1. - LES RÉSULTATS
Légendes = Traduction
CDU = Chrétiens-Démocrates
FDP = Libéraux
AfD = Droite nationaliste et euro-sceptique
SPD = Sociaux-Démocrates
Grüne = Les Verts
Linke = Parti de Gauche
Sonstige = Divers
Prozente = Pourcentages (min. 5% des voix pour entrer au parlement - résultats de 2011 en gris/pastel)
Gewinne und Verluste = Gains et Pertes (par rapport à 2011)
Sitzverteilung (Sitze) = Répartition des sièges dans le parlement du Land
Mehrheit = Majorité
ARD/ZDF = Estimations des deux chaînes publiques allemandes (état: 13/03/2016 ~ 22h)
BADE-WURTEMBERG
(Capitale: Stuttgart)
Participation: 70,4% (66,2% en 2011)
RHÉNANIE-PALATINAT
(Capitale: Mayence)
Participation: 70,4% (61,8% en 2011)
SAXE-ANHALT
(Capitale: Magdebourg)
Participation: 61,1% (51,2% en 2011)
2. - BRÈVE ANALYSE
Ce qui bien évidemment fait les gros titres en Allemagne et sans doute dans d'autres pays européens - Der Spiegel: Affront National (!) - c'est la percée de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui fait son entrée dans les trois parlements élus au cours de ce "super-dimanche électoral". - Il s'agit certes d'élections régionales, qui pèsent cependant plus lourd dans une république fédérale que dans un régime largement centralisé - et présidentiel de surcroît - tel que la France. De plus, à l'approche des élections du Bundestag (septembre 2017), ces trois "Landtagswahlen" constituent un test autrement plus significatif que les sempiternels sondages avec leur effet rétroactif sur l'expression réelle des citoyens.
On constate d'ailleurs que la CDU de la chancelière Angela Merkel est l'une des grandes perdantes de ces scrutins, notamment dans le duel en Rhénanie-Palatinat (RP) remporté par la social-démocrate Malu Dreyer contre la très médiatique chrétienne-démocrate Julia Klöckner. Néanmoins le SPD du vice-chancelier Sigmar Gabriel n'a aucune raison de pavoiser puisqu'il perd respectivement 15 et 16 sièges dans les deux autres Länder. Enfin, malgré le résultat exceptionnel des Verts au Bade-Wurtemberg (BW), où le grand vainqueur Winfried Kretschmann doit pourtant craindre pour sa réélection, les écologistes essuient également des pertes ailleurs, le vote utile en faveur de Malu Dreyer expliquant peut-être en partie les 12 sièges perdus en RP.
Quant au vote AfD, qui totalise tout de même 24,2% des suffrages dans le Land oriental (ex-RDA) de Saxe-Anhalt (SA) contre 15,1% au BW et 12,6% en RP, les commentateurs l'expliquent en grande partie par la "crise des réfugiés", les électeurs interviewés redoutant notamment une augmentation de la criminalité et une montée de l'islam. Toutefois, si le caractère populiste de ce parti est indéniable, une information récente peut surprendre : en effet, un certain nombre d'électeurs de l'AfD se sont déclarés prêts à voter pour la CSU, partenaire de coalition traditionnel de la CDU, si ce parti n'était pas une exclusivité bavaroise. La critique récente de son chef Horst Seehofer vis-à-vis de la "politique de bienvenue" de la chancelière n'est probablement pas pour rien dans ces déclarations de sympathie car, au risque de provoquer une mini-crise gouvernementale, la CSU réclame des quotas et un contrôle aux frontières.
