lundi 4 avril 2016

Panama Papers




Sortis par la Süddeutsche et repris par Le Monde, les Panama Papers nous ramènent vers cet essentiel dont on détourne sans cesse l'attention avec les remplissages occupant le petit peuple, meublant les espaces de communication avec les faits divers et le sport, les querelles intestines et les divertissements stupides, la promo, oui surtout la promo, l'auto-promo.

Alors que les Panama Papers donnent des pistes pour expliquer la banqueroute des États, tant décriée, conspuée par les ultra-libéraux qui nous font la morale (depuis les Îles Caïman, la Suisse, le Liechtenstein, Monaco ou Panama...).

Comme la NSA qui tente de faire passer les révélations de Snowden pour illégales, le cabinet Mossack Fonseca crie déjà au voleur...

Car on a pêché un gros, un très gros poisson, qu'ils chercheront à noyer au nom des vraies valeurs, du style : ferme-ta-gueule-et-va-bosser, fais marcher le système, trime pour le SMIC et achète chez le hard-discounter. Et ils nous font la morale (depuis le rayon bio de chez Fauchon)...

Mais rien ne sert de se lamenter, le monde a toujours tourné comme ça. Avec cette petite différence que l'injustice et le scandale sont aujourd'hui révélés en prise directe - chiffres à l'appui - et non a posteriori lorsqu'on n'a plus aucune influence sur le cours des choses.

Businessmen, hommes de pouvoir, célébrités, criminels : un mélange bien plus explosif que le kamikaze qui se fait sauter pour cause de cerveau lavé. Et les intégristes, les extrémistes tiennent le haut du pavé parce qu'ils cachent si bien les éminences grises qui tirent les ficelles. Alors s'ils sont franchement inquiétants, les Panama Papers rassurent au moins sur un point : ce n'est pas une théorie du complot.


 

mercredi 30 mars 2016

Populisme



La tendance au populisme dans le monde occidental n'aura échappé à personne. Plutôt bien ancré en France et dans d'autres pays de l'Union (ici), il s'empare à nouveau de l'Allemagne et menace les États-Unis. Mais, comme le concept antagonique de la « bien-pensance » ou du « politiquement correct », ce terme de « populisme » est devenu un fourre-tout à vocation polémique, où cohabitent les Mélenchon, Le Pen, Poutine, Erdoğan, Orbán, Petry, Trump, Berlusconi et al.

Tout le monde aura également remarqué le durcissement des conditions de vie, l'augmentation du fossé entre riches et pauvres, les conflits interminables aux portes de l'Europe et l'afflux de migrants qui fuient non seulement les scènes de guerre et les massacres, mais également la misère causée par une mauvaise gestion des ressources et une destruction progressive de l'habitat naturel, cette migration du Sud vers le Nord ayant été prévue depuis longtemps, car elle est la conséquence logique de l'évolution du monde sous la houlette de l'économie ultra-libérale avec son « anything goes » (au nom du profit).

L'impuissance actuelle du pouvoir politique face à la détérioration constante de la situation économique, mais aussi le vide idéologique et la misère intellectuelle ont ouvert une voie royale aux populistes : se situant en dehors de ce qu'ils appellent le « système », abordant les « vrais problèmes » (ceux du « pays réel ») et entendant soulager « la souffrance du peuple », ils s'érigent en « sauveurs de la Nation ».

Deux constantes : les problèmes sont simples et la magie du verbe permet de les résoudre par simple conjuration rhétorique. Or, devant la prise en main effective du monde par le pouvoir économique globalisé, toute réduction de complexité se trouve confrontée à la difficulté suivante : bien que profondément injuste – comme l'ont été les régimes féodaux ou monarchiques (absolutistes) du passé – ce système garantit à la fois – du moins pour le moment et sous nos latitudes ! – l'existence d'un État de droit et d'une protection sociale, la liberté d'expression et la séparation – revenue à l'ordre du jour – des pouvoirs politique et religieux, ce dernier n'ayant en principe aucun droit de s'exercer dans l'espace public.

