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mercredi 20 avril 2011

[Libye 2011] Vers une guerre civile sans fin ? (3)


~ note commencée le dimanche 17, actualisée les lundi 18, mardi 19 et mercredi 20 avril 2011 ~

Flux d'actualité [Al Jazeera] [libyafeb17] [Almanara Media]

BILAN. - Voilà deux mois que la Révolution du 17 Février a commencé en Libye et pratiquement un mois que la Coalition internationale y mène des opérations aériennes. Dans un premier temps, les bombardements alliés ont empêché la prise imminente de Benghazi et permis aux troupes insurgées d'avancer sur Syrte. Puis l'armée du colonel K., supérieure à tous les niveaux (armement, stratégie, entraînement des soldats ...), a mené une contre-offensive, repoussant les rebelles encore une fois jusqu'à Ajdabiya. Pendant ce temps, les pilonnages kadhafistes sur Misrata et dans les montagnes de l'Ouest se poursuivent sans que l'aviation de l'OTAN puisse y mettre fin. - Depuis quelque temps, on parle d' "enlisement" ("stalemate") pour décrire la situation militaire. Et toutes les tentatives pour amener les deux parties autour d'une table de négociation et parvenir à un cessez-le-feu ont échoué. Bien que l'expression soit encore évitée au possible, la Libye est bien en proie à une "guerre civile". Si tant est que l'unité du pays est intangible aux yeux des deux camps, la réconciliation après un tel épisode brutal et sanglant paraît très difficile. Reste alors la sécession de la Cyrénaique déjà évoquée à plusieurs reprises dans ces pages, mais qui semble hors de propos dans toutes les discussions menées sur l'avenir de la Libye. En effet, elle constituerait un demi-échec pour les trois parties engagées dans le conflit : l'Occident et les quelques pays arabes qui soutiennent les opérations militaires se verraient à nouveau contraints de "faire avec" le colonel K. sur la scène internationale et n'auraient pas réussi à faire plier le régime malgré leur impressionnante supériorité militaire et tout l'éventail des sanctions à son encontre ; les Libyens de l'Est seraient coupés de leurs familles et des ressources à l'Ouest, mais devraient également abandonner les populations de Misrata et de Zintan à leur sort ; et le colonel K. n'incarnerait plus l'unité du pays, mais se sera révélé comme un massacreur sans scrupules, mis définitivement au ban de la communauté internationale après tous ses efforts pour s'y faire accepter à nouveau. - Voici un rapide point sur la situation fait par BFM ce dimanche :


AJDABIYA. - Reuters écrit cet après-midi [ici] : Un témoin a indiqué avoir vu une dizaine de roquettes lancées sur l'entrée ouest d'Ajdabiah... - "Il reste encore quelques hommes (rebelles) près de l'entrée ouest mais la situation n'est pas bonne", a déclaré un des rebelles, Ouassim el Agouri, âgé de 25 ans, près de la porte est. - Samedi, des rebelles étaient parvenus à atteindre les faubourgs de Brega mais, après la mort de six rebelles touchés par des roquettes, ils ont dû battre en retraite et se réfugier à Ajdabiah. - La ligne de front orientale est difficile à déterminer avec précision en raison de la nature des combats, en forme de harcèlement, de pilonnages venus de loin et de la tendance grandissante des pro-Kadhafi à préparer des embuscades contre les rebelles le long de la route côtière.

SAIF AL-ISLAM KADHAFI. - Une nouvelle interview du fils du colonel K. a paru ce dimanche dans le Washington Post [ici]. Il continue de qualifier les rebelles de terroristes (Al-Qaida) et de criminels. Il estime que le seul "problème", c'est Benghazi qui sera "libérée par son propre peuple". Il pense que la démocratie n'est plus la "priorité" des gens qui veulent "la paix, la sécurité, à manger, à boire... des écoles". D'ailleurs quand il parlait "de constitution, de liberté, de démocratie" au cours de "ces dix dernières années", on lui "riait au nez" en disant : "nous voulons de belles maisons, nous voulons du bon argent, nous voulons de bons hôpitaux, nous voulons de bonnes voitures, nous voulons de bons hôtels". - Et si son père quittait le pays ? Réponse : "Somalie, deuxième acte. Tout le monde le sait". - L'entretien se conclut sur ces paroles : "Le cas de la Libye est très simple, il n'y a aucune difficulté, cela peut se résoudre très facilement. Mais si vous arrivez en disant que Kadhafi doit partir, vous compliquez la chose pour tout le monde. Alors ou bien vous voulez aider la Libye ou bien vous voulez détruire Kadhafi, vous devez choisir. Si vous voulez détruire Kadhafi, d'accord... mais ne dites pas 'je veux aider la Libye'. S'il vous plaît, ne le dites pas ... - Actuellement, la personne la plus importante en Libye, c'est le Premier ministre. Demandez à n'importe quel Libyen, [c'est] le Premier ministre. Mon père ne discute pas de contrats, de lois, d'entreprises, d'affaires... c'est le travail de l'exécutif, c'est le travail du Premier ministre. Il est la personne la plus importante en Libye, et la nouvelle Constitution prévoit un Premier ministre élu, ainsi qu'un Président élu. Mon père est comme un symbole du pays, il est symbolique... Mais ils en ont après Kadhafi, alors nous allons tous nous battre pour lui, c'est une mauvaise approche."

mardi 12 avril 2011

[Libye 2011] Vers une guerre civile sans fin ? (1)