Il convient donc de nuancer. Depuis sa création en 2012 par des anciens de la CDU comme Bernd Lucke qui, depuis, a pris ses distances avec l'AfD, ce parti - naguère simplement libéral et prônant le retour au mark - a considérablement changé, puisque sa nouvelle patronne, Frauke Petry, n'a jamais caché ses sympathies pour le mouvement Pegida, même si la recherche de respectabilité due à sa fonction lui interdit désormais les déclarations d'amour en public. Il faut ajouter les récentes tentatives de rapprochement opérées notamment en RP par le NPD, parti ouvertement raciste et néo-nazi, dont l'interdiction est débattue en ce moment même par la Cour Constitutionnelle : si elles sont officiellement rejetées par l'AfD, ces avances confirment cependant l'existence d'une zone grise extrêmement dangereuse. - Or, c'est également un argument pour distinguer ce parti - et l'idéologie haineuse, la rhétorique pyromane de Björn Höcke, l'un de ses harangueurs en chef - de l'électorat qui lui fait actuellement crédit, comme il conviendrait également de le faire pour le FN. En effet, cet électorat est loin d'être homogène, les extrêmes y côtoient les laissés pour compte qui ont compris - ou croient comprendre - que les politiciens établis ne peuvent - ou ne veulent - plus régler leurs problèmes, mais également une partie de la classe dite moyenne, où l'on craint une descente aux enfers de la pauvreté dont, tel un trou noir, la densité ne cesse d'augmenter.
Cette légitime inquiétude en cache une autre, tout aussi pressante : Dans ces conditions, quel est l'avenir de nos démocraties ? - Que la question ne puisse être tranchée ici ne doit pas nous empêcher de la poser. À l'image de la catastrophe française de 2002 qui, comble de misère, menace de se reproduire en 2017, la percée de l'AfD montre les limites de nos régimes politiques. Comme le FN, ce parti refuse tout compromis, toute coalition, car son discours "anti-système" s'effondrerait alors et son électorat comprendrait que toutes ses gesticulations n'étaient que rhétoriques. - Mais puisque telle est leur ambition, comment ces partis comptent-ils arriver au pouvoir ? - Lors des dernières élections libres de la République de Weimar (novembre 1932), le NSDAP lui-même ne totalisait que 33,1% des suffrages exprimés. Il aura fallu un Président de la République mi-cynique mi-sénile (Hindenburg) pour nommer le chancelier A.H. qui dès le 30 janvier 1933 saborda la première démocratie allemande. - Oui, si tant est qu'un tel président n'existe plus et qu'une telle nomination sur la base d'un tiers des voix semble désormais impossible, comment ces partis comptent-ils donc arriver au pouvoir ? - Je n'ai pas souvenir qu'une telle question ait jamais été posée à l'un de leurs responsables. Car je me souviendrais certainement de la réponse !
La preuve du blocage de la démocratie dans une élection présidentielle à deux tours par la présence au second d'un membre de l'entreprise familiale Le Pen n'est plus à faire, mais la situation n'est guère plus reluisante lorsqu'un parti "anti-système" prend un quart des sièges dans un parlement - Landtag ou Bundestag - appelé à élire le chef du gouvernement. En SA, les 29,8% (30 sièges) de Reiner Haselhoff (CDU) et les 10,7% (11 sièges) du SPD font face aux 24,2% (24 sièges) de l'AfD et aux 16,2% (16 sièges) du Parti de Gauche, les 9% pour les "divers" ne se traduisant pas en sièges. Restent les 5,2% (5 sièges) des Verts, qui voudront également avoir leur mot à dire. La majorité étant de 44 sièges (sur 87), on voit que le problème est quasi insoluble. Il faut une improbable coalition CDU/SPD/Verts pour former une majorité, qui sera difficile à gérer pour Haselhoff. - Si en RP, on s'achemine vers une Grande Coalition CDU/SPD et la réélection de Malu Dreyer, qui pourrait également tenter le grand écart avec les Verts et les libéraux du FDP, Wilfried Kretschmann ne pourra se maintenir qu'avec le soutien de la CDU ou bien celui du SPD et du FDP, et il aurait du mal à imposer une politique écologique consistante dans le BW sous la menace d'une autre majorité possible : la coalition SPD/CDU/FDP, qui serait alors dirigée par un ministre-président de la CDU (Guido Wolf). Gageons que les 23 parlementaires de l'AfD risquent ici aussi de perturber sérieusement ce que l'on nomme parfois, avec une bonne dose d'idéalisme, "les actions pour le bien commun".
3. - RÉCAPITULATIF : LES TROIS PARLEMENTS
(nombre de sièges - résultats officiels - source:
ZDF)
(Majorité: 72)

(Majorité: 51)
(Majorité: 44)
NOTA (25 mars). - Après une panne dans le décompte des voix, l'AfD obtient un siège de plus en Saxe-Anhalt (soit 25) au dépens du Parti de Gauche qui n'aura que 16 députés.