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dimanche 12 avril 2015

Quelques mots sur le racisme

Le souci avec les courants anti-musulmans actuels, c'est qu'ils sont tout simplement racistes, de la même manière que l'ont été – et le sont toujours – les idéologies qui, désignés par le concept polémique et incohérent d'« antisémitisme », visent les citoyens juifs. Le pire dans cette histoire, c'est qu'une partie des polémistes qui ciblent actuellement les citoyens musulmans revendiquent eux-mêmes une « origine » juive : or, à la première occasion, ils pourraient à nouveau être touchés par l'incendie qu'ils contribuent à alimenter.

Dans cet ordre d'idées, la formule selon laquelle l'Europe aurait des racines judéo-chrétiennes est parfaitement hypocrite. Les populations stigmatisées comme juives ont toujours été persécutées sous les prétextes les plus fallacieux (« peuple déicide ») et voici soixante-dix ans seulement – à peine une vie d'homme – des citoyens parfaitement assimilés périssaient encore à cause d'une prétendue « origine » dans les camps d'extermination.

Le racisme est sans doute l'un des maux les mieux partagés au monde. À peu près toutes les populations unies par quelque lien plus ou moins arbitraire ou artificiel ont leurs bêtes noires, leurs boucs émissaires, et les arguments ne manquent jamais pour discréditer tel groupe humain dans le but de renforcer l'unité précaire de tel autre.

Le problème est que les groupes humains discrédités, persécutés sont « déshumanisés », transformés en abstractions : ainsi, les pilotes des bombardiers de Dresde et de Hiroshima, ou ceux qui ont jeté le zyklon B dans les chambres de la mort ont pratiqué l'assassinat en masse sur une entité abstraite avec laquelle il ne fallait surtout pas avoir de relation concrète, personnelle, humaine. La persécution et l'assassinat systématique des « Juifs » par les « Allemands » entre 1933 et 1945 – pour mémoire : ashkénaze veut dire allemand en hébreu ! – pourrait alors être le cas extrême d'une compulsion de répétition meurtrière qui concerne l'ensemble de l'espèce humaine, dont les racistes en particulier fournissent l'outillage théorique : la "rationalisation" des violences, des exactions, des monstruosités passées, présentes et à venir, que les persécutés d'hier envoient comme une arme de destruction massive à la figure des persécutés d'aujourd'hui visant déjà ceux qui, dès demain, entreront dans la ronde macabre.

Je crains qu'il faille s'y résigner : les êtres humains n'apprendront jamais rien de leurs erreurs. Puisque même - et surtout - les plus intelligents d'entre eux viennent nous expliquer qu'il faut s'habituer à l'horreur humaine, en désignant toujours de nouveaux coupables à persécuter, à « éliminer » : coupables à l'origine, coupables par essence, coupables de toute éternité. Alors qu'en réalité, il n'y en a qu'un, seul et unique survivant du genre homo : l'auto-proclamé sapiens qui réussit, de génération en génération, de civilisation en civilisation, à transformer la vie en enfer et ses semblables en anges exterminateurs ou en « bêtes » sacrificielles.

dimanche 21 juillet 2019

Racisme, antisémitisme, islamophobie - xénophobie

Quel but ces accusations poursuivent-elles? - En effet, lorsqu'on cherche à discréditer quelqu'un, on le traite de raciste, d'antisémite, d'islamophobe... [1]. Et ça part dans tous les sens: contre Donald Trump, bien sûr, sans se rendre compte que les remarques pour le moins tendancieuses du POTUS sont savamment calculées - naïveté des démocrates américains, qui tombent à chaque fois dans le panneau de la médiatisation 24/7 visée par l'ancien présentateur de Real-TV; ça marche un peu mieux contre Jeremy Corbyn, l'actuel leader des travaillistes britanniques, qui a du mal à défendre ses positions politiques, économiques et sociales dans cette ambiance délétère, déjà minée par le "Brexit Chaos", comme on aime à dire outre-Manche; dernière en date : Nadine Morano, la grande gueule déchue de la droite parlementaire française, qui a été prise en tenaille et laminée par l'extrême-droite d'un côté et le centre droit du Président Macron de l'autre. Le 19 juillet 19 au matin, elle envoie ce message à l'adresse de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye:
Outrée mais habituée à entendre ses inepties débitées souvent en tenue de cirque... Sénégalaise très bien née ayant obtenu la nationalité Française il y a 3 ans... visiblement avec de grandes lacunes sur la culture française. indigne de cette fonction gouvernementale en France [2]
Sans aucune sympathie pour ce genre d'attaques désobligeantes ad feminem, je constate qu'en formulant l'accusation de "racisme" contre cette polémiste, on est en train de vider de son sens ce mot qui se fonde à l'origine sur le concept de "race", déjà difficile à soutenir sur un plan strictement anthropo-biologique. C'est dire qu'il signifie - comme il a toujours signifié - quelque chose d'autre, qui touche aux mécanismes d'inclusion et d'exclusion propres aux dynamiques des groupes humains que l'on retrouve jusque dans nos cours d'école. Or, quels sont les groupes formées par les soi-disant racistes et antiracistes, antisémites et philosémites, etc.? Mais surtout: comment un groupe humain acquiert-il sa cohérence et sa consistance?

samedi 11 janvier 2014

Trois néologismes fin-de-siècle

Le mot « antisémitisme » (*) - néologisme sans doute forgé par le journaliste allemand Wilhelm Marr en 1879 - exprime une hostilité envers le seul peuple juif, et non envers les peuples sémitiques en général, ce qui atteste déjà de son inconsistance sur le plan sémantique et plus avant de son caractère arbitraire, pragmatique et opportuniste (**).