~ note commencée le dimanche 10, actualisée les lundi 11 et mardi 12 avril 2011 ~

Flux d'actualité [Al Jazeera] [libyafeb17] [Almanara Media] [Nouvel Observateur]

AJDABIYA. - L'AFP [ici] et Reuters [là] rapportent que les combats se déroulent actuellement dans cette ville stratégique, dernière place forte avant Benghazi. Et, contrairement aux annonces sans doute prématurées, faites hier par Al Manara Media, la ville pétrolière de Brega semble bien aux mains des loyalistes. Voici ce qu'écrit l'Agence France Presse : De fortes explosions ont de nouveau secoué dimanche la ville d'Ajdabiya (...), au centre de violents combats depuis samedi entre forces fidèles à Mouammar Kadhafi et rebelles ... Plusieurs pick-up des insurgés armés de mitrailleuses et de lance-roquettes se dirigeaient dimanche matin en direction de la ville, qu'ils avaient dû fuir la veille ... "Il y a des bombardements intenses en provenance de l'ouest" d'Ajdabiya depuis des positions loyalistes, a témoigné un habitant, Hafeth Zwai, joint au téléphone par l'AFP. ... - Samedi, les rebelles avaient tenté de s'approcher du site pétrolier de Brega, à 80 km à l'ouest d'Ajdabiya, avant d'être repoussés par une offensive de l'armée loyaliste. Les soldats pro-Kadhafi ont progressé jusqu'à l'ouest de la ville, obligeant les rebelles à se replier à l'est de cette ville, nœud routier desservant Benghazi au nord et Tobrouk à l'est. - De son côté, l'agence Reuters rapporte ceci : "Selon les rebelles, les forces de Kadhafi ont tué au moins quatre insurgés au cours de la deuxième journée de combats pour la ville d'Ajdabiyah. - 'J'ai vu les quatre ce matin. Ils avaient la gorge tranchée et des blessures par balle sur la poitrine, et ils ont été abandonnés sur la route. Leur voiture était également criblée de balles', a constaté un rebelle, Mohammed Saad, à un checkpoint à la sortie Est d'Ajdabiya. - ... Un autre rebelle, Muftah, dit : 'Les forces de Kadhafi sont à l'intérieur d'Ajdabiyah dans des Land Cruiser couleur sable and nous savons qu'il y a également des snipers de Kadhafi habillés en civil dans la ville.' - Près de l'entrée Est d'Ajdabiya, un reporter de Reuters a entendu des fusillades et les impacts de l'artillerie, et il a vu des colonnes de fumée noire, suggérant que les forces  de Kadhafi avancent vers le centre-ville. - Les rebelles, pour la plupart sans entraînement, ont essayé de se réorganiser et de se rééquiper, mais ils étaient incapables de conserver du terrain face aux forces solidement armés de Kadhafi dans la lutte pour Brega, la semaine dernière."

SORTIE DE CRISE. - Au cours d'une interview à paraître dans le Spiegel, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, déclare qu'il n'y a "pas de solution militaire à ce conflit" [ici]. Il adopte donc la position d'une partie de l'état-major américain, exprimée auparavant. Avec les informations confidentielles et la connaissance du terrain dont l'OTAN et les USA disposent, il ne devrait pas s'agir d'un jugement hâtif. Mais pourquoi s'empresser de le rendre public ? - Lorsque les États-Unis ont émis cet avis "éclairé" par la bouche de Carter Ham, chef du U.S. Africa Command, ils "levaient déjà le pied" en Libye. Avec sa déclaration, M. Rasmussen prévient-il que l'OTAN pourrait en faire autant ? - Sans doute pas, car la conséquence immédiate serait la "victoire militaire" de l'armée loyaliste et le bain de sang promis, qui avait conduit le Conseil de Sécurité de l'ONU à adopter la résolution 1973. - Devant le manque d'équipement, l'absence de stratégie et l'inexpérience de l'insurrection, c'est surtout la couverture aérienne de l'OTAN qui empêche une "solution militaire" de ce "conflit". Dès lors, que faut-il faire ? La zone de non-vol ne peut pas être maintenue indéfiniment. Et, sur le front économique, tout le monde appelle de ses vœux la reprise rapide de l'exploitation du pétrole libyen : Back to business as usual ! - Or, il me semble qu'il n'y a pas non plus de solution négociée à la "crise" libyenne. L'insurrection n'accepte un cessez-le-feu que si les loyalistes se retirent des villes qu'ils "occupent". Lesquelles ? Misrata bien sûr, les environs de Zintan sans doute, Brega et Ajdabiya assurément. Et l'opposition de Benghazi ne veut entamer des négociations sur l'avenir politique du pays que si le colonel Kadhafi et tout son clan quittent la scène. Le régime a déjà refusé les conditions du cessez-le-feu et les dirigeants ne sont pas près de renoncer au pouvoir. - Reste donc, comme je l'ai écrit précédemment, la partition du pays sous la forme d'une sécession de la Cyrénaïque, qui laisserait cependant orphelines les villes de Misrata et Zintan, toujours ardemment disputées ...

