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dimanche 8 juillet 2018

Note sur le Mondial 2018

Je n'ai pas vu la cérémonie d'ouverture de la Coupe du Monde de Football 2018...


...ni ce doigt d'honneur que Robbie Williams, venu pousser la chansonnette ce 14 juin au stade Loujniki de Moscou, adresse à la caméra et donc aux centaines de millions de fans devant leurs écrans (un milliard de téléspectateurs estimés pour la finale du Mondial 2014). - Message incertain, du style "quand je montre ma gueule, les imbéciles regardent le doigt".

Mais j'ai suivi le match d'ouverture Russie - Arabie Saoudite (5:0) et ce geste apparemment désolé que Vladimir Poutine adresse - à deux reprises : après le premier et le deuxième but russe - au Prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane...


... et je ne peux m'empêcher d'imaginer cette réponse du tac au tac, tout aussi "bon prince"  :
- Pas de problème, mon frère, nous on est là pour encaisser !

***

Le spectacle mondial de l'affrontement fraternel des nations sportives est donc reparti, alors que les batailles - militaires, économiques, politiques - incendient la planète : un mois de divertissement, de détournement, de communication à propos du "plus bel inessentiel du monde" (qui traduit la définition allemande du foot : die schönste Nebensache der Welt) - éphémère donc... pour oublier l'essentiel...

samedi 7 mai 2016

Benzema ou l'art de se tirer une balle dans le pied

Quelle idée pour les responsables d'une sélection nationale de se priver de l'un des meilleurs attaquants du monde lorsque, cerise sur le cake, la compétition a lieu à domicile. Benzema - Griezmann - Ribéry (**) : une attaque de rêve à faire trembler n'importe quelle défense adverse, obligée de mobiliser au moins quatre ou cinq joueurs pour tenter de la contrôler.

Les raisons d'une telle irresponsabilité semblent être largement extra-sportives, à commencer par cette affaire dite de la "sextape", qui comme tout ce qui touche au commerce charnel des "happy few" lui donne ce caractère sulfureux, prisé des médias et de la myriade de chalands anonymes. Comme le rapporte L'Équipe dans son historique de l'affaire à la date du 10 décembre 2015 [ici]

Noël Le Graët, le président de la FFF, révèle que Karim Benzema est écarté de l'équipe de France « jusqu'à ce que la situation évolue ». Il précise que pour que l'ex-Lyonnais revienne en équipe de France il faudrait « que la juge décide que le dossier est vide ou que Valbuena et lui redeviennent copains après que la juge ait décidé de les confronter ».

Puis à la date du 18 février 2016, les supporteurs de l'Équipe de France respirent (ibid.) :

La juge d'instruction ordonne la levée partielle du contrôle judiciaire de Karim Benzema, qui reste mis en examen. Le parquet de Versailles ayant aussitôt fait appel de cette décision, l'attaquant du Real Madrid peut désormais rencontrer Mathieu Valbuena et donc à nouveau prétendre à être sélectionné en équipe de France.

Or, le 13 avril suivant la sanction absurde tombe (ibid.) :

Non retenu par Didier Deschamps pour les matches amicaux de mars, Karim Benzema est définitivement privé d'Euro : la Fédération française de football annonce officiellement le 13 avril que le joueur ne sera pas sélectionné pour la compétition en juin. La FFF justifie cette décision par le fait que « la performance sportive est un critère important mais pas exclusif pour décider de la sélection au sein de l’Équipe de France de football. La capacité des joueurs à œuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe, l'exemplarité et la préservation du groupe sont également prises en compte par l'ensemble des sélectionneurs de la Fédération. »

Pourtant, le travail du staff technique et des entraîneurs consiste justement à « œuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe, l'exemplarité et la préservation du groupe ». Lorsqu'on a la chance de disposer de personnalités comme naguère Cantona (***) et aujourd'hui Benzema, il faut gérer les égos, les mettre au service de l'équipe tout en préservant la créativité individuelle des champions, et faire en sorte que les frères ennemis « redeviennent copains », ne serait-ce que pour le temps de la compétition afin de ne pas compromettre les chances de victoire de la France.

J'ai du mal à penser que d'autres raisons président à cette non-sélection, comme le refus de chanter la Marseillaise par exemple. En effet, qu'est-ce qu'un hymne national non entonné par tel ou tel joueur comparé au triomphe de l'équipe des Bleus sur ses terres et devant son public ?

Ou bien est-ce la sortie de Manuel Valls, apparemment recadré ensuite par François Hollande, comme l'écrit Le Figaro le 28 mars dernier [ici] ? En suivant son ministre des Sports, Patrick Kanner, le Premier ministre ne s'était pas privé de déclarer le 15 mars (après la levée du contrôle judiciaire le 18 février) :

« Je pense qu’aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que Karim Benzema revienne en équipe de France. Il est toujours mis en examen. » 
Pour tempérer ensuite son propos (ibid.) :

« Je ne veux absolument pas polémiquer avec Benzema. C'est par ailleurs un formidable footballeur. »

On cherche sans doute à mettre l'accent sur l'exemplarité, à l'heure où la FIFA et l'UEFA sont plombées par la corruption et des scandales financiers de grande envergure, où des noms comme celui de l'étonnant Lionel Messi apparaissent dans les « Panama Papers ». Alors on joue les M. Propre face au multi-millionnaire Karim Benzema, accusé de « complicité de tentative de chantage dans l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena » (Le Monde) portant sur quelque 100.000 euros. Et au lieu de le laisser marquer des buts pour enthousiasmer les foules, on préfère - au nom d'une morale hypocrite (*) - se tirer une balle dans le pied.

