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samedi 28 avril 2012

La lettre de M. Bayrou et les réponses de MM. Hollande et Sarkozy

La lettre de François Bayrou 

  [adressée mercredi 25 avril 2012 aux candidats du second tour de l'élection présidentielle]

"Vous participez au second tour de l’élection présidentielle. Il me paraît normal de vous rappeler ce qui a été essentiel pour les plus de trois millions d’électeurs qui m’ont apporté leur suffrage au premier tour.

Le premier élément crucial pour eux et pour moi aura été la vérité sur la situation du pays, la prise en compte de la réalité des faits.

Je ne crois nullement que la crise financière soit derrière nous. Je pense au contraire que la crise est devant nous, et qu’elle sera très dure. Je pense que les déficits, commerciaux et budgétaires, qui s’accumulent pour notre pays menacent à court terme notre modèle social et que la multiplication des promesses non financées aggravera encore ce risque.

Et parce que nous allons vivre ces moments difficiles, l’attitude personnelle des gouvernants comptera beaucoup. C’est une question de valeurs, personnelles autant que politiques. Depuis des années, c’est la violence des attitudes et des mots, la guerre d’un camp contre l’autre, la complaisance à l’égard des extrêmes qui caractérisent notre pays. Le refus de la violence perpétuelle dans la vie politique, les valeurs de respect des sensibilités différentes, la reconnaissance du pluralisme, la recherche de l’équilibre, sont la condition nécessaire à l’esprit d’unité nationale dont nous aurons besoin face à la crise.

C’est ainsi, et seulement ainsi, par la vérité et l’unité que la France pourra regarder en face les conditions de son redressement. Et d’abord de son redressement financier. Or la recherche de l’équilibre des finances publiques n’est obtenue dans vos deux projets que par l’affichage d’une croissance impossible à court terme. Je vous demande instamment de réfléchir à ce péril et d’envisager des mesures crédibles pour l’écarter s’il est encore temps.

Pour moi, la décision constitutionnelle, inscrite dans le traité européen, de renoncer pour l’avenir aux facilités du déficit, du moins en période de croissance, la « règle d’or », doit s’imposer à tous les pays qui ont l’euro en partage. Non pas pour faire plaisir aux « marchés », ou à « Bruxelles », mais parce que c’est le seul moyen d’éviter pour la France et les Français, particulièrement pour les plus fragiles, la catastrophe sociale qui s’annonce.

La France s’est construite depuis la guerre autour du modèle social né du Conseil National de la Résistance. Nous y tenons, non pas comme à une tradition, mais comme à notre principale aspiration nationale. Nous le regardons non pas comme notre passé, mais comme notre avenir. Nous savons qu’il devra se réformer, mais dans la justice et la solidarité. Or c’est dans le concret de la vie de tous les jours que justice et solidarité risquent d’être menacées.

La sauvegarde de notre modèle social et de services publics impose de restaurer et de développer fortement notre appareil de production. La France est, Grande-Bretagne exceptée, le seul des grands pays européens qui connaisse l’effondrement de son commerce extérieur. Ce n’est pas viable. Pourtant, nous avons d’immenses marges de progression, et donc de création d’emplois durables, de ressources pour les familles.

C’est là que va se gagner ou se perdre le combat de notre avenir national, en particulier dans la recherche de stratégies nationales de production, filière par filière. Une évolution de la démocratie sociale dans l’entreprise est aussi un élément crucial de ce redressement. La représentation des salariés, avec droit de vote, au conseil d’administration des grandes entreprises, sera un signe déterminant en ce sens.

La crise de l’éducation en France est un enjeu du même ordre. La situation de l’école, notamment à l’école primaire et au collège, ne peut être acceptée. Des centaines de milliers d’enfants voient leur avenir barré faute de se voir garantir les acquis nécessaires, maîtrise de l’écrit, du chiffre, de la langue. Faute de consacrer à ces fondamentaux le temps scolaire indispensable, les inégalités sociales se perpétuent et s’aggravent dans cet échec. Ce combat national oblige à un nouveau contrat entre l’école et la nation, qui touchera à la question des pratiques, de l’organisation, du développement de l'alternance et de l’apprentissage, aussi bien que des moyens.

