lundi 7 septembre 2015

Social-démocratie (une mise au point)

En plein débat « droite-gauche », qui tend à se vider de son sens et être privé de tout rapport à la réalité par des discours extrémistes de plus en plus nombreux et fanatiques, il me paraît utile de rappeler quelques fondamentaux.



Il s'agit de comprendre que la social-démocratie est à la fois indispensable dans le système qui l'a vu naître le libéralisme, l'économie libérale, le « capitalisme » et impensable ou absurde en dehors de ce même système.

Le  capitalisme moderne a mis longtemps avant de prendre sa forme industrielle au 19e Siècle et donner naissance aux mouvements de contestation qui s'appelaient alors « socialistes » ou « communistes », dont l'objectif était de mettre fin au système d'exploitation « de l'homme par l'homme ». Quelques rappels peuvent illustrer sinon légitimer ces motivations (1) :

En 1832, les quatre personnes d'une famille ouvrière gagnent en tout avec les quatre salaires à peu près 760 francs. Les quatre salaires sont différents. Pour 300 jours de travail, le père ramène 450 francs au foyer. La femme, elle, travaille 200 jours pour une paie annuelle de 180 francs. Quant aux deux enfants, ils ne sont à l'usine que 80 jours [par an] pour un salaire de 65 francs chacun. Mais les salaires varient selon les régions. Le budget familial est divisé en fonction des besoins les plus pressants. Dans ces conditions, il est très difficile d'économiser car il n'y a jamais trop d'argent. Le salaire journalier pour quinze heures de travail se monte à deux francs pour un homme, à un franc pour une femme. Les deux enfants sont payés de 30 à 40 centimes selon leur âge.

Si quinze heures de travail quotidien (en 1832) sont déjà à la limite du supportable, les salaires versés ne peuvent se comprendre que sur la base du coût de la vie à cette même époque (2) : 



 


Dans ces conditions, également décrites par Karl Marx (3) ou encore par Jack London (4) dont la démarche – rare en ce temps-là – porte aujourd'hui le titre de « journalisme d'investigation », le combat socialiste contre le capitalisme industriel n'est pas c'est le moins que l'on puisse dire dénué de fondement.

Je considère que l'erreur de pensée commise encore aujourd'hui est la suivante : la lutte sociale s'est rapidement donné pour objectif la suppression du système libéral qui a généré et – point crucial légitimé les mouvements d'opposition, alors qu'il s'agissait en priorité d'obtenir une amélioration qualitative des conditions de travail et de vie des ouvriers (5). Or, il faut bien se rendre à l'évidence qu'une telle lutte est impossible au sein des autres régimes politiques connus, invariablement autoritaires ou dictatoriaux. En revanche et il s'agit là d'un procès d'intention couramment fait – la reconnaissance de cette vérité factuelle n'implique pas nécessairement que l'on soit un adepte de l'économie libérale : on renonce simplement à se bercer d'illusions révolutionnaires visant son abolition car, jusqu'à ce jour, les tentatives en ce sens se sont soldées par d'effroyables débâcles.

En vérité, le problème qui se pose ici a trait à la dualité, au double aspect du libéralisme : avec l'injustice des rapports de travail et de production, la toute-puissance de l'argent, l'exploitation outrancière des hommes et de la nature, il donne également naissance à la démocratie moderne qui ne va pas sans la liberté de pensée et d'opinion, la séparation de l'Église et de l'État, l'instruction publique, obligatoire, laïque et gratuite etc. Qui légitime donc aussi la liberté de critiquer ouvertement le système lui-même. Du coup, l'abolition du régime libéral revient – en tout cas l'Histoire récente l'atteste à supprimer également les libertés fondamentales indispensables à l'exercice de la démocratie et par conséquent toute forme de pluralisme politique.

D'où l'idée de social-démocratie, telle que je cherche à la préciser ici. En effet, nous savons que dans notre monde « globalisé », la grande majorité de l'humanité subit toujours la dictature économique de ce qu'il faut bien appeler le « capitalisme sauvage » : travail des enfants, conditions de vie et de travail inhumaines, salaires de misère payés en « monnaie de singe » etc. Et l'on entend bien souvent que ces conditions sont comparables à celles qui prévalaient sous nos latitudes au 19e Siècle. Si l'on y ajoute des régimes corrompus, pseudo-démocratiques ou franchement dictatoriaux, on peut aisément inférer que si rien ne freine le capitalisme, celui-ci tend à réduire les populations à l'état de semi-esclavage et – nous n'en avons pas pris la mesure depuis si longtemps – à polluer, détériorer, détruire progressivement parfois irrémédiablement, souvent durablement les richesses et les grands espaces naturels de cette planète (6).