SK, 29 avril 2016

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(*) L'affaire Benzema court depuis juin 2015, comme l'indique l'historique cité. L' « affaire de corruption à la FIFA » (Wikipédia) démarre autour du 27 mai 2015 [NYT]. Il est difficile de voir ici un « hasard du calendrier », comme on aime à dire en pareil cas. - D'autre part, un simple mot d'autorité des responsables sportifs et des officiels aurait permis d'établir au minimum une trêve entre Valbuena et Benzema pour l'Euro 2016. Mais on a préférer laisser dégénérer un conflit extra-sportif avec une formidable inconscience ou - au choix - une prodigieuse arrogance, estimant que les Bleus pouvaient se passer de leurs meilleurs éléments dans une compétition de ce niveau. En effet, si le Brésil de Neymar et l'Argentine de Messi n'y participent pas, des équipes confirmées comme les Pays-Bas, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie ou le Portugal et des créateurs comme Robben, Ronaldo, Iniesta, Balotelli ou Müller vont assurer le spectacle sans rien lâcher sur le terrain.

(**) Quant à la sélection incertaine de Ribéry, elle tiendrait à des « raisons sportives » puisque l'attaquant du Bayern relevant de blessures n'aurait pas joué assez de matches avec son club. Or, on peut lire ceci sur le site d'Eurosports en date du 2 avril 2016 [ici] :

Franck Ribéry a le sens de la fête. Pour sa 200e en Bundesliga, le Français y est allé de son petit but. Enfin, quand on dit "petit", c'est une image. Le numéro 7 du club bavarois a inscrit un ciseau acrobatique de l'entrée de la surface qui a scellé la victoire du Bayern face à Francfort (1-0), lors de la 28e journée de la Bundesliga. "Ma vitesse revient" et "j'ai toujours faim", avait prévenu dans la semaine Ribéry, titularisé pour la 3e fois de la saison [...]. Il l'a prouvé.


 
(***) Voici vingt ans, Éric « The King » Cantona n'avait pas non plus été sélectionné en équipe de France. Si les raisons pouvaient être différentes à l'époque et qu'après une qualification difficile, les Bleus avaient tout de même - sans grand éclat - atteint les demi-finales de l'Euro 1996, il n'en demeure pas moins que l'égo du Grand Éric n'a jamais pu être géré en France, sauf par Guy Roux, l'entraîneur de son club d'origine (l'AJ Auxerre), alors qu'il brillait de tous ses feux à Manchester United aux côtés de David Beckham et Ryan Giggs sous l'autorité de Sir Alex Ferguson. - Coïncidence : Jean-Pierre Papin, qui passait le plus clair de son temps sur le banc du Bayern, avait également été écarté de la sélection française pour l'Euro 1996.

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Commentaires sur L'Obs et réponses


    Bonjour sk, et re-bon retour. La formule "on a préférer laisser dégénérer un conflit extra-sportif " ma parait pure spéculation. Il y a de fait une affaire de chantage, et Benzema étant proche d'un des maîtres chanteurs, a soutenu sa demande -sans doute pas par intérêt, ce qui ne lui est pas reproché, mais pour "rendre service"-. Se pose donc le problème de la confiance entre les joueurs et au sein de l'équipe, et la situation de mise en examen; il paraissait vraiment difficile de le sélectionner dans ces circonstances. Je ne sais s'il va exister l'équivalent de la "jurisprudence Bérégovoy-Balladur" pour les joueurs mis en examen, cela pourrait devenir le cas.
    Il se peut aussi que, comme pour Ribery, la carence d'esprit patriote (je l'exprime en termes mesurés) ait également été considérée comme préjudiciable dans la situation actuelle, pour une équipe qui représente le pays -la Marseillaise de tous les joueurs il y a deux ans à Saint Denis avant la coupe du monde avait été relevée comme exemplaire, et l'hymne unanime à Wemblay juste après les attentats de Paris de Novembre dernier a été un moment irréversible (qui se souvient du score, la dignité a ému pour longtemps)-.

