vendredi 20 avril 2012

[Note] Prélude à un débriefing

Il faut dire ce qu'il faut dire. Les autoproclamés "antisystème" reproduisent les travers imputés au "système" : extrême-gauche et extrême-droite, chacune créditée d'environ 15% dans ce pays, soit en gros un bulletin sur sept, allongent un sprint final à peu près semblable aux jets de tomates pourries entre sociaux-démocrates et libéraux, soutenus par la moitié de l'électorat français, soit un votant sur quatre pour chacun de ces deux courants politiques considérés comme "frères ennemis". Resteraient dans ce calcul quelque 20% qui "se baladent dans la nature" : les Nini à la Bayrou et les Verts à la Joly, ces deux options ayant quelques affinités comme le montre par exemple la position de N. Hulot.

Les instituts de sondage tirent également leurs dernières cartouches comme Ipsos (Logica Business Consulting) pour France Info, France Télévisions, et Le Monde ("sondage réalisé du 18 au 19 avril sur  1021 personnes inscrites sur les listes électorales interrogées par téléphone selon la méthode des quotas"). Voici comment le résultat est rapporté sur France Info ce matin (20 avril 2012) :  
François Hollande [...] recueille 29% des intentions de vote au premier tour, devant Nicolas Sarkozy qui n'en obtient plus que 25,5, ce sont exactement les chiffres et l'écart enregistrés les 2 et 3 mars dernier. Comme si le président-candidat avait fait un mois de campagne et de meetings pour rien. [...] - Marine Le Pen affiche 16% d’intentions de vote (+1), Jean-Mélenchon 14 (-0,5) et François Bayrou reste 5e avec 10%. - Beaucoup plus loin, les "petits candidats". Eva Joly avec 2 points (-0,5) est en tête de ce groupe, suivie par Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou qui restent ex-aequo avec 1,5 point (+0,5 point chacun). Jacques Cheminade est stable avec 0,5% d’intention de vote et Nathalie Arthaud perd le seul point qu’elle avait…[...] - Au second tour, malgré une hausse des reports des votes Bayrou et Le Pen vers Nicolas Sarkozy, François Hollande l'emporterait devant Nicolas Sarkozy 56-44. Mais un électeur sur cinq hésite encore, et un sur dix affirme pouvoir encore changer d'avis. 

vendredi 13 avril 2012

Du nouveau dans la spéculation sur la dette française

La Tribune a fait paraître hier (12 avril 2012) cet avis de Pascal Canfin, eurodéputé EELV, sur le nouveau contrat à terme lancé par Eurex, qui donne actuellement lieu à une polémique considérable :

A partir du 16 avril, il sera plus facile de spéculer sur la dette française. Non, Goldman Sachs ne vient pas d'inventer un nouveau produit financier, mais il s'agit d'une décision prise directement par l'agence France trésor (AFT), un service de Bercy en charge de placer la dette française. L'AFT a en effet autorisé Eurex - une bourse allemande spécialisée dans les produits dérivés - à commercialiser un produit "future" sur la dette française. Autrement dit, l'Etat français donne son feu vert pour acheter ou vendre à terme de la dette française, ce qui permet de se couvrir contre le risque lié à la détention d'obligations françaises mais aussi, et c'est là le problème, de spéculer sur l'évolution des taux d'intérêt français.

Ce type de contrats existe déjà mais ils sont aujourd'hui échangés en gré à gré. Le fait de les passer sur un marché transparent apporte un avantage. Néanmoins, ce bénéfice doit être mis en balance avec les inconvénients du développement de ce type de produits dérivés sur la dette française. En effet, ce nouveau produit permettra aux investisseurs de spéculer beaucoup plus facilement et à moindre coût sur l'évolution des taux d'intérêts des obligations émises par l'Etat français. Et ni la législation française, ni la législation européenne n'offrent de réels garde-fous. Ces contrats peuvent être aujourd'hui utilisés pour prendre des positions purement spéculatives... par exemple après le 6 mai prochain. Il aurait été tout à fait possible à l'Agence France Trésor - qui a autorisé Eurex à commercialiser ce nouveau produit - d'y mettre des conditions. Par exemple, le fait d'obliger l'une des deux parties de la transaction à détenir effectivement de la dette française et donc, de se trouver dans une position de couverture d'un risque et non de spéculation.