On pose de nos jours une équivalence implicite entre le peuple juif et l'État d’Israël. Il faut pourtant rappeler que le premier existe depuis plusieurs millénaires alors que le second n'a été fondé qu'en 1948. Ce n'est pas exactement la même échelle de temps. Ainsi, du point de vue des
expériences historiques et des attitudes existentielles, il paraît difficile d'identifier ces deux univers : Diaspora ancestrale et création d'un État moderne.



Mais surtout, en parlant du peuple juif, on pense désigner un ensemble homogène : or, à côté de la distinction traditionnelle entre Ashkénazes (« Allemands ») et Séfarades (« Espagnols »), nous rencontrons des gens très divers, allant de ces personnes profondément religieuses et traditionalistes, à l'image de celles qui habitaient naguère les Städtle d'Europe orientale, aux athéistes modernes des grandes villes occidentales. En effet, la Diaspora s'est répandue aux quatre coins du globe, pour parfois s'assimiler, parfois garder sa tradition religieuse, parfois se regrouper en communautés, parfois s'en écarter résolument.


jeudi 1 octobre 2015

Race ? Vous avez dit "race" ?

Race signifie également course en anglais (déformation professionnelle). - J'ai déjà publié une ou deux notes sur le sujet, bien que la vie m'ait appris qu'il est vain de vouloir "ramener à la raison" un raciste convaincu en usant d'arguments scientifiques, notamment biogénétiques. En ce sens, le racisme relève bien de la doxa, de l'opinion, de la conviction, de l'idéologie, voire de la foi.

Mais dites à un religieux que son dieu est une invention humaine, destinée à servir - justifier, légitimer - un pouvoir politique, résolument terrestre : vous allez entendre parler du pays ! - Et dites à un raciste invétéré que les races humaines sont des inventions pour asseoir la supériorité d'un clan, d'une tribu, d'une ethnie. d'un peuple, d'une nation sur d'autres, vous aurez gagné votre journée !


mardi 28 octobre 2014

"Hooligans contre Salafistes"



Dimanche 26 octobre 2014, du côté de la place de Breslau et de la gare centrale de Cologne (*) : une foule de quelque 3000 personnes (**), composée de néo-nazis, de hooligans adeptes de la violence dans les stades de football et de rockers, qui en Allemagne sont connus pour se financer en "bandes organisées" avec les recettes de la prostitution, du racket et du deal, est venue - sous prétexte de manifester contre le soi-disant "État Islamique" - affronter la police, surprise par le nombre et la violence de la foule ayant suivi l'appel du groupe "Hooligans contre Salafistes" (HoGeSa). Surprises, les forces de l'ordre ont surtout été débordées. Résultat : 44 fonctionnaires blessés, selon le protocole de la police.


vendredi 30 mai 2014

Assez !

Le « raciste » ne se contente pas de croire en l'existence de « races humaines ». Il est surtout convaincu de sa propre supériorité. Or :


Les études scientifiques, fondées depuis le milieu du XXe siècle sur la génétique, ont montré que le concept de « race » n'est pas pertinent pour caractériser les différents sous-groupes géographiques de l'espèce humaine car la variabilité génétique entre individus d'un même sous-groupe est plus importante que la variabilité génétique moyenne entre sous-groupes géographiques. [Wikipédia]


Le problème est que l'on se situe ici dans le domaine des croyances, des convictions, qu'aucune démonstration scientifique n'a jamais pu entamer.


Cette prétendue supériorité de certaines cultures ou civilisations sur d'autres – puisque c'est de cela, et non de génétique, qu'il s'agit – a de tout temps servi d'argument à la conquête de territoires et la soumission, voire la mise en esclavage de populations entières par les envahisseurs.


Les temps modernes ont vu apparaître le phénomène du « colonialisme ». On peut dire que l'un de ses principaux idéologues fut l'auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines (1853/55). Mais déjà le philosophe Kant (1724-1804) n'y allait pas par quatre chemins. Ou plutôt si. Je traduis :


« Dans les pays chauds, l'Homme arrive à maturité plus tôt dans toutes ses parties, sans cependant atteindre la perfection des zones tempérées. L'humanité dans sa plus grande perfection se rencontre dans la 'race' des Blancs. Les Indiens jaunes ont déjà un talent moindre. Les Nègres sont plus bas, et une partie des populations américaines se situe au niveau le plus bas. » (Immanuel Kant, Des différentes races humaines, 1775)


J'en viens au fait. Très peu de gens aujourd'hui contestent que la théorie raciale et les procédures d'extermination massive qui l'accompagnent ont connu une apogée sans précédent dans l'Allemagne (et l'Europe) sous la botte des fascistes entre 1933 et 1945. Plus qu'aucun autre, ce pays a dû faire son mea culpa – n'en déplaise à certains : en français, on traduit par « repentance » - et un travail considérable pour analyser et digérer ce funeste passé, qui n'en est pas moins terriblement récent.