YEFREN. - Avec Zintan, Nalout et Kalaa, la ville appartient à la région des montagnes de l'Ouest, proche de la Tunisie. Reuters a pu s'entretenir avec des réfugiés de cette zone de combats et rapporte leurs témoignages [ici] : " 'Les pilonnages... visent des maisons d'habitation, des hôpitaux, des écoles', dit Mohammed de Kalaa, qui a passé la frontière tunisienne à Dehiba avec quelque 500 autres Libyens des montagnes de l'Ouest. 'Personne ne s'intéresse à cette région, qui souffre en silence', a-t-il confié à Reuters, samedi soir. - Hedi Ben Ayed ... originaire de la même ville, a dit : 'Figurez-vous qu'il n'y a plus de vie, là-bas. Les forces de Kadhafi ont utilisé du pétrole pour incendier les puits d'eau potable pour que nous ayons soif ... Croyez-moi, ses troupes ont même abattu les moutons. Vous ne devriez pas m'interroger sur le nombre des morts', a-t-il ajouté. Les dernières victimes, ce sont tous les membres d'une même famille, tués vendredi par des bombardements au hasard.' ... - ... Saïd Amrawi a dit que la menace de viol l'a fait quitter sa maison à Nalout. 'Pour être franc, il n'y a pas de bombardements à Nalout, mais j'ai peur que ma femme et mes filles se fassent violer'." - En effet, les troupes loyalistes ont fait passer le message dans la région qu'ils n'hésiteraient pas à commettre de telles exactions, parmi d'autres. - Un habitant de Yefren lance un appel au secours : "Nous ne voulons pas d'une intervention directe de l'OTAN, mais elle est nécessaire, sinon il ne restera plus personne à Yefren." - Aucune nouvelle de Zintan, dans cette dépêche de Reuters.

OTAN. - La déclaration du lieutenant-général Charles Bouchard, commandant de l'Opération Protecteur Unifié [ici].  : "La situation à Ajdabiya, et à Misrata en particulier, est désespérante pour ces Libyens qui sont pilonnés brutalement par le régime. Pour aider à protéger ces civils, nous continuons à frapper durement ces forces, avec 11 chars détruits aujourd'hui à l'approche d'Ajdabiya, et 14 chars détruits plus tôt ce matin dans les faubourgs de Misrata".

SYRIE. - L'AFP (via Le Figaro) rapporte ce soir [ici] :  Les forces de sécurité ont ouvert le feu aujourd'hui à Banias, dans le nord-ouest de la Syrie, faisant au moins trois morts, ont indiqué des témoins, alors que la tension reste forte dans le pays deux jours après des manifestations qui ont fait 26 morts à Deraa, dans le sud. - Des "tirs nourris de forces de sécurité visent depuis environ deux heures le quartier sunnite de Ras al-Nabee, où se trouve la mosquée d'Al-Rahman", centre de la contestation, ont déclaré dimanche après-midi deux témoins, précisant que les tirs provenaient du quartier d'Al-Qouz... - "Il y a au moins trois morts et douze blessés", ont indiqué à l'AFP les témoins qui ont précisé les noms des morts. "C'est un véritable massacre, il y a des snipers qui tirent pour tuer", a dit l'un d'eux.

FEUILLE DE ROUTE. - Avant de se rendre demain à Benghazi, une délégation de l'Union Africaine conduite par le président sud-africain, Jacob Zuma, est arrivée ce dimanche à Tripoli dans le but de soumettre sa feuille de route pour une "sortie de crise" au colonel K., qui  l'aurait acceptée. Anita McNaught d'Al Jazeera nous en donne les points essentiels :
1. Cessez-le-feu et protection des civils.
2. Aide humanitare pour les Libyens et les ouvriers étrangers, notamment africains.
3. Dialogue entre les deux camps.
4. Période transitionnelle ferme.
5. Des reformes politiques  "en rapport avec les aspirations du peuple libyen".

Sur la route du désert, entre Ajdabiya et Brega  (photo : reuters via al jazeera)


jeudi 17 mars 2011

[Libye 2011] Kadhafi avance sur Benghazi


~ note commencée le 14, actualisée les 15, 16 et 17 mars 2011 ~

 (image : al jazeera)

~  lundi 14 mars 2011 ~
Fils d'actualité : [Al Jazeera] [Le Monde]

Ce matin, les flux d'information et les live blogs restent focalisés sur le Japon aux prises avec une possible catastrophe nucléaire après le tremblement de terre et le tsunami de vendredi, qui risquent à présent d'entraîner une récession économique.

Si les insurgés déclarent avoir repris ce matin la ville de Brega, dont ils avaient été chassés dimanche par les troupes kadhafistes, celles-ci auraient bombardé Ajdabiya, située plus à l'Est, qui est un point stratégique pour la conquête de Benghazi. En effet, la route côtière mène ensuite à cette deuxième ville du pays, tenue par les insurgés, et une autoroute conduit également à Tobruk, dont la prise permettrait aux forces loyalistes d'encercler le fief de l'insurrection. Voici la carte routière de l'Est libyen [original] :


Il était également question, ces derniers jours, de forces kadhafistes "dormantes", prêtes à s'activer dans les villes encore contrôlées par les insurgés. - Tout semble maintenant indiquer que les forces loyalistes s'acheminent vers une victoire, tout au moins provisoire, si tant est que les puissances internationales continuent d'hésiter pour mettre en place une zone d'exclusion aérienne. Mais même sans son aviation, le colonel K. dispose de forces terrestres supérieures, et il lui reste également l'option (déjà utilisée) d'un pilonnage des villes insurgées depuis ses navires de guerre. Un débarquement de troupes par cette voie est également envisageable.

