samedi 11 janvier 2014

Trois néologismes fin-de-siècle

Le mot « antisémitisme » (*) - néologisme sans doute forgé par le journaliste allemand Wilhelm Marr en 1879 - exprime une hostilité envers le seul peuple juif, et non envers les peuples sémitiques en général, ce qui atteste déjà de son inconsistance sur le plan sémantique et plus avant de son caractère arbitraire, pragmatique et opportuniste (**).



On pose de nos jours une équivalence implicite entre le peuple juif et l'État d’Israël. Il faut pourtant rappeler que le premier existe depuis plusieurs millénaires alors que le second n'a été fondé qu'en 1948. Ce n'est pas exactement la même échelle de temps. Ainsi, du point de vue des
expériences historiques et des attitudes existentielles, il paraît difficile d'identifier ces deux univers : Diaspora ancestrale et création d'un État moderne.



Mais surtout, en parlant du peuple juif, on pense désigner un ensemble homogène : or, à côté de la distinction traditionnelle entre Ashkénazes (« Allemands ») et Séfarades (« Espagnols »), nous rencontrons des gens très divers, allant de ces personnes profondément religieuses et traditionalistes, à l'image de celles qui habitaient naguère les Städtle d'Europe orientale, aux athéistes modernes des grandes villes occidentales. En effet, la Diaspora s'est répandue aux quatre coins du globe, pour parfois s'assimiler, parfois garder sa tradition religieuse, parfois se regrouper en communautés, parfois s'en écarter résolument.



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À côté de ce mot d'antisémitisme, on rencontre un deuxième néologisme, plus ou moins contemporain du premier : le terme de « racisme », probablement forgé par le polémiste français Gaston Méry en 1894 (*), dans la filiation de l'Essai sur l'inégalité des races humaines écrit par Arthur de Gobineau (Paris 1853/55). Cet essai, qui est connu pour avoir lancé la fiction d'une « race aryenne », vise à montrer la supériorité de certains peuples sur d'autres, compartimentant ainsi l'espèce humaineen postulant des différences qui, comme le montreront les recherches ultérieures, sont impossibles à repérer sur le plan génétique.


Depuis la nuit des temps, la figure de l'« étranger » est considérée comme une menace, sans doute parce que l'expérience des peuples est faite d'invasions guerrières et de conquêtes territoriales qui, dans la défaite, se soldent par la soumission à l'envahisseur et l'acceptation de sa loi. La France occupée par l'Allemagne nazie entre 1940 et 1944 en constitue un exemple relativement récent et toujours présent dans les mémoires.



Logiquement, pour que l'étranger puisse être considéré comme tel, il faut postuler sa différence : à côté du racisme et de l'antisémitisme, il y a le nationalisme - dont le précurseur archaïque ou archaïsant pourrait être appelé « tribalisme » ou « clanisme » - visant à identifier toutes les personnes qui ne font pas partie du propre peuple comme des « étrangers », considérés de facto comme des « ennemis ». C'est ce procédé – et son pragmatisme sans limites – qui méritent d'être soumis à l'analyse : la fabrication d'ennemis, dont l'effet majeur est la consolidation du propre groupe (clan, tribu, peuple, nation).



L'un des exemples les plus flagrants est la guerre franco-prussienne de 1870, un « conflit » monté de toutes pièces par Bismarck avec la falsification de la fameuse dépêche d'Ems. Le but poursuivi était la constitution de la nation allemande, qui fut proclamée le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles. On en connaît les funestes conséquences : l'esprit de revanche français en 1914, l'« humiliation » du traité de Versailles, puis l'esprit de revanche allemand en 1940, avec des millions de morts de part et d'autre chez ces deux peuples ou nations qui, jadis, appartenaient pourtant à un seul et même empire.


 


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Si l'antisémitisme et le racisme sont des néologismes fabriqués à des fins polémiques, il y en a un troisième qui non seulement est plus rigoureux sur le plan sémantique, mais pourrait donner un début d'explication à ce rejet généraliste des membres d'un autre groupe (clan, tribu, peuple, nation) : c'est la xénophobie. Contemporain des deux premiers, il a sans doute été forgé par Anatole France (1901) dans le cadre de l'affaire Dreyfus (*) en associant deux mots grecs : xenos pour « étranger » et phobos pour « peur » (« phobie »).