Mais dans nos pays dits riches aussi, on constate un recul sensible des acquis sociaux même si, pour prendre un contre-exemple récent, le gouvernement allemand a fini par introduire début 2015 un salaire minimum sous la pression des sociaux-démocrates (7). Et comme le débat public, exaspéré par les « crises » à répétition et chauffé par les harangues populistes, tend à identifier la « droite » et la « gauche » parlementaires, nous nous trouvons face à un amalgame rhétorique qui, en désamorçant les véritables enjeux, arrange sacrément les tenants du pouvoir économique dans la perspective de réduire progressivement l'État social à sa plus simple expression, en « minimisant » les avantages sociaux des citoyens – et en rétrécissant le volume du bien public comme une peau de chagrin en vue de « maximiser » les profits, comme
on se plaît à dire dans les milieux autorisés. Et l'augmentation du chômage, dû aussi bien à l'automatisation croissante des processus de production et des services qu'aux
« délocalisations » vers les pays à bas salaires et les zones de non-droit social, constitue actuellement un formidable moyen de pression pour obtenir – et « rationaliser » cette réduction des acquis sociaux, comme on le constate en ce moment même dans les pays européens et notamment en France (8).


[à suivre]

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Notes

(1) Passage extrait d'un projet éducatif du Collège et Lycée Marcel Gambier de Lisieux (1993/94) intitulé : La condition ouvrière au XIXe Siècle. –  Apparemment, ces textes très instructifs ont été rédigés par des lycéens ou peut-être même des collégiens. Je me suis permis de corriger discrètement deux ou trois petites fautes d'expression. On comparera avec l'original > en ligne.

(2) Paul Paillat (1951) : Les salaires et la condition ouvrière en France à l'aube du machinisme (1815-1830) > Article en ligne

(3) Karl Marx, Le Capital Critique de l'économie politique, premier livre : Le procès de production du capital (Hambourg 1867). Voir notamment le dixième chapitre intitulé « La journée de travail » > Traduction française > Original allemand

(4) Jack London : Le Peuple de l'abîme (Londres 1903) > Traduction française > Original anglais

(5) Dans ce contexte, il faut rappeler que, paradoxalement, les premières mesures sociales (entre 1881 et 1890 : assurances accidents, maladie, invalidité et système de retraite) ont été prises en Allemagne à l'initiative du chancelier Bismarck dans sa croisade perpétuelle contre les socialistes dont les revendications se faisaient de plus en plus pressantes.

(6) Les problèmes qui se posent en relation avec les dégâts causés par les activités humaines sur terre feraient sauter le cadre présent. Mais, ayant signalé la parution de cette note à un ami économiste, je viens de recevoir deux phrases en réponse, que je prends la liberté de citer aussi sec :

« Les épiphénomènes que sont les passions humaines, politiques, économiques, les œuvres humaines et les religions, obscurcissent la vision de l'humanité et lui occultent la perception du phénomène de la détérioration irréversible de la nature. L'homme est un animal doué de la parole et de la pensée et comme tous les animaux, il dépend de la biodiversité pour subsister. »

(7) Ce fut la condition non négociable pour la participation du SPD au gouvernement de coalition dirigée par la chancelière Angela Merkel (CDU). Je rappelle qu'il y a actuellement une très courte majorité « rouge-rouge-verte » (SPD/Die Linke/Les Verts) au Bundestag. Mais une entente de ces trois partis, qui a été réalisée au niveau régional dans le Land de Thuringe sous la direction du ministre-président Bodo Ramelow (Die Linke), semble peu probable à l'échelle fédérale dans la perspective des prochaines élections qui, comme en France, auront lieu en 2017.

(8) En effet, le président Hollande a eu l'imprudence ou la naïveté de faire dépendre son bilan d'une baisse sensible du chômage. Quel bâton n'a-t-il pas tendu là au grand capital, qui possède une influence très importante – et parfois occulte – sur la situation de l'emploi, pour faire battre le parti socialiste aux prochaines élections ! – Comme je le dis ci-dessus, les électeurs français et allemands élisent leurs dirigeants la même année (respectivement en mai et septembre 2017). Il y a fort à parier que les tenants du pouvoir économique feront – et font déjà tout pour empêcher une victoire conjointe de la social-démocratie à Paris et Berlin, qui risquerait de remettre en cause le cours ultra-libéral de Bruxelles.