Il faut dire que, dans la furie rhétorique du monde contemporain, on assiste à une sorte d'inflation des concepts, des terminologies, et l'on se demande si les mots ont encore un sens et un lien quelconque avec la fameuse « réalité » ou « vérité » sans cesse invoquées, s'ils engagent encore un tant soit peu leur énonciateur ou s'ils sont devenus de simples jetons démonétisés que l'on se balance à la figure au gré des polémiques ambiantes. Si, comme à l'époque du fascisme qui fut l'un des premiers populismes des temps modernes, les intellectuels ont à nouveau mauvaise presse – ce dont ils sont certes en partie responsables – il faudrait pourtant que nos analystes patentés s'attaquent de toute urgence à la rhétorique populiste contemporaine pour montrer ce qu'elle est d'abord et avant tout : une rhétorique. - En effet, la fonction première de la parole est de « présenter » ce qui est absent et, par extension, ce qui ne saurait exister : l'utopie. Ainsi, la parole est intimement liée aux idées, aux idéaux, par définition inaccessibles. C'est là un outil magnifique, éminemment civilisateur. Or, le mensonge consiste à faire croire au « peuple » qu'il est possible de réaliser l'utopie, puisqu'il suffit de la verbaliser pour la rendre « présente », pour lui assigner un « topos », qui n'est pourtant jamais qu'un lieu du discours.

Si la mise en évidence de leurs standards rhétoriques est indispensable, les populistes se caractérisent également - avec leur prédilection pour un peuple épuré par leurs soins et une farouche volonté d'exacerber les polarités et les conflits – par leur refus de tout compromis et donc des alliances démocratiques : Face aux quelque 5000 ans d'histoire humaine qui nous sont accessibles, il faut alors se demander si – tout comme les « Trente Glorieuses » – la démocratie telle que nous l'expérimentons en Occident ne relève pas elle aussi d'une « parenthèse enchantée » avant un nouveau saut dans l'abîme de l'autocratie.

Une question se pose alors :  Le système démocratique et l'État de droit ne sont-ils concevables qu'au sein de l'économie libérale qui leur a donné naissance à la faveur des révolutions dites « bourgeoises » de la fin du 18e Siècle ? Ou bien, formulée à l'envers : Un système économique plus juste et donc au moins partiellement sous tutelle étatique n'implique-t-il pas automatiquement une gouvernance autoritaire et une restriction des libertés publiques ?

Mais, au fait, comment se portent la Hongrie de M. Orbán, la Russie de M. Poutine ou la Turquie de M. Erdoğan ? Peut-on dire que ces politiciens agissent dans l'intérêt des peuples, des nations qu'ils dirigent ? Est-ce que l'évident déficit de démocratie est compensé par plus de justice sociale ? Ou bien la corruption, l'oligarchie, l'ultra-libéralisme sévissent-il là-bas comme ici ? Questions rhétoriques ?

dimanche 13 mars 2016

Résultats et brève analyse des élections dans trois Länder allemands (13/3/2016)

 1. - LES RÉSULTATS

Légendes = Traduction

CDU = Chrétiens-Démocrates
FDP = Libéraux
AfD = Droite nationaliste et euro-sceptique

SPD = Sociaux-Démocrates
Grüne = Les Verts
Linke = Parti de Gauche

Sonstige = Divers

Prozente = Pourcentages (min. 5% des voix pour entrer au parlement - résultats de 2011 en gris/pastel)
Gewinne und Verluste = Gains et Pertes (par rapport à 2011)
Sitzverteilung (Sitze) = Répartition des sièges dans le parlement du Land
Mehrheit = Majorité

ARD/ZDF = Estimations des deux chaînes publiques allemandes (état: 13/03/2016 ~ 22h)


 BADE-WURTEMBERG
(Capitale: Stuttgart)
Participation:  70,4% (66,2% en 2011)


RHÉNANIE-PALATINAT
(Capitale: Mayence)
Participation:  70,4% (61,8% en 2011)

SAXE-ANHALT
(Capitale: Magdebourg)
Participation:  61,1% (51,2% en 2011)
Source : Der Spiegel 



2. - BRÈVE ANALYSE


Ce qui bien évidemment fait les gros titres en Allemagne et sans doute dans d'autres pays européens - Der Spiegel: Affront National (!) - c'est la percée de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui fait son entrée dans les trois parlements élus au cours de ce "super-dimanche électoral". - Il s'agit certes d'élections régionales, qui pèsent cependant plus lourd dans une république fédérale que dans un régime largement centralisé - et présidentiel de surcroît - tel que la France. De plus, à l'approche des élections du Bundestag (septembre 2017), ces trois "Landtagswahlen" constituent un test autrement plus significatif que les sempiternels sondages avec leur effet rétroactif sur l'expression réelle des citoyens.