Le combat autour de Benghazi risque de faire un grand nombre de victimes, puisque 700.000 personnes vivent dans cette ville. Si les populations civiles étaient exposées massivement aux opérations militaires, une intervention internationale pourrait cependant venir à leur secours et empêcher par la même occasion la défaite complète de l'insurrection ...

À midi, Al Jazeera annonce que Khalifa Belqasim Haftar, ancien commandant de l'armée libyenne, notamment dans la guerre contre le Tchad, serait rentré au pays pour soutenir l'insurrection. - De son côté la TV publique de Libye envoie un message aux déserteurs : ils seront "pardonnés" s'ils se rendent. - Et Le Monde relaye l'information de Reuters : Les forces de Kadhafi attaquent en ce moment même la ville de Zouahara, dans l'ouest du pays ...

[14:45] Le quotidien revient sur la situation à Zouahara. Les forces fidèles à Mouammar Kadhafi ont attaqué lundi cette ville contrôlée par la rébellion et située à 120 km à l'ouest de Tripoli. - "Il y a des poches de résistance à Zouara. Les forces armées vont purger la ville", a indiqué à l'AFP une source proche des autorités libyennes sous couvert de l'anonymat. - Cette source a minimisé les combats. "Il y a quelques éléments saboteurs qui résistent. Mais rien de grave", a-t-elle ajouté, sans élaborer. - Une source de l'opposition a indiqué de son côté qu'"un bataillon de Sabratha (70 km à l'ouest de Tripoli) composé notamment d'une dizaine de chars et des 4x4 équipées de mitraillettes est en train d'attaquer la ville du côté de l'ouest".

Dans l'après-midi, les attaques aériennes sur des "positions rebelles" aux environs d'Ajdabiyha sont confirmées par Reuters.

Sur le front diplomatique, David Cameron et le Premier ministre, puis le président turcs se sont exprimés, l'un pour, les deux autres contre une intervention en Libye. Ce soir, on attend des précisions sur les réunions entre les ministres des Affaires étrangères du G-8 et les entretiens de Catherine Ashton avec des envoyés du Conseil libyen de transition ...

[19:30] Reuters relaye une information donnée par un habitant de Zouara (ou Zouahara) : les combats auraient pris fin et la ville serait maintenant sous contrôle kadhafiste.

[20:00] Les journaux télévisés et les reportages des chaînes d'information continue sont en grande partie consacrés au Japon où le risque d'une catastrophe nucléaire existe toujours. - La Libye paraît abandonnée de tous ...

On ne saura rien du G8 ce soir : conférence de presse après la réunion de demain matin. - Toutes les connections avec la Libye sont interrompues cette nuit ....

samedi 5 mars 2011

[Libye 2011] Bombes et grands discours

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~ page commencée le 2, actualisée les 3, 4 et 5 mars 2011 ~

[Traduction] Muhammad min Libya : Préservons la révolution populaire libyenne

 (image : spiegel -. reuters)

~ mercredi 2 mars 2011 ~ 

Flux d'information : [Al Jazeera] [Guardian] [Le Monde] [France 24] [Der Spiegel]

Trois nouveaux faits (ou informations) marquent la journée :

- Le régime contre-attaque : des villes sont bombardées, on reconquiert ou tente d'investir quelques places fortes, des opposants et Libyens de l'Est sont arrêtés à Tripoli.

-  Pendant ce temps, le colonel K. tient un discours fleuve (~2h30) à l'occasion du 34e anniversaire de la Jamahiriya (1977). Il dit quelque chose qui est sans doute vrai : toute intervention de l'Otan ou de l'Onu occasionnerait un massacre, une situation comparable au Vietnam ou à l'Afghanistan. De leur côté, les USA  redoutent que la Libye s'enfonce "dans le chaos" pour devenir une "Somalie géante" (AFP) .

- Enfin, le chiffre énorme de 6000 morts depuis le 17 février est maintenant avancé (par la Ligue libyenne des droits de l'Homme).

Ce soir, France 24 donne d'autres chiffres : Plus de 180.000 personnes ont quitté la Libye, a déclaré Melissa Fleming, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU. Elle précise que 77 320 personnes ont franchi la frontière libyo-égyptienne, parmi lesquelles une grande majorité d'Égyptiens. Un nombre similaire de réfugiés aurait quitté le pays pour la Tunisie ; un passage devant lequel 30.000 personnes seraient toujours retenues. (Source AP)


Voici quelques extraits conséquents du discours, de la "performance" du colonel K., dans sa langue natale avec un voice-over anglais, devant un parterre de caciques acquis à sa cause, ponctuée de manifestations d'une claque excitée et d'ambienceurs déchaînés, assaisonnée de quelques commentaires de la BBC. - On reconnaîtra également des correspondants étrangers dans l'assistance. - C'est une playlist de 5 vidéos.


Je ne peux pas m'empêcher de penser au 40e anniversaire de la RDA, le 7 octobre 1989. Les célébrations furent menées en grande pompe, les manifestations réprimées durement, le régime mettait en scène sa dernière apparition sur la scène de l'Histoire. Un mois plus tard, le 9 novembre au soir, les postes frontières de Berlin ont laissé passer le peuple de l'Est. La nuit la plus folle que la ville n'ait vécue. Et le régime de la Stasi disparut tel un mauvais rêve, comme les assassins de la SS et de la GeStaPo ont disparu du jour au lendemain, le 8 mai 1945, du paysage allemand en ruines. - C'est pourquoi je reste raisonnablement optimiste, convaincu que, vingt ans plus tard, la Guerre Froide est en train de s'achever, enfin, au Sud de la Méditerranée. L'Histoire a ceci de particulier que l'on ne peut pas revenir en arrière. Si l'on rate sa marche, on se fait broyer ! Voilà pourquoi je reste raisonnablement optimiste, et que je ne vois dans se discours, assorti de bombardements, qu'une posture anachronique (et chancelante) d''un vieux révolutionnaire qui a raté sa marche !