Ce qui peut surprendre dans les phénomènes considérés – quelle que soit leur étiquette néologiste : « antisémite », « raciste » ou « xénophobe » – c'est cette haine viscérale qui se manifeste vis-à-vis de l'étranger, dont on stigmatise des différences souvent accessoires ou aléatoires, mais toujours présentées comme importantes et « essentielles ». Or, il se pourrait bien que l'origine de ce sentiment de rejet soit la peur - la « phobie » - qui expliquerait son caractère archaïque, primitif, profondément irrationnel : en venant se nicher dans le système limbique du cerveau humain, cette phobie déterminerait alors les différentes manifestations d'hostilité entre groupes humains.


 


Sans pouvoir proposer le moindre début de solution ou de « thérapie », qui s'imposerait pourtant de toute urgence, je voudrais cependant dire un mot sur ce que j'appellerais volontiers « le délire de l'origine ». Puisqu'il ne fait plus de doute que Gobineau, en s'appuyant sur une solide tradition, a non seulement inventé de toutes pièces une « race aryenne », mais prescrit au sein de l'espèce humaine l'artefact généraliste des « différences raciales », pourtant inexistantes sur le plan rigoureux de la génétique, ceux qui se sont engouffrés dans cette brèche imaginaire se sont vus dans l'obligation de mettre en scène une « origine » antagonique, ennemie, pour donner un semblant de réalité à leurs fantasmes de toute puissance : en considérant les différentes stratégies d'exclusion dont elle fut régulièrement frappée dans le monde chrétien, « l'origine juive » était toute trouvée pour tenir une fois encore ce rôle de l'ennemi et du « bouc émissaire » nécessaire à la consolidation d'une origine fictive, promue par les idéologues fascistes.



Or, concrètement, il s'agissait bien souvent de citoyens européens parfaitement assimilés, parfois convertis au christianisme (protestantisme, catholicisme), bien souvent loin des croyances religieuses et de certaines «
traditions » que l'on aurait pu assigner à une quelconque origine : que l'on se souvienne de Freud, Wittgenstein et Karl Kraus à Vienne, du philosophe Husserl à Fribourg ou du physicien Einstein à Berlin, de tous ces artistes, peintres et cinéastes expressionnistes, compositeurs et musiciens, acteurs et metteurs en scène de théâtre, écrivains et poètes, protagonistes de l'art moderne européen avant l'irruption du fascisme avec son « invention of tradition » (Hobsbawm) et son « délire de l'origine » qui ont brutalement mis fin à l'une des périodes culturelles les plus riches et inventives que l'on puisse imaginer. Et l'Europe ne s'est toujours pas remise de cette perte immense.


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Mais que s'est-il donc passé ?



Ces citoyens européens, on les a d'abord privés de leurs droits civiques et en définitive de leurs citoyennetés nationales pour les confronter à une « origine » dont beaucoup s'étaient éloignés tant sur le plan religieux que sur celui des « traditions ». Sans parler d'un grand nombre de « mariages mixtes », notamment en Allemagne : les autorités nazies ne se contentaient pas de persécuter les parents, mais
harcelaient également les enfants issus de ces mariages, considérés comme « Halbjuden » (« demi-juifs »). Il est important de rappeler aux jeunes gens que cinq ou six millions de Juifs ont été assassinés par les fascistes européens et avant tout allemands entre 1941 et 1945 dans des conditions atroces. Mais il est tout aussi important de leur préciser qu'il s'agissait en premier lieu de citoyens appartenant à leur communauté nationale : Allemands, Français, Polonais, Hongrois et tant d'autres.