    Écrit par : nolats 14h24 - samedi 30 avril 2016

    "on a préféré laisser dégénérer un conflit extra-sportif " - il était en tout cas facile de le suspendre dans les arrière-boutiques, en convoquant les joueurs après le 18 février et en leur donnant à tous deux le choix entre la trêve ou la porte. On ne l'a pas fait puisque N. Le Graët déclare dès décembre 2015 qu'il fallait pour réintégrer Benzema « que la juge décide que le dossier est vide ou que Valbuena et lui redeviennent copains après que la juge ait décidé de les confronter ». Cette attitude est en soi assez hypocrite quand on connait l'orage qui monte par ailleurs. Et Platini qui joue les présidents de la FIFA in spe avec tout ce qu'il trimballe dans sa musette. - Pour couronner le tout, M. Valls vient se mêler de cette affaire avec sa déclaration du 15 mars que je rappelle également : « aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que Karim Benzema revienne en équipe de France. Il est toujours mis en examen. » - Conclusion : au lieu de régler ou d'apaiser le conflit extra-sportif, on a mis de l'huile sur le feu. Au moins les médias étaient-ils contents. Et les vrais délinquants aussi puisque les spotlights sur Benzema leur procurent l'ombre recherchée.
    Quant à cette histoire de patriotisme, elle est complètement hors sujet dans cette affaire. Ou, si vous préférez, un prétexte supplémentaire pour l'instrumentaliser. Car si un sélectionneur se prive d'un créateur comme Benzema parce qu'il ne veut pas chanter l'hymne national, il faut vraiment qu'il change de boulot. Et si vous donnez le choix à un fan entre la Marseillaise et une coupe d'Europe...
    Dans ce contexte, j'ajouterais que l'on voit ici toute la méconnaissance du "peuple" qu'ont les idéologues. Malgré son accaparement par le business et le fric, qui peut également être vu comme une preuve supplémentaire, le foot est depuis toujours l'un des sports les plus "populaires" au monde, par opposition aux sports des élites. Ce que je veux dire, c'est que les dits idéologues veulent faire un tri dans les foules, les "épurer" pour les réduire à l'image qu'ils entendent propager. Or, allez voir un seul match au stade, par exemple de 2e ou 3e division dans votre région, et vous vous verrez confronté à une formidable diversité sur les gradins, irréductible à quelque standard que ce soit, qui dispose d'une énergie considérable, perceptible par exemple lors d'une action spectaculaire ou d'un but. Alors en effet. et les Romains l'avaient déjà compris : il faut canaliser cette énergie, sinon elle peut devenir incontrôlable et menacer les élites !

    Écrit par : sk 19h15 - samedi 30 avril 2016

    1. - Dès lors que le chantage est avéré, il est normal qu'il y ait plainte, la justice décide alors qui elle considère comme témoin ou comme personne impliquée. On peut comprendre que le joueur ayant été victime se soit considéré abusé par les "bons conseils" de quelqu"un qui s'avère être une relation du maître chanteur.
    Nous sommes en complet désaccord sur l'aspect patriotique, ceux qui portent le maillot "représentent" le pays. Il existe en ce moment une certaine sensibilité sur ce sujet, pas tant dans les élites que dans la population, et ce n'est certainement pas opportun de laisser le monopole du patriotisme aux extrêmes.
    Vous parlez à juste titre de sport "populaire", quel est l'avis du peuple sur la participation du joueur? peu après la révélation de l'affaire, 82% des sondés se sont dits opposés. Ce n'est du reste pas une raison suffisante, je pense que la cohésion de l'équipe entre avant tout en ligne de compte pour le sélectionneur. Il est dommage, certainement, qu'un joueur talentueux se soit mis dans cette situation.
    2. - Je voulais conclure mon commentaire précédent par "oui, en effet, Benzema s'est tiré une balle dans le pied" en référence au titre.
    J'ajoute enfin qu'effectivement Platini, que vous citez, est désormais discrédité, mais c'est une autre histoire. Il n'est certainement pas le seul, on peut s'attendre à un Soccergate, l'exemplarité éthique n'est certes pas donnée en haut.

    Écrit par : nolats 23h40 - samedi 30 avril 2016

    Précision : Cette réponse a été rejetée au motif de "diffamation". - Comme je suis certain qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation, je la réinsère ici. En cas de nouvelle suppression, je me verrai dans l'obligation de le signaler à la rédaction. En la priant de revérifier, j'attire l'attention de la modération sur le fait que toutes les mises en cause de personnalités sont sur la place publique. Or, en les nuançant, je m'efforce de ne pas les présenter comme des faits établis, à part le scandale de la FIFA dont la réalité n'est plus mise en doute par personne.
    _________________________________
    Salut nolats. Je réponds à vos deux coms non encore parus:
    Oui, en effet, c'est un point de désaccord assez considérable. Et je suis tout aussi étonné par vos propos que vous semblez être choqué par les miens.
    Pour l'exemplarité, les récents scandales autour de la FIFA - nous parlons donc des plus hautes instances du football mondial - sont d'une autre trempe que les petites magouilles de Benzema avec son taulard de pote, si tant est qu'il soit réellement coupable de complicité de chantage. Or, et vous avez l'air d'ignorer ce point crucial, les mêmes "hautes autorités" viennent vous parler - un peu moins, actuellement ! - d'exemplarité, de sportivité, de la fierté de porter le maillot de son pays. Croyez bien que les malversations de la véritable "élite" du football, dévoilées à présent au grand jour, sont sans commune mesure avec le délit reproché à Benzema. Et pourtant la médiatisation et l'instrumentalisation de ce dernier vient fort à propos pour occulter les "extorsions de fond" des gros bonnets...
    Tout footballeur est fier de porter le maillot de son club - même si les pros ressemblent de plus en plus à des hommes sandwich ces temps-ci - et a fortiori de jouer sous les couleurs de son pays (un peu moins parsemées de logos). Mais d'abord et avant tout il est fier d'être sélectionné, de faire partie d'une "grande équipe", d'y retrouver les copains qu'il côtoyait minot puis en championnat national...
    "Ceux qui portent le maillot 'représentent' le pays", dites-vous. Le formidable meneur de jeu Michel Platini a porté le maillot des Bleus et remporté avec Giresse, Tigana et les autres l'Euro 1984, également disputé en France. Et vous dites plus haut que l'on ne se souvient plus du score de ce match récent entre l'Angleterre et la France (2-0), mais seulement de l'hymne entonné de concert. On ne se souvient peut-être pas non plus du finaliste de 1984 (l'Espagne), mais bien du vainqueur et de l'équipe de rêve qui a valu à la France le respect des fans du monde entier. Alors Platini doit-il aujourd'hui être déclaré indigne des couleurs nationales ? - On retrouve ici le problème de l'exemplarité, en tant que cette "bonne image" qu'il s'agit de donner de son pays. En participant aux malversations - qui restent évidemment à établir - Platini n'a-t-il pas dérogé à cette exemplarité, ne "salit"-il pas le maillot français ? Et qu'en est-il du coup de tête de Zidane lors de la finale du Mundial 2006 ? Est-ce là un comportement qui doit servir d'exemple aux gamins ?
    J'en viens à l'essentiel, nolats : Le "peuple" est rude, à l'occasion il peut se soulever, se révolter, et il ne ressemble alors plus à rien de ce que les idéologues ne cessent de nous rabâcher. Le peuple aime son pays et parfois il ne l'aime plus lorsqu'il se retrouve chair à canon ou qu'il considère les ghettos où vivent ses parents, il aime son hymne et parfois il ne l'aime plus quand il voit les hypocrites le chanter aux grandes occasions et en tenue d'apparat. Le peuple se lave mais parfois il est sale quand il revient du boulot s'il a la chance de se faire exploiter par l'un de ces costumes-cravates qui vous expliquent le monde sans jamais s'être sali les mains. Le peuple est honnête, mais parfois il donne dans l'arnaque et la magouille, tout comme les grands de ce monde, mais à un niveau bien plus "modeste" et avec des séjours en prison bien plus fréquents.