Qu'en est-il des pays qui ont pratiqué le colonialisme ? J'ai l'impression qu'en France, aucun travail sérieux n'a été fait à une large échelle depuis la perte des colonies dans les années 1960/62. Il y a pourtant eu des crimes massifs contre les populations, des injustices flagrantes, des citoyens de seconde zone, de facto privés de droits.


Ce sont les anciens « maîtres » qui continuent d'avoir la voix au chapitre, qui présentent le fait colonial comme une période idyllique, correspondant à certains souvenirs d'enfance dorée parmi ces « indigènes » invisibles, si l'on excepte les « domestiques ». Ce sont encore eux qui justifient le fait colonial avec les « apports culturels », voire la « civilisation » qu'ils auraient dispensés à des populations « incultes ». Mais ils ne perdent pas un mot sur l'exploitation unilatérale des hommes et des richesses naturelles.


Bien. C'est ce qui s'appelle se tailler une réputation. Mais il se trouve que tout ce discours dédaigneux sur les « immigrés » commence à me fatiguer. Cela a commencé avec Lampedusa. Personne, mais vraiment personne ne s'est demandé pourquoi des parents en viennent à embarquer leurs propres enfants sur de méchants rafiots. Et pourtant la raison est connue : à force de spéculations sur les denrées alimentaires, ces parents ne peuvent même plus leur acheter un bout de pain avec la monnaie de singe mise à leur disposition par la nouvelle forme de colonialisme globaliste dont nous profitons – les uns moins, les autres beaucoup, beaucoup plus – dans les pays dits « riches ».


Dans ce contexte, c'est surtout le vote Front National qui est choquant. Il procède – en partie seulement, bien sûr – de cette idéologie aveugle – ou en tout cas borgne – de la recherche d'un bouc émissaire, alors que tout, presque tout est affaire d'économie et de finances. J'en reste convaincu : sans les « réparations » de Versailles et les « crises » de 1923, puis de 1929, il n'y aurait peut-être jamais eu de fascisme en Allemagne. Bien sûr, à l'époque, la propagande raciste avait le vent en poupe. Et pas seulement outre-Rhin. On avait choisi un autre bouc émissaire, ce qui tend à prouver, avec la campagne de haine actuelle, que la « cible » importe peu.

Le pire : certains de ceux dont les familles furent persécutées naguère hurlent aujourd'hui avec les loups, totalement inconscients des risques auxquels eux-mêmes s'exposent en mettant les doigts dans l'engrenage de la haine et du mépris d'autrui. Fort heureusement, ils sont rares. Mais, à les voir ainsi stigmatiser des populations entières pour des raisons qui ne résistent pas à l'analyse, leurs ancêtres, s'ils avaient toujours été de ce monde, n'auraient eu besoin que d'un seul regard pour leur rappeler que la souffrance humaine n'a pas de patrie.





vendredi 23 mars 2012

Débriefing

 NB. - Cet article conclut celui d'hier : Dénouement (22 mars 2012)

"Une atmosphère chaude pour un début de printemps", rappelle le météorologue de Radio France. Finis les directs hypnotiques, place à la réflexion. Que s'est-il donc passé ?

J'imagine une pile de vieux journaux où sont consignés tous ces événements qui ont fait la Une à travers le temps. Plus personne ne les lit. A la campagne, on s'en sert pour allumer le feu. Le poissonnier les utilise pour envelopper sa marchandise. 

A peine ses "feux" éteints, "l'actualité" est frappée d'une prodigieuse obsolescence. Cela ne tient pas seulement à la lassitude que l'on peut éprouver après un matraquage dans les règles de l'art, mais aussi - pardon ! - à toutes les conneries que l'on peut entendre dans "le feu de l'action". Ainsi, les commentateurs - experts, journalistes, politiciens - ont intérêt à ce que le public oublie rapidement les plus consternants de leurs propos.

Je pense à une affaire qui a récemment bouleversé l'Allemagne. Entre 2000 et 2006, un commando de trois personnes - deux hommes et une femme nés entre 1973 et 1977 - ont abattu neuf commerçants, huit Turcs et un Grec, en utilisant toujours la même arme (Česká CZ 83, calibre 7,65 mm Browning). Les victimes de cette série d'assassinats étaient un fleuriste, un tailleur, deux marchands de légumes, deux restaurateurs rapides (kébabs), les tenanciers d'un Internet-café, d'une boutique de clefs-minute et d'un kiosque. Il fallait attendre novembre 2011 - soit plus de cinq ans après la dernière exécution - pour que le suicide des deux hommes et l'arrestation de la femme lève le voile sur le mystère de ces meurtres en série : il s'agissait d'une "cellule national-socialiste" ("Nationalsozialistischer Untergrund") basée à Iéna puis à Zwickau, deux villes de Thuringe en Allemagne centrale (ex-RDA).

Dans le contexte de la tuerie de Toulouse et Montauban, plusieurs raisons me poussent à mentionner cette affaire, dont les détails et l'énorme résonance médiatique n'ont pas vraiment franchi le Rhin. La première tient à la formidable méprise des enquêteurs et des médias allemands. Un temps, on affubla ces assassinats "mystérieux" du nom affligeant de "Meurtres au Kébab" ("Döner-Morde"), en spéculant qu'il s'agissait de règlements de comptes entre commerçants ou d'exécutions mafieuses liées à des problèmes de territoire. C'est ce qui aura permis aux trois assassins d'opérer en toute impunité, puis de disparaître pendant cinq ans sans être inquiétés le moins du monde.