 


Dans ce contexte, je voudrais revenir sur la piste possible de la peur transformée en haine de l'étranger : en effet, l'exemple des Juifs européens peut montrer le caractère fictif et donc finalement imaginaire de cette question de l'origine. En admettant que toute « différence raciale » est une invention diffusée à des fins polémiques ou idéologiques et que la plupart des Juifs européens étaient assimilés ou, comme on dirait aujourd'hui, parfaitement intégrés dans les différentes communautés nationales, il fallait vraiment chercher très loin pour stigmatiser ces citoyens dans le but d'en faire des « étrangers » et, ipso facto, des « ennemis ».



La peur, j'en suis convaincu, est liée à l'imaginaire et notamment à la représentation que l'on peut se faire d'un inconnu. Surtout quand il s'agit en vérité d'une fiction ou d'un fantasme qui n'a donc que peu de rapport avec une quelconque figure réelle. Et la peur transformée en agression, en haine pour une figure imaginaire, doit nécessairement comporter une part irrésolue ou, comme diraient les psychanalystes, un « déplacement » fondamental.
Il faudrait donc commencer par chercher chez soi-même l'origine de cette peur devenue inconsciente suite à sa transformation en agression, en haine pour un ennemi fictif : dans son propre imaginaire d'abord, dans les méandres phylogénétiques du système limbique ensuite.


 

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Pour finir, il convient de rappeler cette évidence : l'assassinat des Juifs, même s'il constitue une apogée de l'horreur, a suivi un grand nombre d'autres génocides. Et, loin de marquer un point final à cette logique d'extermination, d'autres massacres de populations entières lui ont succédé. De sorte que l'on ne peut s'empêcher de reposer cette question à mon sens fondamentale : et si l'être humain était par nature un exterminateur ? qui, d'ailleurs, ne se limite pas à tuer en masse ses semblables, que ce soit à travers l'esclavage, les camps de la mort, les expéditions punitives, les actions guerrières et tant d'autres stratégies d'élimination, mais qui étend sa furie de destruction aux autres espèces vivantes, animales et végétales, guidé par ce précepte de Descartes souvent cité : « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». - Dans ces entreprises destructrices, tous les prétextes sont bons, toutes les rationalisations sont de mise. Or, le tort des êtres humains est de croire à la vérité des prétextes, à la rationalité des rationalisations, alors que la plus sophistiquée des métaphysiques peut receler un dessein idéologique et une volonté de domination. D'autre part, il faut se méfier de ses sentiments viscéraux, de ses élans immodérés de haine. Car il se pourrait qu'ils n'appartiennent pas aux individus que nous sommes, mais à notre espèce, comme un reste de « barbarie » ou de « sauvagerie » qui persistent d'autant plus qu'on cherche à les « dompter », à les « civiliser ».


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NOTES


(*) Faut-il le préciser ? Dans mon interrogation sur les trois « néologismes » mentionnés, les dates de leurs premières apparitions ne correspondent évidemment pas à l'émergence -  bien antérieure, voire immémoriale - des phénomènes qu'ils sont censés désigner. Cependant, ce n'est pas un hasard si ces nouveaux mots apparaissent à des moments historiques bien particuliers, comme la controverse de Berlin sur l'antisémitisme (Berliner Antisemitismusstreit, 1879/81) ou l'affaire Dreyfus (1894/1906). - À creuser !


(**) Voici l'extrait d'un commentaire de Leperse qui apporte des précisions à propos du néologisme « antisémitisme ». Je cite : L’attribution à Wilhelm Marr du mot « antisémitisme » est une erreur que j’ai commise moi-même d’ailleurs, pendant de longues années. Ce mot date en effet des années 1850 et je vous en donnerai les références dans un prochain commentaire. - Quant à l’étiquette antisémite, uniquement dans son sens antijuif, et popularisée par Wilhelm Marr lors du procès d’Alfred Dreyfus, faut pas oublier que vers la fin du 19ème siècle, l’on comptait très peu d’Arabes en Europe et hormis quelques rares missions diplomatiques, il n’y en avait pratiquement aucun. Il y a donc une distorsion compréhensible entre les sens étymologique et pratique.