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  • Merci sk..pour cette mise au point sur la "social démocratie" j'ai hâte de découvrir la suite..
  • Depuis sa scission d 'avec les thèses marxistes , la social démocratie n'en finit plus... de ne plus être sociale , ça a commencé en août 1914 avec l'acceptation de la guerre

    extrait de Révolution journal marxiste

    "Lorsque l’épreuve vint finalement, en août 1914, presque tous les partis sociaux-démocrates (à l’exception du parti serbe et des bolcheviks russes) se rangèrent au garde-à-vous derrière leurs bourgeoisies respectives et approuvèrent les crédits de guerre demandés par les gouvernements. Dans plusieurs pays belligérants, des dirigeants sociaux-démocrates sont même entrés dans les gouvernements, comme Jules Guesde ou Marcel Cachin en France. Dans tous ces pays, les partis socialistes ajoutèrent leur voix à la propagande militariste, en la couvrant d’un mince verni « de gauche ».

    la suite est longue des dévoiements de la SD
  • Soyez un peu sport, kulturam ! - j'essaye d'esquisser un concept actuel de social-démocratie par rapport au libéralisme effréné pour ajouter un peu de contenu aux débats et clarifier les positions possibles, qui ne devraient pas se laisser influencer par les polémiques politico-politiciennes. - Vous évoquez l'histoire du parti : c'est comme si vous me rappeliez l'histoire (en effet peu glorieuse) de l'Allemagne quand je vous parle du pays actuel...
  • je suis désolé de venir perturber vos recherches par une réaction épidermique au seul nom de social démocratie et pardonnez moi cette intrusion historique , je trouve d'ailleurs que votre analyse est bonne et vos constats sont justes , à suivre donc
  • SK,

    J'avais lu une première fois votre note, mais bien trop rapidement. J'en ai repris la lecture aujourd'hui. Elle mérite en effet que l'on prenne le temps de la lire et de la relire lentement.

    Je me sens proche de votre analyse d'une sociale-démocratie actualisée aux circonstances politiques, économiques de notre aujourd'hui, plus complexe que jamais, à l'heure de la mondialisation.

    Je suis tout particulièrement en accord avec votre difficile et courageux propos en ce qui concerne votre évaluation des a priori anti libéraux des luttes ouvrières dans notre récent passé, voire encore actuels. Oui, la réalité est complexe, et en effet, le libéralisme donne plus que jamais aujourd'hui sur le pire (l'exploitation d'une main d'oeuvre à très bas prix, et jusqu'à l'exploitation des enfants dans le Tiers-Monde), et dans le même temps, à preuve du contraire, c'est tout de même lui qui, traduit en termes politiques, permet les luttes syndicales, la concertation sociale surtout, et la liberté d'expression, jusque et y compris les critiques les plus virulentes contre le libéralisme.

    Oui, j'ai apprécié (beaucoup) de vous lire. Nous sommes arrivés à une heure mondiale où, à l'exception d'une Corée du Nord carrément obscène, et sans doute des mouvements terroristes comme Daesh qui veulent en revenir au Moyen-âge mais avec les moyens hyper modernes de communication et de guerre, tout le monde accepte, bon an mal an, qu'il n'y a au niveau économique que le libre-échange qui aille et qui vaille. Les tentatives communistes, dans leur intention généreuse et juste, se sont inévitablement perverties en capitalisme d'état, sans parler des répressions effroyables qui se sont abattues contre ceux qui les ont combattues au péril de leur propre vie.

    Est-ce à dire que c'est donc le capitalisme qui gagne ? C'est tout à fait possible. Moi, j'ajouterais juste alors "hélas".

    Est-il possible qu'une sociale-démocratie comme vous la défendez gagne du terrain ? C'est possible, c'est du moins à espérer.

    Hélas, je ne suis pas assez compétente en matière économique pour dire plus, et je me le reproche quasi quotidiennement.

    Pourtant une question inquiétante me taraude : Est-ce que ce sont les états mêmes (élus en principe démocratiquement) qui dirigent encore leurs affaires capitales, ou bien la finance mondialisée ?