La moralisation de la vie publique, le changement des pratiques du monde politique représentent une attente des citoyens dont vous ne pouvez ignorer la gravité. L’interdiction du cumul des mandats pour les députés, la diminution du nombre des parlementaires, le renforcement de la parité hommes femmes, le changement de loi électorale pour assurer la représentation des grands courants d’opinion, en tout cas de ceux qui atteignent 5 % des suffrages, à l’Assemblée nationale, au sens le plus large la garantie du pluralisme, la consécration de l’indépendance de la justice, le renforcement de l’indépendance des médias, l’assainissement du financement de la vie politique, la lutte contre la corruption et la prise illégale d’intérêts, tout cela est urgent. Les deux partis que vous représentez ont souvent pris des engagements, mais jamais ils ne sont allés plus loin. Je crois que cette moralisation est vitale pour que la confiance revienne entre citoyens et élus. Seule la voie référendaire permettra de les imposer à un monde politique qui n’a guère envie de voir changer les règles d’un jeu qui lui convient.

L’Europe a été durement attaquée pendant cette campagne. On lui a fait porter tour à tour la responsabilité de l’immigration et celle de l’absence de croissance. Je veux vous dire que pour nous, il est impossible d’envisager notre avenir national sans projet européen. L’Europe n’est pas seulement notre horizon : le jour où elle existera vraiment, elle sera notre seule arme politique et économique efficace dans la tourmente mondiale. L’Europe souffre aujourd’hui d’absence de gouvernance, de transparence et de lisibilité. Ce n’est pas avec moins d’Europe que la France s’en sortira ! C’est avec une Europe plus forte, plus solidaire, plus lisible, donc plus communautaire. Dans cette perspective, les renforcements de la zone euro, comme de l'espace Schengen, sont une étape prioritaire.

Des millions de Français partagent ces valeurs et ces préoccupations. Ils seront, je n’en doute pas, attentifs aux orientations qui seront les vôtres sur ces questions durant la campagne du deuxième tour.

Je vous prie de croire à l’assurance de mes sentiments cordiaux."

mardi 24 avril 2012

[Note] L'entre-deux-tours

Très récemment, N. Sarkozy a fait savoir qu'il souhaiterait trois débats de second tour. Or, F. Hollande n'en acceptera qu'un seul (sans doute le 2 mai 2012), comme c'est d'ailleurs la coutume sous le régime présidentiel de la 5e République. Sans doute le président sortant accorde-t-il un caractère décisif à cet exercice médiatique, ou plutôt : puisqu'un effet déterminant de ces rituels duels télévisés sur la décision finale des électeurs n'a pu être détecté par les analystes, N. Sarkozy espère peut-être inverser une tendance qui lui est actuellement défavorable avec une triple couche de personnalisation médiatique.