Et ma réponse :


Je ne suis pas sûr que W. Marr participa activement aux polémiques autour de l'affaire Dreyfus. Peut-être les « thèses » du fondateur de la « Ligue antisémite » furent-elles relayées par d'autres. - J'ajoute qu'à sa décharge, on peut lire sur WikipédiaMarr publia à Hambourg un essai final intitulé Testament d'un antisémite, où il expliquait avoir rejeté la « misérable folie romantique du germanisme ». Il se plaignait du fait que l'antisémitisme moderne s'amalgamait au mysticisme et au nationalisme allemand, condamnant les « chefs buveurs de bière », les crieurs de « Heil » de l'antisémitisme moderne ainsi que le cruel préjudice contre les écrivains et penseurs juifs. - Malheureusement, et malgré cette repentance probablement peu audible, le mal était fait ! - Quant à la date mentionnée pour la première apparition du concept, elle coinciderait alors avec celle de la parution de l'essai de Gobineau. Cela dit, il faut peut-être distinguer la première mention d'un concept et sa « popularisation  » ou sa réception à une plus large échelle. La date d'entrée dans les dictionnaires est souvent un bon indicateur. Dans l'article Antisémitisme de Wikipédia, je lis : Le mot (antisemitisch en allemand) a été utilisé une première fois en 1860 par l'intellectuel autrichien et juif, Moritz Steinschneider. Or l'encyclopédie précise que cet emploi est resté confidentiel et ne s'est généralisé qu'avec le Berliner Antisemitismusstreit (1879/81) mentionné ci-dessus. - À vérifier...


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Commentaires


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Une note de référence !
Mise illico dans mes favoris.


Écrit par : Pyroman | 12 janvier 2014

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Salut amical, Mr. Pyro, on attend impatiemment vos nouvelles livraisons...

Écrit par : sk | 12 janvier 2014

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Ouf, vous existez toujours bien SK ! Je vous avais presque perdu de vue à cause de mes récents et sempiternels ennuis quand j'ose une note pas trop lâche...

Votre note est superbe et me fais le plus grand bien.

Écrit par plumeplume | 12 janvier 2014 |

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Bonne année à vous, chère plumeplume, et plein de nouvelles aventures...

Écrit par sk | 12 janvier 2014 |

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Bel amalgame entre la peur-haine de l’autre, de l’étranger (un peu viscéral), et le racisme qui est une théorie qui prétend que chaque race a des caractéristiques particulières dont on peut déduire la supériorité des unes par rapports aux autres. Les deux sont parfois ou souvent liés, mais sont fondamentalement différents.

Par exemple les colons blancs n’avaient ni peur ni haine de leurs esclaves noirs. Mais se considérant comme supérieurs, ils étaient bien racistes pur sucre (de canne).

Écrit par j.michel | 12 janvier 2014 |

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Salut j.michel, je ne sais pas trop quoi vous répondre, ayant l'impression que votre lecture ne se rapporte pas vraiment au texte que j'ai écrit...

PS. - Aborder le colonialisme et a fortiori l'esclavage aurait fait sauter le cadre de cette note qui cherche à montrer - trop succinctement d'ailleurs - un phénomène précis : la fabrication de l'ennemi...

Écrit par sk | 12 janvier 2014 |
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Bonsoir sk

L’attribution à Wilhelm Marr du mot ««antisémitisme »» est une erreur que j’ai commise moi-même d’ailleurs, pendant de longues années. Ce mot date en effet des années 1850 et je vous en donnerai les références dans un prochain commentaire.

Quant à l’étiquette antisémite, uniquement dans son sens antijuif, et popularisée par Wilhelm Marr lors du procès d’Alfred Dreyfus, faut pas oublier que vers la fin du 19ème siècle, l’on comptait très peu d’Arabes en Europe et hormis quelques rares missions diplomatiques, il n’y en avait pratiquement aucun. Il y a donc une distorsion compréhensible entre les sens étymologique et pratique.

Le reste de votre billet est brillant comme d’habitude et je me suis permis de vous faire parvenir en aparté un modeste travail que j’avais fait sur le blog de Marc à une époque où je n’en possédait pas. Cordialement.

Écrit par Leperse | 12 janvier 2014 |
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Merci beaucoup Leperse, j'intègre illico une note supplémentaire dans le texte. Bien à vous.