A Toulouse, c'est l'exact contraire : l'amok, la "tuerie en masse" d'un homme isolé a été transformée en opération terroriste, et d'ailleurs la "revendication" par certains "inspecteurs des travaux finis" ne s'est pas faite attendre. Le vrai problème - et le point commun entre deux affaires aussi différentes - réside dans un formidable mélange des genres qui ne peut que déboussoler les enquêteurs. Car la question se pose en effet : S'agit-il de "crimes de droit commun" ou d'"attentats terroristes" réclamant des investigations d'une toute autre nature ?

samedi 12 février 2011

[Brève] Éric Zemmour au New York Times ?

Éric Zemmour, le chroniqueur hyperactif qui, sous couvert de "réalisme", clame tout haut ce que la majorité silencieuse est censée penser tout bas, vaut un article du prestigieux New York Times. - En effet, le journal écrit : "Il [Éric Zemmour] dit que ses points de vue sont ceux de la majorité silencieuse, de la population française qui cherche à revenir à la France resplendissante du général de Gaulle, une France fière, imaginative, qui ne s'encombre pas de la culpabilité de l'ère post-coloniale. Les efforts pour intégrer les populations immigrées du pays ont largement échoué, dit-il, et le pays devrait revenir à l'approche “assimilationniste” abandonnée depuis des décennies." - Qu'on se le tienne pour dit  ! Surtout quand il ajoute : “Pour moi, la France, c'est la civilisation avec un grand C". - C comme Zemmour ?

[Actualisation]  Comme nous l'apprend une note de l'AFP ce vendredi 18-02-2011 : La 17e chambre du tribunal correctionnel a condamné le journaliste à 1.000 euros d'amende avec sursis dans une affaire l'opposant au Mrap, SOS Racisme et la Licra, et à une peine identique dans un dossier initié par l'UEJF et J'accuse. - Éric Zemmour devra en outre leur verser un peu plus de 10.000 euros de dommages et intérêts et faire état de ses condamnations dans un organe de presse. - Le 6 mars 2010 dans l'émission de Thierry Ardisson "Salut les terriens", diffusée sur Canal+, Eric Zemmour s'était indigné après une intervention sur les contrôles au faciès: "Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois? Pourquoi? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait". - Le même jour, sur France Ô, il avait estimé, en réponse à une question qui lui était posée, que les employeurs "ont le droit" de refuser des Arabes ou des Noirs. - Certaines associations se plaignaient d'une "diffamation à caractère racial", d'autres avaient attaqué en "provocation à la discrimination raciale". - Vendredi, le tribunal a relaxé le chroniqueur des faits de diffamation. En effet, écrit-il, "malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos, qui a pu choquer de nombreuses personnes", le passage sur les trafiquants "n'est pas diffamatoire", car Eric Zemmour "n'affirme ni ne sous-entend l'existence d'un lien de causalité avéré ou possible entre l'origine ou la couleur de peau et une surreprésentativité prétendue parmi les trafiquants". - En revanche, le tribunal a considéré que le polémiste avait bien incité à la discrimination raciale car, "par cette phrase catégorique et péremptoire, il justifie directement et clairement les contrôles, aussi arbitraires que systématiques, envers certaines catégories de population". - Concernant les propos sur la discrimination à l'embauche, les magistrats ont jugé que le prévenu ne pouvait "légitimer une pratique illégale, en la présentant comme licite." - Ainsi, Éric Zemmour a "dépassé les limites autorisées du droit à la liberté d'expression" et ce d'autant plus que c'est "un professionnel des médias et de l'expression (...) qui revendique la maîtrise des mots et de leur portée", écrivent-ils.

L'avocat et le journaliste ont décidé de ne pas faire appel de ce jugement...

mardi 15 septembre 2015

Bien-pensance

De toute évidence, le sens actuel de la « bien-pensance » n'englobe pas celui de « bien penser ». Car ceux qui utilisent cette expression polémique pour fustiger les  « bien-pensants » sont eux-mêmes convaincus de bien penser. En conséquence, ils pensent également que les autres pensent mal. – Je ne sais pas si le concept de « mal-pensance » existe. Si oui, il ne devrait pas non plus avoir le sens de « mal penser », mais bien celui de penser du mal des « bien-pensants ». – En revanche, les «  bien-pensants » pourront toujours se référer à une devise qui, ne datant pas d'hier, rassurera au moins les traditionalistes : « Hon[n]i soit qui mal y pense. » [ici p.ex.]