    Je n'étais pas au courant pour les 82% d'avis défavorables à une sélection de Benzema. Honnêtement je ne sais pas trop quoi en penser. Hollande est à 81%. Et ce chiffre me fait immanquablement penser au score (réel) de Chirac en 2002. Une chose est sûre : au premier but de Benzema lors de l'Euro 2016 - très improbable à l'heure actuelle - ce score, qui ne reflète ni sa popularité ni sa renommée internationale, serait immédiatement inversé ("Ah! quelle bonne idée de l'avoir sélectionné, après tout !"). Quant au milieu offensif Valbuena (31 ans), qui est sûr d'être sur la feuille de match en l'absence de sa bête noire de collègue, il a intérêt à assurer au tableau d'affichage, parce que 8 buts en 49 sélections, dont 6 en matches amicaux, ça ne fait jamais que 16% de réussite ou, si vous préférez, 84% de ratés...
    J'ajoute enfin que la cohésion d'une équipe est l'affaire du sélectionneur, en l’occurrence celle de Didier Deschamps, qui voulait et veut sans doute toujours sélectionner Benzema ("tous les pays nous l'envient", "j'ai envie d'avoir les meilleurs joueurs", L'Équipe du 12 mars 2016). On a vu que ce job est parfois très, très mal fait, comme au Mundial 2010 ou quand le staff français s'est montré incapable d'intégrer une personnalité comme Cantona.
    Mais ce qui me pousse à prendre le temps de vous faire cette réponse détaillée, c'est que vos propos, s'ils surinvestissent un côté du problème, laissent tout le reste - l'essentiel - dans l'ombre. Si nous parlons de foot - et je persiste à en parler ici - il y a un seul critère qui prime sur tous les autres : sur le terrain vous avez besoin d'une équipe qui gagne, c'est-à-dire de la meilleure équipe possible. Pour comprendre, je vous renvoie encore une fois au championnat du monde en Afrique du Sud (2010) : qualifiés grâce à une main de Thierry Henry, les Bleus n'avaient plus aucune chance de passer le premier tour, lorsque la fameuse Une de L'Équipe puis l'épisode de la "grève" et du bus sont intervenus. Le foot, c'est comme tout le reste dans notre meilleur des mondes : vous gagnez et tout va bien, ou vous perdez et tout fout le camp ! - C'est évidemment la première option que je souhaite aux Bleus pour cet Euro, mais toutes les chances ne sont pas du bon côté : parce que non content de masquer un immense scandale de corruption, cette affaire déstabilise la sélection du pays organisateur puisque la décision du président Le Graët - dont les véritables raisons restent à déterminer car sa justification ne résiste pas à l'analyse - va de toute évidence à l'encontre de la volonté de l'entraîneur, dont l'autorité se voit ainsi remise en question. - Voilà pour l'aspect "footballistique", comme disent les experts en pétards.
    Quant au titre, oui : il peut se lire dans les deux sens - puisque l'affaire n'est pas à sens unique !