Et voilà autre chose : au nom du "vrai travail", le président sortant en appelle bien intempestivement à un "grand rassemblement" le 1er mai, n'en déplaise aux nationalistes rassemblés autour de la statue de Jeanne d'Arc et aux syndicalistes qui défilent traditionnellement pour la Fête du Travail. - Le vrai travail ? Écoutons l'orateur de Saint-Cyr (Indre-et-Loire, lundi 23 avril 2012) :
Alors, on me dit : Mais qu’est-ce que c’est le vrai travail ? Je vais vous expliquer ce que c’est que le vrai travail. C’est celui qui a construit toute sa vie sans demander rien à personne. Il s’est levé très tôt le matin, couché très tard le soir, qui ne demande aucune félicitation, aucune décoration, rien. C’est celui qui a commencé tout en bas, qui s’est hissé le plus haut possible et qui se dit je veux que mes enfants puissent vivre mieux que moi et commencer plus haut que moi. Le vrai travail, c’est celui qui se dit, oh, je n’ai pas un gros patrimoine, mais le patrimoine que j’ai, j’y tiens, parce qu’il représente tellement de sueurs, tellement de milliers, de milliers d’heures de mon travail, tellement de peines, tellement de sacrifices, tellement de souffrances ! Ce patrimoine-là, on ne me le volera pas parce que c’est le mien ! C’est celui de ma famille ! J’ai trimé pour ce patrimoine-là et je n’ai pas l’intention de m’excuser d’avoir construit cette vie ! C’est ça le vrai travail ! - Le vrai travail, c’est celui qui dit, toute ma vie, j’ai travaillé, j’ai payé mes cotisations, j’ai payé mes impôts, je n’ai pas fraudé, au moment de mourir, je veux laisser tout ce que j’ai construit à mes enfants, sans que l’Etat vienne se servir en mes lieu et place ! Le vrai travail, c’est celui de cet homme ou de cette femme qui a sacrifié tant de fois ses week-ends, tant de fois ses vacances, simplement parce qu’il avait un souci, simplement parce qu’il voulait faire le mieux possible ce qu’il avait à faire. Le vrai travail, c’est celui qui a mis un genou à terre, qui a connu des problèmes, qui a connu l’échec et qui, quand on a connu des problèmes et connu l’échec, s’est dit, c’est d’abord moi qui vais m’en sortir, je vais m’en sortir par mon effort, par mon mérite. Parce qu’au fond, ma souffrance, j’ai trop de fierté pour l’étaler devant les autres. Le vrai travail, c’est celui qui est exposé à la concurrence, c’est celui qui, s’il ne va pas à son travail, il n’aura rien, s’il ne se donne pas du mal, il n’aura rien, s’il n’y va pas lui-même, il n’aura rien. C’est celui qui connaît la crise, parce que quand il y a la crise, il est pénalisé, par le chômage partiel, par le carnet de commandes qui diminue. Le vrai travail, c’est celui qui, malheureusement, n’est pas protégé de toutes les crises, de toutes les difficultés. J’ai envie que cette France qui travaille se rassemble à Paris le 1er mai et j’ai envie de lui parler de notre conception du travail !

mardi 15 février 2011

Bayrou is back !


Il nous aurait presque échappé, le retour de François Bayrou, ce dimanche soir (13-02-2011) sur i>Télé et France Inter. - Le président du MoDem commence très fort : "Il n'y aura qu'un candidat au centre". Pour ensuite éluder la question de savoir s'il sera celui-là : "J'ai pas l'impression qu'il y ait un suspense trop important", mais : "Avant l'heure, c'est pas l'heure, voilà !" 

Interrogé sur l'Égypte et la Tunisie, M. Bayrou rend hommage à l'attitude de Barack Obama qu'il aurait ("pardon de prendre une comparaison de cet ordre !") également adoptée, contrairement à la diplomatie française qui "a été complètement absente de cette séquence". Il rappelle d'ailleurs que le nouveau ministre tunisien des Affaires étrangères a dû démissionner pour avoir laissé entendre (ou dit) lors de sa première visite officielle à Paris que "la ministre des Affaires étrangères et la diplomatie françaises étaient des amies formidables de son pays". Et de conclure : "Parce que si on ne mesure pas ce que ça signifie comme atteinte à l'image de notre pays... comme symptôme de la dégradation de l'image de la France dans un pays qui était son proche, son ami... alors c'est qu'on ne voit pas les choses... cette attitude qui a été choisie est une attitude qui n'a pas rendu service au pays concerné, au peuple concerné... (et) ça a été profondément nuisible pour la France."