De plus, ceux qui assurent la promotion de ce type de produit, Eurex mais aussi l'Agence France Trésor font miroiter davantage de liquidité sur la dette française grâce à ces produits dérivés. Or, offrir plus de liquidité, c'est à dire la capacité d'acheter ou de vendre à tout instant, n'a pas que des avantages. Par temps calme, elle peut effectivement contribuer à diminuer le taux d'intérêt. Mais par gros temps, une telle liquidité entraine au contraire encore plus de volatilité et d'instabilité. Une situation que l'on ne peut exclure sur la dette française... D'ailleurs si la liquidité permanente devait conduire à une plus grande stabilité, on aurait déjà pu le mesurer depuis des années. La réalité est qu"il n'y a jamais eu autant de liquidité sur les marchés financiers... et jamais eu autant de crises financières rapprochées dans le temps.

La décision, prise par l'Agence France Trésor, semble encore une fois avoir échappé au politique pour relever de la sphère technique où tous les intervenants, acteurs privés et publics, partagent le même corpus de valeurs et le même dogme de la liquidité permanente. Il est vraiment plus que temps que le politique reprenne la main sur la finance...

jeudi 12 avril 2012

La performance de Philippe Poutou

Il fallait rester jusqu'au bout pour assister à ce que les médiatiques appellent "un grand moment de télévision". L'émission "Des paroles et des actes" (France 2, 11 avril 2012) présentait cinq candidat(e)s à la Présidentielle, dans l'ordre : N. Dupont-Aignan, E. Joly, F. Hollande, M. Le Pen, Ph. Poutou, chacun(e) disposant d'une vingtaine de minutes pour s'exprimer. La seconde fournée télévisuelle - N. Sarkozy, F. Bayrou, J.L. Mélenchon, N. Arthaud, J. Cheminade - est à l'antenne ce jeudi 12 avril.

Si les performances des quatre premières personnalités politiques étaient attendues et surtout prévisibles pour les trois journalistes drivés par l'ébouriffant David Pujadas, celle de Philippe Poutou a fait sauter le dispositif médiatique, étudié pour imprégner à la discussion ce rythme censé river le téléspectateur criblé d'ennui à son poste. Or, la rupture de l'ennui est venue d'ailleurs.

Avec un débit inhabituel, des propos pertinents et un sens développé de l'à propos, le militant ouvrier du Nouveau Parti Anticapitaliste a considérablement déboussolé les médiatiques, qui se sont pris les pieds dans le tapis qu'ils ont eux-mêmes posé. Mais écoutez plutôt :


lundi 9 avril 2012

Vote par procuration

Comme nous l'apprend le site Service-Public, le vote par procuration en cette période de vacances n'est pas une démarche très compliquée. Détails :
- Le vote par procuration permet à un électeur absent, de se faire représenter, le jour d'une élection, par un électeur de son choix.
- La personne qui donne procuration (le mandant) désigne librement la personne qui votera à sa place (le mandataire). - Le mandataire doit toutefois répondre à 2 conditions : être inscrit dans la même commune que son mandant et ne pas avoir reçu d'autre procuration en France.
- Le mandant indique les raisons de son absence par une simple déclaration sur l'honneur prévue sur le formulaire.
- En France, le mandant peut se présenter au commissariat de police, à la brigade de gendarmerie ou au tribunal d'instance de son domicile ou de son lieu de travail. - À l'étranger, il doit se présenter au consulat ou à l'ambassade.
- Le mandant doit fournir un justificatif d'identité admis pour pouvoir voter (carte nationale d'identité, passeport ou permis de conduire par exemple).
- Les démarches doivent être effectuées le plus tôt possible pour tenir compte des délais d'acheminement et de traitement de la procuration en mairie. En principe, une procuration peut être établie jusqu'à la veille du scrutin, mais le mandataire risque alors de ne pas pouvoir voter si la commune ne l'a pas reçue à temps.
Cette démarche administrative est gratuite.

samedi 7 avril 2012

[Note] Hollande - Sarkozy : Fragments d'un double discours

Je viens d'écouter le discours de François Hollande tenu à Mont-de-Marsan le 29 mars 2012 et celui de Nicolas Sarkozy prononcé à Caen le 6 avril 2012. Le choix de ces adresses publiques - mises en ligne ici-même à titre d'information - est un peu le fruit du hasard : si les exercices oratoires de N. Sarkozy sont nombreux sur son site de campagne, ceux de F. Hollande sont plus rares ; j'ai donc choisi le plus actuel de l'un (6 avril - 70'56") et le plus récent de l'autre qui ait une durée quelque peu comparable (29 mars - temps réel 52'40").

