mardi 10 novembre 2015

Helmut Schmidt, un homme du 20e Siècle

Si l'événement inaugural, mais aussi la « catastrophe originaire » du siècle passé fut incontestablement la Première guerre mondiale, le social-démocrate Helmut Schmidt, né le 23 décembre 1918 à Hambourg, est certainement un homme du 20e Siècle. Il aurait fêté ses 97 ans dans quelques semaines.

Les Allemands se souviendront du chancelier émérite fumant clope sur clope à la télévision et commentant les faits marquants de l'actualité avec sa culture politique et sa connaissance de l'histoire contemporaine.

Les Français se souviendront du tandem européen qu'il formait avec Valéry Giscard d'Estaing entre 1974 et 1981, remplaçant à la chancellerie de RFA le mythique Willy Brandt, parti pour une sombre affaire d’espionnage, tandis que son partenaire français venait d'aménager à l'Élysée. Fin décembre 1982, Helmut Schmidt fit à son tour place au chrétien-démocrate Helmut Kohl qui formera avec François Mitterand une paire plus inégale. L'histoire de ces binômes franco-allemands depuis De Gaulle/Adenauer jusqu'à Merkel/Hollande serait d’ailleurs un sujet d'étude intéressant qui, à ma connaissance, n'a pas eu l'attention qu'il mérite.

Helmut Schmidt était aujourd'hui l'un des rares à avoir vécu la République de Weimar, le nazisme et la guerre, le partage et la réunification de l'Allemagne. De tels hommes n'existeront bientôt plus. Voilà pourquoi, outre le fait qu'il était le seul à pouvoir fumer sur les plateaux, ses interventions télévisées avaient quelque chose de fascinant. Il y avait là de l'expérience et de la sagesse, celles d'un ancien qui avait connu toute l'histoire rocambolesque de l'Allemagne contemporaine et les sommets du pouvoir, dont il s'était ensuite retiré pour devenir publiciste et co-éditeur de l'hebdomadaire d'information Die Zeit.


Surnommé Schmidt Schnauze ("la gueule", "le bagout") pour son talent d'orateur, cet homme manquait déjà de son vivant. C'est pourquoi, depuis le temps, on était heureux de le savoir encore de ce monde.



La dernière apparition télévisée de Helmut Schmidt
(sur ARD, Première chaîne publique, le 28 avril 2015)

6 commentaires:

  1. Guten Abend, SK. Je n'ai écouté que le début de la vidéo, n'étant pas assez fluent en Allemand pour tout comprendre, mais j'ai relevé (à propos de la cigarette électronique) "en 2020, je ne serai plus là". En effet -mais il ne parait absolument pas 96 ans!-
    il y a eu les célèbres binômes -contrairement à ce que vous semblez penser, c'est très connu ici-, mais Angela a connu 3 de nos présidents, sans aussi profonde harmonie que les précédentes paires. Les images les plus marquantes ont été Adenauer à la Boisserie, Kohl et Mitterrand main dans la main (et la larme de Kohl à l'enterrement de celui-ci), et Schröder se faisant représenter par Chirac lors d'un sommet où il ne pouvait assister (c'est regrettable qu'il n'y ait pas eu le renvoi d'ascenseur).
    Il y a quelques années, un sondage avait placé l'Allemagne comme le pays duquel les Français se sentaient le plus proches, c'est je crois un hommage à la clairvoyance des gouvernants des deux côtés du Rhin depuis plus de cinquante ans. Il y a désormais davantage de réticences ici, du fait d'un certain suprémacisme de la chancelière, et de la conversion réelle ou supposée au modèle néolibéral.

    Cordialement
    Nolats

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    1. Pour les binômes, je pensais plutôt à une étude politique approfondie, Lorsque le SPD était au pouvoir en Allemagne (Brandt, Schmidt), les partenaires français étaient de droite / du centre, Mitterrand avait pour partenaire le chrétien-démocrate Kohl. Le reste du temps, c'était droite / droite, avec une seule exception : Jospin / Schröder (+ Blair) entre 1998 et 2002...

      Dans ce dernier entretien télévisé, H. Schmidt est particulièrement attachant. 2020, c'était par rapport à l'interdiction des cigarettes mentholées qu'il fume (fumait), prévue cette année-là par la CE.

      À bientôt

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  2. J'ai trouvé en effet touchante l'évocation qu'il ne serait plus présent en 2020.
    Le paradoxe des croisements droite/gauche des binômes franco-allemands est également relevé ici, mais la politique internationale des deux états présente une certaine continuité. La réunification de l'Allemagne a introduit en France une crainte de déséquilibre d'influence, qui a pu expliquer un certain froid à la toute fin des années 90. Il me semble que ces craintes sont réapparues ces tous derniers temps, et notre actuel président, il faut en convenir, manque de prestance et de poids face à sa partenaire décomplexée.

    Nolats

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    1. On se rendra alors compte que durant la période 1998/2002, le "couple" franco-allemand (+UK) n'a pas fait avancer le projet d'une Europe sociale et d'une indispensable construction politique. En 2017, il y aura de nouvelles élections (Présidentielle en mai / Bundestag à l'automne) dans les deux pays. Mais je n'ai pas l'impression que le SPD et le PS ont l'intention de faire campagne commune autour de ce thème de l'Europe politique et sociale. Ce serait pourtant leur seule chance (planche) de salut. On comprend mieux pourquoi les forces libérales commencent elles aussi à pousser du côté du repli sur soi...

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    2. Bonsoir SK. Je pense qu'en 98 il était déjà trop tard pour amorcer un renforcement politique et social en Europe, cela aurait du être le cas AVANT la monnaie commune, ou à l'extrême limite immédiatement dans la foulée de Maastricht -car "on" nous l'avait promis pour obtenir le "oui" au referendum de 92-.
      Mais ce n'est pas un "oubli", c'est un choix délibéré par les instances européennes, "éclairées" par les lobbies et les anglo-saxons, de la "concurrence libre et [prétendument] non faussée".
      Ensuite, il était trop tard, car le choix a été fait de privilégier le quantitatif sur la qualitatif, c'est à dire l'élargissement vers l'Est plutôt que l'approfondissement.

      On voit que l'UE est en train de se déliter au niveau de l'espace de libre circulation, elle n'est pas viable à près de 30 -et les inconscients voudraient aller encore plus loin-. Une éventuelle sortie de la Grande Bretagne ne serait alors pas isolée, l'Autriche, les Pays Bas ...ou la France -selon les résultats électoraux- pourraient suivre l'exemple (en deux temps éventuellement, euro puis UE). Regardons les chiffres, ce sont des pays contributeurs net, la Grèce qui est bénéficiaire n'y avait aucun intérêt.

      Nolats

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    3. je ne peux que répéter : en 2017, il y a des élections quasi simultanées dans les ateliers du soi-disant "moteur" de l'Europe... la seule chance des soc-dems c'est de se "rassembler" (et de rassembler les populations) par-delà le Rhin autour du projet commun d'une Europe politique et sociale... s'ils le faisaient vraiment (ce que je ne crois pas non plus), ce serait contagieux (et nos "médecins" libéraux n’aiment pas ça).

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