On constate d'ailleurs que la CDU de la chancelière Angela Merkel est l'une des grandes perdantes de ces scrutins, notamment dans le duel en Rhénanie-Palatinat (RP) remporté par la social-démocrate Malu Dreyer contre la très médiatique chrétienne-démocrate Julia Klöckner. Néanmoins le SPD du vice-chancelier Sigmar Gabriel n'a aucune raison de pavoiser puisqu'il perd respectivement 15 et 16 sièges dans les deux autres Länder. Enfin, malgré le résultat exceptionnel des Verts au Bade-Wurtemberg (BW), où le grand vainqueur Winfried Kretschmann doit pourtant craindre pour sa réélection, les écologistes essuient également des pertes ailleurs, le vote utile en faveur de Malu Dreyer expliquant peut-être en partie les 12 sièges perdus en RP.

Quant au vote AfD, qui totalise tout de même 24,2% des suffrages dans le Land oriental (ex-RDA) de Saxe-Anhalt (SA) contre 15,1% au BW et 12,6% en RP, les commentateurs l'expliquent en grande partie par la "crise des réfugiés", les électeurs interviewés redoutant notamment une augmentation de la criminalité et une montée de l'islam. Toutefois, si le caractère populiste de ce parti est indéniable, une information récente peut surprendre : en effet, un certain nombre d'électeurs de l'AfD se sont déclarés prêts à voter pour la CSU, partenaire de coalition traditionnel de la CDU, si ce parti n'était pas une exclusivité bavaroise. La critique récente de son chef Horst Seehofer vis-à-vis de la "politique de bienvenue" de la chancelière n'est probablement pas pour rien dans ces déclarations de sympathie car, au risque de provoquer une mini-crise gouvernementale, la CSU réclame des quotas et un contrôle aux frontières.

Il convient donc de nuancer. Depuis sa création en 2012 par des anciens de la CDU comme Bernd Lucke  qui, depuis, a pris ses distances avec l'AfD, ce parti - naguère simplement libéral et prônant le retour au mark - a considérablement changé, puisque sa nouvelle patronne, Frauke Petry, n'a jamais caché ses sympathies pour le mouvement Pegida, même si la recherche de respectabilité due à sa fonction lui interdit désormais les déclarations d'amour en public. Il faut ajouter les récentes tentatives de rapprochement opérées notamment en RP par le NPD, parti ouvertement raciste et néo-nazi, dont l'interdiction est débattue en ce moment même par la Cour Constitutionnelle : si elles sont officiellement rejetées par l'AfD, ces avances confirment cependant l'existence d'une zone grise extrêmement dangereuse. - Or, c'est également un argument pour distinguer ce parti - et l'idéologie haineuse, la rhétorique pyromane de Björn Höcke, l'un de ses harangueurs en chef  - de l'électorat qui lui fait actuellement crédit, comme il conviendrait également de le faire pour le FN. En effet, cet électorat est loin d'être homogène, les extrêmes y côtoient les laissés pour compte qui ont compris - ou croient comprendre - que les politiciens établis ne peuvent - ou ne veulent -  plus régler leurs problèmes, mais également une partie de la classe dite moyenne, où l'on craint une descente aux enfers de la pauvreté dont, tel un trou noir, la densité ne cesse d'augmenter.

Cette légitime inquiétude en cache une autre, tout aussi pressante : Dans ces conditions, quel est l'avenir de nos démocraties ? - Que la question ne puisse être tranchée ici ne doit pas nous empêcher de la poser. À l'image de la catastrophe française de 2002 qui, comble de misère, menace de se reproduire en 2017, la percée de l'AfD montre les limites de nos régimes politiques. Comme le FN, ce parti refuse tout compromis, toute coalition, car son discours "anti-système" s'effondrerait alors et son électorat comprendrait que toutes ses gesticulations n'étaient que rhétoriques. - Mais puisque telle est leur ambition, comment ces partis comptent-ils arriver au pouvoir ? - Lors des dernières élections libres de la République de Weimar (novembre 1932), le NSDAP lui-même ne totalisait que 33,1% des suffrages exprimés. Il aura fallu un Président de la République mi-cynique mi-sénile (Hindenburg) pour nommer le chancelier A.H. qui dès le 30 janvier 1933 saborda la première démocratie allemande. - Oui, si tant est qu'un tel président n'existe plus et qu'une telle nomination sur la base d'un tiers des voix semble désormais impossible, comment ces partis comptent-ils donc arriver au pouvoir ? - Je n'ai pas souvenir qu'une telle question ait jamais été posée à l'un de leurs responsables. Car je me souviendrais certainement de la réponse !