Avec une diffusion apparemment inégale des différents discours tenus par les deux candidats, le premier point de cette petite analyse comparative concerne la production de ces deux documents de campagne. La vidéo de Caen a été tournée avec une multitude de caméras, un grand nombre dirigées sur le public : gros plans sur la jeunesse sarkozyste et le public enthousiaste, plans larges sur les drapeaux agités dans la salle. Montage dans les règles de l'art, bande son impeccable. - Toute différente la vidéo de Mont-de-Marsan : plan fixe sur l'orateur, sous-titrage et traduction simultanée en langage des sourds. Aucun montage apparent, bande son légèrement saturée ...

Les vidéos montrent clairement que le show est du côté de N. Sarkozy qui met en œuvre une campagne à grand spectacle, dont le coût énorme avec, par exemple, l'envoi de plusieurs millions d'exemplaires de sa Lettre aux Français de 35 pages, peut faire réfléchir dans le cadre des procédures en cours. La production plus modeste de F. Hollande, qui renonce aux effets cinématographiques, comporte cependant un plus avec les traductrices en langue des signes et le sous-titrage en direct. Il veut être entendu : parfois à la limite de l'extinction, sa voix rauque qui scande un discours combattif contraste avec le registre de N. Sarkozy qui alterne le ton léger de la causerie mondaine et la gravité apparemment réclamée par la crise.

Comme l'exige le genre, la forme du discours est résolument polémique, les deux candidats utilisant ici avec prédilection l'ironie portant sur les déclarations et les propositions de l'autre, qui est donc implicitement désigné comme le principal rival : ainsi, par procuration, on assiste à une sorte de dialogue - ou, au choix, de non-dialogue - entre les deux politiciens. F. Hollande a ici l'avantage de pouvoir se référer au bilan du quinquennat écoulé, alors que N. Sarkozy l'utilise au contraire pour faire valoir son expérience de la fonction présidentielle, dont il retient les points qu'il juge positifs.

vendredi 6 avril 2012

[Note] Menace terroriste, menace nucléaire

A l'heure où un "incident" est signalé à la centrale nucléaire de Penly (Seine Maritime), pendant qu'un "coup de filet" dans les milieux islamistes français sur ordre du gouvernement est toujours en cours après les vagues médiatiques de l'affaire Merah, on peut se poser des questions sur la hiérarchie des informations.

Ce jour, le moteur de recherche Google répertorie 180.000.000 entrées (!) pour le nom propre Merah, contre 123.000 pour celui de Penly. - Bien sûr, l'incident, qui n'est rien moins qu'un véritable accident, sans pour autant préjuger de sa gravité, ne s'est produit qu'hier, jeudi 5 avril 2012, mais on peut déjà affirmer que cette menace nucléaire, pourtant bien réelle, n'atteindra pas les sommets de l'action extrêmement médiatique d'un tueur en masse dans le toulousain.

mardi 3 avril 2012

[Billet] Le déni économiste

L'hebdomadaire britannique The Economist vient de faire sa Une sur le titre France in Denial ("La France dans le déni"). Sous-titre : The West's most frivolous election ("L'élection la plus frivole de l'Occident"). L'illustration est un modèle du genre :


Sur la mention de copyright en bas à droite ne figure pas le peintre Édouard Manet (Le déjeuner sur l'herbe). Normal : il est dans le domaine public, isn't he ?

Or, ce détournement plutôt sympathique montre involontairement de quoi il pourrait également s'agir : de l'appropriation du bien public à des fins commerciales.

Non, sérieusement : Une fraction du pourcentage que cette image peut rapporter ne devrait-elle pas être reversée aux peintres vivants en difficultés ? Les vieux poètes ne pourraient-ils pas profiter un peu de l'utilisation de Baudelaire pour vanter le "luxe inouï" d'une nourriture pour chats ? Et ces musiciens réputés pauvres des commercialisations innombrables de Wolfgang Amadeus pendant que les majors crient au scandale parce que le piratage tuerait la musique ? Non, rien à voir ?