    Écrit par : sk 23h50 - samedi 30 avril 2016

    SK, merci de cette réponse détaillée, il n'est pas dramatique d'être en désaccord, dès lors que les positions sont explicitées. On ne se place en effet pas du même point de vue. Concernant le foot j'apprécie les beaux matches, pas forcément de nos équipes du reste, mais sans être un fanatique de ce sport. Je n'ai jamais nourri d'illusion sur les dirigeants des sports -pas seulement le foot-, le décalage entre le discours éthique et la réalité magouilleuse saute aux yeux d'un enfant de six ans, et les politiques y participent parfois (on se souvient par exemple de blair qui a arraché les JO de Londres en achetant des votes). Les afficionados ne sont pas dupes, et du reste ce ne sont pas les dirigeants qui sont leurs héros, mais les joueurs , qui ne sont pas, on le voit, des parangons de vertu (!), mais leur exemplarité compte-.
    Ceci étant, concernant Benzema, encore une fois je ne pense pas qu'il ait agit par malveillance, mais a pensé arranger les uns et les autres, mais de fait, il a été intermédiaire dans cette affaire contre Valbuena (lequel a aussi été abusé par un de ses proches qui a capté sa vidéo, ils n'ont pas que des bonnes relations, nos héros).
    Sur le patriotisme, disons que j'ai une approche ségolèniste, ça avait semblé ringard il y a quelques années, mais suite aux drames de l'an dernier, cela reprend de l'importance pour la cohésion nationale. Entretemps le FN avait pris le monopole.

    Écrit par : nolats 11h30 - dimanche 01 mai 2016

    bonjour, merci, sk de développer vote avis sur ce que je considère comme une grave erreur, humaine et managériale à traiter un joueur ainsi alors que la justice n'a pas sanctionné , chacun y va de sa mélodie moralisante, et priver la France d'un atout évident
    l'entraîneur ne devrait tenir compte que de l'art pour la force d'une équipe, s'est il battu pour Benzema
    je peux foncer dans la morale aussi, cette histoire de sextape démarre quand même d'un joueur peu prudent, peu dégourdi,e t a t il vraiment besoin de jouer à ça....fin du catéchisme!
    Benzema est un rebelle et bizarrement il se tient bien depuis qu'il est en Espagne, quid de l'encadrement France? il lui arrivait aussi de "ne pas jouer" et ....je chante pas la Marseillaise, je chante faux, et de quoi je me mêle mister Premier Ministre....mais c'est trop tard maintenant, ces joueurs qui n'en ratent pas une on la malchance d'un encadrement timorée qui s'en laissent conter par peut être des pressions....

    Écrit par : PARKER 14h38 - dimanche 01 mai 2016

    No problem, nolats, et merci à vous de m'avoir donné l'occasion de clarifier mon point de vue !
    Hello PARKER ! - Je suis content que vous soyez en phase sur ce coup, car Benzema est effectivement devenu un joueur d'exception au Real. - Vrai qu'en France, il y a un problème d'intégration - oups ! - ou plutôt un équilibre à tenir entre l'esprit d'équipe et la création personnelle, qui par nature tend à briser les conventions, en foot comme ailleurs. - Peut-être Deschamps finira-t-il tout de même par imposer sa volonté. même si rien n'est moins sûr. - Il faut dire que le pays organisateur a un sacré avantage sur les autres participants, mais justement : s'il n'y a pas de résultat à la clé, la gueule de bois va être terrible. Et on risque de les entendre à nouveau, ces fameux 82% évoqués par nolats ...
    En tout cas l'ambiance sera surement très sympa, cet été en France... et les résultats économiques du pays vont certainement s'en ressentir, ce qui - par les 81% de mécontents - sera bien sûr mis sur le compte du foot !

    Écrit par : sk 05h18 - lundi 02 mai 2016

    On peut du reste relever que Benzéma s'acclimate aussi bien en Espagne que Ribery en Allemagne, footballistiquement parlant. Je me souviens d'une vidéo de Ribery chantant un lied de Noel avec son équipe, comme quoi au pays de la Lorelei, la voix revient.

    Écrit par : nolats 11h42 - lundi 02 mai 2016

    Ou Cantona en Angleterre - l'histoire du prophète et de son pays...

    Écrit par : sk 19h07 - lundi 02 mai 2016
 

mardi 17 novembre 2015

Deutschland vs. Niederlage !

I


J'écoute les infos du soir sur l'annulation du match Allemagne / Pays-Bas à Hanovre. Conférence de presse attendue du ministre de l'intérieur De Mazière. Un commentateur meuble. « Les journalistes commencent à entrer dans la salle ». C'est une information capitale. Je suis content de la connaître. Un autre envoyé spécial raconte l'évacuation du stade : schnell et bien ordonnée. Le public évidement surpris : « C'était soudain ? demande un journaliste. - Oui soudain ! » répond un ancien sous son bonnet de laine. Son calme rassure l'Allemagne rivée au poste. L'émission se termine sur un lapsus entre Niederlande (Pays-Bas) et Niederlage (défaite), lâché d'un air catastrophé par la présentatrice qui reprend en conclusion (et en attendant la conférence de presse) le titre principal du flash : l'annulation du match Deutschland vs. Niederlage ! - Ben ouais, c'est vrai qu'elle n'a cessée de se battre contre la défaite, l'Allemagne. Mais ce soir, heureusement, c'est annulé ! 

 
 II


Conf de presse en direct. De Maizière fait une longue introduction sur l'importance symbolique du match. La difficile et douloureuse décision de l'annuler. Aucune information concrète sur la véritable raison de cette mesure. Dans le doute. Pour la sécurité. Etc. - Boris Pistorius, premier flic de Basse-Saxe, insiste. Remerciements aux forces de sécurité. Puis la formule qui tue : « La situation est ce qu'elle est. » - Enfin un manager de foot parle des fans de foot, qui se faisaient une joie, de la solidarité avec Paris, rappelle que « notre équipe » subit ce genre de situation pour la deuxième fois en quatre jours. - La foule des journalistes, dont nous avons tout à l'heure suivi en direct l'entrée dans la salle de presse, n'aura droit qu'à quelques rares questions. Thomas de Maizière justifie sa volonté de ne pas donner d'informations concrètes. Action en cours. Mise en danger de la source. Panique de la population. Mais pour l'heure, ajoute son homologue bas-saxon, aucun explosif n'a été trouvé, aucune arrestation n'a été effectuée. Le direct finit sur cette info, et je ne peux m'empêcher de penser que ça sent un peu le bide, tout de même.

SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO


samedi 23 mai 2015

Ce ballon rond qui symbolise le globe

Étant données les arrestations de membres éminents (*) de la FIFA à Zurich le 27 mai 2015, je remets à la Une cette note du 23 mai. 



 23 mai

Au Qatar - pays organisateur du Mondial 2022 et patrie de la chaîne info Al Jazeera -  les dirigeants l'ont bien compris : En Occident, on parle beaucoup, mais on ne fait pas grand-chose. Ainsi, en regard des conditions inhumaines voire "assassines" dans lesquelles les infrastructures de cette coupe du monde sont actuellement construites, aucune action de protestation d'envergure, pérenne et "visible" dans les pays européens, mais aussi africains et sud-américains, où le foot a une si grande importance, n'a émergé pour l'instant. Et l'affaire de l'attribution douteuse, le 2 décembre 2010, de la phase finale 2022 à ce pays sans aucune tradition "footballistique" où il fait plus de 40°C en juillet - de sorte que ce Mondial devrait avoir lieu en hiver ! - n'a toujours pas été clarifiée et ne le sera sans doute jamais. Il faut dire qu'avec les sommes faramineuses en jeu, on en a suffisamment sous le coude pour graisser toutes les pattes réelles, possibles et imaginables. De plus, les joueurs et entraîneurs professionnels les plus en vue chez les fans qui pourraient appeler à un boycott efficace sont tellement bien intégrés dans le système grâce à leurs salaires mirobolants qu'ils ne vont certainement pas mordre la main qui les nourrit.

samedi 12 juillet 2014

Mea Culpa






Je plaide coupable : pendant un mois, j'ai fatigué mes bienveillants lecteurs avec des notes sur le football, car une fois lancé j'ai ressenti le besoin de continuer moi aussi jusqu'en finale, stimulé par la beauté de certains matchs et la grande classe d'équipes comme les Black Stars et les Fennecs, Los Ticos et El Tricolor, les Diables Rouges et Oranje (0).

Mais je réclame également des circonstances atténuantes, car tout était parti d'une réflexion sur ce sport et sa "popularité". Or, il est évident qu'une analyse pertinente, et a fortiori une charge critique, réclament une connaissance intime de l'objet d'investigation : ainsi, je ne puis me satisfaire d'idées généralistes comme la "pourriture par le fric" ou la "commercialisation à outrance", qui s'appliquent un peu à tous les domaines constitutifs de nos sociétés ultramodernes.

Il s'agit donc d'abord de considérer les spécificités du football qui, avant de devenir l'actuel divertissement planétaire, a connu une grande popularité en Europe, en Amérique Latine et en Afrique, au plus tard depuis la première Coupe du Monde initiée par Jules Rimet en 1930.

Par ailleurs, il apparaît que le football simule une bataille, ce qu'il partage certes avec d'autres sports d'équipe (1), mais il importe cependant d'observer la manière dont l'affrontement est conduit : en principe sans toucher l'adversaire (2), en exécutant certains mouvements d'acrobate, voire de danse, qui constituent un moment très individuel, quasi artistique, au sein d'un jeu collectif relevant à la fois d'un ballet improvisé et d'une stratégie concertée.

Mais cela n'explique pas encore la popularité de ce sport, qui ne concernait d'abord que certaines régions du globe, ce mot de "popularité" étant ici à prendre au sens premier : en effet, il y avait - et il y a sans doute toujours - un véritable culte du football dans les milieux ouvriers et urbains, notamment en Angleterre, sa terre de naissance, où les générations partageaient ses histoires, mythes et légendes, tandis que les classes supérieures pratiquaient le cricket ou le polo. Car, comme le formule dès 1831 un élève de la très noble institution anglaise d'Eton dans ses mémoires :

« I cannot consider the game of football as being gentlemany; after all, the Yorkshire common people play it » (3). - Traduction proposée par Wikipédia : « Je ne peux pas considérer le football comme un sport de gentlemen ; après tout, le petit peuple du Yorkshire y joue. »

Un autre aspect est la simplicité des règles et l'absence d'accessoires : il suffit d'avoir un ballon, ou un objet de substitution, et quelques poteaux pour marquer les buts. C'est sans doute le plus puissant moteur de "popularisation" : tout le monde peut jouer au foot, et ce dans les endroits les plus improbables. - Chez les gamins, le côté acrobatique, le jonglage, le "beau geste" priment évidemment sur le jeu collectif, plus fondamental, auquel ils doivent s'astreindre en intégrant un club.

lundi 30 juin 2014

Mondial 2014 | France/Allemagne : Replay




30 juin 2014 au soir


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Le match Nigeria/France était attendu. Beaucoup d'occasions de part et d'autre, mais pas de but  : quelques longueurs, puis la délivrance tricolore avec la tête de Pogba à la 79e minute. Sous la pression de Griezmann, le capitaine des Super Eagles marque contre son camp dans les arrêts de jeu, et le score de 2:0 est parfait. Les Bleus passent en quart [images de la rencontre].