Écrit par sk | 12 janvier 2014 |
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Excellent texte sk. (je ne vous note pas comme un gosse, je veux dire simplement combien j'apprécie votre apport).

J'y retrouve des expériences familiales vécues , je veux dire par mes grands parents d'ascendance allemande (et juifs) qui n'ont jamais compris à quel point ils étaient indésirables, et pourquoi, dans un pays où ils avaient combattu en 14-18 avec le même sang chaud que les Allemands, et comme eux croyaient-ils...
Les Juifs, ce peuple errant et étranger, quelles incompréhensions n'ont ils pas traînées... Pas sédentaires, horriblement "cosmopolites", jamais "pareils", donc "rompus aux fourberies". L'errance, quelle angoisse pour un nationaliste du terroir! La différence, quel risque pour le peuple majoritaire! Et les métiers interdits (ceux de la terre) qui les firent se tourner forcément vers le commerce et l'argent -pour se l'entendre reprocher comme une tare native! Même la médecine les rendait suspects. Cette science qui s'affranchit de "Dieu".

L'Etat d'Israël nationaliste, quel objet parfois incongru... Juif de culture et nationaliste "de terrain", quel destin! Quand votre tradition tient dans un livre qui se trimballe partout, s'attacher à une terre qui est fixe, qui n'avait fonction que de mythe... mais que le sionisme a fait se concrétiser, que les massacres ont fait se remplir de rescapés (dont mes familles d'origine). Oui, cela pose question à un Juif, de savoir comment il se peut qu'il veuille une terre alors que tout son héritage est "hors sol", et que le nationalisme est né dans son histoire culturelle en même temps qu'il est né ailleurs, parce qu'il participait aux autres cultures aussi (le sionisme fait partie de ces idéologies du XIXè siècle). Ce nationalisme sioniste qui actuellement, depuis 65 ans, heurte de plein fouet d'autres nationalismes...venus d'autres nomades attachés au territoire . Paradoxal, non? (je connais l'histoire, mon interrogation est faussement naïve, mais elle est AUSSI fondée culturellement).

J'ai dérivé de votre note, comme souvent... mais je suis "sensible à votre sensibilité" dans cette analyse que je trouve très juste.
Jusqu'à ce que vous dites des lois de l'espèce, la propension au massacre que nous avons en partage, nous les vivants. Spinoza l'écrivait si bien, cette tendance à la violence que seule l'éducation , l'éthique, nous fait dominer.

Merci sk. Merci.

Écrit par : talweg | 13 janvier 2014

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Vous passages me feront toujours grand plaisir, talweg, même si vous pouvez (devez aussi) marquer vos désaccords (n'hésitez jamais), je crois comme vous dites que c'est une histoire de sensibilité...


Avec ce que vous dites - on peut vous faire confiance sur le "pesage" des mots - vous ouvrez de nouveaux espaces de réflexion...

Un peu fatigué par mon travail du week-end, je n'ai pas la lucidité nécessaire pour me mettre à niveau, alors pour aujourd'hui je vous dis simplement shalom !

Écrit par : sk | 13 janvier 2014

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Salut, SK

Joli texte auquel j'amène quelques petits compléments.

Le Peuple Juif, inventé ou non, a vécu en communautés autarciques dans tout l'Europe et l'Afrique du Nord, regroupés dans des quartiers (les rues aux juifs françaises, toujours existantes) et enfermés dans des ghettos (le premier étant à Venise). On peut considérer que le ciment unificateur était la religion, et l'oppression des autres. Un mouvement philosophique inspirée par les Lumièresa émergé en Allemagne au 18ème siècle, la Halakha, Ce mouvement prônait l'ouverture des communautés juives et leur intégration dans les sociétés où ils vivaient, mouvement de sécularisation et de première modernisation qui généra le premier schisme réel et profond. Les premiers assimilationnistes juifs furent les allemands, bientôt suivis par les français puis les européens. L'Afrique du Nord suivit au 20ème siècle, aidée en cela par les colonialismes français, italien et britannique.

La Halakha se répandit très vite dans les pays de l'Est, amplifiés par la judéophobie active ambiante et incita nombre de juifs à adhérer aux mouvements révolutionnaires et marxistes.