    Car si tel était le cas effectif, eh bien, le terme même de démocratie sera vidée, un jour ou l'autre, de son sens et de son sang...
  • Je commenterai dans la soirée, plumeplume, merci.

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    Le sens de cette note (inachevée) est de formuler un concept viable de "social-démocratie" face à ce que l'on peut appeler le "capitalisme sauvage", qui a sévi chez nous au 19e Siècle (et en partie au 20e) et qui continue de faire rage dans le reste du monde avec, pour conséquence actuelle, les "migrations" que nous qualifions pudiquement d' "économiques".

    Pour moi, les avancées "sociétales" (néologisme symptomatique pour la déliquescence à la fois du social et de la société elle-même) promues par la "gauche" au pouvoir sont des "cache-misère", propres à masquer le terrain progressivement abandonné : réduction (souvent imperceptible, procédant "par accumulation") des avantages sociaux, "assouplissement" du droit du travail (la fameuse "flexibilité"), privatisations galopantes, qui consistent souvent à brader le bien public etc. etc.

    Vous avez bien raison de souligner le manque de démocratie en Europe : on l'a vu avec le "non" français en 2005 qui aboutit à la ratification du Traité contesté (légèrement modifié) en 2008, avec la mise sous tutelle de la Grèce ces jours-ci (en effet c'est un scandale immense que certains biens publics, privatisés sous la menace, soient rachetés par des entreprises allemandes) ; on le voit également avec les politiques de Hollande en France ou encore d'Obama aux USA : les gouvernants, qui se sont fait élire sur un programme social, se voient dans l'incapacité de mettre en œuvre leur politique (de "tenir leurs promesses"). - Il est évident que ce problème ne se pose pas pour les "Républicains" (français ou américains)...

    Vœu pieux : il faudrait que toutes les personnes de bonne volonté - à droite et à gauche - comprennent que la source de nos problèmes et de la destruction progressive de nos sociétés est la tendance quasi naturelle de l'économie à l'ultra-libéralisme ("Homo homini lupus" - "Anything goes"), qu'il s'agit de contrer pour maintenir un peu de cohésion et de justice sociale.

    Je me permets de répéter un point qui me semble décisif : les élections "franco-allemandes" de 2017 pourraient décider du destin de l'Europe. Une victoire des libéraux ("Républicains", "Chrétiens-démocrates") conforterait le cours de Bruxelles, dans le cas contraire celui-ci pourrait être infléchi, la France et l'Allemagne étant considérées comme le "moteur de l'Europe".

    Vu d'un côté le manque de popularité du PS en France qui, à côté de son impuissance à mener la politique sociale promise, n'a pas réussi (et pour cause) à rassembler ses partenaires "naturels", et de l'autre les difficultés du SPD de s'affirmer dans la Grande Coalition dirigée par Merkel, qui le met également dans une situation d'échec (en exceptant le fameux salaire minimum que j'évoque souvent ici), une victoire conjointe de la social-démocratie dans les deux pays est en effet peu probable. Néanmoins, un observateur neutre constatera que tout est fait, des deux côtés du Rhin, pour enfoncer le clou afin d'empêcher un tel scénario - catastrophe pour les tenants du pouvoir économique ! - Et puis, si les campagnes de dénigrement s’essoufflent, la meilleure manière d'éliminer une menace dans nos sociétés de l'information, c'est de ne pas en parler du tout.

    Pourtant, il suffirait d'une campagne électorale conjointe en 2016/17 pour remettre à la Une et sur la table des négociations le projet d'une Europe sociale.
  • j'ai lu trois fois, suis faible en social démocratie et libéralisme quant au capital j'en ai une image mentale rudimentaire, de ma place je zoome sur mon petit "au cas ou", chaque fois que je bouge l'épicier bancaire m'en prend un morceau, de la place plus haute c'est donc ce machin que l'on fait danser dans les bécanes folles des traders couvées par des actionnaires anonymes capable de mettre par terre l'entreprise en reprenant ses billes

    pour lutter contre le capital sauvage, le libéralisme qui donne des boutons aux alter sans qu'on ait jamais vu une alternative solide justement, il faut, à mon sens jouer gagnant gagnant et ce jeu des négociations s'étiole par un syndicalisme poussif et obsolète, en France ,que je connais un peu, capable de fermer le ban avec des primes qui ne compteront pas au soir de la retraite, capable de signer les 35h dans la fonction publique hospitalière....je passe

    pour l'heure le plus gros chantier serait les conditions de travail, les aménagements de poste, les pathologies dues au travail, maintenir une productivité heureuse au lieu de prendre des pieds à coulisse pour mesurer on ne sait quoi
    doublé de ces fameuses flexibilité et mobilités, qui passent par une créativité en organisation sociale et en gestion des territoires

    est il possible de voir une IDF avec une telle concentration, des mégapoles asphyxiantes pour réaliser son appart au soir de la retraite et se retrouver dans l'herbe , vers une vieillesse difficile par insuffisances des infrastructures les plus simples, la pharmacie, la poste....