La preuve du blocage de la démocratie dans une élection présidentielle à deux tours par la présence au second d'un membre de l'entreprise familiale Le Pen n'est plus à faire, mais la situation n'est guère plus reluisante lorsqu'un parti "anti-système" prend un quart des sièges dans un parlement - Landtag ou Bundestag - appelé à élire le chef du gouvernement. En SA, les 29,8% (30 sièges) de Reiner Haselhoff (CDU) et les 10,7% (11 sièges) du SPD font face aux 24,2% (24 sièges) de l'AfD et aux 16,2% (16 sièges) du Parti de Gauche, les 9% pour les "divers" ne se traduisant pas en sièges. Restent les 5,2% (5 sièges) des Verts, qui voudront également avoir leur mot à dire. La majorité étant de 44 sièges (sur 87), on voit que le problème est quasi insoluble. Il faut une improbable coalition CDU/SPD/Verts pour former une majorité, qui sera difficile à gérer pour Haselhoff. - Si en RP, on s'achemine vers une Grande Coalition CDU/SPD et la réélection de Malu Dreyer, qui pourrait également tenter le grand écart avec les Verts et les libéraux du FDP, Wilfried Kretschmann ne pourra se maintenir qu'avec le soutien de la CDU ou bien celui du SPD et du FDP, et il aurait du mal à imposer une politique écologique consistante dans le BW sous la menace d'une autre majorité possible : la coalition SPD/CDU/FDP, qui serait alors dirigée par un ministre-président de la CDU (Guido Wolf). Gageons que les 23 parlementaires de l'AfD risquent ici aussi de perturber sérieusement ce que l'on nomme parfois, avec une bonne dose d'idéalisme, "les actions pour le bien commun".


3. - RÉCAPITULATIF : LES TROIS PARLEMENTS
(nombre de sièges - résultats officiels - source: ZDF)

(Majorité: 72)


(Majorité: 51)


 (Majorité: 44)

NOTA (25 mars). - Après une panne dans le décompte des voix, l'AfD obtient un siège de plus en Saxe-Anhalt (soit 25) au dépens du Parti de Gauche qui n'aura que 16 députés.

jeudi 21 janvier 2016

DAVOS

Il n'y a pas de gouvernance mondiale, mais il y a Davos. Tout le monde y vient. Pour la France : Valls, Macron, Fabius et même la Hidalgo pour la chasse au mécène. Et les 62 individus qui possèdent autant de richesses que la moitié pauvre de la planète, soit 3,6 milliards d'êtres humains, y seront tout au moins représentés par leurs hommes d'affaires, avocats et attachés de presse.

Y a-t-il un écrivain, de la trempe du Thomas Mann de la Montagne Magique, pour décrire ce qui se passe dans les entrailles de Davos, du pouvoir économique mondial ? - « En bas », comme il est souvent dit dans le roman, c'est, ce sera la guerre. - « En haut », dans le sanatorium – ou est-ce un satanarium ? - on vit à l'écart du monde, on en devise et on le domine !

Y a-t-il un cinéaste de l'envergure du Robert Altman de Gosford Park, ou des Frères Coen de The Hudsucker Proxy, pour présenter les rouages du vrai pouvoir afin que les gens se rendent compte une bonne fois ? Au lieu de croire les sornettes qu'on leur raconte en omettant soigneusement que les riches de plus en plus riches dominent les pauvres de plus en plus pauvres : ceux qui font tourner la roue et la boutique, qui courbent l'échine et payent la dime, tous ceux qui n'ont pas le choix, 3,6 milliards d'êtres humains et bien davantage, dans le quart-monde ici en Europe ou là-bas, aux USA et en Russie.

Pour que cessent enfin le mensonge et les boniments, la désinformation et les idéologies.