En feuilletant l'encyclopédie Wikipédia, on est surpris de lire ceci : « L'expression apparaît en 1931, sous la plume de l'écrivain catholique et royaliste Georges Bernanos, à l'époque ouvertement antisémite, dans l'ouvrage La Grande Peur des bien-pensants. Les "bien-pensants" désignaient les démocrates libéraux, coupables selon lui d'intégrer des citoyens d'origine juive et de diluer l'identité française. » Et l'article se poursuit ainsi : « Lors de la 2ème guerre mondiale, Georges Bernanos décide cependant de rejoindre la Résistance estimant que "Hitler a déshonoré l’antisémitisme" ». Si, avec cette précision hors sujet dans un article sur la bien-pensance, le rédacteur cherche à excuser l'écrivain, je dirais que c'est plutôt raté. Et quand bien même  : tout publiciste, surtout lorsque son œuvre est appréciée du grand public, a une certaine influence sur le formatage de l'opinion et donc, indirectement, sur le cours des événements. L'irresponsabilité et la « viscéralité » – bref : la « mal-pensance » ! – risquent alors de se transformer rapidement en poison mortel.


Mais bon. Apparemment, de l'eau aurait coulé sous les ponts. Aujourd'hui notre expression fait référence au « politiquement correct » ou encore à la « pensée unique », qui seraient avant tout imputables à « la gauche ». Et comme il s'agit d'un concept polémique, nous ne sommes pas étonnés de constater qu'il est surtout utilisé par ceux qui se réclament de « la droite ». – Mais en regardant de plus près, on s’aperçoit que la controverse actuelle mélange un certain nombre de choses, si tant est, bien sûr, que les mots aient encore un sens. En parlant de « pensée unique », je suppose qu'on fait implicitement référence aux systèmes totalitaires alors que, pour l'instant, nous vivons encore dans un pays libre où toutes les opinions sont permises (et où le racisme n'est pas une opinion mais un délit). Il s'agit alors d'un emploi délibérément abusif. – Quant au « politiquement correct », sérieusement, j'ai du mal à repérer de la « correction » dans ce registre, quand les politiciens professionnels de tous bords démontrent au quotidien que tous les coups – même les plus bas – sont permis. Mais peut-être la bien-pensance n'a-t-elle rien à voir avec la politique ? Dès lors, que viennent faire la « droite » et la « gauche » dans cette galère ?

En effet – et il s'agit d'une autre utilisation détournée – le politiquement correct consiste, selon la définition de Wikipédia, « à adoucir excessivement ou changer des formulations qui pourraient heurter un public catégoriel, en particulier en matière d'ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d'infirmités, de classes sociales ou de préférences sexuelles. » Dans un entretien intitulé Le bien-pensant, c’est toujours l’autre, la médiatique Natacha Polony va plus loin [ici] :  « Il faudrait déjà rappeler qu’au départ, le politiquement correct désigne une façon d’édulcorer le langage pour éviter de nommer les choses parce que cette dénomination pourrait choquer. Derrière ce terme, il y a l’idée que le réel est violent et qu’on va l’adoucir en niant ou en contournant les problèmes. » – J'ignore cependant si la journaliste s'est rendue compte d'une méprise : ce ne sont pas tant les « choses » que les personnes, et plus précisément les minorités, qu'il s'agit de désigner avec « correction », avec respect. Que l'hypocrisie et le ridicule soient ici de la partie, cela ne fait aucun doute. Mais préfère-t-on vraiment revenir aux insultes et aux brimades d'un passé encore récent ?

***

En Allemagne, le mot « Gutmensch » – littéralement « homme bon » (plutôt que bonhomme)  ou « homme de bien » – possède à peu près le même emploi que l'expression « bien-pensant » en France. Le Duden, dictionnaire de référence, définit comme suit ce mot, en précisant son emploi « en général péjoratif ou ironique » : « Homme [naïf] dont le comportement et l'engagement, perçus comme crédules, exagérés, énervants etc., relèvent du politiquement correct. » – Wikipedia confirme l'affinité entre Gutmensch et bien-pensant, puisque les articles correspondants sont interconnectés. La version allemande valide la tendance française : « Dans la rhétorique politique des conservateurs et de gens de droite, Gutmensch est utilisé comme un concept militant. » – Or, le 23 mars 2015, le quotidien Die Welt propose ce titre surprenant pour un journal libéral-conservateur du groupe Springer : Qui dit Gutmensch mérite sa vague d'indignation [Shitstorm]. Le chapeau résume l'article : « La longue route vers la droite : Ancien patronyme originaire de Moravie, Gutmensch s'est transformé en une expression de haine. Aujourd'hui, il n'est plus possible de l'utiliser. Mais il y en a qui ne s'en sont pas encore aperçus. » Et Matthias Heine d'amorcer sa chronique : « Aujourd'hui, Gutmensch est une expression sarcastique. Une de celles qu'une personne responsable n'utilise plus. Son emploi excessif par les mauvaises personnes l'a rendue inutilisable. Il n'y a plus que les nazis et les idiots sans finesse linguistique pour dire Gutmensch. Et parfois – encore et toujours – des gens qui portent une pince sur le nez et ne sentent pas l'odeur nauséabonde. »


jeudi 7 janvier 2016

Chaos de Cologne (1)

Alors que l'enquête sur les exactions commises autour de la gare centrale et la cathédrale de Cologne en cette nuit du Nouvel An 2016 est loin d'être terminée et que l'identité des auteurs qui ont agi en bande organisée – et dont l'un des objectifs était le vol à la tire – reste à établir avec certitude, les journaux ont déjà tout compris. Pour la presse trash comme Bild, qui se base sur le rapport plus ou moins confidentiel (« exclusif ») d'un policier en service cette nuit-là, les choses sont claires : les migrants étaient présents en masse sur les lieux, ce qui corrobore ipso facto la thèse selon laquelle l'afflux de réfugiés en Allemagne – autour d'un million de personnes, dont quelque 450.000 demandes d'asile selon l'Office Fédéral pour la Migration et les Réfugiés (« BAMF », cf. le rapport en PDF) – génère un chaos sans nom et menace la société allemande.