    la social démocratie comme catalyse productive par le "non nocere" le care comme dirait Aubry, tout le monde a ricané , mais comment remettre debout les hommes à terre si ceux qui ne sont pas encore tombés se sentent en péril
  • Merci pour votre intérêt, PARKER !

    Telle que je l'envisage ici, la social-démocratie représente d'abord un "contre-pouvoir" qui, par définition, a du mal à gouverner, à exercer lui-même le pouvoir dans les conditions de l'économie libérale (i.e. le moins possible d'État et de taxes, de biens publics, de sécurité sociale [au sens large], de législation contraignante sur le travail etc. etc.). Ainsi, Blair, Schröder et maintenant Hollande en France, Gabriel en Allemagne, Tsirpas en Grèce et Obama aux USA font, d'un point de vue idéaliste ou révolutionnaire, une "politique de droite", notamment dans des conditions de "crise perpétuelle" (la première dès 1873, je crois). Or, les "politiques de droite" (Sarkozy, Merkel, Cameron et al.), si elles sont favorables au "moins-disant social" et à ce qu'on appelle l'ultra-libéralisme (libéralisation totale et quasi-dictature du "marché"), ne peuvent pas pour autant supprimer certains acquis sociaux. En Allemagne par exemple, l'État social est inscrit dans la constitution, c'est-à-dire que chaque citoyen a droit à l'assistance sociale, à une certaine somme pour chaque enfant (tout de même 184€/mois), aux soins gratuits, à un minimum vital, une aide au logement, un minimum vieillesse, sans oublier une place en garderie (KiTa), un droit à l'instruction, à la formation etc. - Merkel ne peut rien changer à cet état de fait, puisque ce serait "anti-constitutionnel". - Or, l'État social n'est pas tombé du ciel, n'a pas été imposé par le pouvoir économique ("capitaliste"), mais a été - est toujours - le fruit de luttes ou mieux de négociations, qui n'auraient pas (eu) lieu sans ce "contre-pouvoir" dont je parle.

    Pour moi, il s'agirait d'étendre l'État social à l'Union Européenne : harmonisation des taxes, des régimes de sécurité sociale [toujours au sens large], du droit du travail, des salaires en fonction du coût de la vie dans les différentes régions etc. etc. Et ce dans les conditions de l'économie libérale, dont je signale le "double sens". Je crois en effet que l'abolition du libéralisme entraînerait nécessairement la suppression des libertés (que je précise dans la note) : pour l'affirmer, je me base sur l'enseignement de l'histoire récente... J'ajoute aussi que ce "réalisme" n'implique pas automatiquement que l'on adhère à l'économie libérale, notamment telle qu'elle se manifeste actuellement : cycles de (sur)consommation de plus en plus brefs, automatisation sans partage des profits avec la collectivité, délocalisation dans des zones de non-droit social (et politique), désertification, destruction des espaces naturels (de la biodiversité, comme le dit si bien mon correspondant cité en note) etc.
  • Merci sk pour cette brillante démonstration..la "social démocratie" ne saurait susciter une véritable adhésion que si elle est proposition, imagination, innovation et non réponse en creux à la fuite en avant
    inhumaine de l'ultra libéralisme, c'est à dire du libéralisme déconnecté de la proximité humaine, de la presque consanguinité avec les acteurs prosaïques mais fidèles : je ne vends pas ici le paternalisme
    ou les familistères du XIXème mais il y avait la temporalité, parfois même la connivence religieuse.;
    Aujourd'hui, c'est la nanoseconde et les traders qui bousculent tout, inventent la pseudo économie, déshabillent ou habillent à leur guise les "entreprises désincarnées"..Alors les responsables des Etats-Nations deviennent les obligés de ces faiseurs de rois ou d'esclaves financiers ! Vous vous rendez compte ?..on "note" des Pays comme s'il s'agissait d'enfants de CE1 ! et les décisions juridiques des citoyens sont barrées en croix lorsqu'elles ne correspondent pas à la doxa du Grand Ordinateur ! c'est Brecht !! Dé-mo-cra-tie ?..
    ça n'est pas raisonnable !..revenons alors au suffrage censitaire afin que seuls les gens "corrects" et
    autorisés s'expriment..Barrons en croix la République, rétablissons les privilèges de sang, le droit divin.
    Je vous rejoins : plus personne ne croit en la légitimité de Bruxelles et de nos "suiveurs" vils suceurs de roue, incapables de sprinter.. ou que l'on pousse pour faire chûter (Ksipras) Faute de sortir la tête de cet "entre deux eaux" au moyen d'une social démocratie active et "participative", non prostituée, nous nous dirigerons vers le divorce profond, les conflits et..hélas, le pire..l'intolérance puis la barbarie..
    Quand on commence à regarder de près la denture de ceux qui arrivent comme du bétail à la foire,
    et que l'on fait le maquignon en renvoyant le rebut sur les autres, ça n'est pas bon signe du tout !..
    Il n'est pas trop tard mais il n'est plus possible de s'en remettre au lendemain..c'est maintenant.
  • Rien à redire, Mr. Hub !