Après une longue tirade sur les voyages des ministres, qui pourraient se payer leurs vacances eux-mêmes pour ne rien devoir à personne, il est question de la colère des magistrats. M. Bayrou reproduit deux sorties du président Sarkozy, l'une sur la présence de jurés dans les tribunaux correctionnels, l'autre ("extrêmement grave") qu'il cite comme ceci :  "Je (N. Sarkozy) ne donnerai pas d'argent à la Justice parce que les magistrats ont un statut et qu'ils ont au fond la stabilité de l'emploi jusqu'au bout... " Puis de préciser que la phrase du président était quelque chose comme : "Si j'avais de l'argent, je le donnerais aux chômeurs plutôt qu'aux magistrats" etc. Et de crier à la démagogie : "Opposer chômeurs et Justice, c'est réellement une atteinte à ce que la République devrait être donc je dis qu'aujourd'hui il importe d'entendre la voix des magistrats... Oh ! naturellement ils ne sont que quelques milliers.. ça fait pas beaucoup de voix... (mais) il n'y a pas de République et d'État s'il n'y a pas [de] confiance dans la Justice... " - Or, soulignent les journalistes sur le plateau - Jean-François Achilli (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Jean-Jérôme Bertolus (I>Télé) - l'actuel Garde des Sceaux est le centriste Michel Mercier, l'ami de F. Bayrou. Et celui-ci concède : "Jamais Garde des Sceaux n'a été, avouons-le, dans une situation aussi difficile que celle-là". - Puis on passe à la délinquance des mineurs. Jean-François Achilli ne peut s'empêcher de rappeler "la taloche" que M. Bayrou avait donné à un gamin, qu'il accusait de lui faire les poches devant l'œil des caméras. Mais le politicien ne relève pas. Et il veut dire un mot sur les jurys populaires en cour correctionnelle, une réforme qu'il qualifie de "poudre aux yeux" car elle est inapplicable (vu le mal qu'on a pour réunir des jurés pour les quelque 2.700 procès d'assises par an, contre plus de 500.000 affaires correctionnelles).

Enfin, on revient à la présidentielle. M. Bayrou retrouve alors son thème favori : ni droite ni gauche. Pour en appeler à une nécessaire "unité du pays" où s'exprime un "pluralisme" d'opinions : "Centre, c'est ça que ça veut dire." Et de lancer : "Je crois qu'il y a un critère qui est le critère déterminant dans la politique d'aujourd'hui et au moment d'une grande élection, ce critère c'est l'authenticité... et cette authenticité-là, elle se prouve... il faut des années pour construire un homme politique capable d'exercer des fonctions de cet ordre... et c'est cette expérience qui garantit la vérité de ce qu'on dit... et c'est la fiabilité qui fait et fera la différence."

Aucun doute : Bayrou is back !

samedi 28 avril 2007

[France 2007] Bayrou | Débat

France 2007


Bayrou recentre le débat
(26 avril 2007)


Au moment où F. Bayrou s’adresse à la presse, Ph. de Villiers appelle à voter pour N. Sarkozy qui, un peu plus tard, fait une prestation télévisée sur TF1 (20:10) avant que S. Royal ne fasse la sienne sur France 2 (21:00). Le bilan de cette journée hautement médiatique d’hier (25 avril 2007) reste mitigé : l’annonce attendue d’un nouveau parti démocrate par M. Bayrou, qui n’aura donné aucune consigne de vote à ses quelque 7 millions d’électeurs sans cependant se priver de faire un grand nombre d’allusions permettant aux commentateurs de donner libre cours à leur imagination, l’essoufflement de M. Sarkozy qui, pour la première fois peut-être, est apparu comme un perdant potentiel ou, si l’on préfère, comme un challenger, et enfin la cacophonie qui régna sur le plateau de la chaîne publique où les deux journalistes (Arlette Chabot et Gilles Leclerq) n’ont cessé de couper la parole à Ségolène Royal. Cette dernière prestation de plus de 90 minutes a sans doute été particulièrement pénible pour la candidate socialiste car, interrogée sur tous les sujets possibles et imaginables d’une façon pas toujours correcte, si l’on admet qu’il faut laisser parler les gens, elle n’a que difficilement pu aller au bout de ses idées en faisant cependant preuve de présence d’esprit et d’humanité. Mme Royal doit en effet "tendre la main" à son électorat potentiel du centre-gauche sans décevoir les antilibéraux qui lui ont, au soir du premier tour, donné carte blanche en appelant à voter contre le candidat sortant, une épreuve dont elle s’est d’ailleurs plutôt bien sortie, quoi qu’en pense A. Krivine, porte-parole d’O. Besancenot, qui commence à amender les options prises par son mouvement pour le second tour. Soumis à une épreuve plus courte et des questions succinctes qui lui ont permis de s’exprimer librement, Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment convaincu : certainement plus médiatique que sa rivale, il s’est laissé aller à la facilité de la répétition et de la réduction de complexité tout en cherchant à ouvrir lui aussi la porte vers le centre-gauche en reprenant, d’une façon un peu moins crédible, certaines idées séduisantes pour l’électorat de M. Bayrou qui ne lui est pas vraiment favorable. En effet, le leader centriste a fustigé le candidat de l’UMP au cours de sa conférence de presse: "Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l’intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d’attiser, il risque d’aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d’avantage au plus riche." Et l’on a également pu noter un léger avantage pour la candidate du PS dans l’esprit de François Bayrou, qui adresse cependant une critique sévère au programme trop étatiste des socialistes: "Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n’ait rien fait quand il était au pouvoir pour corriger ces maux, plus attentive à l’égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l’État, perpétuant l’illusion que c’est à l’État de s’occuper de tout, et qu’il peut s’occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l’encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre." Ce soir (26 avril 2007), les dispositifs très différents de TF1 et de France 2 seront inversés : Mme Royal sera face à MM. Poivre d’Arvor et F. Bachy de la chaîne privée, tandis que M. Sarkozy affrontera les feux croisés de Mme Chabot et M. Leclerq. Ce sera la dernière épreuve médiatique avant le duel télévisé du 2 mai 2007 (21:00) qui déterminera sans doute le choix de ces électeurs de François Bayrou, qu’il faut désormais appeler les "démocrates".