Les communautés juives occidentales se sont plus que largement sécularisées et sont intégrées dans le corpus social de leurs pays d'accueil depuis quelques siècles, le principe d'évolution de toute minorité opprimée jouant à plein en utilisant tous les ascenseurs sociaux possibles.

L'émergence des nationalismes européens et la mécanique bien rodée du bouc émissaire ont ensuite complété l'arsenal de antisémitisme, complétant l'antisémitisme religieux par un antisémitisme économique.

Le renouveau religieux juif religieux est un phénomène relativement récent, les juifs religieux américains émigrés au cours des années 20/30 s'étant brusquement réveillés lors de la création d'Israël puis se sont radicalisés dès 67 et les conquêtes territoriales. Les séfarades PN se sont radicalisés et devenus plus religieux qu'avant par affirmation d'une identité perdue lors des émigrations forcées de 62 et 67 ... "Je suis juif, donc j'existe et je vous emm....".

La "nouveauté", c'est la libération de la parole judéophobe, facilitée par l'importation du conflit I/P, l'humoriste de la Main d'Or n'en étant qu'un indicateur de cette situation.

Très jolie note, donc.

Bonne journée, SK.

Écrit par : Marc | 13 janvier 2014

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Très important rappel historique, cher Marc... et s'il fallait inclure les différents colonialismes, p.ex. : grec, romain, arabe, européen et leurs pratiques de l'esclavage, les actions guerrières des empires, royaumes, nations, et les ségrégationnismes divers et variés... un bouquin de mille pages ne suffirait pas pour faire le portrait de cet Homme "civilisé" dont nous sommes, peu importent les "origines" et bon gré mal gré, les héritiers un peu trop lourdement dotés !

En attendant il faut vivre, alors portez-vous bien.

Écrit par : sk | 13 janvier 2014

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Je réponds à « ayant l'impression que votre lecture ne se rapporte pas vraiment au texte que j'ai écrit... »

Je mets de côté l’antisémitisme qui est un racisme assez spécial et sur lequel tout ce que je pourrais dire se retournera contre moi par mauvaise interprétation (j’en ai déjà fait l’expérience sur le blog d’un commentateur ci-dessus qui connaît parfaitement l’étiquette qu’il mérite). Mais votre note parle aussi du racisme et de la xénophobie, et c’est à ces concepts que mon commentaire faisait référence. Or si j’ai bien lu, vous expliquez le racisme par la « haine viscérale qui se manifeste vis-à-vis de l'étranger ». Dans mon commentaire je ne fais que contester cette idée développée notamment dans les 2 paragraphes sous la seconde photo.

Écrit par : j.michel | 13 janvier 2014

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Ce que dit SK "« haine viscérale qui se manifeste vis-à-vis de l'étranger » se vérifie dans nos doulces provinces de France où Clochemerle n'est pas une vue de l'esprit. Je l'ai constaté de nombreuse fois au cours de mes vadrouilles professionnels, le cas le plus stupide que j'au pu voir étant à Avignon, dans un centre de calcul où j'avais remarqué qu'un des employés était systématiquement mis en boite, et pas gentiment. J'ai demandé le pourquoi et on m'a répondu "Té, putaing, il est de Sorgues !!". Sorgues-Avignon, 17 bornes ...

Idem en Bretagne, en Lorraine, en Alsace, phénomènes oubliés par les citadins pur sucre.

Faut sortir et ne pas être parisianiste ...

Écrit par : Marc | 13 janvier 2014

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J'ai commis une énorme boulette, en parlant de Halakha au lieu de Haskala !!! La Halakha étant la continuation la plus rigoriste du Judaïsme religieux, sur lequel s'appuient nos gentils porteurs de redingotes et bas blancs ...


Désolé de cette inversion ...

Écrit par : Marc | 13 janvier 2014

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J'essaye le moins possible d'avoir, d'avancer des certitudes (convictions), puis de les défendre mordicus contre vents et marées (souvent en dépit de tout bon sens)...