Revenons donc à l'image. Les concepteurs de The Economist ont choisi le tableau de Manet pour illustrer la frivolité française de la Fin de Siècle. Ce choix serait un peu moins judicieux en conservant les visages masculins. Or, leur gommage au profit des deux candidats incarnant respectivement les deux principaux courants politiques du monde démocratique - libéralisme et social-démocratie - peut suggérer que le temps s'est arrêté à la Belle Époque, pourtant déjà traversée par une ambivalence fondamentale que l'on retrouve dans l’œuvre. La voici :


Mais, of course, l'article de The Economist concerne un domaine moins frivole que l'interprétation d'une œuvre d'art puisque le photomontage veut faire ressortir le déni de la situation économique du pays dans cette campagne française de 2012.

L'une des phrases clé est celle-ci : Part of the problem is that French voters are notorious for their belief in the state’s benevolence and the market’s heartless cruelty. Je traduis : Une partie du problème concerne les électeurs français qui sont réputés pour leur foi dans la bienveillance de l’État et la cruauté impitoyable des marchés.

Sorry, mais quel est le sens de ce caractère problématique de l'électorat français ? Est-il stupide ? Faut-il stopper le processus démocratique pour raison de "crise économique", dont les principaux responsables occupent des postes clé dans la finance et le commerce international qu'il s'agit de sauver à tout prix ? - Et à quel prix, au juste ? Jusqu'à quel âge faudra-t-il travailler et pour quel salaire de misère, combien d'élèves faudra-t-il dans une salle de classe pour rembourser la "dette" de l’État social ? Ceux qui désertifient la nature, délocalisent et ferment les entreprises, exploitent le travail des enfants comme au temps du capitalisme industriel n'ont-ils donc aucune "dette" vis-à-vis de l'humanité ? Pas le plus petit sentiment de culpabilité ?

Allez, citoyens, n'en déplaise aux forcenés de la livre sterling, votez donc comme bon vous semble !

dimanche 1 avril 2012

Sondage - 1er avril 2012


Le site du Point nous apporte notre dose quotidienne de sondage :
François Hollande reste en tête des intentions de vote, à 28,5 %, devant Nicolas Sarkozy, stable à 27,5 %, mais il perd deux points en quinze jours au profit de Jean-Luc Mélenchon qui, gagnant quatre points à 15 %, prend la troisième place, selon un sondage LH2 pour Yahoo! publié dimanche. Au second tour, le candidat socialiste l'emporterait avec 54 %, malgré un effritement d'un point, face au président sortant (46 %).
Au premier tour, derrière Hollande, Sarkozy et Mélenchon, Marine Le Pen obtiendrait 13,5 %, en baisse d'un point par rapport au précédent sondage LH2 publié le 18 mars, et François Bayrou 12 % (- 0,5 point). Viennent ensuite, très loin derrière, Eva Joly, à 2 % (- 0,5 point), Philippe Poutou, Nathalie Artaud et Nicolas Dupont-Aignan, à 0,5 % chacun, et Jacques Cheminade (0 %).
17 % des sondés n'ont pas exprimé d'intention de vote au premier tour, et 21 % au second. Ce sondage a été réalisé par téléphone les 30 et 31 mars auprès d'un échantillon représentatif de 973 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice complète consultable auprès de la Commission nationale des sondages.
 Alors, il est où, ce poisson d'avril ?