Le Monde écrit (ce 20 janvier 2016) :

C’est une fondation à but non lucratif qui est à l’origine du Forum économique mondial, dont elle porte le nom (« World Economic Forum » en anglais, WEF). Fondée en 1971 par un économiste allemand, Klaus M. Schwab – qui préside encore l’organisation –, elle est financée par le millier de grandes entreprises qui en sont membres. On trouve parmi elles, pêle-mêle, ArcelorMittal, Google, Facebook, les français Total, Publicis, Sanofi, Engie, Veolia.
[…]
Le but du Forum, depuis sa première édition en 1971, a longtemps été de promouvoir un modèle de management européen – il s’appelait d’ailleurs « European Management Forum » jusqu’en 1987, date à laquelle il est devenu le « Forum économique mondial ».
[…]
Le Forum de Davos a mauvaise réputation. Il est perçu comme la réunion des puissants et riches capitalistes – ce qu’il est en grande partie – réunis pour la défense d’un modèle qui les avantage. « Tous les acteurs de la compétition des temps modernes s’y retrouvent pour professer une même foi en un libéralisme de bon aloi : une louche de commerce international débridé et quelques cuillères à soupe de règles du jeu et d’éthique », écrivait Bernard Esambert, ingénieur et financier français, dans Une vie d’influence (Flammarion).

lundi 18 janvier 2016

Message aux nouveaux bien-pensants...

Oui, à présent, c'est vous qui pensez "bien", puisque vous incarnez la nouvelle majorité, puisque la "gauche" a trahi le "peuple", puisque la paix sociale est rompue...


Savez-vous que la "novlangue" est également pratiquée par les tenants du pouvoir économique, qui nous parlent d' "optimisation", de "restructuration", de "flexibilité" ... ?


Mais vous qui vous préoccupez d'identité française et des méfaits de la "migration" en laissant systématiquement de côté les problèmes économiques, savez-vous qu'un nouveau rapport a été publié ? - Selon les calculs de l'OXFAM, 62 individus possédaient en 2015 autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes les plus pauvres (soit la moitié de la planète). Alors une simple question aux maîtres-penseurs d'aujourd'hui, aux Zemmour, aux Polony : Pensez-vous que ces 62 individus n'aient aucun pouvoir ? Pensez-vous qu'ils n'ont aucune influence sur la politique sociale d'un pays comme la France ... ?


Oui, quand ils vous entendent causer dans le poste pour promouvoir vos livres, ils se frottent les mains : Vous avez trouvé des responsables pour la misère du "peuple", vous qui vivez grassement des droits d'auteur sur vos productions de demi-savants médiatiques. Or, ce ne sont pas vos salades qui comptent ici, c'est ce que vous passez sous silence avec tant de maestria. Vous abrutissez le "peuple" avec vos demi-vérités, qui ne résistent pas à une analyse d'histoire contemporaine un peu sérieuse, avec vos polémiques qui amusent la galerie, tandis que 62 individus font la pluie et le beau temps sur la planète. Vous vous attaquez au gouvernement de "gôche" qui n'a aucune chance contre un pouvoir occulte dont les "devises" franchissent toutes les frontières car elles ne sont édifiées que pour les pauvres gens payés en monnaie de singe ...



Alors pour vous, voici ce rapport en avant-première. Dans la semaine il sera également discuté (et surement traduit) en France. Mais pour en avoir la primeur, il faut lire l'anglais (document en PDF) >
https://www.oxfam.org.au/wp-content/uploads/2016/01/an-economy-for-the-1-percent.pdf


samedi 9 janvier 2016

Chaos de Cologne (3)



Lorsqu'on aborde les exactions de Cologne, il faut savoir qu'il existe une « exception culturelle » en Allemagne : Les feux d'artifice individuels, pétards et fusées, y sont autorisés  pendant la nuit du Nouvel An. - Humour ou sollicitude : certains sont allés jusqu'à préconiser de mettre au parfum les réfugiés qui risqueraient de se croire brusquement revenus au pays.

Les problèmes d'immigration et d'intégration existent depuis longtemps en Europe. Et ceux qui exploitent la misère des pauvres gens – passeurs, bandes organisées, raquetteurs, souteneurs – sont aussi vieux que le monde. À mon sens, Cologne est d'abord le résultat de la conjonction explosive de ces deux facteurs. L'arrivée massive de réfugiés en provenance des zones de guerre et de disette fonctionne ici comme un « catalyseur » dont l'action précipite la réaction. À cela s'ajoutent l'alcool, la marijuana et la fête débridée comme le veut la coutume dans la capitale allemande du carnaval.