J'émets des hypothèses plutôt intuitives et, vues sous certains angles, plus ou moins évidentes (sensées), puis je cherche des éléments, des pistes pour une démonstration ("phénoménologique") qui ne marche pas sur des sentiers battus (où tous les problèmes sont toujours déjà "traités") : parfois je me fourvoye, alors je laisse tomber, parfois la recherche me surprend, alors je suis content, mais bien souvent j'ai l'impression que ça se termine un peu en eau de boudin, alors je suppose qu'il pouvait s'agir d'un faux problème, un résultat qui n'est pas complètement inutile, eu égard à la flopée de faux problèmes qui s'ignorent (et qui nous empoisonnent l'existence à petit feu)...

Bien à vous tous.

PS. - Pour tous ces compliments, il faut à nouveau que (les joues rouges) je vous sorte l'auteur du Fiasco (comique de répétition) qui s'étonnait qu'une salle applaudissait exceptionnellement une de ses pièces : "J'ai dû commettre une erreur quelque part !"

Écrit par : sk | 13 janvier 2014

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Intéressant à ce sujet l'histoire du mot "hôte" qui a cette particularité de signifier aussi bien celui qui reçoit que celui qui est reçu.
Il vient du mot "hostis" qui signifie d'abord étranger et ensuite ennemi. Pour le sens d'hôte, le latin fabriquera "hospes" de même racine.
Les coutumes religieuses archaïques voulant que l'on sacrifie aux dieux une part du butin pris à l'ennemi, quand il y avait sacrifice humain, c'étaient des prisonniers de guerre. Les autres étaient réduits en esclavage.
Le mot pour victime sacrificielle est "hostia", de même racine qui a donné "hostie" dans la religion chrétienne.

Pour ce qui est du terme "xénophobie", il y a eu manifestement évolution du sens. Aujourd'hui, il faudrait plutôt parler de "mysoxénie" même si elle a la première pour origine.

Histoire de vous faire rougir un peu nplus, j'ai beaucoup apprécié votre note notamment ce que vous dites sur le fantasme de l'origine et le délire qu'il entraîne.

Écrit par : Benoît | 14 janvier 2014

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Bienvenue Benoît, oui là ça vire à l'écarlate ! mais avec vos précisions philologiques et les remarques qui ont précédé, je constate qu'il y aurait fort à faire : or, au départ, je n'ai fait que rechercher le sens des trois mots cités, qui sont dans toutes les bouches aujourd'hui, quelquefois juxtaposés, pour constater d'une part qu'il s'agit de créations récentes, nées autour de polémiques d'idéologues, d'autre part que les deux premiers sont finalement inconsistants (l'un sémantiquement, l'autre scientifiquement), ce qui aura peut-être nécessité la création du troisième, plus cohérent et plus près de ce dont il s'agit à mon sens. Si vous en proposez la modification, je serais plutôt d'avis de le garder pour les raisons que j'évoque dans le texte et peut-être aussi par respect pour l'intégrité existentielle de son (supposé) créateur...

Écrit par : sk | 14 janvier 2014

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Savent-ils ce qu'est une hostie en Afrique ? (cf. la censure du commentaire sans doute malveillant envers le corps du Christ :-))


--- je disais donc que je contestais une des thèses qui me semblent être développées dans votre article, à savoir que le racisme ne serait qu’un effet collatéral de la « haine viscérale qui se manifeste vis-à-vis de l'étranger ».

C’est oublier l’intérêt économique de la chose : il fallait faire travailler pour le moins cher possible des hommes comme on fait travailler des chevaux ou des paires de bœufs, d’où cette assimilation à des choses qu’on peut acheter et vendre, grâce à la théorie selon laquelle tout homme n’est pas égal.

Aucune haine viscérale là-dedans, c’est purement économique, et très intellectuel.

Écrit par : j.michel | 14 janvier 2014

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Je vous sais gré de revenir préciser votre pensée en oubliant les contentieux extérieurs, sinon vous me mettriez en situation de devoir choisir (censurer), ce que je n'ai aucune envie de faire puisque je respecte a priori tous ceux qui prennent la peine de commenter mes bafouilles, ou encore de prendre position sur des histoires qui m'échappent en grande partie. Ceci dit, vous pouvez évidemment - et vous le savez - marquer votre désaccord avec des thèses (convictions) avancées dans les commentaires.


