rue qui a abattu le nazisme !) pour régner sans opposition sérieuse.

    Ce qu’il convient de souligner, c’est que deux tiers des Allemands ne font pas confiance au parti d’Angela Merkel. Et pourtant, elle va continuer d’imposer ses vues économiques libérales ( partagées par Macron) à toute l’Europe.

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    1. Bienvenue Martina !

      Pour la pauvreté, la France et l’Allemagne c'est sensiblement pareil, sauf qu'un certain nombre de pauvres allemands bossent et ont une plus grande chance de sortir de la pauvreté ... en tout cas, le chômage n'est une solution pour personne ... les minimas sont pareils des deux côtés du Rhin, mais on vous embête bien plus en Allemagne (faut montrer patte blanche, les comptes bancaires sont contrôlés et à plus ou moins brève échéance faut se pointer au JobCenter pour prouver qu'on cherche du boulot, sinon adieu minima ...) ---- La popularité de Merkel est toujours importante même si elle a baissé après 2015 ... vous ne pouvez pas la déduire du nombre des voix accordées à l'Union ... certains p.ex. ont voté SPD en comptant sur une nouvelle Grande Coalition (p.ex. 53% satisfaits ou très satisfaits de la GroKo en avril 2017 --- Groko dirigée par Merkel !)

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  4. Bonjour tous !

    je suis en train de saturer en regardant les talks : en déclarant qu'il ne participerait pas à un gouvernement de coalition avec Merkel, Schulz opte clairement pour l'opposition, ce qui est sans doute la meilleure chose qu'il pouvait faire pour son parti miné par la GroKo ; à moins d'un revirement du SPD (mais Schulz perdrait alors la face), la "Coalition Jamaïcaine" a donc de fortes chances d'être actée puisque c'est la seule qui permette désormais à Merkel de rester au pouvoir ... mais tiendra-t-elle quatre ans ? rien n'est moins sûr ... Là ils sont tous présents (Merkel, Schulz, Lindner etc. au soir de l'élection, 24/9/17 à 21h..) > https://www.youtube.com/watch?v=gyzcfARdzAM

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