    L'important est de garder le débat ouvert et de ne pas se laisser réduire à des caricatures au sein de polémiques stériles qui ont perdu toute relation avec les problèmes réels.

    On peut tout aussi bien ridiculiser un hypothétique "homme de gauche" que son collègue "de droite". Au mon sens, ça ne rend rien, ça permet simplement de se marrer un bon coup lorsque le costard est bien taillé. - Les Guignols, par exemple, même s'ils m'ont bien fait rigoler, ont cet effet pervers de contribuer à ce que j'ai appelé la guignolisation de la vie politique. - Il faudrait tout de même que les caricaturistes, aussi géniaux soient-ils, se rendent compte que le véritable pouvoir - les éminences grises, tapis dans l'ombre - rient toujours mieux parce qu'ils rient les derniers. - Avec la guignolisation, on assiste également à une sacrée personnalisation ("pipolisation") de la sphère politique : ainsi les idées, les convictions sont devenues secondaires, il faut avant tout être ce qui en langage médiatique s'appelle un "bon client"...

    Allez, puisqu'en France, il paraît que tout finit par des chansons :

    https://www.youtube.com/watch?v=DXk--eL5-kQ
  • on appelle les gens de droite les néocons, versus extrême droite et on se berce d'extrême gauche idéaliste, la musique est agréable!
    hors donc comme à gauche et à droite on détient certains incontournables au lieu de mutualiser nous voilà avec tout le monde au centre droit ou gauche, parce qu'un monticule d'experts décident qu'on gagne les élections au centre, il faudrait sortir de ce cul de sac,
    les droits sociaux constitutionnels allemands, je ne savais pas, nous nous en sommes aux droits humains universels, lisez les souvent, c'est une honte vu le profil de la planète et la manière culpabilisante avec laquelle on traite le Nord

    l'Europe par ailleurs verse à l'extrême droite ET à l'extrême gauche, creusets de compromis perpétuels , et économiquement on hésite! Tsipras l'a compris, je ne sais pas s'il s'en sortira

    je retiens de ces annèes de tumulte mondial qu'il est suspect d'être sauf et qu'être sauf c'est forcément responsable des affres d'autrui
  • Rien à ajouter non plus, PARKER !

    Votre dernière phrase aborde le thème de la culpabilisation de l'Occident, récurrent dans les pamphlets extrémistes, les uns ne veulent pas en entendre parler, les autres ne se dopent qu’à ça.

    Or, c'est ce tout ou rien qui m'effraye. Je prends une fois encore le cas de l'Allemagne actuelle, malheureusement si mal connue en France (la réciproque est également vraie). D'un côté on ne va pas emmerder la jeunesse avec le passé nazi (ou l'État policier en RDA, que je ne mets pas dans le même sac), c'est-à-dire qu'on ne va pas leur faire porter le poids des crimes abominables qui ont été commis puisqu'ils sont nés après. De l'autre, on ne va pas faire comme si rien ne s'était passé : on va "instruire" les jeunes, raconter les faits en bons historiens, essayer de faire en sorte que cela ne se reproduise pas etc.