Plus inquiétant : cette thèse, qui connaît une résonance internationale, est implicitement relayée par des publications plus sérieuses comme le Wall Street Journal qui titre : «  Des rapports sur les agressions sexuelles du Nouvel An s'invitent au débat allemand sur la crise des migrants. ». Comme le fait remarquer le Süddeutsche Zeitung dans sa revue de presse, le New York Times fait également le rapprochement entre les migrants et les événements de Cologne : « En Allemagne, des attaques sur les femmes font monter la pression autour des migrants ».

Moins surprenant : les posts haineux sur internet, comme par exemple sur la page Facebook de « Nett-Werk Köln » que l'administrateur a dû fermer provisoirement. Il motive sa décision comme ceci :

 Le réseau ressemble actuellement à une scène de guerre faite de violences verbales, d'accusations réciproques, d'appels au lynchage, d'insultes, de dénigrement et de racisme. - Les discussions réalistes et constructives sont apparemment impossibles. En provenance de tous les médias, chaque bribe en rapport avec le sujet est reprise sans aucune critique et plaquée sur le mur...  [> texte allemand]

L'un des problèmes – voire des mystères – de cette affaire est le compte-rendu tardif des événements par la presse mais aussi par les services de police, qui avaient publié un rapport plutôt décontracté le 1er janvier dernier, du style : « tout s'est bien passé, rien de particulier à signaler ». Étonnant aussi, le dépôt tardif de certaines plaintes, notamment celle du second viol, qui n'a été mentionnée que ce mercredi (6 janvier 2016) par le préfet de police Albers en personne.

Deux événements sont souvent oubliés dans la frénésie actuelle : l'un s'est passé fin octobre 2014 dans cette même ville de Cologne, où la police se fit déborder par la manifestation d'extrême-droite « hooligans contre salafistes », ce qui a fait grand bruit dans le pays : les forces de l'ordre s'étaient montrés tout aussi impuissants face aux casseurs de 2014 qu'ils ne l'ont été face aux agresseurs du Nouvel An 2016. À cela s'ajoute la dissolution d'une unité d'intervention spéciale (« SEK ») en juin 2015 pour des actes de bizutage violents. D'autres fantaisies plus anecdotiques comme l'utilisation « festive » d'un hélicoptère de la police ont également été rapportées. Après les événements récents, le poste du préfet Albers ne tient donc plus qu'à un fil. Auquel il s'accroche de toutes ses forces.

L'autre événement est prévu à partir du 4 février prochain : c'est le carnaval de Cologne, l'un des plus prisés après ceux de Rio et de Venise. Quand on considère les mouvements de masse et les « rapprochements » entre inconnus, les foules en liesse et les beuveries, les délires et les déguisements qui permettent de garder un anonymat relatif, on voit mal comment les jeunes filles pourront suivre le conseil de la mairesse de Cologne donné lors d'une conférence de presse après les attaques. À la question d'une journaliste demandant comment les femmes pouvaient mieux se protéger, Henriette Reker a répondu ceci :

Il y a toujours la possibilité de conserver une certaine distance, supérieure à une longueur de bras. Donc, de votre propre initiative, ne cherchez pas une proximité excessive avec des gens qui vous sont étrangers, avec qui vous n'entretenez pas un rapport de confiance.

Il est entendu que ce conseil de « bonne conduite » adressé aux femmes était déplacé puisqu'il s'agissait plutôt de promouvoir le code méditerranéen du « On regarde mais on ne touche pas » auprès des hommes concernés.

Mais la campagne haineuse (« shitstorm ») qui s'est ensuite déchaînée à son encontre sur les réseaux passe sous silence d'une part la question de la journaliste à laquelle la mairesse a essayé de répondre dans une situation de pression importante et de l'autre, surtout, que cette femme a elle-même subi une grave attaque au couteau juste avant son élection à la mairie en octobre 2015. Il s'agissait sans doute d'un acte xénophobe, puisqu'elle s'était engagée pour l'intégration des migrants au cours de sa campagne électorale. D'ailleurs le geste de la main avec lequel elle accompagne son fameux « Armlänge » (longueur de bras), qui aura fait chauffer à blanc les réseaux, est hautement significatif en regard de ce contexte sciemment biffé par les commentateurs.

samedi 9 janvier 2016

Chaos de Cologne (3)



Lorsqu'on aborde les exactions de Cologne, il faut savoir qu'il existe une « exception culturelle » en Allemagne : Les feux d'artifice individuels, pétards et fusées, y sont autorisés  pendant la nuit du Nouvel An. - Humour ou sollicitude : certains sont allés jusqu'à préconiser de mettre au parfum les réfugiés qui risqueraient de se croire brusquement revenus au pays.