Mélenchon - Hollande : L'état de la Gauche

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon écrit samedi, 31 mars 2012, à l'entrée Face à l’artillerie lourde (caractères gras ajoutés) :
Vous avez noté, bien-sûr, comment depuis quelques semaines, les intentions de vote pour le Front de Gauche relevées par les sondages sont à la hausse. Cette fois-ci cela correspond à ce que nous observons de toute part dans le pays avec nos propres instruments de mesure. La marche sur la Bastille et sa première réplique à Lille en attestent. Je n’en dis pas davantage. Cette situation déchaîne contre moi un ouragan de tirs tendus. Les arquebusiers les plus divers du Front National aux Verts en passant bien-sûr par les socialistes et l’UMP sont montés au feu. Je vois bien que cela énerve ! J’en dis le fond des raisons.
Après des développements sur le malaise dans les lycées professionnels et un paragraphe sur l'association pour le "droit de mourir dans la dignité", le politicien semble en venir à ce fond :
Inutile, je suppose, de dire de nouveau combien le traitement médiatique de la campagne dans la presse écrite peut être décevant. Je parle de la presse écrite car c’est d’elle dont on attend recul et arguments par rapport à l’instantané du média audiovisuel. En réalité, à l’heure actuelle, l’audiovisuel est beaucoup plus factuel qu’une bonne partie de l’écrit. Je n’en juge pas en général mais au cas particulier qui me concerne. Pour l’humour de situation je veux souligner un événement d’un genre nouveau. Il s’agit du traitement du meeting de Lille. A peine avions nous donné le chiffre de la participation que la journaliste du Figaro « tweetait » de tous côtés des persiflages. Du journalisme pro actif en quelque sorte ! Aussitôt les deux autres faces de l’Everest médiatique parisien firent écho. Car la confraternité est plus importante que les faits. C’est donc une première qui a eu lieu. Elle ridiculise les fabricants de faits. Car cette fois-ci la police a… compté. Il y a donc trois chiffres. Celui des organisateurs : 23.000. Celui de la police, reproduit par toute la presse locale : 20.000. Et le chiffre du journal « Le Monde » : 10.000 ! Ah les braves gens. Et, bien sûr, objectivité oblige, le « reportage » avance le chiffre des « organisateurs » pour mieux souligner l’absurde exagération. Manque de chance pour ce type de manipulation, le chiffre de la police (un ramassis de bolcheviks à la solde du Front de Gauche ?) souligne au contraire que nous n’exagérons pas. Mais cet amusant ridicule nous instruit. Il nous rappelle combien le nombre des participants est un enjeu politique. Je ne parle pas de ce qu’en dit la presse parisienne. Cela n’a pas d’impact sur notre trajectoire comme on le voit à notre succès après qu’elle a tant fait pour nous nuire ! Je parle de la perception qu’en ont ceux qui en reçoivent le choc. Car il s’agit d’un choc. Le sentiment de la force décuple la force. La perception du rapport de force fait partie du rapport de force. Et c’est bien pourquoi on reconnaît nos ennemis à cette crispation qui les conduit à nier les faits jusqu’au ridicule !
Un peu plus bas, l'intention d'y venir est clairement annoncée :
Car le fond de l’affaire est le suivant. Tant que Le Pen est troisième, la chanson du vote utile peut être passée en boucle. L’univers politique des quinze dernières années continue à ronronner avec ses rentes de situation et ses positionnements convenus ! Dès qu’elle n’y est plus, le verrouillage des deux premières places saute. Et les suivants de la file sont mis au pied du mur tout aussi fortement ! Dans cette manœuvre, la première bénéficiaire, madame Le Pen, prend toute sa place et vocifère avec le reste de la meute. Et alors apparaît l’incroyable. Il est frappant de constater que les arguments de madame Le Pen et de nombre de mes détracteurs sont les mêmes. Notamment lorsqu’ils utilisent le registre grossier d’un anticommunisme nostalgique de la guerre froide. Chavez, Cuba, le Dalaï Lama sont ainsi régulièrement convoqués à la barre des témoins de mes turpitudes, sans oublier Pierre Lambert et mes trois ans de trotskisme actif il y a quarante ans de cela ! Cécile Duflot y ajoute de touchante remarque sur mon âge avec les mots de l’élégance qui la caractérise.
Pour ceux qui resteraient sur leur faim, le politicien mène ensuite une attaque frontale contre le Parti Socialiste et son candidat François Hollande, après s'être étonné que sa montée dans les sondages ne s'accompagne jamais d'une baisse de son rival à gauche, ce qu'il interprète comme une "propagande manœuvrière" :
Au PS c’est la confusion face à ma candidature. Car notre percée effondre le beau plan stratégique de départ. Que faire, se demande-t-on dans le bureau du tout puissant Manuel Valls qui dirige tout ? Car pour celui-là, nous sommes un danger. Du coup, depuis quarante-huit heures, faute d’idées ou de programme à défendre c’est une suite ininterrompue d’agressions pleine de postures pontifiantes qui se succèdent. Plusieurs caciques me conseillent de « réserver les coups à Sarkozy ». Mais eux-mêmes font exactement le contraire avec moi dans des termes d’une violence incroyable. A vrai dire, pire que cela ne fut jamais aux heures les plus difficiles à gauche au cours des vingt dernières années. D’où vient cette perte de sang froid ? En voici la raison. Hollande ne peut rompre l’ambivalence de sa stratégie politique. Il comptait que nous serions quantité négligeable, obligés de voter sans discuter.
Or, comme le précise Jean-Luc Mélenchon un peu plus bas, contrairement à ce qui a été affirmé par Jérôme Cahuzac sur Public Sénat (le 27 mars) :  "il n'y a aucune négociation et aucun accord ni avec Hollande ni avec le Parti Socialiste. Cahuzac ment donc avec aplomb". Suivent des polémiques contre - ou lancées par - trois autres responsables socialistes, Gérard Collomb, Michel Sapin et "notre cher Arnaud Montebourg".