Berlin-Est, 7-10-1989. Parade militaire en présence de M. Gorbatchev !

~ jeudi 3 mars 2011 ~

Flux d'information : [Al Jazeera] [Guardian] [Le Monde] [Der Spiegel]

Contre-offensive du régime et résistance des rebelles à Brega et Aldabiya (reportage d'Al Jazeera publié aujourd'hui, commentaires en anglais)



À propos de ces attaques sur la résistance libyenne, Le Monde rapporte ce matin :  De nouvelles frappes aériennes ont visé jeudi la ville de Brega, dans l'est de la Libye, selon un témoin, cité par Reuters. La ville a fait l'objet d'une lutte violente mercredi entre les rebelles et les forces fidèles à Mouammar Kadhafi mais semble être restée sous contrôlé insurgé. Elle abrite l'un des deux grands terminaux pétroliers du pays.  - Et : Armés de lance-roquettes et de missiles antichars et antiaériens, les opposants libyens se préparent à de nouvelles offensives pour défendre la ville d'Ajdabiya, située à 160 km au sud de Benghazi, qui abrite une base militaire et un dépôt d'armes, indique Reuters. Les insurgés montrent plus d'enthousiasme que d'expérience dans leur utilisation des armes mais sont déterminés à tenir la ville, affirme l'agence. Les partisans de Kadhafi ont bombardé la ville mercredi tandis que des forces terrestres ont attaqué en vain Brega, à 75 km à l'ouest.

Sur le plan diplomatique, Hugo Chavez, le président du Vénézuela, autre grand pays producteur de pétrole, a proposé une médiation entre le régime libyen et les opposants, qui a été acceptée par colonel K et la Ligue Arabe. Mais la répression massive des manifestations pacifiques par un régime dictatorial et suranné a contraint l'opposition libyenne à la résistance armée pour obtenir la chute du tyran et de son clan. Dès lors, toute offre de négociation se heurte à un rejet massif dans l'Est libyen. Et la France, par la voix du nouvel arrivant au Quai d'Orsay, Alain Juppé, a également rejeté cette proposition : "Toute médiation permettant au colonel Kadhafi de se succéder à lui-même n'est évidemment pas la bienvenue" (Le Monde). - Ce soir,  le président Obama abonde dans ce sens : "La violence doit cesser. Kadhafi a perdu la légitimité de gouverner, il doit partir." (Al Jazeera)

L'interdiction de survol du territoire libyen est toujours une "option" en discussion : Se joignant à son homologue britannique David Cameron, Alain Juppé... vient d'affirmer que la France et la Grande-Bretagne étaient prêtes à agir pour planifier une zone d'exclusion aérienne si la force était utilisée contre les civils (Le Monde). - Si la sécurisation du ciel de Libye par l'aviation occidentale est largement approuvée par la population, l'idée d'une intervention terrestre est tout aussi massivement rejetée. L'article du blogueur Muhammad min Libya, qui est à Tripoli, explique pourquoi.

vendredi 25 février 2011

[Libye 2011] Black-out & Overkill

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~ Page commencée le mercredi 23, actualisée le jeudi 24 et vendredi 25 février 2011 ~ 

Voici les rares informations qui ont filtré dans la matinée : "Seules les villes de Tripoli et de Syrte seraient encore aux mains des partisans de Kadhafi", rapporte un correspondant du Spiegel, qui se base sur les affirmations de réfugiés tunisiens et égyptiens. "Mais il y a des déclarations contradictoires,  un patron de restaurant de Zouara [à 60 km de la frontière tunisienne] nous a dit qu'à l'Ouest de Tripoli, tout le monde était encore pour Kadhafi."

Dans une conversation téléphonique avec la chaîne Al-Arabiya, le ministre libyen de l'Intérieur [démissionnaire] Abdel Fattah Younes évoque un possible destin de Mouammar Kadhafi : Le "Guide de la Révolution" préfèrerait le suicide à l'exil. "Le régime de Kadhafi est fini", ajoute le général-major (in Spiegel).

Comme beaucoup d'autres médias, Le Monde annonce que : L'est de la Libye est sous contrôle des insurgés. Les grandes villes de Tobrouk, Ajdabiya et Benghazi, dans la province du Cyrénaïque, retiennent leur souffle en attendant la répression promise par Mouammar Kadhafi. Selon un armateur, tous les ports et terminaux du pays sont fermés.

D'autres nouvelles du Guardian : "Il y a eu des tirs nourris à Tripoli ce matin, lorsque des forces loyales à Mouammar Kadhafi ont ouvert le feu dans les rues. C'est la conséquence de l'appel de Kadhafi à ses supporters de se soulever contre les rebelles" (hier). "Le ministre italien des Affaires étrangères a dit que, selon lui, mille personnes environ auraient trouvé la mort jusqu'ici." - "Les protestataires auraient, selon certaines sources, pris le contrôle de Misurata – si c'est vrai, ce serait la première ville dans l'Ouest du pays à tomber aux mains des manifestants, dont la base de sympathisants se trouve en majeure partie à l'Est. Reuters rapporte que les petites villes à l'Est seraient calmes avec peu de signes de présence policière et militaire ou de tension." - "Les protestataires soutenus par des unités de l'armée ralliées à leur cause revendiquent le contrôle de presque toute la moitié est de la côte méditerranéenne de Libye, longue de 1.600 kilomètres."