Les problèmes d'immigration et d'intégration existent depuis longtemps en Europe. Et ceux qui exploitent la misère des pauvres gens – passeurs, bandes organisées, raquetteurs, souteneurs – sont aussi vieux que le monde. À mon sens, Cologne est d'abord le résultat de la conjonction explosive de ces deux facteurs. L'arrivée massive de réfugiés en provenance des zones de guerre et de disette fonctionne ici comme un « catalyseur » dont l'action précipite la réaction. À cela s'ajoutent l'alcool, la marijuana et la fête débridée comme le veut la coutume dans la capitale allemande du carnaval.

Il faut également préciser que la gare centrale de Cologne, le parvis de l'imposante cathédrale gothique et la zone piétonne, qui se trouvent à proximité, sont depuis belle lurette le terrain de jeu de la petite criminalité : voleurs, dealers, arnaqueurs en tous genres, pour qui les touristes allemands ou étrangers, présents nuit et jour, représentent une proie  idéale.

Ces différents paramètres – les uns plus importants, les autres plus anecdotiques – forment le terreau sur lequel les poussées de violence ont émergé à Cologne. L'une des nouveautés – extrêmement inquiétante – est que cette violence frénétique cible principalement les femmes et qu'elle est exercée massivement par de jeunes hommes célibataires, frustrés, désœuvrés, originaires de pays où le statut de la femme est – de notre point de vue occidental – pour le moins critiquable, s'il ne doit pas tout simplement être considéré comme arriéré ou archaïque.

L'autre  nouveauté touche à la concertation des auteurs, qui ne semble pas faire de doute, vu l'envergure et la simultanéité des exactions dans plusieurs grandes villes d'Allemagne, notamment aussi dans le quartier chaud de la Reeperbahn à Hambourg.

L'enquête toujours en cours confirmera peut-être que derrière cette apparente « dynamique de groupe » qui a semé le chaos à Cologne et ailleurs, certaines éminences grises tirent les ficelles. Deux types de marionnettistes sont en tête de gondole. Les uns appartiennent à la criminalité organisée qui, avec cette « action », pourrait tester la puissance de son réseau et l'efficacité des marionnettes. Selon une information donnée ici même, le bureau du procureur de Cologne enquête en partie dans ce sens. La motivation des autres manipulateurs est clairement politique et vise de toute évidence à déstabiliser un peu plus nos sociétés dites « ouvertes ».

Dés lors, on doit sérieusement envisager une hypothèse qui n'a rien de rassurant, car les effets des exactions de Cologne sont les mêmes que ceux des attentats du 13 novembre 2015 à Paris : dans les deux cas, les instigateurs – déclarés à Paris, dans l'ombre à Cologne – mandatent des hommes de main pour semer la panique et la terreur parmi la population ; les moyens utilisés sont certes radicalement différents – des armes de guerre à Paris, de pétards dans la foule et des agressions sexuelles à Cologne mais les situations « festives » dans lesquelles ces opérations sont menées salle de concert, terrasses de café à Paris, fête du nouvel an à Cologne – se ressemblent étrangement.

samedi 12 juillet 2014

Mea Culpa






Je plaide coupable : pendant un mois, j'ai fatigué mes bienveillants lecteurs avec des notes sur le football, car une fois lancé j'ai ressenti le besoin de continuer moi aussi jusqu'en finale, stimulé par la beauté de certains matchs et la grande classe d'équipes comme les Black Stars et les Fennecs, Los Ticos et El Tricolor, les Diables Rouges et Oranje (0).

Mais je réclame également des circonstances atténuantes, car tout était parti d'une réflexion sur ce sport et sa "popularité". Or, il est évident qu'une analyse pertinente, et a fortiori une charge critique, réclament une connaissance intime de l'objet d'investigation : ainsi, je ne puis me satisfaire d'idées généralistes comme la "pourriture par le fric" ou la "commercialisation à outrance", qui s'appliquent un peu à tous les domaines constitutifs de nos sociétés ultramodernes.

Il s'agit donc d'abord de considérer les spécificités du football qui, avant de devenir l'actuel divertissement planétaire, a connu une grande popularité en Europe, en Amérique Latine et en Afrique, au plus tard depuis la première Coupe du Monde initiée par Jules Rimet en 1930.

Par ailleurs, il apparaît que le football simule une bataille, ce qu'il partage certes avec d'autres sports d'équipe (1), mais il importe cependant d'observer la manière dont l'affrontement est conduit : en principe sans toucher l'adversaire (2), en exécutant certains mouvements d'acrobate, voire de danse, qui constituent un moment très individuel, quasi artistique, au sein d'un jeu collectif relevant à la fois d'un ballet improvisé et d'une stratégie concertée.