Il faut également préciser que la gare centrale de Cologne, le parvis de l'imposante cathédrale gothique et la zone piétonne, qui se trouvent à proximité, sont depuis belle lurette le terrain de jeu de la petite criminalité : voleurs, dealers, arnaqueurs en tous genres, pour qui les touristes allemands ou étrangers, présents nuit et jour, représentent une proie  idéale.

Ces différents paramètres – les uns plus importants, les autres plus anecdotiques – forment le terreau sur lequel les poussées de violence ont émergé à Cologne. L'une des nouveautés – extrêmement inquiétante – est que cette violence frénétique cible principalement les femmes et qu'elle est exercée massivement par de jeunes hommes célibataires, frustrés, désœuvrés, originaires de pays où le statut de la femme est – de notre point de vue occidental – pour le moins critiquable, s'il ne doit pas tout simplement être considéré comme arriéré ou archaïque.

L'autre  nouveauté touche à la concertation des auteurs, qui ne semble pas faire de doute, vu l'envergure et la simultanéité des exactions dans plusieurs grandes villes d'Allemagne, notamment aussi dans le quartier chaud de la Reeperbahn à Hambourg.

L'enquête toujours en cours confirmera peut-être que derrière cette apparente « dynamique de groupe » qui a semé le chaos à Cologne et ailleurs, certaines éminences grises tirent les ficelles. Deux types de marionnettistes sont en tête de gondole. Les uns appartiennent à la criminalité organisée qui, avec cette « action », pourrait tester la puissance de son réseau et l'efficacité des marionnettes. Selon une information donnée ici même, le bureau du procureur de Cologne enquête en partie dans ce sens. La motivation des autres manipulateurs est clairement politique et vise de toute évidence à déstabiliser un peu plus nos sociétés dites « ouvertes ».

Dés lors, on doit sérieusement envisager une hypothèse qui n'a rien de rassurant, car les effets des exactions de Cologne sont les mêmes que ceux des attentats du 13 novembre 2015 à Paris : dans les deux cas, les instigateurs – déclarés à Paris, dans l'ombre à Cologne – mandatent des hommes de main pour semer la panique et la terreur parmi la population ; les moyens utilisés sont certes radicalement différents – des armes de guerre à Paris, de pétards dans la foule et des agressions sexuelles à Cologne – mais les situations « festives » dans lesquelles ces opérations sont menées – salle de concert, terrasses de café à Paris, fête du nouvel an à Cologne – se ressemblent étrangement.

vendredi 8 janvier 2016

Chaos de Cologne (2)

 [Lien sur  la première partie]

Quelques échos médiatiques d'Allemagne
(traduits en français par SK, ce 8 janvier 2016) 


Après le limogeage prévisible du préfet de police Wolfgang Albers par le ministre de l'Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW), la station régionale de radio-télévision publique WDR (sise à Cologne) publie les informations suivantes sur son site  :

Le ministère de l'Intérieur [de NRW] a confirmé ce vendredi (8 janvier 2016) que parmi les suspects identifiés à ce jour, il y avait également des réfugiés. Selon les informations de la WDR, la police fédérale repéra dans la nuit de la Saint-Sylvestre 32 suspects à la gare centrale, dont 29 étrangers : à côté de trois Allemands, neuf Algériens, huit Marocains, quatre Syriens, cinq Iraniens, un Irakien, un Serbe et un US-Américain ont été identifiés. Parmi ces suspects, 22 personnes en tout seraient des demandeurs d’asile. - Cela coïncide avec les dépositions de témoins, de victimes et de fonctionnaires de police, selon lesquels il s'agirait « en majorité de personnes d'origine nord-africaine ou arabe, âgées entre env. 15 et 35 ans » (rapport de la police de Cologne du 02/01/2016). Selon ses propres déclarations (état : 08/01/2016), la police de Cologne mène actuellement des investigations à l'encontre de 21 suspects au total, dont beaucoup ont certes été identifiés mais ne se trouvent pas actuellement en garde à vue.