COMMENTAIRE

Les écrits restent. Avec Internet, on peut ajouter : les paroles aussi. Il est maintenant possible de déterrer tout et n'importe quoi pour faire argument. Y compris l'entrée du blog, qui vient d'être citée, quand son auteur l'aura déjà oubliée. Ou même effacée. - Dans ce contexte, certains ignorent peut-être encore - ou bien oublient un peu vite - que Jean-Luc Mélenchon a mené une carrière de trente ans au Parti Socialiste [wiki] :
Militant socialiste à partir de 1977, il est successivement élu conseiller municipal de Massy (1983), conseiller général de l'Essonne (1985) puis sénateur du même département en 1986, 1995 et 2004, enfin député européen en 2009 dans la circonscription Sud-Ouest. Il est ministre de l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002, dans le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin. - Il fait partie de l'aile gauche du Parti socialiste jusqu'au congrès de Reims, en novembre 2008, date à laquelle il quitte ce parti pour fonder le Parti de gauche (PG).
Il n'y a pas à commenter ici la structure et le style de cet article : contrairement à beaucoup d'autres, Jean-Luc Mélenchon écrit lui même son blog, les articles sont souvent longs et les sujets présentés pêle-mêle, comme ils viennent à l'esprit dans cette écriture à chaud qui a, comme la plupart des autres productions du genre, un évident caractère polémique. On le comprend.  Car le politicien est en plein combat, et ce depuis un certain temps déjà - sa candidature ayant été annoncée en janvier 2011 - avant que sa campagne ne devienne cette réussite populaire qu'elle est certainement.

Or, au cours de ces élections - insistons sur le pluriel -, le premier tour des présidentielles sera suivi, non seulement d'un second, mais de législatives, où le Front de Gauche, pour avoir des députés, doit compter sur les désistements des candidats du PS.

Jean-Luc Mélenchon (né en 1951) était jeune militant socialiste en mai 1981, quand la victoire du Programme Commun respirait par moments l'espérance de mai 1968. - La France est décidément un pays de révolutionnaires romantiques, ce qui n'a rien de déshonorant. Mais il se trouve que le même romantisme des révolutionnaires allemands a pu, non seulement contribuer à la victoire du totalitarisme par absence d'accords électoraux, en novembre 1932, entre les sociaux-démocrates du SPD et les communistes révolutionnaires du KPD, mais encore conduire à d'étranges "grandes coalitions" gouvernementales entre SPD et la droite chrétienne-démocrate de la CDU, faute d'entente fédérale entre le SPD et Die Linke ("La Gauche"), l'équivalent du Front de Gauche en Allemagne. Toutefois, quelques alliances régionales couronnées de succès et la victoire commune à la mairie (au Sénat) de Berlin et dans le Brandebourg ont pu faire grande impression sur notre auteur, si je me souviens bien de son voyage dans la capitale allemande, relaté en termes dithyrambiques sur son blog. Or, depuis les élections de novembre 2011, cette alliance a vécu, et la ville est désormais régie par une ("grande") coalition CDU-SPD.

Alors, pour donner du poids à la "gauche de la gauche", son nouveau leader, s'il n'est pas présent au second tour, devrait appeler à voter Hollande et passer des accords avec les sociaux-démocrates dans la foulée. Car, en cas de réélection de l'actuel Président, les législatives, un mois plus tard, seront sans doute remportées encore une fois par la "majorité présidentielle", d'autant que la poursuite probable des polémiques à gauche, où chacun mettra la défaite présidentielle sur le compte de l'autre, desservira à la fois les candidats du Front de Gauche et du PS.

 En effet, avec le régime présidentiel en vigueur de ce côté du Rhin, la gauche ne peut même pas espérer une grande coalition. Mais en cas de victoire sur le fil du rasoir, l'actuel Président nommera très certainement un nouveau "gouvernement d'ouverture".