Démocratie à la Française
(27 avril 2007)

Sans doute faut-il régler un certain nombre de choses dans la démocratie française, comme l’influence grandissante des sondages sur l’opinion publique et l’organisation des débats entre candidats souhaitant prendre à témoin cette même opinion publique, par exemple en mettant l’accent non plus sur les points de discorde mais sur des accords qui pourraient être trouvés en vue d’une rénovation indispensable la vie politique et sociale du pays. D’un côté, on note que tous les instituts de sondage français misent systématiquement sur le même homme depuis le début de la campagne et que la publication de leurs résultats unanimes reste possible jusqu’à l’avant-veille du scrutin lui-même; de l’autre, on constate qu’il a été impossible d’organiser des débats entre les candidats présidentiables dès avant le premier tour afin que l’électorat puisse se faire une opinion personnelle et "juger sur pièces"; de plus, on peut craindre que seul le débat entre les deux "finalistes" aura lieu, alors que 18,5% des électeurs ont donné leurs suffrages à un "troisième homme" qui entend bien peser sur le scrutin du 6 mai 2007, ce qui paraît légitime. Plus avant, il semble que le régime présidentiel à la française, avec tous les risques de concentration du pouvoir qu’il comporte, n’est plus compatible avec le paysage politique actuel, qui tend aujourd’hui vers un gouvernement de coalition entre un "centre démocratique" et une "social-démocratie", deux nouveaux mouvements politiques en France, qui se heurtent encore au poids du passé et des traditions. Si l’on veut que le scrutin du 22 avril 2007 se traduise dans les faits, ce qui serait la moindre des choses pour une démocratie moderne, il faut profondément rénover le système électoral en donnant du poids au parlement, appelé à élire le chef du gouvernement par le jeu des alliances entre fractions parlementaires. Si le président peut continuer d’être élu au suffrage universel, son pouvoir devrait être réduit pour, par exemple, se limiter à une "Haute Autorité" garante de la Constitution avec une option d’intervention et de décision finale dans des situations de crise intérieure et extérieure. Mais c’est à l’Assemblée Nationale, qui pourrait être élue à la fois avec une bonne dose de proportionnelle et un "numerus clausus" à 5%, qui obligerait les petits partis à se regrouper pour entrer au parlement, de valider la proposition d’un Premier ministre faite par le chef de l’État ou, le cas échéant, de voter la défiance. Or, le système étant ce qu’il est, on peut craindre que le scrutin du 22 avril 2007 n’influencera que très moyennement, voire pas du tout, la politique effectivement suivie au cours de ces cinq prochaines années, ce qui donnera un espace encore plus grand à la "politique virtuelle", mise en scène par les sondages et les médias, et à la prévisible manipulation de l’opinion publique, frustrée pour combien de temps encore d’une "démocratie réelle" que, pourtant, elle appelle de ses voeux, à en croire la sanction des urnes, que l’on tente d’ignorer par tous les moyens.