C'est au tour des Allemands et des Algériens d'entrer dans l'arène. La première demi-heure appartient clairement aux Fennecs avec un sauvetage in extremis du portier Manuel Neuer, obligé de quitter plusieurs fois sa surface, un but refusé pour hors-jeu et d'autres occasions en or. Les Nord-Africains sentent que, prise par le doute, la Mannschaft pourrait être à leur portée. En fin de mi-temps, celle-ci se ressaisit et génère quelques situations explosives dans la surface algérienne. - Repos. Tous - fans, joueurs et staff - peuvent souffler quelques minutes !

L'entame de la seconde moitié est visiblement allemande, mais les contres algériens restent dangereux. - Rien à dire : un match de haute qualité, vivace et plein de suspense, entre deux équipes qui, avec des styles divers, ne présentent pas pour autant une importante différence de niveau. - Dernier quart d'heure : la Mannschaft continue de dominer, et Rais Mbolhi bloque un ballon impossible sur sa ligne de but. La pression allemande augmente, les Fennecs résistent. "On se dirige vers les prolongations, ici à Porto Alegre", dit le commentateur.

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30 minutes supplémentaires donc. Et sans attendre, André Schürrle inscrit du talon le premier but allemand. On sent les Fennecs un peu émoussés après cette ouverture du score, mais une énorme chance d'égalisation leur redonne du mordant. - Changement de côté. Les Algériens se battent, le match s'emballe à nouveau, les supporteurs des deux camps angoissent. Les cinq dernières minutes. Même le vaillant entraîneur Vahid Halilhodžić, ancien joueur de Nantes, renvoie le ballon sur le terrain pour gagner du temps. Mais à la 119e minute, Mesut Özil met tout le monde d'accord : l'Allemagne mène 2:0. - Dans les arrêts de jeu, Abdelmoumène Djabou inscrit encore un but pour l'Algérie, faisant brièvement scintiller une lueur d'espoir, mais le tour est joué : les cousins franco-germains se retrouveront au Maracanã de Rio ce 4 juillet à 18 heures [images de la rencontre].

Excursus
(1er juillet 2014)


Comme nous l'apprend la presse ce matin [ici par exemple], il n'y a eu que très peu de "débordements" en France après la défaite algérienne. - Dommage, risquent de dire les jeteurs d'huile sur le feu, à court d'arguments pour cuire leur soupe immonde. En effet, ce que j'ai pu lire ici et là relève de la diffamation idéologique et du dénigrement systématique d'un peuple qui a été bafoué par les ancêtres de ces mêmes aboyeurs professionnels : que la troisième génération, née en France, victime du chômage et du délit de sale gueule, puisse en avoir marre d'être traitée en chien galeux dans une ambiance où le travail objectif d'analyse du passé laisse à désirer - c'est également le cas pour la période de l'occupation : d'où le terme de b0che toujours à la mode dans certains milieux, puisqu'il masque si bien la réalité de la collaboration française - que ces jeunes, donc, puissent réagir comme ils le font : personne ne va prendre la peine de chercher à le comprendre en profondeur et avec un brin d'empathie ou de bienveillance que les anciens, en principe, doivent à la jeunesse. Non, on fourre tout dans une marmite et on attend que ça cuise : c'est exactement la même attitude que celle qui a consisté à parquer leurs parents et grands-parents dans des cités dortoirs - si ce n'étaient pas des camps d'internement -  à leur arrivée en "métropole" à l'issue des "événements". - On s'éloigne du football ? - Ah bon ! Et ce n'est pas bien ?

 




jeudi 19 juin 2014

En vrac (encore)





À l'heure où nous écrivons ici – dans un environnement relativement pacifié – les affrontements en Irak (et en Syrie) frisent l'horreur absolue. Les exécutions sommaires me font penser à la progression des troupes nazies vers l'Est, du côté de l'Ukraine. Décidément, l'horreur est humaine : Horror humanum est !

Pendant ce temps, la fête du football bat son plein. Joue à fond son rôle de divertissement planétaire. Au Brésil même, où les « couches populaires » tirent le diable par la queue. Dans les pays dits « riches », où l'on est quotidiennement abreuvé d'atrocités aux heures des repas. Et du reste oppressé par le terrorisme économique. Dans les pays dits « pauvres » également. Pour oublier la misère noire, le temps d'un Mundial.
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Les interventions sous la note précédente consolident l'hypothèse qu'un match simule une bataille. La balle serait alors le projectile que l'on essaye de caser dans la « maison » adverse, les deux équipes figurant les armées qui s'affrontent, en principe sans se toucher, car il faut jouer le ballon et non l'homme : le combat mis en scène ici n'est donc plus ad hominem, mais déjà « médiatisé » par le projectile. Avant d'être médiatisé tout court.

C'est certainement sa diffusion planétaire – sa « mondialisation » au sens littéral – sponsorisée par les « global players », le merchandising et boosté par le « star system » qui fait de ce sport – naguère simplement « populaire » – une superproduction quasi-galactique, enclenchant cette spirale rétroactive bien connue des magnats du show business : chacun s'intéresse à ce qui est censé intéresser « tout le monde ».