    Je suis stupéfait de lire encore aujourd'hui chez certains défenseurs du colonialisme - opposants radicaux à toute culpabilisation ou mieux : "amende honorable" - le terme très connoté de "boche" en parlant des Allemands d'aujourd'hui (ceux qui sont nés en 1945 fêtent actuellement leurs 70 printemps !). - Faut quand même oser !

    Une chose cependant est certaine : notre richesse - celle de nos très riches - s'explique en partie - et en partie seulement, bien sûr ! - par la misère des autres, la grande majorité de l'humanité. C'est mathématique. Mais nous, quidams, ne sommes pas responsables de l'exploitation outrancière des pays dits pauvres (notamment par l'inégalité des termes de l'échange et bien sûr les salaires de misère etc.). On a simplement été embarqués dans cette galère...
  • SK,

    Vous terminez ainsi votre dernier commentaire :

    "Une chose cependant est certaine : notre richesse - celle de nos très riches - s'explique en partie - et en partie seulement, bien sûr ! - par la misère des autres, la grande majorité de l'humanité. C'est mathématique. Mais nous, quidams, ne sommes pas responsables de l'exploitation outrancière des pays dits pauvres (notamment par l'inégalité des termes de l'échange et bien sûr les salaires de misère etc.). On a simplement été embarqués dans cette galère..."

    Oui, la majorité absolue d'entre nous n'y est pour rien ; les affaires du grand capital nous échappant complètement, et pire sans doute, échappant aussi au pouvoir (de plus en plus minime) de nos gouvernements supposés démocratiques.

    Toutefois, sans doute de façon impertinente, je me demande s'il n'est va un peu aujourd'hui comme il en va dans les plus beaux arrondissements de Paris de la part du personnel de maison. Se joue là une identification avec les familles que l'on sert, et où l'on vote politiquement comme ses maîtres.

    Ou autrement, je me demande si chez nous, sans doute au départ sous d'insidieuses insinuations de journaux de droite musclée, on ne tente pas de monter le cas de "nos pauvres" contre les réfugiés que nous nous devons d'accueillir.
    J'ai lu plusieurs articles qui vont dans ce sens, ne se rendant même pas compte qu'ils doivent être applaudis à l'extrême-droite.

    Oui, comme si au fond, ce n'était que les dominés qui étaient en terrible et libérale concurrence. Le monde à l'envers, donc !
  • les prix , salaires etc cités sont tout a fait interessants ... voilà ce que j appelle de l histoire "revivifiée"!
  • Lieber SK, en France, le terme de social-démocratie a été longtemps snobé par la gauche (socialistes inclus) qui y voyait une forme trop édulcorée; à la cogestion du modèle allemand (qu'elle trouvait trop proche de la "participation" gaullienne), elle opposait l'autogestion ...ou l'étatisation. Mais si le programme et le discours est longtemps resté sur cette ligne, la réalité de gouvernement a été plus "réaliste" à partir de 83. Avec toutefois quelques mesures phare sur le modèle étatique, notamment les 35 heures.
    Je lis parfois l'argument que les avancées sociales doivent être conservées du fait d'être le résultat de "luttes". Mauvais argument, car si c'est le rapport de forces qui est érigé en moteur du changement, ce rapport étant désormais très défavorable aux salariés, le même argument justifierait leur abrogation. C'est du reste souvent l'état plutôt que les luttes qui ont fait avancer le progrès social, ainsi à la Libération ou en 81.

    D'accord sur le lien entre social-démocratie et économie libérale exposée dans l'article.
    Le problème contemporain est la faible marge des états dans le cadre de l'économie mondialisée, entraînant la concurrence exacerbée entre états ou groupe d'états, à la recherche d'atteindre le moindre coût du travail pour attirer les entreprises. Il faudrait donc "une certaine dose" de protectionnisme et de règles de compensation des disparités de coûts pour pouvoir ne serait-ce que maintenir un bon niveau de protection sociale.
    On s'est leurré sur la nature de l'UE, on pensait que ce serait un espace de coopération et d'harmonisation, ce n'est qu'un "marché unique" avec des normes communes, mais une concurrence sociale et fiscale, des pays low-cost intégrés, des paradis fiscaux, et du dumping ici ou là. Les groupes de pressions industriels et financier ne veulent *surtout pas* d'harmonisation (laquelle de toutes façons serait très partielle et progressive vues les disparités de l'Europe à presque 30).
  • Merci d'être passé, nolats. - J'essayerai de réagir à votre intervention ici-même un peu plus tard.

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