Le Monde publie ce témoignage à la fois optimiste et inquiétant :  Mouammar Kadhafi est "pire" que l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein, affirme le représentant démissionnaire de la Libye auprès de la Ligue arabe. "Je crois que c'est une question de quelques jours, pas plus. Malheureusement, je pense en même temps que ça coûtera cher à la Libye et aux Libyens, car cet homme est capable de tout", a affirmé Abdel Moneim al-Honi dans une interview au quotidien panarabe à capitaux saoudiens Al Hayat. "Je pense que des massacres horribles se produiront", a-t-il ajouté, écartant l'éventualité d'une guerre civile dans le pays. Selon cet ex-membre du Conseil du commandement de la révolution libyenne, le colonel Kadhafi a tranché : "soit il tue, soit il est tué". - Et celui-ci : Un médecin français cité par Libération et qui vient de fuir Benghazi affirme que la répression dans cette ville a fait "plus de 2000 morts" la semaine dernière. Puis ce récit de l'envoyée spéciale du journal, qui vient d'arriver dans le pays :  Tout le long de la route côtière qui conduit à Tobrouk, à une centaine de kilomètres à l’ouest de la frontière, la sécurité est désormais assurée par des civils en armes, revêtus de tenues disparates prises aux militaires. Les journalistes étrangers sont pris en charge par des taxis qui refusent le moindre dédommagement. Les forces de l’ordre officielles ont disparu, y compris des sites de bataille de la Deuxième Guerre mondiale réputés dangereux compte tenu des munitions que l’on peut encore y trouver. - Les symboles du régime ont été systématiquement détruits. Les portraits du colonel Kadhafi ont été piétinés ou affublés de moustaches ou de bandeaux de pirate. Des monuments à la gloire du Livre vert, bible de la révolution libyenne, ont été détruits au marteau. Tous les drapeaux officiels libyens, un rectangle uni de couleur verte, ont été remplacés par des oriflammes comportant trois bandes horizontales, rouge, noir et vert : le drapeau de l’indépendance de 1951.

Terrible contraste : D'un côté, l'image d'un pays libéré d'où les journalistes occidentaux envoient maintenant leurs reportages, et de l'autre l'absence totale d'informations, le noir et le flou, à part les récits de rapatriés et les vidéos invérifiables sur YouTube. On peut y ajouter les tweets par téléphone avec le nouveau système mis en place lorsque l'Internet égyptien a été coupé. Sur le "terrain", où la TV d'État diffuse encore les images d'une Libye heureuse sous le règne (désormais anachronique) du colonel K., le black-out est bien plus important qu'en Égypte, puisqu'aucun média n'est plus accessible : Rien ne rentre, rien ne sort (ou presque) ! Ce que l'on redoute à présent, c'est un nouveau coup de force, plus brutal et violent que les précédents, un véritable overkill de la population : un carnage, tandis que nous sommes, pour ainsi dire, calfeutrés dans notre impuissance !

[15:45] Martin Chulov du Guardian est le premier journaliste étranger à entrer dans Benghazi : "La deuxième ville de Libye paraît irrémédiablement hors du contrôle de Mouammar Kadhafi, avec l'armée locale qui défie son régime et des drapeaux de l'ère monarchique qui flottent sur les bâtiments gouvernementaux." Et le correspondant apporte cette précision : "Il est clairement avéré, maintenant, que le régime de Kadhafi a utilisé des mercenaires étrangers pour essayer de supprimer la rébellion (...)  Un officier de l'armée de l'air, le  major Rajib Faytouni, dit qu'il a été le témoin de l'arrivée de quelque 4.000 mercenaires sur des avions de transport lybiens, chaque machine transportant 300 hommes en armes, sur une période de trois jours à partir du 14 février. Il ajoute: "Voilà pourquoi nous nous sommes opposés au gouvernement. Pour ça et parce que l'ordre a été donné d'utiliser des avions pour attaquer les gens." - Un (autre) geste héroïque rapporté par France 24  : Un avion militaire libyen s'est écrasé aux environs de Benghazi après le saut en parachute de son équipage qui a refusé d'exécuter l'ordre de bombarder la deuxième ville du pays, rapporte le journal libyen Kourina [Qurina] sur la foi d'une source militaire.

[16:30] Sur le fil du Monde : "Al-Qaïda a établi un émirat à Derna [capitale historique de la province de Cyrénaïque], dirigé par Abdelkarim Al-Hasadi, un ancien détenu de Guantanamo", a déclaré le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaïm, affirmant qu'Al-Qaïda envisageait un scénario "à la taliban" en Libye. Il a précisé qu'Abdelkarim Al-Hasadi avait un "adjoint" établi à Al-Baïda, "membre aussi d'Al-Qaïda et qui s'appelle Kheirallah Barâassi". "Maintenant, ils disposent d'une radio FM et commencent à imposer la Burqa", a-t-il affirmé, ajoutant que ces islamistes avaient "exécuté des personnes parce qu'elles refusaient de coopérer". - Puis cette actualisation : Le journaliste de NBC Richard Engel est justement à Derna. Il indique sur Twitter que les manifestations s'y poursuivent. - Réaction sur Twitter rapportée par France 24 : AliTweel, un internaute qui tweete depuis Tripoli : Le ministère des Affaires étrangères libyen a affirme qu'Al Qaida aurait instauré un émirat dans l'Est du pays. Mes amis à Derna et Benghazi ont démenti et rigolé !! [message repris également par Le Monde un peu plus tard]