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Du coup, c'est également la « socialisation » par le football qui importe : on regarde les matchs en petit ou grand comité, dans un bar, sur écran géant ou au stade, on soutient l'équipe de son pays, on commente et on critique. Ce sont ces discours, tous plus ou moins experts et tous plus ou moins vides, qui permettent de ne pas parler de l'essentiel : de la difficulté d'exister, de la solitude, de la mort.

Mais revenons un instant à notre bataille stylisée : contrairement à un combat réel, le terrain des affrontements est plat, sans aspérités, un rectangle rigoureux qui n'autorise aucun débordement. Et le temps est limité, créant ce suspense des dernières minutes où tout doit se décider, où tout semble encore possible. De plus, ce conflit symbolique partage une caractéristique essentielle avec le rêve : il ne porte pas à conséquence, si l'on excepte ce fameux « manque à gagner » en cas de défaite qui ne devrait pas être trop lourd à porter pour les bourses des joueurs professionnels. Et quelques larmes de supporters, cette perte de liquide corporel rapidement compensée par la tournée suivante.
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Il se pourrait donc que le football sublime notre instinct guerrier, notre condition d'êtres territoriaux et temporels, symbolisée par les limites du terrain et la mesure du temps : les deux prérequis de l'existence humaine, ces créatures que les anciens Grecs appelaient encore si justement les mortels. J'ajouterais : conscients de l'être. - L'origine du divertissement.



vendredi 13 juin 2014

Le peuple ? - En v'là du peuple !

Je regarde le match Espagne – Pays-Bas. 1:0 sur penalty de Xabi Alonso pour l'instant. Deux des meilleures équipes de la planète, l'une championne en titre qui a battu l'autre sur le score de 1:0 après prolongation lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. - Un parfum de revanche, dit le commentateur.

Égalisation juste avant la mi-temps sur une magnifique tête lobée de Van Persie.

À l'adresse de tous les idéologues du monde qui nous rebattent les oreilles avec cette grande inconnue quasi métaphysique qu'est le « peuple » : il paraît que le football est un sport « populaire » ; alors si vous n'appréciez pas ce qui se passe sur le terrain, regardez donc les gens sur les gradins : ce sera, par écran interposé, une petite rencontre avec ce « peuple » que vous dites connaître et dont vous vous réclamez sans cesse.





- Il n'y a pas de Français ! 

- Dimanche soir, il y en aura...

- Ce sont des riches qui ont pu se payer le billet !

- Je crois au contraire que bon nombre ont économisé toute une année pour aller au Brésil.




Dialogue de sourds ? - En tout cas, si vous acceptez que les gradins des stades sont peuplés de gens du « peuple », vous verrez aussi, pour autant que vous ne soyez pas aveugles, que tous les peuples dans l'arène se ressemblent : ils sont fous de joie quand leur équipe gagne, tristes à mourir lorsqu'elle perd, et ils s’ennuient quand le match est nul. C'est aussi simple que ça.


Tandis que ce diable de Robben marque le deuxième but des Néerlandais. Et que la pluie fait son apparition. Peu après, De Vrij tue le match avec la complicité de l'arbitre. Puis cette faute monumentale du grand Iker Casillas et la revanche de 2010 est parfaite : 4:1 pour les Oranje ! Pourtant, avec un numéro extraordinaire devant le but espagnol, Arjen Robben n'est pas homme à se reposer sur ses lauriers. Score final : 5:1 voor Nederland !



Il paraît que le football abrutit les masses. Il paraît que le football est pourri par l'argent. Oui, mais... croyez-vous vraiment les gens bêtes au point de se laisser abrutir depuis au moins quatre générations ? - D'ailleurs - Salut à lui, chaque fois, Que chante le coq gaulois -  la coupe du monde est une création française sur initiative de Jules Rimet, alors président de la FIFA : première édition en Uruguay (1930), gagnée par le pays organisateur...


Je n'ai pas pour l'instant lu une réflexion en profondeur sur ce sport bien particulier et la fascination qu'il exerce depuis si longtemps sur les foules, adultes et gamins, européens, latino-américains, africains...


Je vous rassure : vous ne trouverez pas non plus un début de théorie ici, mais je pense que ça vaudrait le coup d'y réfléchir, histoire de ne pas balayer d'un revers de la main ce bon milliard de personnes qui suivent la compétition actuelle.


mardi 19 novembre 2013

En écoutant le match...

Commentaires stressés. 2e mi-temps. J'imagine le pognon en jeu : to go or not to go Brazil ! - Un vrai suspense. Le président Hollande serre les poings dans ses poches. Si la France est qualifiée, l'ambiance au pays sera meilleure. Le commentateur pense au ticket d'avion et à la plage de Rio. Ipanema 2014. Et les hommes d'affaires dans les tribunes mangent le bout de leur cigare. Les sponsors. Même à TF1 qui retransmet le match, emballé de pub, ça s'est rivé à l'écran : Think rights ! - On n'a même plus besoin de voir les vingt deux manchots qui chassent la balle sur le green, suivis par 70, 80 mille fans dans l'arène et les millions d'adeptes du sport canapé fidèles au poste et à la bière.


62:21 - Ribéry, Ribéry... dans la surface... Les compteurs sont toujours à zéro : 0:2 en Ukraine, 2:0 au Stade de France. Et une petite demi-heure à jouer. Un peu de musique pour détendre l'atmosphère.