Vous avez raison pour l'aspect économique, essentiel, dont je ne parle pas ici comme j'ai fait l'impasse sur le colonialisme européen, dont Gobineau a bien sûr fourni l'idéologie (en partie a posteriori). Il n'est pas le seul : en dépiautant la métaphysique moderne depuis Descartes, on s'aperçoit d'un certain nombre d'aspects idéologiques qui font la promotion de l'homme occidental aux dépens des autres. - Le problème du racisme, à mes yeux, est qu'il n'a aucun fondement scientifique, que tout y est "rationalisation". Quant à ce sentiment viscéral à l'origine de la haine de l'autre, je cherche à me l'expliquer (comme vous peut-être). Qu'il n'existe plus quand l'autre est dominé comme l'est un esclave ou un "indigène", cela me semble normal. En revanche, je suppose qu'il doit continuer à exister de façon virulente et tout à fait justifiée dans la tête de l'esclave ou du colonisé. Ce que je cherche à m'expliquer, c'est ce sentiment en dehors de toute raison valable comme il continue d'exister aujourd'hui, sous nos latitudes et ailleurs : je donne quelques éléments de réponse sans tirer de conclusions définitives, préférant laisser une ouverture que de bétonner le Mur !

Écrit par : sk | 14 janvier 2014

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La "défense du territoire" et la "chasse à l'intrus", les oiseaux de mon jardin la pratiquent aussi, on a du recevoir ça en héritage. A ceci près que "sapiens à la puissance deux", l'on sait le comprendre et l'exprimer, soit pour le reproduire, soit pour s'en prémunir.

PS: l'atération de sens de "phobie" qui de "crainte" est devenue 'haine", est désormais largement entériné par l'usage, et irréversiblement. Homophobie n'a jamais signifié crainte de se faire...

Écrit par : nolats | 15 janvier 2014

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Nolats n'a jamais été en prison, car il saurait que la crainte de se faire... existe bel et bien, et sans phantasme.

Écrit par : j.michel | 15 janvier 2014 | Avertir le modérateur

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encore à faire l'âne pour avoir du foin, ce n'est pas ça qu'on appelle homophobie.

Écrit par nolats | 15 janvier 2014 |

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Oui je sais, hors prison, l’homophobie est un truc inventé pour motiver une autre atteinte à la liberté d’expression.

[...*]

Comme si l’homo était une race, alors qu’elle est incapable de se reproduire.

[...*] PS. - Mon commentaire a été un peu édulcoré, pour le lire en entier et comprendre, il est ici :
lenobservateur.wordpress.com/netino/censure-sans-moderation/motif-inconnu-pour-raisons-techniques/commentaires/#2014-01-16-13h05

Écrit par j.michel | 15 janvier 2014 |

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Je ne vois pas en quoi une "phobie" ne devrait se rapporter qu'à une "race" (peuple, ethnie..). Par ailleurs, la question ne porte pas sur la liberté d'expression des opinions, mais sur la discrimination, l'insulte et l'incitation à la haine envers un groupe humain, ou une personne du seul fait de l'appartenance à ce groupe.

Écrit par : nolats | 16 janvier 2014

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OK. - mais là on noie le poisson une fois de plus sur le perso : l'histoire de l'hostie est intéressante si on peut construire un lien avec "hôte" (double sens) et "hostilité"... et c'est bien la figure du Christ qui dit "ceci est ma chair"...

D'autre part, tout le problème me semble résider dans le terme de "phobie" et sa "conversion" (sémantique et cérébrale) en "haine"...

Ce serait intéressant de creuser sans toujours tomber dans le même bac à sable. Merci Messieurs !

PS. - Je viens de lire dans une encyclopédie sur les mammifères, au chapitre comportement social des primates : "Le motif principal pour la formation de groupes semble être le danger émanant des prédateurs"... De là à "prédateur imaginaire"... ("Mars attacks !")

Écrit par : sk | 15 janvier 2014

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