À la question sur le nombre d'auteurs impliqués dans les exactions (agressions sexuelles, vols), la WDR répond ceci (loc.cit.) :

Nous ne le savons pas. Selon les rapports de la police de Cologne, plus de 1000 hommes se sont rassemblés sur le parvis de la gare centrale le soir de la Saint-Sylvestre – mais tous n'ont pas agressé sexuellement et volé des femmes. Actuellement, les fonctionnaires étudient les documents vidéo disponibles et exploitent les rapports existants. Selon les déclarations de la police, la plupart des hommes mis en cause sont clairement reconnaissables sur les images et les vidéos enregistrées. - Entre-temps, plus de 170 plaintes ont été déposées (état : 08/01/2016). Environ trois quarts de ces plaintes se rapportent à des agressions sexuelles. Dans 50 de ces cas, les femmes ont en outre été dépouillées. Dans deux cas, les fonctionnaires enquêtent sur des faits de viol.

Une autre question se pose, à savoir si l'on peut parler de « crime organisé » (loc.cit.) :

Le bureau du procureur de Cologne part de ce principe. Le département pour la criminalité organisée y a pris en charge l'enquête, car une entente entre les auteurs en vue d'une action en commun n'est pas exclue. Selon les informations de la WDR, la police enquête depuis un certain temps sur des bandes organisées dont les membres seraient en majorité originaires du Maroc, de Tunisie et d'Algérie. Ils profiteraient également de la situation actuelle des réfugiés : selon ces informations, ils se rendent d'abord à Istanbul pour ensuite regagner l'Allemagne par la route des Balkans comme soi-disant réfugiés.

jeudi 7 janvier 2016

Chaos de Cologne (1)

Alors que l'enquête sur les exactions commises autour de la gare centrale et la cathédrale de Cologne en cette nuit du Nouvel An 2016 est loin d'être terminée et que l'identité des auteurs qui ont agi en bande organisée – et dont l'un des objectifs était le vol à la tire – reste à établir avec certitude, les journaux ont déjà tout compris. Pour la presse trash comme Bild, qui se base sur le rapport plus ou moins confidentiel (« exclusif ») d'un policier en service cette nuit-là, les choses sont claires : les migrants étaient présents en masse sur les lieux, ce qui corrobore ipso facto la thèse selon laquelle l'afflux de réfugiés en Allemagne – autour d'un million de personnes, dont quelque 450.000 demandes d'asile selon l'Office Fédéral pour la Migration et les Réfugiés (« BAMF », cf. le rapport en PDF) – génère un chaos sans nom et menace la société allemande.

Plus inquiétant : cette thèse, qui connaît une résonance internationale, est implicitement relayée par des publications plus sérieuses comme le Wall Street Journal qui titre : «  Des rapports sur les agressions sexuelles du Nouvel An s'invitent au débat allemand sur la crise des migrants. ». Comme le fait remarquer le Süddeutsche Zeitung dans sa revue de presse, le New York Times fait également le rapprochement entre les migrants et les événements de Cologne : « En Allemagne, des attaques sur les femmes font monter la pression autour des migrants ».

Moins surprenant : les posts haineux sur internet, comme par exemple sur la page Facebook de « Nett-Werk Köln » que l'administrateur a dû fermer provisoirement. Il motive sa décision comme ceci :

 Le réseau ressemble actuellement à une scène de guerre faite de violences verbales, d'accusations réciproques, d'appels au lynchage, d'insultes, de dénigrement et de racisme. - Les discussions réalistes et constructives sont apparemment impossibles. En provenance de tous les médias, chaque bribe en rapport avec le sujet est reprise sans aucune critique et plaquée sur le mur...  [> texte allemand]

L'un des problèmes – voire des mystères – de cette affaire est le compte-rendu tardif des événements par la presse mais aussi par les services de police, qui avaient publié un rapport plutôt décontracté le 1er janvier dernier, du style : « tout s'est bien passé, rien de particulier à signaler ». Étonnant aussi, le dépôt tardif de certaines plaintes, notamment celle du second viol, qui n'a été mentionnée que ce mercredi (6 janvier 2016) par le préfet de police Albers en personne.