[16:45] Correspondance d'Associated Press : Des miliciens loyaux à Kadhafi ont déferlé dans la ville aujourd'hui, "les coups de feu retentissant dans les airs". L'armée s'est également déployée massivement dans la ville de Sabratha, à l'ouest de la capitale, pour tenter de faire battre en retraite les manifestants, qui se sont emparés des bâtiments des forces de sécurité et du gouvernement, selon un site d'information proche du gouvernement. Le discours de Kadhafi semble avoir mobilisé un grand nombre de partisans et de miliciens qui ont empêché la tenue de manifestations de masse dans la capitale mardi soir et mercredi. Au cours de la nuit, des coups de feu ont été entendus, selon une femme qui vit près du centre ville (de Tripoli). .- "Les mercenaires sont partout avec leurs armes. Impossible d'ouvrir la moindre porte ou fenêtre. Les tireurs embusqués traquent les gens", raconte-t-elle. "Nous sommes en état de siège, à la merci d'un homme qui n'est pas un (vrai) musulman." - Dans la journée de mercredi, d'autres coups de feu ont été entendus près de la résidence de Kadhafi, mais dans de nombreux endroits de la ville, qui compte 2 millions d'habitants, les gens se risquaient à sortir faire leurs courses, selon des témoins.  - Le gouvernements a envoyé des SMS pressant les gens de retourner au travail, tentant de montrer que les choses reprenaient leur cours normal. Les habitants parlaient sous couvert d'anonymat par peur des représailles. - A la frontière égyptienne, les gardes ont fui, et les chefs tribaux ont formé des comités locaux pour les remplacer. - Un comité de défense organisé par des habitants de la région gardait même l'une des bases anti-aérienne, autrefois top secrète, de Kadhafi à proximité de Tobrouk. (in Le Monde)

[17:00] À Benghazi, les tweets de Martin Chulov du Guardian : Les soins intensifs de Benghazi sont toujours pleines de victimes du coup de force du gouvernement ce week-end. - Une importante base militaire à Benghazi. Une boucherie. Des centaines sont morts ici. La base détruite. Le sang toujours dans les rues. - La maison de Kadhafi à Benghazi a été mise à sac par les pillards. Les hashtags sur Twitter sont #feb17 et  #libya

[17:10] Al Jazeera et Le Monde signalent que "la fille de Kadhafi serait dans un avion qui cherche à atterrir à Malte."

[18:00] Al Jazeera raconte qu'après des tergiversations, où le pilote a fini par révéler l'identité de la passagère,  le refus d'atterrir a été décrété, et l'avion est reparti pour Tripoli

[18:15] Le Monde rapporte : Un tweet du journaliste Nicholas Kristof, du New York Times, qui dit avoir reçu des informations sur la chute de Tajura, à une quinzaine de kilomètres de Tripoli. "Le drapeau rebelle flotte sur la ville", écrit-il. 

[18:30] France 24 nous dit : Outre Benghazi, les villes de Syrte, Tobrouk à l'est du pays et Misrata, Khoms, Tarhounah, Zenten, al-Zawiya, Zouara, proches de la capitale, sont aux mains des insurgés. 

[18:50] Selon BBC, il y aurait des indices selon lesquels des partisans du régime de Kadhafi  contrôlent  des axes routiers importants menant à la frontière libyo.tunisienne et à la capitale. Des habitants de  Tripoli disent que les milices de Kadhafi tirent au hasard dans les rues. D'après un témoignage, les rues seraient désertes et les blessés ne pourraient rejoindre les hôpitaux par crainte d'être abattus. (in Spiegel)  

[20:00] Dans un tweet Nicholas Kristof, du New York Times, décrit Tripoli comme une "ville fantôme"  avec des magasins fermés et très peu de trafic. (in Le Monde) - Une heure plus tôt (20:00 heure locale), Al Jazeera a cité une source du quartier de Janzour à Tripoli-Est  ayant vu des hommes en civil avec des épées à la main. Elle a dit que sa famille a barricadé sa  porte d'entrée avec des canapés et du mobilier pour tenter de les empêcher de rentrer. La source rapporte des "grands boums à proximité" et pense que ce sont des portes enfoncées dans d'autres maisons. - Une autre source en banlieue de Tripoli a vu nombre de tanks et de voitures remplis de supporters de Kadhafi brandissant des fusils dans le quartier de Tajura qui se dirigeaient vers le centre-ville. - Le Spiegel rapporte ceci : "De la Chine au Canada, beaucoup de pays travaillent sous haute pression pour rapatrier leurs ressortissants, qui parlent à leur retour d'une situation comparable à la guerre. Une enseignante britannique signale par exemple de "20 explosions au moins", des avions ne cessant de tourner au-dessus de Tripoli. "C'est terrible. Aux abords de l'aéroport des milliers de personnes attendent", dit un autre témoin."  Le journal parle également d'un bâtiment allemand transportant des hélicoptères en route pour la Libye, dans le but de rapatrier les ressortissants fédéraux sans passer par l'aéroport de Tripoli.

mardi 22 février 2011

[Libye 2011] Benghazi en émoi, Tripoli s'enflamme


 [page commencée le dimanche 20, actualisée le lundi 21 et le mardi 22 février 2011]

La Libye, qui fait toujours l'objet d'un black-out médiatique orchestré par le régime, les organisations humanitaires dénombrent à présent plus de deux cents morts depuis le début des soulèvements, en particulier dans les villes côtières de Benghazi et d'Al Bayda, au Nord-Est du pays.