Mais cela n'explique pas encore la popularité de ce sport, qui ne concernait d'abord que certaines régions du globe, ce mot de "popularité" étant ici à prendre au sens premier : en effet, il y avait - et il y a sans doute toujours - un véritable culte du football dans les milieux ouvriers et urbains, notamment en Angleterre, sa terre de naissance, où les générations partageaient ses histoires, mythes et légendes, tandis que les classes supérieures pratiquaient le cricket ou le polo. Car, comme le formule dès 1831 un élève de la très noble institution anglaise d'Eton dans ses mémoires :

« I cannot consider the game of football as being gentlemany; after all, the Yorkshire common people play it » (3). - Traduction proposée par Wikipédia : « Je ne peux pas considérer le football comme un sport de gentlemen ; après tout, le petit peuple du Yorkshire y joue. »

Un autre aspect est la simplicité des règles et l'absence d'accessoires : il suffit d'avoir un ballon, ou un objet de substitution, et quelques poteaux pour marquer les buts. C'est sans doute le plus puissant moteur de "popularisation" : tout le monde peut jouer au foot, et ce dans les endroits les plus improbables. - Chez les gamins, le côté acrobatique, le jonglage, le "beau geste" priment évidemment sur le jeu collectif, plus fondamental, auquel ils doivent s'astreindre en intégrant un club.

samedi 4 janvier 2014

Ernst Jünger et les commémorations 1914/2014

La boue, la mitraille (maintes fois Jünger note qu'il pleut littéralement du métal), les hommes qui tombent autour de lui: curieusement, le lieutenant Jünger, dont l'héroïsme fou lui vaudra de recevoir la plus haute décoration allemande (la croix pour le Mérite), promène un regard presque indifférent sur l'horreur absolue dont il est le témoin. - Car la guerre est, chez lui, comme un jeu vidéo avec des balles réelles. But du jeu? Tuer le plus d'ennemis possible sans cependant les haïr.

C'est ce qu'écrit Didier Jacob - l'excellent critique littéraire du Nouvel Observateur qui y tient également un blog- à l'occasion de la sortie française des Carnets de guerre 1914-1918 de l'écrivain allemand Ernst Jünger. - Ma première réaction, plutôt viscérale, s'est matérialisée dans un commentaire sous cet article de présentation :

Jünger était un apologète de la violence et, s'il n'était pas nazi, il a toutefois joué les idiots utiles du régime, notamment sous l'occupation en France. On ressort ses carnets de guerre à l'occasion de ces macabres commémorations 1914/2014 qui nous attendent : un acte commercial et nauséabond. Après le nazi avéré Heidegger, la France est la terre d'accueil du militariste Jünger. - Avec tout ce qui se passe par ailleurs, on est en droit de se poser des questions...

Je le reconnais volontiers : ce n'est pas un commentaire de haute volée, mais il exprime sous forme de raccourci le fond de ma pensée. - Pour vous dire : Der Spiegel commence cette semaine une série sur la Première guerre mondiale.

lundi 8 décembre 2014

Un ministre-président du Parti de Gauche en Allemagne ?

~ UNE CHRONIQUE ~
(16 octobre - 6 décembre 2014)



La spécialité de Thuringe :
viande en sauce, chou rouge cuit et boulette de pommes de terre


~ 16 octobre 2014 ~


Aux dernières nouvelles (Der Spiegel), le Land - officiellement : "l'État libre" - de Thuringe pourrait être gouverné par un ministre-président d'extrême-gauche dans le cadre d'une coalition "rouge-rouge-verte" (Die Linke/SPD/Les Verts). Ce serait une première en Allemagne fédérale. - "Historique", s'exclame-t-on déjà. Mais ce ne sont plus vraiment les mêmes qui avaient abusé de cette formule pour célébrer le "triomphe de Mme Merkel" aux dernières élections fédérales en septembre 2013.


La nouvelle peut paraître anodine, surtout en France où les références politiques d'outre-Rhin se limitent souvent à "Berlin" et "Merkel". Or, il faut tout de même dire ceci : si Bodo Ramelow (Die Linke) accède au poste de ministre-président en Thuringe, la coalition qui le soutient n'aura certes qu'un seul siège d'avance, mais - et c'est un mais de taille - l'actuel Bundestag présente exactement la même composition : une coalition rouge-rouge-verte y serait également majoritaire (avec 320 sur 631 sièges) ! - Si, donc, ce partenariat se passe bien en Thuringe, cela pourrait avoir un effet sur les élections fédérales de 2017 (1).


Ce vendredi, les trois partis se réunissent pour une dernière "consultation", mais le Spiegel affirme que l'on se dirige bien vers un accord de coalition et un gouvernement dirigé par Bodo Ramelow, dont la formation politique dépasse de loin le score de ses deux partenaires (2). Si une telle coalition était ensuite envisagée au niveau fédéral et que les trois alliés se rapprochent au Bundestag, Angela Merkel serait dans une position très inconfortable. Bien qu'un tel cas de figure extrême soit plutôt improbable avant l'échéance de 2017, la marge de manœuvre pour mener une politique ultra-libérale en Allemagne se rétrécit sensiblement, ce que l'introduction d'un salaire minimum dès janvier 2015 confirme déjà.


~ 17 octobre 2014 ~

dimanche 20 septembre 2015

Le cas Onfray

Michel Onfray n'est pas certainement pas un "politique". Ni un "philosophe" au sens noble de ce terme qui, comme le reste, est victime d'une prodigieuse inflation, prouvant au besoin que l'Homme moderne est le contraire du légendaire alchimiste, capable de transformer les excréments en or.


Mais médiatique, il l'est assurément. Sous ce label de "penseur médiatique" - et donc forcément de "bon client" - il forme avec les agrégés B.-H. Lévy et A. Finkielkraut, rejoints par E. Zemmour, tout de même diplômé de Sciences Po, un quatuor d'enfer que le monde entier doit - ou devrait - nous envier.