Deux événements sont souvent oubliés dans la frénésie actuelle : l'un s'est passé fin octobre 2014 dans cette même ville de Cologne, où la police se fit déborder par la manifestation d'extrême-droite « hooligans contre salafistes », ce qui a fait grand bruit dans le pays : les forces de l'ordre s'étaient montrés tout aussi impuissants face aux casseurs de 2014 qu'ils ne l'ont été face aux agresseurs du Nouvel An 2016. À cela s'ajoute la dissolution d'une unité d'intervention spéciale (« SEK ») en juin 2015 pour des actes de bizutage violents. D'autres fantaisies plus anecdotiques comme l'utilisation « festive » d'un hélicoptère de la police ont également été rapportées. Après les événements récents, le poste du préfet Albers ne tient donc plus qu'à un fil. Auquel il s'accroche de toutes ses forces.

L'autre événement est prévu à partir du 4 février prochain : c'est le carnaval de Cologne, l'un des plus prisés après ceux de Rio et de Venise. Quand on considère les mouvements de masse et les « rapprochements » entre inconnus, les foules en liesse et les beuveries, les délires et les déguisements qui permettent de garder un anonymat relatif, on voit mal comment les jeunes filles pourront suivre le conseil de la mairesse de Cologne donné lors d'une conférence de presse après les attaques. À la question d'une journaliste demandant comment les femmes pouvaient mieux se protéger, Henriette Reker a répondu ceci :

Il y a toujours la possibilité de conserver une certaine distance, supérieure à une longueur de bras. Donc, de votre propre initiative, ne cherchez pas une proximité excessive avec des gens qui vous sont étrangers, avec qui vous n'entretenez pas un rapport de confiance.

Il est entendu que ce conseil de « bonne conduite » adressé aux femmes était déplacé puisqu'il s'agissait plutôt de promouvoir le code méditerranéen du « On regarde mais on ne touche pas » auprès des hommes concernés.

Mais la campagne haineuse (« shitstorm ») qui s'est ensuite déchaînée à son encontre sur les réseaux passe sous silence d'une part la question de la journaliste à laquelle la mairesse a essayé de répondre dans une situation de pression importante et de l'autre, surtout, que cette femme a elle-même subi une grave attaque au couteau juste avant son élection à la mairie en octobre 2015. Il s'agissait sans doute d'un acte xénophobe, puisqu'elle s'était engagée pour l'intégration des migrants au cours de sa campagne électorale. D'ailleurs le geste de la main avec lequel elle accompagne son fameux « Armlänge » (longueur de bras), qui aura fait chauffer à blanc les réseaux, est hautement significatif en regard de ce contexte sciemment biffé par les commentateurs.

dimanche 6 décembre 2015

[Régionales] Quelle honte !

Que tous les jeteurs d'huile sur le feu, tous les abrutisseurs de France et de Navarre se réjouissent. Que tous les constructeurs de cités dortoir, tous les destructeurs d'emplois se félicitent. Que tous les Européens ultra-libéraux, tous les fossoyeurs de la démocratie jubilent. Que tous les aboyeurs politico-médiatiques, tous les lobbyistes économico-financiers pavoisent.

- La bête est ressuscitée !

Bien sûr la comparaison avec les années 1930 est malvenue. Toute tentative de comprendre est aujourd'hui malvenue. Tout essai de réflexion en profondeur est immédiatement taxé de « bien-pensance ». Le discours irresponsable et le délire ont pris la place d'une parole prudente, éclairée.

- Assez pensé, passons aux actes !

Tête baissée, les électeurs français se précipitent dans les bras d'un clan familial, comme les électeurs allemands ont accordé 33,1% à la mafia de la NSDAP en novembre 1932. Et 33,1% des voix exprimées ont suffi pour enterrer la démocratie, mettre l'Europe à feu et à sang pendant douze longues années.

- Quelle honte !

Soixante millions de morts plus tard, nous n'avons toujours rien appris de l'histoire. Rien appris des erreurs commises. Nous n'avons même pas identifié les véritables sources de nos erreurs. Incorrigibles, nous voici une nouvelle fois arrivés au bout du rouleau.

- Voici revenir le temps des assassins !

Et ils causent dans le poste. Les uns pour faire du remplissage. Pour occuper le terrain. Les autres pour dispenser leurs contre-vérités. Leurs idéologies dénuées de bon sens. Fermés qu'ils sont à toute forme d'amendement ou de compromis. - Au soir du premier tour des Régionales 2015, le Front National est crédité de quelque 30% des voix exprimées en France. Et près de la moitié des inscrits ne se sont même pas rendus aux urnes.

- Allons enfants de la patrie, le jour infâme est arrivé !