Ce dimanche 20 février 2011, le site du Point publie un compte-rendu de l'agence Reuters : Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Benghazi, deuxième ville de Libye, pour porter en terre les manifestants tués par les forces de sécurité, ont rapporté des témoins. - Les violences de la nuit de samedi à dimanche ont porté à 173 le nombre de personnes tuées en quatre jours d'affrontements, centrés sur Benghazi et les villes avoisinantes, selon un bilan établi par l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), dont le siège est à New York. - "Cent mille manifestants se rendent actuellement au cimetière pour les obsèques de dizaines de martyrs. Nous craignons un nouveau massacre car la route menant au cimetière est proche des casernes des forces de sécurité", a dit à Reuters un habitant de la capitale de la Cyrénaïque. "Nous ne céderons pas tant que le régime ne sera pas tombé. Nous appelons les Nations unies à intervenir tout de suite pour arrêter ce massacre", a dit cet homme. - Un autre témoin a indiqué à Reuters que des centaines de milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, s'étaient réunies pour prier devant 60 corps, exposés près d'un tribunal du nord de Benghazi, qui compte 700.000 habitants. - "Un massacre a été commis ici hier soir", a déclaré dimanche à Reuters un habitant qui a requis l'anonymat. Les forces de sécurité ont eu recours à des armes lourdes et, a-t-il ajouté, "nombre de soldats et de policiers sont passés dans le camp des manifestants". - Des comptes-rendus contradictoires de la situation ont été donnés par des témoins, mais il semble que les rues de Benghazi soient sous le contrôle des manifestants et que les forces de sécurité se soient retranchées dans un complexe appelé le "Centre de commandement", d'où elles ont tiré sur la foule. - Un chef de tribu qui a requis l'anonymat a lui aussi laissé entendre que les forces de sécurité étaient confinées dans ce centre de commandement. "Il n'y a plus aucune présence des autorités dans la ville, les forces de sécurité sont retranchées dans leurs casernes et la ville est dans un état de mutinerie civile", a-t-il dit à Reuters. - D'après un témoin italien présent à Benghazi, cité par l'agence de presse italienne Ansa, la situation "est complètement hors de contrôle". - "Tous les bâtiments gouvernementaux et institutionnels et une banque ont été incendiés et des voyous saccagent et détruisent tout. Il n'y a personne dans les rues, pas même la police", a raconté cet Italien. - Selon le quotidien britannique The Independent, deux cents personnes auraient trouvé la mort à Benghazi, ville traditionnellement frondeuse, lors de la répression du mouvement de contestation. - Les autorités libyennes n'ont publié aucun bilan et n'ont fait officiellement aucune déclaration sur les troubles.

Le site du Nouvel Observateur publie une dépêche de l'AP :  Les forces de sécurité libyennes ont ouvert à nouveau le feu dimanche sur des personnes assistant à des funérailles dans la ville de Benghazi, située dans l'est de la Libye, au lendemain d'une journée déjà marquée par une sanglante répression. - Un homme, atteint d'une balle dans la jambe, a raconté que des personnes transportaient dans un cimetière des cercueils de manifestants tués ces derniers jours quand ils sont passés devant des bâtiments de l'armée, dans la deuxième plus grande ville de Libye. Selon cet homme, les forces de sécurité ont tiré en l'air, avant d'ouvrir le feu sur la foule. - D'après un médecin d'un hôpital de Benghazi, au moins une personne a été tuée et 14 autres blessées, dont cinq grièvement.
De nouveaux témoignages des villes de Benghazi et d'Ajdabiya (à 160km au Sud de la première) arrivent sur le site de L'Express ce soir : "Les militaires tuent les gens sans pitié, raconte une jeune femme alors qu'on entend les fusils mitrailleurs vider leurs chargeurs au loin. Il n'y a plus de place pour les morts dans les réfrigérateurs. Hier (samedi), il y en avait près de 300 morts. Plus de 200 n'ont pas encore été enterrés. "Plus personne n'est en sécurité. Ils sont en train de tirer sur les gens. Ils tirent des missiles sur les ambulances, ce sont des gens sans pitié. On a vraiment besoin d'aide", dit-elle encore. - Qui sont ces "bandits de Kadhafi" qui sèment la terreur dans l'est du pays? Des témoins rapportaient dimanche matin sur France Info que ceux qui tiraient seraient des mercenaires. Ils les décrivent comme "africains" portant des "casquettes jaunes".  - La situation est d'autant plus tendue qu'on murmure que certaines villes seraient désormais contrôlées par les opposants. Selon Euronews, la ville d'Ajdabiya serait, elle, aux mains des anti-Kadhafi, du moins temporairement. "Les manifestants ont formé des groupes qui dirigent maintenant la ville, raconte un habitant par téléphone. Nous appelons les Nations Unies et tous ceux qui ont une conscience à secourir Ajdabiyah. Les autorités ont envoyé des troupes pour reprendre le contrôle de la ville. Nous les attendons sur la place des martyrs. Tout le monde ici est prêt à défendre la ville contre ces mercenaires.